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La Corée sous la domination japonaise

Si le traité d’annexion de 1910 faisait de la Corée une partie intégrante de l’Empire japonais, la péninsule va être soumise de fait à un régime colonial impitoyable qui trouve ses racines dans un passé lointain puisque les premiers documents historiques japonais, contemporains du VIIIe siècle, manifestent le plus grand mépris pour des voisins considérés comme des « barbares ». Historien de la Corée, André Fabre (Histoire de la Corée, Éditions de l’Asiathèque) constate donc « qu’une fois totalement maîtres de la Corée, les Japonais firent tous les efforts nécessaires pour l’exploiter au maximum, la priver de son âme et en faire une loyale province d’outre-mer de Sa Majesté l’Empereur du Japon ».


1910 : Le Gouvernement général japonais crée un bureau du cadastre qui va contribuer de fait à la mise en œuvre de l’expropriation des terres coréennes. Le processus est confirmé en 1912 quand une loi demande aux propriétaires de faire la preuve de leurs droits dans un délai limité, ce qui va fournir aux Japonais l’opportunité de nombreuses confiscations foncières. La construction de voies ferrées ou la désignation de certaines zones comme « terrains militaires » ne feront qu’aggraver encore les effets de cette politique. Au début des années 1930, les autorités japonaises se seront ainsi approprié 40 % des terres coréennes. Cette politique vise à augmenter la production de riz destinée à l’exportation vers l’archipel nippon (qui correspond à la moitié de la récolte coréenne au cours des vingt ans qui suivent l’annexion). Les expropriations réalisées poussent les paysans coréens à l’exode rural ou à l’émigration vers la Mandchourie ou la Sibérie, parfois vers le Japon où leur situation de travailleurs immigrés n’est guère brillante. Dans le domaine industriel, la part des capitaux investis par les Japonais est en 1929 dix fois plus importante que celle fournie par les Coréens. De manière générale, l’occupation japonaise correspond à un appauvrissement de la population coréenne, aussi bien à la campagne qu’en ville, même si le pays voit se développer de nouvelles activités. Dans le système mis en place par les occupants, la Corée est appelée à fournir du riz ou des matières premières telles que la laine et le coton dont la production et la culture sont introduites par les occupants pour limiter, crise des années trente oblige, le coût des importations en provenance de pays tiers. Dans le même temps, le faible coût de la main-d’œuvre coréenne encourage les entrepreneurs nippons à s’installer dans la péninsule, ce qui contribue à son décollage industriel, même si les habitants n’en profitent guère.


1911 : Toutes les forêts coréennes passent sous le contrôle du gouvernement général japonais qui entreprend une politique de déboisement massif en vue d’augmenter la surface agricole.


1912 : Les autorités japonaises prennent le contrôle des pêcheries coréennes et les pêcheurs nippons peuvent désormais exploiter les eaux coréennes, au détriment de leurs homologues locaux.


1er mars 1919 : À la veille des obsèques du dernier souverain coréen Kojong, prévues pour le 3 mars, les représentants des diverses communautés religieuses réunis à Séoul proclament l’indépendance du pays et organisent une manifestation dans la capitale. Ce mouvement était l’aboutissement de la fermentation politique et intellectuelle qui – au moment où se réunissait à Paris la Conférence de la Paix qui devait mettre un terme à la Première Guerre mondiale et bâtir un nouvel ordre international – engendrait en Corée comme partout dans le monde les revendications d’indépendance de nombreuses nationalités opprimées à des titres divers (la naissance de la Tchécoslovaquie, des Républiques baltes ou de la Yougoslavie allaient en ce sens, tout comme la résurrection de la Pologne, mais le sort réservé aux revendications arabes en Syrie ou en Égypte, aux demandes indiennes ou aux attentes exprimées dans le Caucase ou le Turkestan russe ne pouvait laisser que peu d’espoir aux patriotes coréens dont le leader, Syngman Rhee, réfugié aux États-Unis, n’avait même pas obtenu un visa lui permettant de se rendre à la Conférence de la Paix. La manifestation du 1er mars se voulait non violente mais la trentaine de signataires de la déclaration d’indépendance furent immédiatement arrêtés sur ordre des autorités japonaises. Celles-ci ne purent empêcher cependant la manifestation prévue et le succès rencontré par celle-ci fit que des actions analogues se multiplièrent à travers tout le pays, témoignant de la volonté du peuple coréen de retrouver son indépendance. Pris de court, les Japonais réagissent cependant avec la plus grande violence. L’armée intervient aux côtés de la police et de la gendarmerie pour briser le mouvement et la répression fit plus de sept mille tués auxquels il faut ajouter de nombreux blessés et près de cinquante mille arrestations. Parmi les victimes une jeune fille de 16 ans, Yu Kwan-Sun, meurt en prison sous la torture et symbolise ce mouvement de résistance nationale de mars 1919, analogue au mouvement chinois du 4 mai, qui ne rencontre guère d’écho à l’extérieur, où les puissances qui viennent de sortir victorieuses du conflit mondial ne souhaitent pas embarrasser le Japon, qu’elles cherchent au même moment à écarter de Chine tout en limitant ses ambitions navales (conférences de Washington de 1921-1922).


21 mars 1919 : Un Conseil national coréen formé à Vladivostok le 17 mars constitue un gouvernement provisoire. Un autre gouvernement provisoire de la République de Corée est créé à Shanghai le 11 avril ; un troisième, éphémère, voit le jour à Séoul le 21 avril. De ces trois gouvernements, c’est celui de Shanghai qui va réussir à s’imposer et à incarner la résistance nationale coréenne à l’occupation japonaise. Son président est Syngman Rhee qui veut instaurer un régime républicain et n’entend pas œuvrer à la restauration de la dynastie des Yi. Ce n’est qu’après 1937 et l’attaque japonaise contre la Chine qu’il commence à être sérieusement considéré sur le plan international. Il suit alors le gouvernement nationaliste chinois replié à Tchong King dans le Sichuan en raison de l’invasion nippone puis déclare la guerre au Japon après l’attaque de Pearl Harbour en décembre 1941. Cette attitude ne pouvait que lui valoir le soutien de Washington et c’est ce gouvernement de Shanghai qui s’installera dans la zone d’occupation américaine de Corée le 23 novembre 1945.


1920 : Venus de Mandchourie voisine – qui fait pour eux office de sanctuaire dans la mesure où près d’un million de Coréens y ont émigré –, des combattants coréens sont encore en mesure de monter coups de main et embuscades et d’infliger des pertes sensibles aux unités japonaises. Les Japonais répliquent par des représailles aveugles contre les populations civiles, ce qui limite les possibilités d’action des combattants coréens.


1921 : Création de la Société d’étude de la langue coréenne qui va contribuer à la résistance culturelle à l’occupation nippone.


1924 : Création de l’Université impériale de Séoul. Cette mesure aux effets limités (le nombre des étudiants coréens ne doit pas dépasser un tiers des effectifs) s’inscrit dans une volonté du Japon de desserrer quelque peu sa mainmise sur la Corée afin de la faire mieux accepter par les habitants du pays. Les fonctionnaires japonais sont désormais habillés en civil et l’on s’efforce de rendre plus discrète l’armée d’occupation. Quelques postes sont offerts à des Coréens dans l’administration et la publication de journaux quotidiens en langue coréenne est autorisée. L’essor que connaît alors la littérature nationale contribue à l’affirmation de l’identité coréenne.


1925 : Création à Séoul d’un parti communiste coréen. Dès 1918 des Coréens exilés en Sibérie ont pris contact avec les bolcheviks et ont participé à la lutte contre les Blancs et les Japonais. Les communistes coréens organiseront quelques coups de main contre la police dans le Nord du pays.


1925 : Les Japonais s’entendent avec le « seigneur de la guerre » chinois Tchang tso Lin, qui contrôle alors la Mandchourie, et obtiennent de lui qu’il leur livre de nombreux combattants coréens. Les possibilités de la résistance antijaponaise s’en trouvent considérablement limitées et la mainmise nippone sur la Mandchourie à partir de 1931 permet à l’occupant de sécuriser sa conquête.


Août 1928 : L’arrestation de la plupart des dirigeants communistes coréens limite considérablement les possibilités d’action du parti.


Novembre 1929 : Émeute de Kwangju. Une bagarre entre étudiants japonais et coréens déclenche une période d’agitation qui mobilise des dizaines de milliers de jeunes Coréens contre l’annexion du pays, ce qui confirme la persistance d’un puissant sentiment national.


1931 : Incident de Manchourie. Le Japon s’engage dans la constitution de l’empire du Mandchoukouo confié à Pou Yi, le dernier empereur mandchou de Chine renversé par la révolution de 1912.


1932 : Tentative d’attentat perpétrée par un patriote coréen contre l’empereur du Japon. La même année, un autre lance une bombe dans un parc de Shanghai, tue le général japonais Shirakawa et blesse l’amiral Nomura.


1936 : Une ordonnance ouvre la voie de la répression policière des délits d’opinion, baptisés « crimes idéologiques ».


1937 : Le Japon attaque la Chine. La Corée devient une base arrière importante pour la campagne engagée par les Japonais en Chine et son activité industrielle change de nature, passant de l’industrie agroalimentaire ou de transformation à l’industrie lourde nécessaire à l’effort de guerre nippon. La population ouvrière coréenne connaît ainsi un développement rapide pour représenter deux millions d’actifs en 1945 à l’issue du second conflit mondial. L’attaque contre la Chine conduit également l’occupant à renoncer à toute posture libérale vis-à-vis de la population coréenne. Le seul mot d’ordre désormais admis affirme l’unité sans faille de la Corée et du Japon. Le japonais devient langue obligatoire et les publications en langue coréenne sont interdites. L’assistance aux rites shinto devient bientôt elle aussi obligatoire et les chrétiens qui s’y refusent sont emprisonnés.


1937 : Staline déporte vers l’Asie centrale les Coréens de Sakhaline et de l’Extrême-Orient soviétique.


1938 : Le durcissement de la domination japonaise fait que la Corée compte alors près de quarante mille détenus politiques. De nombreux opposants se recrutent parmi les deux cent mille chrétiens que compte alors le pays.


1938 : Les divers groupes de partisans coréens qui ont lutté depuis une vingtaine d’années contre le Japon se rassemblent en une « armée de la restauration » qui se met au service du gouvernement provisoire coréen établi en Chine. Cette force se battra aux côtés des Chinois et certaines unités seront engagées aux côtés des Britanniques en Birmanie.


1939 : Les autorités japonaises imposent aux Coréens un Service du travail obligatoire qui concernera plus de quatre millions de personnes en 1945, dont 1 260 000 employées au Japon comme main-d’œuvre non qualifiée.


1941 : L’occupation japonaise s’appuie à cette date sur 60 000 policiers appuyés par 180 000 auxiliaires qui assurent l’encadrement et le contrôle de la population. La situation des Coréens empire, notamment celle des paysans (70 % de la population) qui voient désormais les deux tiers de leurs récoltes de riz exportés vers le Japon. Des emprunts forcés et la collecte des métaux précieux sont opérés sous le couvert de campagnes patriotiques de contributions volontaires à l’effort de guerre en faveur de la Grande Asie orientale.


1943 : Dissolution de la Société pour l’étude de la langue coréenne. L’usage de la langue coréenne est interdit dans la rue et les Coréens sont invités à japoniser leurs noms de famille. Dès 1941, les programmes d’enseignement japonais ont été imposés en Corée. Une Société d’amitié coréo-japonaise apparaît cependant favorable à l’intégration à l’Empire japonais et compte de nombreux adhérents, sincèrement convaincus de la communauté de destin entre les deux pays ou simples opportunistes. De manière générale, la politique d’assimilation forcée mise en œuvre par le Japon se heurte à la résistance passive de la majeure partie de la population.


1943 : Mobilisation des Coréens dans l’armée japonaise. Dans le même temps, des dizaines de milliers de jeunes Coréennes sont arrachées à leurs familles pour servir de « filles de réconfort » dans les maisons de plaisir réservées, dans toute l’Asie occupée, aux militaires japonais.


1er décembre 1943 : À l’issue de la conférence du Caire à laquelle participent les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Chine de Tchang Kaï-chek, les trois puissances affirment leur volonté de restaurer l’indépendance de la Corée « en temps voulu », une formulation qui allait se révéler porteuse de lourdes incertitudes.


Juillet 1945 : Lors de la conférence de Potsdam, les alliés victorieux réaffirment le principe d’une restauration de l’indépendance de la Corée, qui est approuvé par Staline.


6 et 9 août 1945 : Bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki. Le 8 août, Staline a déclaré la guerre au Japon et l’armée rouge est entrée en Mandchourie. Les forces soviétiques poussent naturellement en direction du nord de la Corée où elles entrent le 12 août et occupent Pyong Yang.


15 août 1945 : Le Japon accepte la capitulation sans conditions exigée de lui par les Américains. Elle est signée le 2 septembre suivant en baie de Tokyo.


8 septembre 1945 : Les Américains débarquent en Corée. Ils ont prévu avec les Soviétiques de diviser temporairement le pays en deux zones séparées par le 38e parallèle, dans lesquelles les uns et les autres recevraient la reddition des troupes japonaises et assureraient le maintien de l’ordre en attendant la mise sur pied d’un gouvernement coréen.


 

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