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Annibal Carrache et Rome
Le palais Farnèse et la voûte des Carrache
Lorsque le cardinal Odoardo Farnèse fait venir Annibal Carrache de Bologne pour décorer sa chambre au palais Farnèse, c'est qu'il espère trouver en lui un possible successeur de Michel-Ange et de Raphaël, capable de donner tout le lustre qu'il désire à sa demeure romaine. A Rome, les talents se font rares : le Cavalier d'Arpin et son atelier occupent le terrain avec une production médiocre... Depuis dix ans, Annibal, son frère Augustin et son cousin Frédéric ont acquis une solide réputation et fondé, à Bologne, l'académie des Incamminati, école de dessin et académie littéraire antiquisante qui vise à donner aux artistes les clefs de la culture gréco-romaine. L'accueil enthousiaste qu'ont reçu les fresques qu'Annibal et Ludovico viennent de réaliser au palais Magnani de Bologne sur l'histoire de Romulus et Rémus, est venu jusqu'aux oreilles du cardinal, et le camerino dont il leur confie la décoration sur le thème de sa propre célébration à travers les histoires d'Ulysse et d'Hercule est un test avant de passer au grand projet de la galerie des sculptures. Les fresques du camerino sont une réussite et Odoardo est conquis.

Devant le portrait héroïque du cardinal en Hercule, à la croisée des chemins entre le vice et la vertu, on peut mesurer le chemin parcouru par Annibal depuis ses premiers chefs-d'œuvre comme Le Mangeur de fèves (1580) ou La Boucherie (1582) où il traitait avec le plus grand réalisme des sujets triviaux, peints à touches rapides et énergiques qui leur donnent à nos yeux une facture étonnamment moderne. C'est qu'en 1595, à l’intersection entre le naturalisme, qui l'a intéressé comme mode de rupture avec la maniera, et l'idéalisme, plus cohérent avec l'inspiration antique, il choisit définitivement celui-ci. Annibal s'engage sur la voie triomphale qui va faire de lui le fondateur du classicisme, laissant Caravage s'arracher aux griffes du cavalier d'Arpin pour trouver la gloire sur les sentiers escarpés du réalisme.

La décoration de la galerie est un immense chantier qui occupera Annibal pendant près de dix ans. Le thème de la toute-puissance de l'amour traité à travers des scènes mythologiques avait été décliné par le cercle de lettrés qui entourait le cardinal, mais Annibal lui-même, dont nous possédons de multiples dessins préparatoires, fut l'auteur de la conception d'ensemble, extrêmement complexe et qui reflète son ambition de se mesurer au Michel-Ange de la Sixtine et au Raphaël de la Farnésine... Au centre de la voûte, Les Noces de Bacchus et d’Ariane se déploient en une bacchanale pittoresque où les léopards fatigués et les boucs caracolant qui tirent les chars du couple mythique paraissent vouloir voler la vedette à leurs divins maîtres. Autour de cette scène centrale, Annibal a peint vingt-cinq « tableaux rapportés » illustrant les Métamorphoses d'Ovide. La chaste Diane caressant le bel Endymion, Hercule au pied d'Omphale, Jupiter enlevant Ganymède, Apollon séduit par Hyacinthe, Orphée perdant Eurydice, illustrent la puissance maléfique de l'amour. Au contraire, les amours d'Anchise et de Vénus, qui enfantera Enée, ou la réconciliation de Jupiter avec Junon ceinte du ruban de Vénus, évoquent ses bienfaits. Entre les tableaux, et autour d'eux, tout un peuple en trompe l'œil d'atlantes, de télamons, de statues de bronze et de pierre, d'ignudi et de putti, circule en équilibre au-dessus de la corniche. Sur les parois, au-dessus des niches qui abritaient les plus belles sculptures de la collection Farnèse, onze tableaux viennent compléter l'ensemble. Ils furent essentiellement réalisés par les élèves de l'académie des Carrache : Lanfranco, le Guerchin et le Dominiquin à qui l'on doit la merveilleuse Jeune Fille à la Licorne, emblème des Farnèse, qui occupe la place d'honneur au centre de la pièce.

Chef-d'œuvre qui fit aussitôt l'admiration des amateurs, la galerie du palais Farnèse semble accomplir le mot d'ordre de l'académie des Incamminati, si bien exprimé par un sonnet apocryphe d'Augustin Carrache : « La puissance de Michel-Ange, le naturel de Titien, la pureté du Corrège, l'harmonie de Raphaël, la convenance de Tibaldi, l'invention du Primatice et la grâce du Parmesan. »

Malgré ce triomphe, Annibal fut blessé par les cinq cents écus qu'il reçut pour tout prix de son labeur au terme de ces huit années, un conseiller du cardinal ayant estimé qu'il suffisait qu'il ait été logé et nourri pendant ce temps... Cette vexation le plongea dans une profonde mélancolie qui l'empêcha de peindre par moment et se traduisit par des accès de folie. Il ne dut qu'à la fidélité et à la sollicitude de ses élèves et, en particulier, de Lanfranco, de poursuivre son œuvre avec de grands tableaux religieux comme L'Assomption de Santa Maria del Popolo, encadrée, dans la chapelle Cerasi, par Le Martyre de saint Pierre et La Conversion de saint Paul du Caravage.

Son dernier tableau, La Naissance de la Vierge, retrouvé à sa mort dans son atelier, peut être considéré comme un manifeste du classicisme : c'est à Nicolas Poussin, grand admirateur de Carrache, et à l'Ecole française qui naîtra au XVIIe siècle que reviendra le soin de reprendre le flambeau d'Annibal...
 

 
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