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Cuba au temps de la révolution et de la dictature castriste

 

La décennie 1959-1969 voit l’établissement progressif du régime castriste qui, isolé, survit en se rapprochant de l’URSS et en affirmant toujours davantage ses choix révolutionnaires. Le nouveau régime veut en finir avec l’oligarchie foncière traditionnelle et avec les intérêts capitalistes étrangers, ce qui va naturellement le conduire à entrer en conflit avec les États-Unis.


7 janvier 1959 : Promulgation de la loi fondamentale de la République qui établit les fondements du nouvel État cubain. Trois groupes se partagent le pouvoir révolutionnaire : le Mouvement du 26 juillet de Castro, dont beaucoup de dirigeants sont d’origine citadine et bourgeoise, le Directoire révolutionnaire, de recrutement essentiellement étudiant, et le Parti socialiste populaire (PSP) appelé à devenir le Parti communiste.


13 février 1959 : Fidel Castro devient Premier ministre. Il entreprend immédiatement des réformes radicales comme la nationalisation des transports et la baisse des loyers. C’est la première fois que le PSP accepte une direction politique autre que la sienne pour construire le socialisme.


17 mai 1959 : Promulgation, dans la sierra Maestra, de la première loi de réforme agraire fixant aux exploitations une superficie minimale de 27 ha et maximale de 402 ha. Il s’agit d’en finir à la fois avec les grands domaines latifundiaires et avec les microfundia trop peu rentables. La propriété privée n’est pas abolie, mais la plupart des terres ne sont pas redistribuées aux petits paysans. Elles deviennent propriété de l’État, grand bénéficiaire des confiscations.


18 juillet 1959 : Osvaldo Dorticos devient président à la place du Dr Urrutia, soupçonné de freiner les réformes.


Octobre 1959 : Dès la prise de pouvoir par les castristes, la presse américaine s’est attaquée au nouveau régime et les États-Unis apportent tout leur soutien aux contre-révolutionnaires cubains. Pour lutter contre les éventuelles tentatives de déstabilisation sont créées des milices populaires ; le gouvernement de Washington croyait pouvoir compter sur le soutien de la population cubaine pour renverser Castro mais sous-évaluait l’importance que revêtait pour elle l’indépendance reconquise.


Plus de 600 opposants sont exécutés durant la première année du régime. Ceux qui, parmi les pionniers de la révolution, n’acceptent pas le virage marxiste sont éliminés ou condamnés à de lourdes peines de prison. C’est le cas de Hubert Matos Mar, condamné en 1959 à vingt ans de détention pour « conspiration ». Dans les années 1960, Castro reconnaît l’existence de 20 000 prisonniers politiques.


1959-1960 : Cuba tente de se faire une place sur la scène latino-américaine et caraïbe. L’État cubain établit des contacts avec des pays démocratiques et développe aussi une politique internationaliste originale tournée vers les pays du tiers-monde. Castro intervient aux Nations unies en 1960, année qui voit la rupture avec les États-Unis, les tensions entre les deux pays ne cessant de s’exacerber. Dès 1959, Washington avait condamné la répression dont étaient victimes les partisans de Batista. Par la loi du 6 juillet 1960, l’État cubain confisque toutes les entreprises nord-américaines en représailles du non-respect du Sugar Act qui impliquait l’achat par les États-Unis de 3 millions de tonnes de sucre cubain au double du cours mondial. C’est l’URSS qui prend alors le relais, garantissant ainsi à Cuba l’achat de son principal produit d’exportation. La signature entre La Havane et Moscou d’un accord commercial prévoit l’échange du pétrole soviétique contre le sucre cubain. Sur de nombreux points, Castro s’accorde avec l’URSS à laquelle il reproche toutefois de ne pas s’engager plus vigoureusement contre l’intervention américaine au Vietnam.


1960 : En août, expropriation et nationalisation de toutes les entreprises étrangères présentes sur l’île puis des banques en septembre. Le 15 septembre 1960, une nouvelle étape est franchie dans la voie de la socialisation : le gouvernement décide la nationalisation de l’industrie du tabac. Enfin la loi du 13 octobre fait passer sous le contrôle de l’État toutes les grandes firmes cubaines, notamment les entreprises sucrières. Celles-ci sont remplacées par des coopératives et transformées en 1962 en fermes sucrières.


Octobre 1960 : Au cours de la campagne présidentielle américaine, les candidats R. Nixon et J. F. Kennedy multiplient les surenchères contre Cuba et, le 19 octobre, le Département d’État décide l’embargo général sur les exportations vers l’île.


3 janvier 1961 : Eisenhower rompt les relations diplomatiques avec Cuba. Son successeur John Kennedy poursuit dans cette voie.


1961 : Création des fermes du peuple qui sont 280 l’année suivante. Apparition de l’Association nationale des petits agriculteurs (ANAP) qui regroupe 90 % de ces derniers. En raison du blocus, on entreprend la diversification des productions agricoles cubaines.


Fusion des trois groupes révolutionnaires de 1959 (Mouvement du 26 juillet, Directoire révolutionnaire et PSP) en un seul.


Lancement d’une campagne nationale d’alphabétisation. Par ailleurs, un article de Che Guevara pose la question de l’exception cubaine et dénonce, comme l’avait déjà fait Castro, l’incapacité des pays d’Amérique latine à reproduire le modèle de la guérilla cubaine pour lutter contre l’impérialisme. Cuba mène dans la décennie 1960 une politique de soutien et d’encouragement aux guérillas en Amérique latine, ce qui provoque des heurts avec les gouvernements et les partis communistes de ces pays.


15-19 avril 1961 : Tentative d’invasion de Cuba dans la baie des Cochons par 2 000 exilés cubains et les Américains qui ont décidé de soutenir les partisans de Batista réfugiés sur leur territoire. La CIA a recruté 5 000 Cubains exilés qu’elle a instruits dans des camps du Guatemala dans le but de renverser Castro et d’instaurer à Cuba un gouvernement contre-révolutionnaire. Ils sont repoussés au bout de trois jours d’affrontements par les milices castristes. Le régime de La Havane sort grandi de l’épreuve. Grâce à la victoire de Playa Girón, il a su montrer l’attachement du peuple cubain à la révolution.


16 avril 1961 : Castro proclame le caractère socialiste de la révolution, alors qu’il se défendait encore un an plus tôt d’adhérer au communisme. Ce changement rapide s’explique par la détérioration des relations avec les États-Unis et le rapprochement avec les communistes cubains du Parti socialiste populaire. Les Cubains identifient désormais la lutte pour le socialisme avec celle pour l’indépendance nationale.


1er décembre 1961 : Castro affirme : « Je suis un marxiste-léniniste et je serai un marxiste-léniniste jusqu’au dernier jour de ma vie. »


1962 : Cuba est exclue de l’Organisation des États américains, ce qui donne lieu à la « deuxième déclaration de La Havane » dans laquelle Fidel Castro s’exprime ainsi : « Dans de nombreux pays d’Amérique latine, la révolution est aujourd’hui inévitable. » Cuba se retrouve alors très isolée en Amérique latine, situation qui se prolonge jusqu’en 1970. Le pouvoir doit alors s’organiser économiquement pour nourrir une population de 8,5 millions de personnes.


Dans les tensions de la guerre froide, qui atteindront leur paroxysme avec la crise des fusées du mois d’octobre, Cuba est devenue un nouvel enjeu. Par crainte d’une invasion américaine, Castro se rapproche de l’URSS et négocie avec Khrouchtchev qui lui propose d’installer des missiles à Cuba. Dès septembre 1962, 24 batteries de missiles Sam II, d’une portée de 1 800 km, sont installées dans la province occidentale de Pinar del Rió. Elles sont bientôt complétées par un arsenal de fusées à moyenne portée déployées sur cinq autres bases. La crise des fusées entre Cuba et les États-Unis commence en octobre, lorsqu’un avion espion U2 détecte par photo aérienne la présence des missiles. La tension est à son comble, le monde entier craint une guerre thermonucléaire. Le 22 octobre, les États-Unis exigent le démantèlement immédiat des plates-formes de lancement et décrètent un embargo militaire autour de l’île. Le 24, on frôle la catastrophe lorsque des navires soviétiques font mine de briser le blocus. Mais Khrouchtchev reconnaît la présence des fusées et accepte secrètement leur retrait si les États-Unis s’engagent à ne pas envahir Cuba lors des négociations qui ont lieu à l’Onu par l’intermédiaire de son secrétaire général U Tant. Le blocus naval est levé mais l’embargo commercial est maintenu.


Castro sort blessé d’avoir été tenu à l’écart des négociations. Dans la correspondance qu’il a échangée avec Khrouchtchev, il lui a écrit le 26 octobre 1962 à propos de la possibilité d’une attaque nucléaire contre les États-Unis : « Il s’agirait d’un acte relevant de la plus légitime défense, aussi dure et terrible que fut la solution. » Cette correspondance révèle ainsi des aspects peu connus de la personnalité du lider maximo.


Le service militaire devient obligatoire.


Août 1963 : Fidel Castro annonce que « l’agriculture sera la base de l’économie ». La même année, l’Institut national de la pêche est créé et les résultats de ce secteur quasi inexistant en 1959 sont rapidement exceptionnels.


13 octobre 1963 : Deuxième réforme agraire et loi d’interdiction des propriétés de plus de 67 ha ; la bourgeoisie rurale est ainsi détruite. La fusion entre fermes du peuple et fermes sucrières est accomplie et l’on parle désormais de fermes d’État.


21 janvier 1964 : Signature d’importants accords commerciaux avec l’URSS qui prévoient la stabilisation des cours du sucre et planifient les ventes de sucre jusqu’en 1970 (5 millions de tonnes prévues à cette date).


26 juillet 1964 : Dans la Déclaration de Santiago, Cuba affirme son droit à soutenir des mouvements révolutionnaires dans des pays qui favorisent les agressions contre elle.


Octobre 1964 : Au Sommet des pays non alignés réuni au Caire, Cuba, qui se pose en championne de la lutte contre l’impérialisme, dénonce la ligne de « coexistence pacifique » prônée par l’URSS.


Février 1965 : Lors d’un séminaire économique se tenant à Alger, Guevara affirme son refus d’appliquer les principes impérialistes aux échanges commerciaux entre les pays socialistes et ceux qui tentent de se libérer de la tutelle impérialiste. Selon lui, il faut leur fournir des armes à des prix inférieurs à ceux du marché car la violence est la voie suprême pour le triomphe du socialisme. Cuba mène alors une politique étrangère offensive qui se veut indépendante de celle de l’URSS.


Avril à novembre 1965 : 200 volontaires cubains menés par Guevara arrivent au Congo ex-belge, indépendant depuis 1960. Cette intervention au nom du « tricontinentalisme » se solde par un échec, mais Cuba est, dès cette époque, présente en Afrique sur de nombreux fronts. Dans son ouvrage consacré à Che Guevara, l’historien italien Enzo Santarelli explique que « la vision tricontinentale visant à rassembler les peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, tendait à remplacer le vieil internationalisme ambigu du modèle soviétique, ou le manque d’internationalisme affiché dans les conflits entre Moscou et Pékin. La stratégie tricontinentale mettait l’accent sur un point sensible, mais sans pouvoir reconstruire de manière forte et durable un cadre adapté aux objectifs qu’elle se proposait d’atteindre… ».


3 octobre 1965 : Création du nouveau Parti communiste cubain qui fournit la plupart des cadres politiques. Il y a alors 50 000 militants et aspirants, ils sont 100 000 en 1970 et 210 000 en 1975. Ce parti, qui s’inspire du marxisme-léninisme, est l’héritier du PRC crée par Martí 1892 et du PC fondé par Mella en 1927. Le parti et l’État demeurent toutefois séparés.


1965-1975 : Construction de 100 000 nouveaux logements mais la pénurie sévit toujours. 335 000 seront réalisés dans la décennie 1980.


1965 : Castro estime le nombre de prisonniers politiques à 20 000. Les tensions sont alors vives avec les États-Unis.


Janvier 1966 : Castro rend publique l’existence d’un différend entre La Havane et Pékin en raison d’une activité de propagande politique menée par les Chinois à Cuba. Suite aux protestations de La Havane, les Chinois suspendent l’approvisionnement en riz de l’île, provoquant ainsi un rationnement au sein de la population cubaine. Castro ne cède pas, lui qui avait déclaré que « la révolution cubaine ne serait jamais le satellite de personne ».

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