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Des origines à la Dacie romaine

Un outillage contemporain du Paléolithique inférieur a été mis au jour sur divers sites préhistoriques roumains et les industries moustériennes caractéristiques des Néandertaliens ont également été identifiées au Paléolithique moyen. Diverses industries bien connues du Paléolithique supérieur (aurignacien et gravettien) sont également signalées et témoignent d’affinités avec la culture ukrainienne de Kostenki. Des objets de type azilien, tardenoisien et campignien ont également été identifiés et correspondent à la période « mésolithique » ou épipaléolithique.


Les premiers paysans néolithiques appartiennent à la culture de Starcevo (Ve millénaire avant J.-C.), pratiquent la culture du blé, réalisent une poterie encore rudimentaire et commencent à pratiquer l’élevage. Les figurines féminines de terre cuite de Cernadova comptent parmi les plus anciennes productions artistiques connues au nord des Balkans.


Contemporaine du IIIe millénaire avant J.-C., la civilisation de Vinca-Turdas, qui correspond au Néolithique moyen, entretient déjà des relations avec les hautes cultures du Proche-Orient ancien. Proches de la civilisation de Karanovo identifiée en Bulgarie, les cultures de Boian et Gumelnitza se sont développées au nord du Danube.


Au Néolithique récent, c’est la culture de Cucuteni-Tripolje qui domine à l’est des Carpates, caractérisée au début du IIIe millénaire avant J.-C. par une très belle céramique peinte et par des représentations anthropomorphes et zoomorphes très schématisées. Sous l’influence d’éléments venus de l’est, l’élevage prend à la fin du Néolithique une importance grandissante entre Carpates et Danube.


-1900 -800 av. J.-C. : Âge du bronze. Il est marqué par la floraison de brillantes cultures telles celles d’Otomani et de Periam-Pecica, qui s’inscrivent dans le contexte général de la civilisation des « champs d’urnes ». L’importance des armes et des parures en or révèle l’existence d’une société aristocratique caractéristique de l’Europe du IIe millénaire dont bon nombre de traits se reproduisent au cours de la période de Hallstatt ultérieure, marquée par l’extension, dans l’ouest de la Roumanie actuelle, de la culture dite des « tombes tumulaires ».


Marqué par la présence d’un substrat autochtone proto-thrace indo-européen analogue à celui identifié en Bulgarie, l’âge du fer voit l’intervention d’influences illyriennes en provenance de l’ouest des Balkans et cimmériennes ou scythiques à partir des steppes du nord-est.


Seconde moitié du VIIe siècle avant J.-C. : Débuts de la colonisation grecque sur les côtes de la mer Noire (Pont Euxin). C’est surtout le fait de colons venus de Milet et de Mégare. Apollonia et Odessos sont fondées sur la côte bulgare actuelle, Istros (Histria) sur le littoral roumain aux bouches du Danube (que les Grecs appelaient Ister), Tyras aux bouches du Dniestr. Ces comptoirs qui commercent avec les indigènes de l’arrière-pays modifient profondément les civilisations autochtones. Histria est fondée par les Milésiens à la fin du VIIe siècle avant J.-C., Callatis (Mangalia) un siècle plus tard par des Grecs venus d’Héraclée du Pont dans une région riche en céréales, ce qui en fit un port exportateur de grains. Fondée par des Milésiens, Tomis (Constantza) n’apparaît qu’au début du Ve siècle avant J.-C. Vin, huile, produits de luxe sont échangés contre le blé, le miel, l’or et les esclaves. Ces comptoirs grecs connaîtront leur apogée à l’époque hellénistique.


-514 avant J.-C. : Expédition de Darius en Scythie. C’est l’occasion pour Hérodote d’évoquer ultérieurement dans son Enquête la présence des Gètes de la Dobroudja qu’il distingue des Thraces. On peut donc considérer qu’au milieu du premier âge du fer, les Daco-Gètes sont déjà distincts de la masse des tribus thraces voisines.


Fin du IVe siècle avant J.-C. : Irruption des Celtes contemporains du deuxième âge du fer (période de La Tène) en Transylvanie. À l’intérieur de la zone carpatique, l’influence celte va jouer un rôle analogue à celle des Grecs et des Macédoniens sur les côtes dans la plaine valaque.


Milieu du IIIe siècle avant J.-C. : Débuts de la frappe monétaire chez les Géto-Daces. La céramique, l’organisation et le plan des sanctuaires permettent d’identifier très clairement, à partir du IIe siècle avant J.-C. une culture géto-dace particulière.


-339 avant J.-C. : Selon Quinte Curce, le roi des Histriens n’a pu repousser les Scythes qui avaient envahi la Dobroudja mais c’est le roi Philippe II de Macédoine qui bat le Scythe Atéas et qui en profite pour étendre son royaume jusqu’aux bouches du Danube.


-300 : Une expédition macédonienne est vaincue par le roi gète Dromichaïtés et le roi thrace Lysimaque, l’un des Diadoques d’Alexandre, est même fait prisonnier peu après. Les sources relatives aux Gètes et aux Daces sont ensuite très rares et seuls quelques documents épigraphiques et quelques mentions de Trogue-Pompée évoquent des luttes avec les cités grecques ou avec des envahisseurs Bastarnes.


- 80 avant J.-C. : La Transylvanie apparaît sous le gouvernement de Burebista comme le centre d’un véritable État dace.


-59 : Burebista bat les Celtes Boiens et étend son royaume vers l’ouest jusqu’à la Morava. Il conquiert peu après le littoral pontique depuis Olbia jusqu’à Apollonia et pousse son avance jusqu’au Mont Haemus (la Strana Planina bulgare) mais la disparition de Burebista, contemporaine de l’assassinat de César, entraîne un rapide morcellement de son empire. Plusieurs rois, repliés sur le réduit transylvanien, lui succèdent cependant : Décénée, Comosicus, Coryllus, Scorilo, Duras-Diurpaneus et enfin Décébale.


-28 avant J.-C. : M. Licinius Crassus conquiert la Dobroudja, qui sera intégrée à la province de Mésie.


-11 avant J.-C. : Sextius Aelius Catus bat les Géto-Daces et en transfère cinquante mille au sud du Danube.


20 après J.-C. : Les Sarmates Iazyges s’installent dans le bassin de la Theiss avec l’assentiment de Rome qui tente de réaliser l’encerclement de la Dacie.


45 après J.-C. : C’est sous le règne de Claude que les Romains étendent la province de Mésie jusqu’aux rivages de la mer Noire et viennent s’installer sur la rive droite du Danube dont ils contrôlent désormais le cours depuis sa source en Forêt Noire jusqu’à son delta.


69-70 : Incursions répétées des Sarmates au sud du Danube. À cette époque, trois légions sont déployées en Mésie pour surveiller le cours du fleuve, souvent désigné sous son nom grec d’Ister. Quand les Daces lancent à leur tour l’offensive contre la Mésie, ils sont contenus et Vespasien conclut ensuite un accord avec eux mais, quand Domitien refuse de continuer à leur verser les subsides prévus dans le traité, ils relancent l’attaque durant l’hiver 85-86.


86 : Après les défaites subies par Fonteius Agrippa (en 70) et par Oppius Sabinus (en 85), le préfet du prétoire Cornelius Fuscus est écrasé par les Daces qui sont battus peu après par Tettius Julianus. Inquiet des projets de Domitien, le vieux roi Duras-Diurpaneus abandonne alors le pouvoir à Décébale qui est battu peu après par Tettius Julianus à Tapae – les Portes de Fer de la Transylvanie. La paix est conclue en 89 entre Domitien et Décébale, dans la mesure où la pression des Suèves et des Iazyges Sarmates en Pannonie est alors la menace la plus préoccupante. Elle est humiliante puisque Domitien consent au paiement d’un tribut.


101-102 : Première campagne de Trajan contre les Daces. Les Romains engagent douze légions et s’avancent jusqu’à Sarmizegetusa où le roi dace Décébale accepte leurs conditions mais prépare en fait sa revanche.


105-106 : Deuxième campagne de Trajan contre les Daces. Progressant de manière convergente depuis la Mésie et la Pannonie, les légions s’emparent du réduit dace adossé aux Carpates et Décébale se donne la mort. Ces campagnes ont été immortalisées par les reliefs de la colonne Trajane édifiée en 113 et par le monument commémoratif dédié à Mars Ultor, érigé en 109 à Adam-Klissi. Une province de Dacie est constituée ; elle est divisée en deux en 119 entre une Dacie inférieure et une Dacie supérieure regroupant le centre et le nord du pays, la première administrée par un procurateur de rang équestre, la seconde par un légat de rang sénatorial susceptible de diriger, si nécessaire, les opérations militaires. Un limes danubianus est établi, allant de Turnu Severin à l’ouest jusqu’au sud de Braila à l’est, par Craiova et Ploesti. Le limes Alutanus, qui se déployait en suivant le cours de l’Oltu, fut établi à l’époque de Septime Sévère. Sur le plan administratif, trois Dacies furent créées en 158-159 sous le règne d’Antonin : la Porolissensis au nord (du nom de sa métropole Porolissum), l’Apulensis au centre, riche en ressources minières diverses, où Apulum était le quartier général d’une légion (la XIIIe Gemina), enfin la Malvensis en Valachie occidentale. La première et la troisième étaient laissées à deux procurateurs, le légat conservant le gouvernement de l’Apulensis. Après 168 et en raison de la permanence de la menace barbare, les trois Dacies furent regroupées par Marc Aurèle en une seule, placée sous les ordres du légat installé à Apulum. L’ancienne ville royale des Daces, Sarmizegetusa, où l’empereur conquérant avait établi une colonie (Colonia Ulpia Trajana Dacica) était une cité prospère et florissante durant le temps de la pax romana. L’État romain poursuivit en l’affermant l’exploitation des ressources aurifères de la région, déjà commencée sous les rois daces.


Trajan établit dans les territoires conquis sur les Daces de très nombreux colons venus de toutes les régions de l’empire, ce que confirme Eutrope : « Ex toto orbe romano infinitas eo copias hominum transtulerat ad agros et urbes colendos. » Ces colons n’étaient pas tous d’origine latine, ce dont témoignent les inscriptions votives retrouvées dans cette province frontière : celles dédiées à Isis, à Horus ou au Jupiter d’Héliopolis signalent la présence d’Égyptiens, des Africains ont honoré la Dea Caelestis de Carthage, les Phrygiens Jupiter de Commagène ou Jupiter de Pruse, les Galates Jupiter de Tavium, les Gaulois ou les Germains Nehalenia. Cariens, Dalmates ou Palmyréniens ont également laissé des traces mais l’élément latin était tout de même dominant sur le plan ethnique et linguistique.


Il est question, sous Hadrien, d’abandonner la Dacie, trop exposée à la menace barbare, mais les conseillers de l’empereur l’en dissuadent en faisant valoir, selon l’historien Vopiscus, que ce serait abandonner de nombreux citoyens romains : « ne multi cives romani barbaris traderentur ». Évoqué par les auteurs du Bas Empire, cet épisode correspond sans doute aux menaces que firent peser alors sur la région les Sarmates et les Roxolans. On considère aujourd’hui que cette tentation est plus qu’hypothétique, d’autant qu’à la même époque Hadrien faisait construire un fossé entre les Carpates et le Dniestr. C’est à ce moment, sous les Antonins, qu’étaient également fondées les cités de Napoca et Drobeta ainsi que celles de Oescus, Novae, Durostorum et Troesmis établies à proximité des grands camps légionnaires de Mésie inférieure.


Après la défaite subie par M. Claudius Fronto face aux Quades et aux Marcomans, l’intervention de Marc Aurèle se révèle décisive pour refouler l’ennemi. Après lui, Septime Sévère renforce les défenses de la région et c’est à cette époque que l’ancienne Drobeta (sur le Danube, à hauteur des Portes de Fer) devient Turnu-Severin (la tour de Sévère).


213 : Visite de Caracalla dans le nord de la Dacie.


Au IIIe siècle, l’insécurité se généralise et le titre de Dacicus – attribué à Maximin, Dèce, Gallien et Aurélien – en dit long sur la nécessité des interventions fréquentes dans ces régions.


247 : L’empereur Philippe vient diriger en personne les opérations conduites contre les Carpes qui menaçaient la Dacie.


250 : Dèce est proclamé « restaurateur de la Dacie » à Apulum après une victoire contre les Goths mais il est tué au combat l’année suivante en Mésie inférieure.


258-260 : Suèves et Sarmates franchissent le cours moyen du Danube.


268 : Claude II le « Gothique » bat les Goths à Naïssus (Nich) en Mésie inférieure.


274 : Face à la pression barbare, l’abandon de la Dacie « trajane » est décidé sous le règne d’Aurélien – certains auteurs pensent que l’évacuation était déjà entamée sous celui de Gallien. Le nom de Dacie « aurélienne » désignera désormais, au sud du Danube, une partie de la Mésie. À partir de Dioclétien, tout un diocèse de Dacie – divisé en cinq provinces – s’étendra au sud du Danube et de la Save.


Une fois abandonnées les régions situées au nord du Danube, la question se pose de la continuité qu’il convient ou non d’établir entre les habitants de la Dacie romanisée et les Valaques revenus dans l’histoire huit siècles plus tard Ce problème revêt une grande importance dans la mesure où les réponses apportées varient selon les interprétations que font de cet épisode de l’histoire des régions danubiennes les Roumains, les Allemands et les Magyars. Il y a plus d’un siècle, alors que s’affrontaient les tenants des diverses « nationalités », la question a été parfaitement résumée par l’historien Alfred Rambaud : « Les Allemands et les Hongrois dont les compatriotes se sont établis en Transylvanie croient avoir intérêt à démontrer que l’abandon de la Dacie trajane fut complet, que les colons magyars, szeklers ou germains, quand ils s’y fixèrent, n’y trouvèrent aucune population latine. Ce serait à une époque postérieure que les Roumains, transplantés par Aurélien au sud du Danube, auraient reparu dans les Carpates et dans le bassin de la Theis (Tisza). Par conséquent ce ne sont pas les Hongrois et les Allemands qui ont dépouillé les Romains, mais ce sont les Roumains qui vinrent s’établir au milieu des populations magyares et germaniques ; ils sont des intrus dans l’ancienne Dacie ; rien d’étonnant si leur population s’est trouvée réduite à l’état de servage… Avec la même ardeur, les Roumains soutiennent que leurs ancêtres n’ont cessé d’habiter la Transylvanie depuis le temps de Trajan et d’Aurélien ; l’usurpation politique des Allemands et des Magyars n’a même pas l’excuse d’un droit historique. Dans le premier système, le texte de l’historien latin Vopiscus (« sublato exercitu et provincialibus reliquis… abductosque ex ea populos in Moesia collocavit ») s’interprète dans le sens d’un abandon total, d’une transplantation en masse de colons latins au sud du Danube ; dans le second, il signifie seulement qu’Aurélien a retiré l’armée et les fonctionnaires (provincialibus) ; mais à part une faible partie des colons qui a pu être transplantée en Mésie, la masse de la population est restée dans la Dacie trajane, défendant et maintenant sa terre à ses risques et périls. Si déjà, sous Hadrien, les citoyens romains semblaient trop nombreux pour qu’on se résignât à les abandonner aux Barbares, leur nombre devait être bien plus considérable sous Aurélien, l’occupation romaine de la Dacie ayant duré de l’an 106 à l’an 274, c’est-à-dire pendant cent soixante-huit ans. Les historiens roumains insistent sur l’absurdité d’un système qui voudrait qu’une si grande population ait été transportée tout entière en Mésie puis ait réémigré en masse plusieurs siècles après, de la péninsule des Balkans dans le vaste cirque formé par les Carpates… » Durant la période des invasions, les descendants des colons de Trajan sont naturellement contraints d’abandonner le plat pays pour des raisons de sécurité, afin de chercher refuge dans les hautes vallées de la montagne carpatique ; quand ils reparaîtront sous le nom de Valaques, ce sera d’abord dans les régions montagneuses qu’ils seront signalés. Avec le retour d’une relative sécurité, ils réapparaissent dans les plaines de Transylvanie, de Bucovine, de Bessarabie, de Moldavie et de Valachie. L’usage de la langue « roumaine » plaide en faveur de cette continuité – la grammaire est entièrement latine et six dixièmes du vocabulaire sont d’origine latine (trois dixièmes d’origine slave, le reste d’origine turque, grecque, magyare ou allemande). La toponymie des plaines et des cours d’eau est presque entièrement magyare ou germanique en Transylvanie mais elle est restée exclusivement latine dans les hautes terres, ce qui constitue un argument majeur en faveur de l’interprétation roumaine de l’histoire de la région.


Sous le règne de Dioclétien (284-305), l’actuelle Dobroudja devient la province de Scythie mineure qui, malgré les destructions infligées par les Goths, connaîtra un très bel essor durant le Bas Empire romain et l’époque byzantine, au moins jusqu’au VIIe siècle, malgré les ravages dus aux Avars en 587 et en 599.


IVe-VIe siècles : C’est durant cette période que le christianisme gagne ses premiers fidèles au nord du Danube, ce dont témoignent certains vestiges archéologiques.

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