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La cathédrale Saint-Jean à La Valette
La cathédrale Saint-Jean de La Valette

Petite capitale de Malte, La Valette est une ville singulière. Etroite langue de terre allongée vers le large entre les eaux turquoise de deux ports, elle a hérité d'une longue occupation anglaise des rues rectilignes qui se coupent à angle droit. La ville est marquée de manière omniprésente par les chevaliers de l'ordre de Malte. Cet ordre, à la fois militaire et religieux, est né pendant les croisades, quand il s'agissait de défendre la Terre sainte reconquise et d'accueillir les nombreux pèlerins qui s'y rendaient. Cet ordre des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem fut contraint de quitter définitivement l'Orient au début du XIVe siècle, sous la pression des Sarrasins. Il trouva alors refuge à Rhodes, où les traces de son installation sont spectaculaires. En 1522, le sultan Soliman II le Magnifique s'empare de l'île. Nouvelle errance pour les chevaliers qui finissent par obtenir de Charles-Quint les droits sur l'archipel maltais. Ils y résident encore.

Un chef-d'œuvre baroque

Les chevaliers ont choisi d'élever l'église conventuelle de l'ordre sur l'épine dorsale de la ville, aujourd'hui Republic Street. Ce n'est qu'en 1816 qu'on lui conféra le titre de cathédrale et, comme il en existait déjà une à Mdina, on a coutume de l'appeler co-cathédrale Saint-Jean-Baptiste. Sa principale caractéristique tient dans le contraste entre la présentation très austère de l'extérieur, heureusement magnifiée par la chaude lumière maltaise, et le somptueux intérieur. La nef centrale est entourée des chapelles des différentes langues de l'ordre, qui soutiennent la voûte. On effectue ainsi un véritable voyage entre les chapelles d'Allemagne, d'Italie, de France, de Provence, d'Auvergne, d'Aragon ou de Castille. Bien qu'extrêmement abondante, ce qui correspond à l'esthétique baroque, la décoration reste harmonieuse. C'est une vision de gloire religieuse qui s'exprime à travers les sculptures, peintures, dorures et marbres colorés. Même le pavement de l'église est riche de couleurs. Chaque dalle multicolore est une pierre tombale, portant les armoiries des chevaliers qui y reposent. Un escalier partant de la chapelle de Provence mène à la crypte où sont inhumés les douze premiers grands maîtres de l'ordre, dont Villiers de l'Isle-Adam et Alof de Wignacourt.

Un grand peintre fantasque : Mattia Pretti

Cinq ans : c'est le temps qu'il faudra à Mattia Preti pour mériter son surnom de « fa'presto » et peindre la voûte de Saint-Jean. Il projetait même d'agrandir les fenêtres pour qu'une lumière plus abondante pénètre dans l'édifice, au risque d'en compromettre sa solidité. Virtuose du baroque acclamé à Naples où il a vu des œuvres du Caravage, il a ensuite abandonné sa manière ténébriste en trempant son pinceau dans les couleurs claires et mordorées de Véronèse. A Saint-Jean, résistant aux plus conservateurs des grands maîtres, il se fait démiurge colérique. Il déplace l'autel et l'orgue, relie les parois par un corridor et couvre l'ensemble d'une orgie de formes et de couleurs. Il peint directement sur la voûte à l'huile la vie de saint Jean-Baptiste. Vision chavirée, sorte d'oratorio qui n'est qu'exaltation de fausses architectures, balcons, balustrades et anges volants.
L'œuvre terminée, il restera à Malte jusqu'à sa mort à 85 ans, en 1699. Sur sa dalle funéraire, il est gravé : « Il laisse une œuvre telle qu'elle peut servir aux générations futures jusqu'à la fin des temps ».


Un génie traqué : Le Caravage

A Malte, Preti a été précédé d'une cinquantaine d'années par le plus maudit des peintres, dont ce sera l'avant-dernière étape avant sa mort sur une plage du Latium : Michelangelo Merisi dit « Le Caravage ».
Meurtrier en fuite, après des étapes à Rome et à Naples, il débarque à Malte à l'été 1607, attiré par le chantier perpétuel de Saint-Jean. Rapidement, il exécute pour un dignitaire estimé, Malaspina, un Saint Jérôme méditatif et émouvant. L'œuvre plaît tant au grand maître Alof de Wignacourt que celui-ci lui commande son portrait en pied, splendide chevalier à la noble attitude et à l'armure étincelante, aujourd'hui au Louvre. Cela vaut à l'artiste d'être reçu chevalier d'obédience. Le Caravage s'emploie alors à une gigantesque Décollation de saint Jean-Baptiste, destinée à l'oratoire des novices dans Saint-Jean. C'est sa plus grande toile, la seule jamais signée, peut-être son chef-d'œuvre. C'est une peinture d'une horreur tranquille, mais saisissante. Devant un mur sombre, un bourreau saisit la tête du Baptiste, écrasé à terre dans sa peau de mouton mystique. Le coup de grâce est proche. Une servante avance un plateau doré, une vieille femme pousse un cri muet. Chassé de Malte par un dernier scandale, Le Caravage y laissera son tableau. On raconte qu'il fut un temps question de le remplacer par l'œuvre d'un peintre obscur. On ne put s'y résoudre. Entièrement métamorphosé en bijou baroque par Mattia Preti, l'oratoire de Saint-Jean conserve cependant toujours, sur son autel, ce redoutable chef-d'œuvre de la peinture universelle.
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MAL 100 - 5 jours

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