Le
Pays Basque (Euskal
Herría)
désigne l’espace
géographique dans lequel est parlée la langue basque :
l’euskera.
On sait que le basque n’est pas une langue indoeuropéenne, mais
son origine demeure encore inconnue en dépit des nombreuses
hypothèses formulées sur ce sujet. Certains spécialistes
soulignent ses similitudes avec les langues caucasiennes (comme le
géorgien) ; d’autres, la considèrent de la même famille que
l’ibère, l’aquitain, voire le paléo-sarde ; d’autres
encore, insistent sur son « fonds eurasien » (notamment
l’ouralien) ; d’autres enfin, font remonter le proto-basque
jusqu’au paléolithique, soulignant ainsi à l’extrême son
caractère d’isolat.
Le critère exclusivement linguistique pour définir le Pays Basque
n’est pas sans présenter de sérieuses difficultés. Le territoire
de la langue basque a considérablement évolué au cours de
l’histoire et s’est vraisemblablement réduit à partir du haut
Moyen Âge, époque où il était parlé jusque dans la Rioja et au
nord de Burgos. Dès les XIIe, XIIIe et XIVe siècles, on parlait non
seulement basque mais aussi provençal, gascon et béarnais à
Saint-Jean-Pied-de-Port, Mauléon, Pampelune, Saint-Sébastien,
Bayonne ou Labastide-Clairence.
Du
point de vue de l’anthropologie
biologique,
les études sur l’origine des basques ont également conduit à
plusieurs théories antagoniques. Certaines affirment qu’il s’agit
d’une descendance directe de l’homme de Cro-Magnon, voire de son
évolution locale ; d’autres, soutiennent que l’homme basque
provient de la migration d’un peuple néolithique de l’est
européen (vers 4500 av. J.-C.) ; d’autres encore, estiment que
sa double ascendance mêle l’ibère et le celte primitif. Il existe
aussi des théories plus fantaisistes qui en font le résultat d’une
invasion de berbères ou même une branche du peuple Juif.
Jusqu’à
la première moitié du XXe siècle, sous l’influence de la
raciologie républicaine des disciples de Paul Broca et d’Armand de
Quatrefages, les recherches sur le peuple basque ont été centrées
essentiellement sur l’anthropologie physique et la génétique.
Elles valorisaient surtout le critère ethnolinguistique.
Discréditées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale,
considérées inadéquates depuis la fin du XXe siècle, ces études
ont été largement abandonnées du moins en Europe.
Pour
le grand public, la distribution
particulière de certains groupes sanguins reste la caractéristique
génétique des Basques
la plus connue. Il y a, en effet, une forte fréquence du groupe O,
une faible fréquence du groupe B, une fréquence très élevée de
rhésus négatif, une absence de mutation V Leiden, une prévalence
du déficit en facteur XI, etc.
Cela
étant, les basques se différencient-ils des autres Européens par
un certain nombre de caractéristiques génétiques ? Au stade
actuel de la recherche, on ne saurait là aussi apporter une réponse
définitive à cette question.
Deux
points semblent cependant acquis : le Pays Basque a connu au
cours de l’histoire une réduction sensible de son territoire
linguistique et un brassage important impliquant diverses populations
européennes.
Parmi
les anthropologues et les spécialistes de l’étude des mœurs et
des coutumes basques, on retiendra notamment les noms de José
Miguel de Barandiarán,
Telesforo
Aranzadi,
Koldo
Mitxelena
et Julio
Caro Baroja
en raison du prestige, du volume et de la qualité de leurs travaux.
En
ce qui concerne la
littérature
écrite
en basque,
elle est réduite et tardive (XVIe siècle). En revanche, la
littérature orale est riche et très variée. Il faut citer ici le
bertsolarisme,
dont les représentants les « bertsolariaks »,
sont des bardes ou poètes qui improvisent sur n’importe quel sujet
imposé. La pastorale,
théâtre populaire, est aussi très répandue en Soule. Il ne faut
pas non plus oublier les très nombreux proverbes, refrains,
ballades, chants de guerre, hymnes funéraires, mascarades et
charivaris.
L’une
des principales caractéristiques du Pays Basque est la diversité de
ses paysages.
Le climat est océanique sur la côte qui se déroule entre
l’embouchure de l’Adour (Anglet) et la commune de Musquez (en
basque Muskiz) à l’ouest de Bilbao. Il est montagnard dans la
chaîne qui s’étend de la cordillère cantabrique, à l’ouest,
aux Pyrénées, à l’est. Il est enfin méditerranéen dans la
partie centrale-sud. Les plaines verdoyantes, sur le versant
océanique, sont des terres de polyculture et d’élevages. Les
montagnes, elles aussi vertes et herbeuses ou couvertes d’une
abondante végétation de hêtres, de chênes et de bouleaux, sont le
domaine de l’élevage et de la sylviculture. Enfin, les terres
rouge et ocre de Navarre et d’Alava, sont celles de la culture des
céréales et de la vigne.
Le
découpage politico-administratif du Pays Basque est également
pluriel.
Il comprend sept « provinces » ou « territoires
historiques ». Dans la zone sud (Hegoalde)
ou Pays Basque espagnol il y a, d’une part, l’Alava (Vitoria), la
Biscaye (Bilbao) et le Guipuscoa (Saint-Sébastien), qui forment la
Communauté Autonome Basque dont le siège est à Vitoria (Gasteiz)
et, d’autre part, la Navarre ou Communauté forale de Navarre, avec
pour capitale Pampelune. La spécificité navarraise a des raisons
historico-culturelles. Elle s’explique par le fort sentiment
d’identité régionale qu’éprouve une partie significative de la
population, laquelle refuse l’idée du Grand Pays Basque. Dans le
nord (Iparralde)
ou Pays Basque français, on trouve le Labourd (Bayonne et Ustaritz),
la Basse Navarre (Saint-Jean-Pied-de-Port) et la Soule (Mauléon).
Ces trois provinces et le Béarn sont englobés dans le département
des Basses-Pyrénées, depuis la Révolution Française. Ce
département est devenu les Pyrénées Atlantiques en 1969.
La
superficie totale du Pays Basque
est de 20 700 km² dont 17 700 km² sont en Espagne et 3 000 km² en
France. La
population totale
s’élève à un peu moins de 3 millions d’habitants. Environ 90%
vit au Pays Basque espagnol et seulement 10% au Pays Basque français.
Les villes les plus peuplées sont Bilbao (346 000 habitants),
Bayonne (284 000), Vitoria (242 000), Pampelune (196 000) et Saint
Sébastien (186 000 habitants).
Des origines préhistoriques à la fin de l'Antiquité
-400
000 ans :
Les plus anciennes traces d’activité humaine en Pays basque
remontent au Paléolithique inférieur (environ -400 000 ans). On
retrouve leurs témoignages dans les sites d’Aitzabal, Zuñiga,
Estella, Lumbier (Irunberri), Ilbarritz, Chabiague, Mouligna (au sud
de Biarritz) et Saint-Pierre-d’Irube ou les terrasses de l’Adour.
-95 000 à -30 000 ans : Il existe une soixantaine de sites concernant l’homo sapiens de
l’époque moustérienne.
-80 000
ans à -10 000 ans : Les grottes d’Isturitz et Oxocelhaya, creusées par le ruisseau
l'Arbéroue au sein de la colline de Gatzelu, non loin d’Hasparren, ont été
occupées par les hommes à partir du moustérien inférieur.
-17
000 à -10 000 ans : Les grottes ornées de Soule, à Camou-Cihique et Aussurucq, datent
de l’époque magdalénienne. La grotte de Bourouilla, dans la
commune d’Arancou, est un autre site important de l’art et de
l’industrie magdaléniens. Des sites semblables ont été trouvés
en Guipuscoa (Ekain, Altxerri) et en Biscaye (Santimamiñe, Venta
Laperra).
-3000 à -2500 : Les premiers dolmens, monuments funéraires qui ont été trouvés en
Alava, datent de cette époque. Ceux de Soule, Guipuscoa et Navarre,
sont postérieurs. Il en existe plusieurs centaines dont près de la
moitié en Navarre. Un bon nombre de cromlechs ont été également
répertoriés, en particulier en Navarre (Adiko Soroa et Añona)
et en Basse Navarre (Illarita). Enfin, plusieurs dizaines d’habitats
de hauteurs ou « camps » de type protohistorique, ont
également été inventoriés.
XIIe siècle au IIIe siècle av. J.-C. : Le site de La Hoya est le premier exemple important d’urbanisation au Pays basque.
Situé dans la Rioja alavaise actuelle, ce site a connu les premiers
contacts entre les peuples indoeuropéens et les populations
néolithiques déjà présentes sur place. Les Celtibères ont envahi
la zone et pris possession de La Hoya, au IVe siècle av. J.-C.
218 à 202 av. J.-C. : La
romanisation du Pays basque commence vraisemblablement par le Sud
lors de la deuxième guerre punique.
Mais les informations dont on dispose sont trop partielles et trop
fragmentaires pour qu’on puisse l’affirmer avec certitude.
Ier siècle av. J.-C. : La vallée de l’Ebre est le théâtre de combats entre les troupes
du général Quintus Sertorius et celles de Pompée. En 75 av.
J.-C., Pompée fonde la ville de Pampelune sur la butte d’Iruñea.
Par la suite, il transforme l’oppidum
(site fortifié) de Lugdunum
Convenarum
(actuel Saint-Bertrand-de-Cominges)
en
une base militaire.
56 av. J.-C. : Après la bataille de Sos,
Crassus conquiert l’ensemble de l’Aquitaine à l’exception des
hautes vallées des Pyrénées occidentales. Dans ses Commentaires de la guerre des Gaules,
Jules César décrit les habitants de l’Aquitaine ; il ne les
confond ni avec les Celtes ni avec les Gaulois ni avec les Vascons.
Entre le Ier et le IIe siècle av. J.-C. : Les auteurs classiques, Tite-Live, Strabon, Pline et Ptolémée,
mentionnent l’existence des Vascons. Les Romains donnent le nom de Vascons (gens de Vasconum)
aux peuples ibériques implantés entre le cours supérieur de l’Ebre
et le versant péninsulaire des Pyrénées occidentales. La zone où
sont implantés les Vascons correspond à l’actuelle Navarre, à
l’ouest de la province de Saragosse, au nord-ouest et au centre de
la Rioja. Ce territoire n’englobe pas la plus grande partie du Pays
basque actuel, mais il pourrait avoir été conquis par les Vascons à
une époque postérieure.
Du IIe au VIe siècle av. J.-C. : On ne peut affirmer qu’il y avait une vaste
zone linguistique uniforme des Vascons allant de l’Ebre à la
Garonne.
D’autant moins que les Vardules, les Caristes et les Autrigons,
vivaient aussi sur les territoires de la Communauté autonome basque
actuelle. Faute de sources fiables, il est raisonnable de penser que
les ethnies, les cultures et les langues étaient diverses et
complexes. Il n’y avait pas non plus un seul peuple, mais des
peuples de Vascons, proto-ancêtres des Basques, des Béarnais, des
Gascons, des Navarrais et des Aragonais.
Le premier empereur romain, Auguste (27 av. J.-C. - 14 ap. J.-C.),
réorganise les institutions politico-administratives de la
« province d’Aquitaine » en l’étendant des Pyrénées
à la Loire. Mais, au
IIIe siècle,
l’Aquitaine est à nouveau réduite de la Garonne aux Pyrénées,
territoire qu’elle couvrait sous Jules César.
La
pierre
romaine d’Hasparren
est un témoignage de cette seconde réorganisation
politico-administrative effectuée sous l’empereur
Dioclétien (284-305).
Il s’agit d’une inscription découverte dans les fondations de
l’église d’Hasparren en 1660. Sur la seule partie qui a été
conservée, on peut lire : Flamen
item /du(u)mvir qu(a)estor/ pagi(que) magister/Verus ad Augus/tum
legato mu/nere functus/ pro Novem opti/nuit Populis se/ iungere
Gallos/ Urbe redux ge/nio pagi hanc/ dedicat aram (Flamine,
duumvir, questeur et magister du canton, Verus ayant accompli auprès
de l’empereur Auguste la mission qui lui avait été confiée, a
obtenu pour les Neuf Peuples qu’ils soient séparés des Gaulois. A
son retour de Rome, il dédie cet autel au génie du canton).
Verus était vraisemblablement un haut fonctionnaire romain et un
prêtre du culte impérial. Les neuf peuples auxquels l’inscription
fait allusion sont ceux de la provincia
Novempopulania,
la province des Neuf Peuples aquitains, qui seront bientôt douze.
Une imposante tour a été érigée au sommet du mont Urkulu,
situé entre les communes de Saint-Michel et d’Orbaitzeta, à 1 419
mètres d’altitude, pour commémorer les victoires
romaines en Aquitaine.
On ne sait pas à partir de quelle date exacte l’influence
politico-militaire romaine s’est étendue sur les deux versants des
Pyrénées. Mais il semble néanmoins, que les relations entre Rome
et les peuples vascons aient été plutôt bonnes. Des unités
militaires romaines composées de Vascons ont en effet combattu sur
des territoires parfois très éloignés de leur base.
La romanisation linguistique de l’Aquitaine et du Nord de la vallée
de l’Ebre
a été surtout intense dans les villes. Elle a eu pour
conséquence de compléter ou de modifier une bonne partie du
vocabulaire des langues indigènes. Cette influence fut tantôt
directe à partir du latin, tantôt indirecte à partir des langues
romanes. En outre, le bilinguisme précéda le déclin voire la
lente disparition des langues indigènes.
Début du IVe siècle : Vraisemblablement l'époque de l’implantation
du christianisme
dans
les territoires de l’actuel Pays basque et de la Navarre.
Selon la tradition catholique, saint Firmin (272-303), né à
Pampelune et mort décapité à Amiens, est le grand missionnaire
des Vascons. Cette version traditionnelle a cependant été mise en
doute dès le XVIIe siècle. Le culte rendu à saint Firmin a été
sans doute transmis par des chroniqueurs du VIe siècle, soit plus
de deux siècles après sa mort. Saint Firmin et saint François-Xavier
sont les deux patrons de la Navarre.
Ve siècle : La présence de communautés chrétiennes est avérée sur la rive
droite de l’Ebre. En Novempopulania, on trouve des communautés
chrétiennes à Saint-Bertrand-de-Comminges, Dax, Lescar, Bazas et
Oloron. En revanche, en Bizcaye et Guipuscoa, il n’y a pas
d’éléments archéologiques qui permettent de dater la présence
du christianisme avant le VIe siècle.
Aux Ve et VIe siècles : Les chroniqueurs désignent sous le nom de Wasconia
le territoire qui s’étend sur les deux versants des Pyrénées.
Mais on ne dispose pas d’informations sur la nature des relations – conflictuelles ou pacifiques – qu’entretiennent les Vascons
avec le royaume franc au nord et le royaume wisigoth au sud. On ne sait pas non plus s’ils sont vraiment les seuls maîtres chez eux.
Entre 406 et 409 : Les Alains, les Suèves les Vandales et d’autres peuples
franchissent les Pyrénées. En 416-418, les Wisigoths, implantés en
Aquitaine, signent un traité de paix avec les Romains. Dans le
premier royaume wisigoth (la Septimanie), six cités sont
importantes : Bordeaux, Agen, Angoulême, Saintes, Poitiers, Périgueux
et Toulouse qui est la capitale. Les Wisigoths occupent d’abord la
vallée de l’Ebre, puis une bonne partie du reste de l’Espagne
actuelle.
En 507 : Après la défaite de Vouillé
contre les Francs, les Wisigoths se replient sur la Narbonnaise
première,
dont Narbonne est la métropole. Ils sont dès lors dépendants du
royaume wisigoth d’Espagne qui a Tolède pour capitale.
VIIe siècle : Les Vascons se rebellent à plusieurs reprises. En
602, les rois mérovingiens lancent une armée contre eux et
instaurent un duché de Vasconie, sorte de marche militaire du Sud.
En 612, le roi wisigoth, Sisebut, dirige à son tour une campagne
victorieuse contre les Vascons. En 635-638, les Vascons se révoltent
à nouveau, cette fois contre le roi Dagobert. Après leur défaite,
une délégation de dignitaires vascons se rend à Clichy pour jurer
fidélité au roi et à ses fils en l’église de Saint-Denis.
Enfin, en 653 et 672, les rois wisigoths Réceswinthe, puis Wamba,
doivent encore faire face à des soulèvements vascons.
De l'invasion musulmane du VIIIe siècle à la Navarre et au Pays basque médiévaux
30 avril 711 : Tariq, un général berbère, débarque dans la péninsule à la tête
de 7 000 hommes. Un peu plus tard, Musa, supérieur de Tariq, fait de
même avec 18 000 hommes. En moins de trois ans, le Sud du royaume
des Wisigoths, la partie la plus prospère et la mieux organisée,
passe sous pouvoir musulman.
714 : La capitale du royaume wisigoth, Tolède, est soumise.
Six ans plus tard, en 720, la quasi-totalité du Royaume wisigoth est
conquise, à l’exclusion de la région Cantabrique, des Asturies
(Picos
de Europa)
et des zones montagneuses des Pyrénées.
721 : Eudes, duc d’Aquitaine et de Vasconie, triomphe de l’émir de
Cordoue à la bataille de Toulouse. En
732 ou 733, à la bataille
de Poitiers,
une coalition composée de Francs, de Vascons
et d’Aquitains, menée par le maire
du palais
Charles
Martel et son aide, le duc d'Aquitaine et de Vasconie, Eudes,
obtient une victoire décisive contre les troupes musulmanes. Une fois le danger de l’invasion omeyyade écarté, les
ducs d’Aquitaine et de Vasconie, Eudes, Hunald et Waïfre, manifestent leur volonté d’indépendance
et s’opposent à la dynastie franque des Mérovingiens et des
Carolingiens. En
768,
après sept ans de luttes, Pépin le Bref obtient la reddition de la
noblesse aquitaine et de ses alliés les Vascons.
Fin du VIIIe siècle : Charlemagne
mène plusieurs expéditions militaires dans le Sud. Le but est de
créer une marche frontière méridionale, la Marche
hispanique, entre les Pyrénées et
l’Ebre.
778 : Fameuse bataille
du col de Roncevaux. L’arrière-garde de l’armée de Charlemagne, commandée par
Roland, est défaite. L’empereur des Francs avait décidé
d’appuyer la rébellion de la province musulmane située au nord de
l’Ebre contre l’émir de Cordoue Abderrahmane Ier. En échange de
son aide, la place forte de Saragosse devait lui être livrée. En
arrivant sur les lieux, le gouverneur de Saragosse, Sulaymán
ibn al-Arabi,
refuse de livrer la ville. Charlemagne, préoccupé par la révolte
des Saxons dans le Nord, lève le siège au bout d’un mois. Au
retour, en passant par Pampelune, l’empereur ordonne la destruction
des murailles et de la ville. On ignore l’endroit exact de la
bataille de Roncevaux. En ce qui concerne les vainqueurs, trois
thèses s’affrontent. Il pourrait s’agir de Vascons provenant des
deux versants des Pyrénées. Il pourrait au contraire s’agir de
Vascons exclusivement du Nord, mécontents de la position de force
acquise par les Francs en Aquitaine. Enfin, il pourrait s’agir
d’une coalition de Vascons et de musulmans.
La
version légendaire ou mythique est celle de la La
Chanson de Roland.
Ce poème
épique ou chanson
de geste,
daté du XIIe siècle, relate la trahison de Ganelon, le combat
contre les Sarrasins et la vengeance de Charlemagne. Une version qui
est, bien sûr, édulcorée, embellie, fort éloignée de la réalité
historique. La présence de musulmans, alliés des Vascons, dans
l’embuscade dressée contre l’arrière-garde de l’armée
carolingienne n’est pas une idée déraisonnable. Il faut rappeler
ici que, pendant plus de deux siècles (714 à 924), une grande partie
de la Navarre actuelle était sous l’influence d’une importante
famille de l’Ebre, les Cassii. Cette famille détenait de hautes
fonctions civiles et militaires dans le royaume wisigoth. D’origine
gothe (voire hispano-romaine ou peut-être même vascone), elle
s’était convertie à l’islam en prenant le nom de Banu Qasi.
Parfois alliés, parfois ennemis des rois de Navarre, sujets loyaux
de l’émir de Cordoue ou rebelles à son autorité, les Banu Qasi
s’opposaient aux incursions des monarques carolingiens et des rois
des Asturies. Les hommes des Banu Qasi et d’autres musulmans
étaient-ils présents sur les lieux de la bataille Roncevaux pour
appuyer les Vascons ? La question reste ouverte.
VIIe siècle - seconde moitié du VIIIe siècle : Selon certains historiens, les Vascons seraient parvenus à étendre
leur domination politico-militaire, au nord, jusqu’à la Garonne
et, au sud, jusqu’à Saragosse. Cette thèse de l’extension
tardive du territoire des Vascons manque de bases solides. Les
frontières sont alors extrêmement fluctuantes et le cœur du
territoire vascon sera toujours la montagne, lieu de défense
naturel. Ils effectuent souvent des incursions dans les plaines,
parfois loin de leurs bases, mais ils se replient ensuite rapidement
et trouvent toujours refuge dans leurs montagnes.
800 : Sanche Ier Loup, devient duc de Vasconie. Prince
des Vascons, il reconnaît en tant
que tel la suzeraineté de Charlemagne. L’autorité carolingienne
s’étend alors théoriquement jusqu’aux rives de l’Ebre.
En 812, Louis le Pieux doit envoyer une
expédition punitive à Pampelune. En 819, Pépin Ier, roi
d’Aquitaine, doit lui aussi réprimer un soulèvement de Vascons.
840-844 : Un nouveau péril menace
les ducs ou comtes de Vasconie. Les Normands
débarquent dans la vallée de l’Adour, pillent et incendient
Bayonne, Dax, Saint-Sever et Tarbes. Selon la tradition catholique,
saint Léon de Carentan, missionnaire du Labourd et de la Biscaye,
premier évêque de Bayonne, dont il sera plus tard le saint patron,
meurt, décapité par les Vikings. Les Normands reviennent dix ans
plus tard et atteignent Pampelune en 858, où ils prennent en otage
des membres de la famille royale.
820-851 : Un
royaume (ou comté) de Pampelune
s’organise autour de la figure d’Inigo Arista. Pour exister,
celui-ci doit accepter de se soumettre au califat de Cordoue. Inigo
bénéficie du soutien du puissant clan des Banu Qasi.
866 : Avec Alphonse III des Asturies
dit « le Grand », la résistance chrétienne devient volonté de
reconquête. L’idée de récupération de l’Espagne perdue
s’affirme et la Reconquista
devient une réalité.
Xe siècle : Le royaume de Pampelune rompt avec Cordoue et se rapproche du royaume
de Léon, lequel a succédé au royaume des Asturies. A la mort de
Fortún Garcès, en 905, la dynastie des Iñiguez s’achève. Les
premiers rois de Pampelune sont enterrés dans le panthéon du
monastère de Leyre. Fondé par les bénédictins au début du IXe
siècle, puis reconstruit et consacré en 1057, ce monastère est,
avec celui de Saint-Jean de la Peña (1026) dont le panthéon
contient lui aussi plusieurs rois d’Aragon et de Navarre, l’un
des plus importants du Nord de l’Espagne. Leyre est aussi le centre
politique de la monarchie navarraise.
IXe et Xe siècles : La dynastie des
Jimena succède à celle des Iñiguez. Sanche Garcés (905-925)
renforce l’alliance de la Navarre avec l’Aragon et le Léon. Les
victoires et les défaites militaires contre les musulmans se
succèdent.
XIe siècle : Avec Sanche III le Grand, nommé Rex
Ibericus y Rex
Navarrae Hispaniarum,
roi de 1004 à 1035,
le royaume de Navarre atteint sa plus grande extension. Il englobe
tout le tiers nord de la péninsule, depuis
la frontière orientale de la Galice
jusqu’au comté
de Barcelone. Sanche III
est probablement le créateur de la vicomté du Labourd
(1021), avec Bayonne
comme port, ainsi que de la vicomté du Baztan
(1025). A la mort de Sanche
Guillaume, duc
de Gascogne (1032), le
roi de Navarre tente vainement d'étendre son autorité des Pyrénées
jusqu’à la Garonne.
Sanche III est l'un des souverains les plus importants de l’Europe
occidentale. Guerrier et diplomate, c’est aussi un grand protecteur
des arts, de la culture et de l’Eglise. Il contribue à propager
la réforme bénédictine, en soutenant l’œuvre d’Odilon de
Cluny. Il contribue au développement de l’art roman en faisant
bâtir plusieurs églises et cathédrales. Il sécurise les deux
voies qu’empruntent les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle :
la voie d’Oloron, Somport, Jaca, Puente de la Reina et la voie
d’Ostabat, Saint-Jean-le-Vieux, Roncevaux, Pampelune, Puente de la
Reina. A la mort de Sanche III (1035), ses possessions sont
partagées entre ses quatre fils.
Fin du XIe siècle : A
l’issue d’un accord passé avec Sancho Ramirez, roi d’Aragon et
de Pampelune, Alphonse VI, roi de Léon et de Castille, annexe les
territoires d’Alava, Biscaye et Guipuscoa.
En 1076, Lope Iñiguez, comte d’Alava, Biscaye et Guipuscoa prête
hommage au roi Alphonse VI.
Xe et XIe siècles : Epoque
où prolifèrent les rédactions des
Historiae,
les copies de chartes et de cartulaires et les représentations
cartographiques dans lesquelles les
historiens modernes puisent l’essentiel de leurs sources. Les
monastères, véritables centres culturels, contribuent puissamment à
établir les fondements juridico-politiques de la monarchie
navarraise. Pour ne citer qu’un exemple, le codex
de Roda (vers 990) offre une
information capitale sur les dynasties des Asturies, de Navarre et
d’Aragon aux VIIIe et IXe siècles.
XIe, XIIe et XIIIe siècles : La Navarre se couvre de monastères.
On en trouve à Irache, Iranzu, Fitero, Oliva, Olite, Urdax,
Pampelune, Estella, Tudela, Roncevaux, etc. Il en existe aussi dans
le Labourd (Saint-Etienne et Saint-Bernard à Bayonne, Lahonce,
Subernoa), en Basse-Navarre (Behaune), en Alava (Gasteiz) et en
Bizcaye (Bermeo). Dans la Rioja, deux monastères sont très liés à
l’histoire de la Navarre : San Millán de la Cogolla (San
Millán de Suso et de Yuso) et Santa María la Real de Nájera
(1052), qui a été longtemps la capitale des rois de Navarre
(918-1076).
Début du XIe siècle : Apparition des Glosas Emilianenses. Il
s’agit de plus de mille petites annotations (gloses)
manuscrites, réalisées entre les lignes ou dans les marges de
certains passages du codex
latin Aemilianensis 60.
Ces gloses sont écrites surtout en latin, mais il en existe une
centaine en langue romane (le navarro-aragonais) et deux en basque
médiéval. Ces dernières constituent le premier témoignage écrit
connu – et non épigraphique – de cette langue.
XIe siècle : Siècle des premiers fors,
chartes de peuplement et franchises urbaines. Les deux plus
importants sont le Fuero de los Francos
de Jaca en Aragon (1076) et le for d’Estella-Lizarra en Navarre
(1090). Ils serviront plus tard de modèles dans beaucoup d’autres
lieux.
Fin du XIe siècle et début du XIIe siècle : Important afflux
d’étrangers en Navarre, originaires
des régions occitano-françaises. Les rois de Navarre mènent une
politique d’attraction et d’implantation de populations
chrétiennes provenant du Nord des Pyrénées. L’octroi de fors aux
nouveaux arrivants permet de les fixer dans des points stratégiques
sur le plan militaire et commercial. Ces fors, qui naissent le plus
souvent à l’échelon local ou municipal, sont englobés ensuite
dans des fors généraux qui s’étendent à toute une région.
1118 : Alphonse Ier le Batailleur (1104-1136), roi d’Aragon et de
Pampelune, s’empare de Saragosse avec
l’aide de chevaliers venus de Navarre, d’Aragon et du royaume de
France. L’année suivante, en 1119, il conquiert Tudela et la
vallée de l’Ebre
1152 : Aliénor d’Aquitaine,
duchesse d’Aquitaine, se remarie avec Henri II, roi d’Angleterre, après l’annulation de son mariage avec le roi de France, Louis
VII. Pendant plus de trois siècles, une partie des terres de
l’actuel Pays basque nord sera sous l’autorité du suzerain
anglais.
1177 : Richard Cœur de Lion doit intervenir dans le pays de Cize
(la haute vallée de la Nive en Basse-Navarre) pour affirmer son
autorité. En 1201 et 1202, Jean sans Terre et Sanche VII signent
deux traités d’aide mutuelle. Des
seigneurs du pays de Mixe (la haute vallée de la Bidouze en
Basse-Navarre) et le vicomte de Soule deviennent des vassaux de
Sanche VII. Ce dernier signe également
un traité de libre commerce avec les bourgeois de la ville de
Bayonne qui devient ainsi le port de la Navarre.
1180 : La ville de Saint-Sébastien, dans le Guipuscoa, se voit
octroyer un for par le roi de Navarre. Aux XIIIe et XIVe siècles, son modèle est étendu à tous les ports du
Guipuscoa. Dans le Labourd, Bayonne, port appartenant à la couronne
d’Angleterre, bénéficie lui aussi d’une charte de franchise
depuis 1189 (puis de coutumes, en 1215 et 1273).
1212 : Sanche VII de Navarre, dit « le Fort » (1194-1234), est le héros
de la célèbre bataille de Las
Navas de Tolosa contre les
Almohades. Les troupes, navarraises de Sanche VII, castillanes
d’Alphonse VIII et aragonaises de Pierre II, ainsi que les
volontaires de Léon et du Portugal et des ordres militaires de Saint-Jacques, du Temple, de l’Hôpital et de Calatrava, affrontent
l’armée du calife Muhammad an-Nasir. Les cavaliers navarrais
enfoncent les lignes ennemies et prennent d’assaut la tente du
calife. Les chaînes des esclaves qui la défendent sont ramenées en
trophée et deviennent l’emblème du royaume de Navarre.
1234 : A la mort de Sanche VII, sans héritier direct, le royaume
de Navarre est à nouveau démembré.
Avec le nouveau roi de Navarre Thibaut Ier (1234-1253),
fils du comte de Champagne et de Blanche de Navarre, qui a pour
parrain Philippe Auguste et pour femme Marguerite de Bourbon, la
Navarre tombe dans l’orbite française. L’appareil d’Etat, qui
est inspiré de l’administration française, se complexifie. Cette
amorce de centralisation, qui ne remet pas en cause les institutions
forales existantes, déplaît à la noblesse navarraise. En 1236,
Thibaut Ier confirme les franchises de la vallée d’Ostabarret en
Basse-Navarre.
1238 : Le For général de
Navarre, ou For
ancien, est rédigé en
roman-navarrais. Il limite les
attributions du roi et garantit de nombreux droits publics et privés
de ses sujets. Sur de nombreux points, le Fuero
General de Navarra rappelle la Magna
Carta Libertatum, ou Grande Charte
anglaise de 1215, bien que celle-ci soit moins contraignante pour le
roi d’Angleterre que le Fuero.
Au cours du XIIe siècle : Les Juifs de Navarre se voient concéder
des fors qui fixent leurs conditions de vie et
de pratique religieuse dans plusieurs villes (Najera, Tudela, Funes,
Estella). Ces dispositions sont reprises et généralisées dans le
For général
du XIIIe siècle. Les Juifs sont artisans, commerçants, médecins,
prêteurs et collecteurs fiscaux. Ils gèrent souvent les finances
des rois et des grands seigneurs. Les chrétiens et les juifs des
XIIe et XIIIe siècles vivent dans une relative bonne entente.
XIIe siècle : Des Maures (sarrazins, musulmans ou mudéjares),
vivent dans le Sud de la Navarre sur
des terres qui ont été reconquises par les chrétiens. Ils y
bénéficient d’une certaine autonomie pour leurs activités
professionnelles et leur pratique religieuse, mais leur position
n’est pas vraiment enviable. L’image idyllique de la cohabitation
pacifique des trois cultures, propagée au XIXe siècle par les
romantiques pour décrire l’Espagne musulmane et celle des royaumes
chrétiens, relève de la fiction ou du mythe. Dans les deux camps,
la présence de communautés religieuses différentes est tolérée,
mais toujours provisoirement, en fonction des circonstances.
1244 : Le vicomte de Soule, Raymond-Guillaume, prête hommage au
roi de Navarre. Mais, bientôt, la
situation se détériore. La guerre oppose l’Angleterre à la
Navarre. Des villes, comme Saint-Jean-de-Luz, Espelette ou Bayonne,
sont le théâtre de luttes entre partisans des deux royaumes. Le
bourg d’Ainhoa avec son péage est constamment l’objet de
contestations. En 1248, Henri III d’Angleterre se rend à
Bayonne en compagnie de Simon de Montfort, comte de Leicester et
sénéchal de Gascogne, pour calmer les esprits. La paix est scellée
en 1249, mais très provisoirement. Dès 1254, Henri III et Alphonse
X de Castille s’allient contre la France et la Navarre.
1276-1277 : Un conflit sanglant, véritable guerre civile,
ravage la Navarre. Deux factions
nobiliaires s’affrontent. La majorité est plutôt favorable à la
couronne de Castille, mais une minorité significative préfère la
tutelle capétienne. L’autorité est finalement rétablie, après
l’intervention sanglante de troupes venues du royaume de France,
qui sont commandées par Robert d’Artois, Imbert de Beaujeu, Gaston
de Foix et Eustache de Beaumarchais. Le résultat n’est pas sans
conséquences immédiates. La majeure partie de la noblesse
navarraise se tourne vers le royaume de Castille. Quant au royaume de
Navarre, il perd une bonne partie de son indépendance au profit du
royaume de France.
La fin du Moyen Age : les XIV et XVe siècles
1300 : Fondation de Bilbao.
Les ports de Portugalete, Lekeitio et Ondarroa voient le jour, à
leur tour, quelques années plus tard. L’urbanisation est donc plus
tardive dans les provinces d’Alava, Guipuscoa et Bizcaye, qu’en
Navarre.
La division géographique et administrative « Merindad
mayor » de Guipuscoa
apparaît en 1375 (on peut traduire ce
terme par « bailliage »).
A sa tête, on trouve le Merino,
représentant direct du roi. Les hermandades
(confréries) datent également du XIVe et surtout du XVe siècle.
Ces confréries ou associations locales, autorisées par la couronne,
permettent aux paysans, aux bourgeois et aux nobles de défendre
leurs intérêts. En tant que structure juridico-politique, la
hermandad de Guipuscoa se renforce tout
au long du XVe siècle.
1452 : Le For ancien de
Bizcaye, est établi à
Guernica, ville fondée en 1366. Ce For
ancien est un corpus juridique qui contient du droit public, du droit
pénal et du droit civil. Il couvre donc à la fois les domaines
politique, social et économique. Il définit les principes de
liberté individuelle qui protègent les Biscayens contre le
despotisme et l’arbitraire.
XIVe siècle : Les deux grands fléaux sont la peste (1348 et 1362)
et la famine. Ils ont de graves effets
sur la démographie de la Navarre. C’est parfois jusqu’à 50 % de
la population d’un territoire ou d’une ville qui disparaît.
A la même époque, la situation des communautés de juifs se
détériore. Il en existe alors non seulement en Navarre, mais aussi en Alava
(Vitoria et Laguardia) et en Biscaye (Valdemasa). Des violences et
des pogroms se produisent, notamment à Pampelune, Tudela et Estella.
Après le décret d’expulsion des Rois catholiques (1492), les
juifs expulsés ne sont pas bien accueillis dans les aljamas
(communautés juives) de Navarre. En
1498, Jean III de Navarre (Jean d’Albret) prend à son tour un
décret d’expulsion. Les juifs de Navarre sont sommés de
choisir entre l’exil et la conversion.
Une fois libérés définitivement de la domination musulmane, les
royaumes du Nord de la péninsule connaissent une expansion
fulgurante des langues néo-latines. La
Navarre n’échappe pas à la règle. Le riojano-navarro-aragonais
est utilisé de plus en plus largement par les clercs, les juristes
et les lettrés aux dépens du basque. Les zones rurales et reculées
restent bascophones, mais la langue de l’administration et des
élites est romane. La même situation se perpétuera jusqu’au
tournant du XXe siècle. La langue d’oc ou l’occitan se propage
également en Navarre suite à l’implantation, au début du XIIe
siècle, de colonies de peuplement en provenance des régions
occitano-françaises. Le gascon, langue au substrat aquitain, qui a
été influencée par le proto-basque et le vascon, est parlé à
Bayonne, Pampelune, Estella, Mauléon, Saint-Palais, Ostabat,
Labastide-Clairence et Saint-Jean-Pied-de Port.
XIVe et XVe siècles : Les marchands du Labourd, de Guipuscoa et
de Bizcaye sont en relations commerciales et maritimes permanentes
avec les ports de Bruges, Nantes, Dinan Saint-Malo, Londres, Bristol,
Lisbonne, et avec ceux de la Ligue hanséatique de Bruges jusqu’à
Riga et Novgorod.
L’exploitation des gisements de fer d’Alava et de Biscaye
(déjà attestée aux XIe, XIIe et XIIIe siècles) contribue
fortement à l’expansion du commerce. Mais elle est aussi souvent
un facteur de tensions et de divisions. Les puissantes familles
nobiliaires se déchirent pour le contrôle des gisements, des
forges, des moulins et des péages.
L’activité de la pêche à la baleine se développe dès le XIIIe, mais
surtout au XIVe siècle. Les pécheurs
de hareng vont jusqu’en Irlande et en Angleterre. Ils établissent
des pêcheries et des sécheries dans les ports bretons, normands et
anglo-normands.
Pendant la guerre de Cent Ans, qui éclate en 1337, Bayonne est au
côté du royaume d’Angleterre. Construite
au XIIIe siècle, la cathédrale gothique témoigne de la richesse de
la ville, qui est à l’apogée de sa puissance maritime. Dans le
Labourd, deux puissantes familles s’opposent, les Beaumont, au
service du roi d’Angleterre, et les Gramont, au service du roi de
France. Les troupes françaises, commandées par Gaston IV de
Foix-Béarn, conquièrent la Guyenne et prennent Bordeaux,
Tartas, Mauléon, Dax et Bayonne (1451), défendue jusque alors par
Jean de Beaumont.
Seconde moitié du XVe siècle :
Les crises dynastiques se succèdent en
Navarre. Le royaume, objet de toutes
les convoitises, dépérit lentement. Les rivalités et les haines
entre Beaumontais, appuyés par la Castille, et Gramontais, soutenus
par les Aragonais, puis par les Français, sont tenaces et
interminables. Chaque faction a ses représentants dans toute la
Navarre.
Le XVIe siècle. Au sein d'une Espagne à l'apogée de sa puissance
Début du XVIe siècle : Le royaume
de Navarre s’écroule. La reine Catherine de Navarre, fille de
Gaston V de Foix, accède au trône en 1483. Sœur de François
Phébus, roi de Navarre de 1479 à 1483 et grand-mère d’Henri IV,
Catherine de Navarre est couronnée avec son mari, Jean III de
Navarre (fils d’Alain Albret) dans la cathédrale de Pampelune.
Leur règne sera très mouvementé, car le roi de France et le roi
d’Aragon et de Castille, leurs deux puissants voisins, projettent
chacun de conquérir leur royaume.
1512 : La Haute Navarre est définitivement conquise par Ferdinand
d’Aragon. Les troupes du Roi
catholique, près de 10 000 hommes, commandées par le second duc
d’Albe de Tormes, sont en majorité basques et aragonaises. Les
plus forts contingents ont été fournis par le Guipuscoa, la Biscaye
et l’Alava. Jean et Catherine de Navarre doivent se réfugier sur
leurs terres du Béarn et de Basse-Navarre, le « territoire
d’Outre-Port ». Ils essaieront en vain de récupérer la
Haute-Navarre, la partie la plus importante de leur royaume. Les
tentatives diplomatiques et militaires de leur successeur, Henri II
de Navarre (1517-1555), se révéleront elles aussi inutiles. La
Haute-Navarre est désormais rattachée au royaume de Castille et
d’Aragon. Elle conserve cependant son statut de royaume, ses fors
et ses institutions particulières.
Printemps 1513 : Une armée espagnole, commandée par le marquis de
Comares, nouveau vice-roi de Navarre, pénètre en Basse-Navarre.
Un an plus tard, les représentants du territoire d’ « Outre-Port »,
nobles et officiers royaux, se réunissent en assemblée à Ostabat
pour prêter serment de fidélité à Ferdinand. Les institutions
restent en place, les nobles conservent leurs prérogatives et les
personnes qui exercent des charges administratives sont reconduites
dans leurs fonctions. Pour sa part, Louis XII, avant tout soucieux de
conserver la main sur la Guyenne, reconnaît Germaine de Foix, épouse
en secondes noces de Ferdinand, comme reine de Navarre.
1520 : La lutte s’engage entre François Ier et Charles Quint.
Les troupes de François Ier s’emparent de Saint-Jean-Pied-de-Port,
puis pénètrent en Espagne. Estella et Pampelune tombent ;
l’armée française poursuit l’armée espagnole jusqu’à
Logroño, capitale de la Rioja. Mais l’invasion est vite stoppée.
Des troupes accourent depuis toutes les grandes villes d’Espagne.
Les Quipuscoans, les Alavais et les Biscayens ne manquent pas à
l’appel. L’armée française est bientôt contrainte à la
retraite. Les territoires conquis sont récupérés d’abord en
Haute Navarre, puis en Basse-Navarre. Les derniers partisans d’Henri
II de Navarre résistent jusqu’en 1522, notamment dans la
forteresse d’Amayur (dans la vallée de Baztan). D’autres
Franco-Navarrais s’enferment dans la forteresse de Fontarabie. Ils
ne capitulent qu’en 1524 devant une armée de 3 à 4 000 hommes (des
lansquenets
allemands et des soldats recrutés en Castille, Navarre, Aragón,
Biscaye, Alava et Rioja) qui est aux ordres du capitaine général de
Guipuscoa, le duc d’Albuquerque. Charles Quint n’abandonnera le
territoire d’ « Outre-port » qu’en 1529.
L’empereur
se montre magnanime. Il accorde un pardon général à tous les
Basques et Navarrais repentis de s’être rebellés « contre
leur propre patrie ». Seuls cent quarante-trois hommes sont exclus du pardon
pour avoir persisté dans la collaboration avec l’ennemi, « le
roi de France, ses vassaux et ses alliés ». Tous les autres
partisans d’Henri II recouvrent leurs biens et leurs titres. La
répression est rapide, mais temporaire. La noblesse navarraise et
les élites qui se sont rebellées contre Charles Quint, veulent
avant tout préserver leurs intérêts et acquérir, si possible,
de nouvelles fonctions, prérogatives et dignités. Elles
s’intégreront donc très rapidement dans les institutions
monarchiques des Habsbourg. Les plus hautes charges administratives
et ecclésiastiques leur seront accessibles dans l’ensemble de
l’Espagne et dans les Amériques. Pour les catégories sociales les
plus modestes, le rattachement de la Navarre à la couronne d’Espagne
ne signifie rien, aucune rupture, sinon la continuité et la
permanence dans leurs humbles tâches de la vie quotidienne. Forcés
de s’exiler pour des motifs d’ordre politique ou religieux, les
huguenots franco-béarnais et une minorité de Navarrais dénoncent à
l’envi « la chape de plomb de la contre-réforme catholique
qui s’abat sur la Haute Navarre ». Mais les autres, le plus
grand nombre, sont satisfaits d’avoir pu éviter l’annexion par
le royaume de France et célèbrent l’épanouissement de la culture
navarraise dans l’Espagne du Siècle d’or.
Les Basques ont marqué de leur
empreinte le Siècle d’or espagnol.
La liste des théologiens, jurisconsultes, économistes, historiens,
religieux, missionnaires, navigateurs, conquistadors, soldats,
artistes et hommes de lettres d’origine navarraise ou basque, au
service de l’Espagne des Habsbourg, est fort longue. Le théologien
et économiste, Martin de Azpilcueta (1492-1586), une des grandes
figures de la prestigieuse « école de Salamanque », est
un exemple archétypique. Né dans la vallée du Baztan, dans une
famille noble partisane des Gramont, le Doctor
navarrus enseigne à l’université de Salamanque pendant quatorze ans. Il est ensuite nommé, par ordre de
l’empereur, à l’université de Coimbra (Portugal) où il
enseigne seize ans. En 1568, il est envoyé à Rome par le roi
Philippe II pour se charger de la défense d’un autre Navarrais,
Bartolomeo Carranza, archevêque de Tolède et primat d’Espagne,
qui est accusé d’hérésie. Azpilcueta est aussi un conseiller
très écouté des papes Grégoire XIII et Sixte V. Deux autres noms
sont également très célèbres : celui du Guipuscoan,
fondateur des jésuites, saint Ignace de Loyola, et celui de l’un
de ses proches collaborateurs, le Navarrais saint François-Xavier. Un
autre jésuite mérite d’être mentionné, le peintre et
missionnaire, Jean de Mayorga. Né à Saint-Jean-Pied-de-Port, il
est assassiné, avec quarante autres missionnaires, par les hommes du
corsaire huguenot Jacques Sourie.
Deux personnalités très connues, Francisco de Vitoria
(1483/86-1546) et Miguel Servet (1509/11-1553),
ne sont ni basques ni navarraises, contrairement à ce qui est
souvent affirmé. Le dominicain Vitoria, célèbre professeur de
l’université de Salamanque, l’un des fondateurs du droit
international public, est né à Burgos (Castille) dans une famille
originaire de Vitoria (Bizcaye). Quant à Servet, théologien
protestant et scientifique, condamné à mourir sur le bûcher par
ordre du Conseil de Genève et des églises réformées de quatre
cantons, sous l’influence directe de Calvin, il est né à
Villanueva de Sigena en Aragon et non pas à Tudela (Navarre) comme
on le lit souvent.
Parmi les moins de trente mille Espagnols qui découvrent et conquièrent
l’Amérique entre 1492 et 1560, les patronymes basques abondent.
Lors de la traversée de Christophe Colomb, plusieurs Basques sont du
voyage. Ces hommes, qui vivent en Andalousie, proviennent du
Guipuscoa et de la Bizcaye. Juan Sebastian Elkano, le navigateur qui
ramène l’expédition de Magellan à bon port, en 1522, et qui
effectue le premier tour du monde, est natif de Getaria (Guipuskoa).
Lope de Aguirre, le conquistador sanglant, surnommé « Le Fou » et
« Le Tyran » par ses propres hommes, qui se rebelle contre la
monarchie espagnole, est né dans la vallée d’Araoz près d’Oñate
(Guipuscoa). Près de 5 % des quatre cents hommes d’Hernan Cortes qui se
lancent à la conquête du Mexique avec l’aide du peuple
Tlaxcaltèque, sont des Basques. Le franciscain, protecteur des Indiens, premier évêque de Mexico, Juan de Zumarraga, est
originaire de Durango (Biscaye). L’autre franciscain, grand
défenseur des Indiens, Jeronimo de Mendieta, est né à Vitoria. Le
conquistador qui a colonisé le Paraguay, Domingo Martinez de Irala,
est natif de Vergara (Guipuscoa). Le capitaine général des
Philippines, Miguel López de Legazpi, fondateur de Manille (1571),
est né à Zumarraga (Guipuscoa). Juan de Garay, fondateur de Santa
Fe et de Buenos Aires, se définit comme biscayen. L’explorateur
Andres de Urdaneta est guipuscoan. Le conquistador Pedro de Ursúa,
assassiné par les hommes de Lope de Aguirre, est navarrais. Le
magistrat Pedro Ortiz de Zárate est biscayen. Sur les cent trente-deux entreprises établies dans la ville de Potosi (au sud de la Bolivie),
en 1580, 80 % appartiennent à des Basques. Au XVIIe siècle, sur les
douze exploitants des mines d’argent de Potosi, huit sont d’origine
basque et sur la douzaine de conseillers que comptent la
municipalité, six sont basques.
Les histoires du Chili, du Venezuela et de l’Argentine,
pour ne citer que ces deux pays, seraient très incomplètes voire
déformées si les noms des Basques en étaient effacés. A vrai
dire, les élites navarraises et basquaises sont les meilleurs
soutiens de la monarchie espagnole. Aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle,
l’attraction et la fascination de l’Espagne impériale est
considérable. Elle offre de brillantes perspectives de carrières
dans l’administration, l’armée, l’université, et l’Eglise.
Sans cette attirance, on ne saurait expliquer les intenses mouvements
migratoires que connaissent la Basse-Navarre et le Centre de la
France vers la Haute-Navarre, l’Espagne et les Indes espagnoles.
Août 1539 : L’ordonnance de Villers-Cotterêts
est édictée par le roi
de France, François
Ier. Le français
devient la langue
officielle du droit
et de l'administration
à la place du latin
dans l’ensemble du royaume et, donc, au Pays basque.
Les deux siècles qui suivent sont
marqués par la non-intervention en matière de politique
linguistique régionale, mais une bonne partie des élites locales
adopte le français, signe de bonne éducation et promesse de
reconnaissance sociale.
1545 : Le prêtre et écrivain bas-navarrais, Bernard d’Etchepare
ou Beñat Etxepare, vicaire de Saint-Michel-de-Vieux, rédige et
imprime à Bordeaux le premier livre en langue basque de
l’Histoire, Linguae Vasconum
Primitiae. Etchepare est l’auteur en
langue basque le plus connu du XVIe siècle.
1548 : Jeanne III de Navarre, fille d’Henri II d’Albret et de
Marguerite d’Angoulême et donc nièce de François Ier, épouse Antoine
de Bourbon. Elle aura cinq enfants avec
lui. Deux survivront, Catherine et Henri, futur Henri III de Navarre, et roi de France sous le nom d’Henri IV. Antoine de Bourbon, mari
de Jeanne III, combat dans les rangs catholiques et meurt au siège
de Rouen, en 1562. Jeanne se convertit au protestantisme dès 1560,
probablement sous l’influence de Théodore de Bèze. Elle fait
traduire le Nouveau Testament en basque (1571) par le pasteur Jean de
Liçarrague, de La Bastide Clairence, et cherche à implanter le
calvinisme sur ses terres. Le Béarn accepte plutôt bien de se
convertir, la Soule beaucoup moins et la Basse-Navarre pas du tout.
Les armées catholiques et protestantes s’affrontent durablement.
Plus d’une centaine d’églises sont incendiées, détruites ou
endommagées. A la mort de Jeanne d’Albret, le titre de « roi
de Navarre » passe à son fils, Henri III. Trente-cinquième et dernier roi de Navarre, ce sera bientôt Henri IV « roi de
France et de Navarre ». Ses successeurs, Louis XIII, Louis XIV,
Louis XV et Louis XVI, hériteront de son titre jusqu’à la
Révolution.1597 : Philippe II proclame la hidalguia universal. La reconnaissance générale de l’hidalguia universal, en Bizcaye et Guipuzcoa, puis sa consolidation juridique, avec les droits nobiliaires et les exemptions de taxes fiscales qui lui sont attachées, ne signifie pas pour autant que tous les Basques sont nobles. Les hidalgos issus de l’ancienne noblesse, de la petite aristocratie, de la bourgeoisie et de la paysannerie supérieure, n’ont pas tous la même possibilité d’accès aux charges publiques. Des critères de fortune, de culture, d’éducation et de compétences linguistiques existent et s’imposent. La hiérarchie nobiliaire est d’ailleurs renforcée en Espagne avec l’arrivée de la dynastie des Bourbons au XVIIIe siècle. Les femmes du Pays basque et de la Navarre ont plus ou moins le même statut que dans le reste de la France et de l’Espagne. En général, elles ne jouissent de la pleine capacité juridique que lorsqu’elles sont célibataires ou veuves. Mariées, elles ne peuvent plus accomplir d’actes juridiques, sauf en l’absence de leurs maris. C’est bien sûr le cas des femmes mariées avec des négociants, commerçants, marchands, pêcheurs et navigateurs.A partir de 1598 : Après l’abjuration du protestantisme et du
sacre d’Henri IV, l’intégration de
la noblesse de la Basse-Navarre aux institutions de la monarchie
française se renforce. Cette
intégration des élites et de la noblesse du versant nord des
Pyrénées au royaume de France est donc plus tardive que celle des
élites et de la noblesse du versant sud au royaume d’Espagne.
XVIe siècle : La Navarre et les « provinces basques »
ont toutes des assemblées qui sont
composées par les représentants des hermandades,
des confréries locales, des assemblées paroissiales et des délégués
de villes. Dans l’Alava, le Guipuscoa et la Biscaye, les Juntas
Generales sont les gardiennes des fueros, des coutumes, des lois et des ordonnances.
Elles ont de larges attributions en matière administrative et
judiciaire. Les nouvelles mesures réglementaires qu’elles adoptent
ont force de loi, mais seulement après approbation par le roi. Dans
le Labourd, l’assemblée a pour nom le Biltzar ;
ses membres sont des délégués de paroisse, la noblesse n’y étant
pas représentée. En Soule, l’équivalent du Biltzar
a pour nom le Silviet.
La Haute et la Basse Navarre conservent les institutions de l’ancien
royaume. Les Etats généraux ou Cortès sont composés de
représentants des trois ordres : église, noblesse et tiers
état. Ils se réunissent pour la Haute Navarre, comme pour la Basse
Navarre, dans différentes villes du royaume. En Basse-Navarre, la
tendance constante est de réduire les pouvoirs de ces assemblées
locales au profit de l’autorité monarchique. En revanche, dans la
Haute Navarre et les « provinces Basques », du moins
pendant toute la durée de la dynastie des Habsbourg, les assemblées
locales gardent leur force et leur vigueur. Dans la conception
politique traditionnelle espagnole, théorisée par l’école de
Salamanque, le roi est le garant des institutions forales et des
libertés locales.
Le XVIe siècle est aussi marqué par la rivalité entre factions
nobiliaires, par leurs luttes pour le
contrôle des assemblées locales et par la résistance menée par la
bourgeoisie, les paysans et les autorités ecclésiastiques pour
récupérer les revenus qui ont été confisqués par les seigneurs
les plus puissants. Enfin, outre qu’une grande partie de la
population souffre de sous-alimentation chronique, les sept
« territoires historiques » connaissent deux
recrudescences de la peste au début et à la fin du XVIe siècle.
XVIIe et XVIIIe siècles. Du Siècle d'or au temps des Bourbons et à la Terreur révolutionnaire.
1609-1610 : Deux grands procès en
sorcellerie ont lieu de part et d’autre des
Pyrénées. Sur ordre d’Henri IV, le juriste Pierre de Lancre est
envoyé à Bayonne pour purger le Labourd de ses sorcières et
sorciers. Cet épisode barbare de chasse aux sorcières reste encore
gravé dans les mémoires. Il se solde par l’exécution de soixante à quatre-vingt personnes. En Espagne, le procès des sorcières de Zugarramurdi,
petit village de Navarre proche de la frontière, est la plus grave
affaire jamais jugée par l’Inquisition espagnole en matière de
sorcellerie. Vingt-quatre sorcières sont condamnées à la peine capitale, dix-huit sont épargnées pour avoir demandé la miséricorde du tribunal,
mais six sont exécutées pour l’avoir refusée. Ainsi, selon que l'on soit au nord ou au sud des Pyrénées, la justice n'est pas la même...
A partir de 1618 : La guerre de Trente Ans déchire l’Europe.
Une série de conflits oppose les Habsbourg de la péninsule et du
Saint Empire romain germanique, qui sont soutenus par Rome, aux Etats
allemands protestants, aux pays scandinaves et à la France qui
entendent réduire la puissance de l’Espagne. Ces conflits
entraînent une baisse drastique des échanges commerciaux entre les
deux versants des Pyrénées et sont très néfastes pour les
économies des sept provinces basques.
1627 : Le docteur en théologie, Joannes Etxeberri,
vicaire de Ciboure, publie trois livres religieux en vers et en
basque qui sont imprimés à Bordeaux. Quelques années plus tard, en
1643, le prêtre écrivain navarrais,
né à Urdax, Pedro Daguerre, « Axular »,
publie le livre d’ascèse Gero. Axular est le
principal représentant de l’école des ecclésiastiques de Sare. A
la même époque, il faut mentionner le premier auteur laïc d’un
livre en langue basque, l’historien humaniste, né à Mauléon,
Arnaud Oihenart.
1648 : Les traités de Westphalie
concluent à la fois la guerre de Trente Ans et la guerre de
Quatre-Vingts Ans qui oppose l’Espagne aux sept provinces protestantes
des dix-sept provinces des Pays-Bas espagnols. Entre la France et
l’Espagne, la lutte continue jusqu’au traité des Pyrénées, qui
est signé le 7 novembre 1659,
sur l'île
des Faisans, au milieu de
la Bidassoa,
frontière entre les deux royaumes. Les rois Louis
XIV et Philippe
IV sont représentés par
leurs Premiers ministres respectifs, le cardinal Mazarin
et don Luis de Haro.
3 et 9 juin 1660 : Mariage entre Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche, fille de
Philippe IV. Les cérémonies, qui scellent l’accord entre les deux
royaumes, sont célébrées dans les églises de Fontarabie puis de
Saint-Jean-de-Luz.
Premières décennies du XVIIe siècle : Sous l’effet conjugué des guerres, des recrudescences de la peste
et des déficiences alimentaires chroniques, on assiste à une baisse
sensible de la démographie. La reprise ultérieure fait néanmoins
du siècle une période de croissance démographique. La culture du
maïs, rapportée d’Amérique par Christophe Colomb, s’étend
progressivement. Elle devient un produit de première nécessité à
partir du XVIIe siècle. Malgré les progrès de l’agriculture, les
ressources nécessaires pour répondre aux besoins de la population
ne sont pas suffisantes. L’émigration des « territoires
Basques » vers le reste de l’Espagne des Habsbourg et le
reste de la France des Bourbons, déjà commencée au siècle
précédent, se poursuit et s’accélère. Paradoxalement, les
élites du Siècle des lumières ou de l’Illustration,
qui sont connues pour leurs idées philanthropiques et
universalistes, ne s’opposent pas aux attitudes collectives
d’exclusion et de rejet dont sont victimes les migrants. Au
contraire, elles poussent même à adopter des mesures limitant
l’arrivée et l’installation des nouveaux entrants dans l’espoir
d’assurer la protection, le soutien et le calme des populations
locales. Les fondements de la société rurale sont lentement remis
en cause. De nouveaux intérêts se font jour. La vente des bois
communaux et les mouvements de clôture des terres s’accélèrent.
Une nouvelle catégorie d’agriculteurs, qui désire s’émanciper
des contraintes collectives, apparaît et se développe.
Trois atouts favorisent le développement économique des
« territoires Basques » :
la proximité de la mer, la présence de mines de fer et l’abondance
des bois et des forêts. Depuis la seconde moitié du XVIe siècle,
et à partir d’une vingtaine de ports du littoral atlantique, les
Labourdins, les Guipuscoans et les Biscayens peuvent naviguer jusque
dans les zones de pêche de l’Atlantique nord, autour de Terre-Neuve et du Saint-Laurent. La proximité des mines de fer et des
exploitations forestières facilite l’approvisionnement des
chantiers de construction navale où sont armés les morutiers et les
baleiniers. Les activités maritimes du littoral basque souffrent
cependant de la concurrence étrangère et, bien sûr, des efforts de
guerre exigés par la marine espagnole et française. Les politiques
fiscales et douanières imposées par les deux Etats et les modes de
recrutement quasi forcés des marins-pêcheurs ne sont pas favorables
à l’expansion du secteur. Les corsaires basques participent à la
guerre avec l’autorisation de leur gouvernement. Mais les bénéfices
qu’ils retirent de leur activité ne sauraient enrayer le déclin
des villes côtières.
Fin du XVIIe siècle : L’économie maritime basque commence à
décliner. Elle s’effondre au XVIIIe
siècle. La pêche hauturière disparaît et se voit remplacée par la
pêche côtière, en particulier par celle de la sardine. L’exemple
de Bayonne est frappant. Son activité commerciale décline fortement
alors que des ports comme Bordeaux, Nantes et Rouen sont en plein
essor.
La société d’Ancien Régime est divisée en trois ordres :
le clergé, la noblesse et le tiers-état. Mais dans
les provinces basques, on trouve des possédants et
propriétaires de la terre et des mines dans chaque ordre.
La terre fait l’objet de trois catégories juridiques :
l’alleu (propriété absolue), la censive ou tenure (terre concédée
moyennant une redevance annuelle) et le fief (avec redevances,
obligations et prérogatives honorifiques diverses, et qui peut être
acquis par un bourgeois). Un paysan peut donc travailler sur des
terres appartenant à un autre gros paysan, à un bourgeois, à un
noble ou à une seigneurie ecclésiastique. Mais la plus grande
partie de la société rurale des territoires basques
est composée de paysans exploitant de petites propriétés.1712 : Le second écrivain non ecclésiastique de la littérature
basque, le médecin Joannes Etxeberri de Sara, publie une apologie
de la langue basque : Escuararen
hatsapenak (Rudiments de basque). Au
XVIIIe siècle, les deux autres grands promoteurs de la langue et de
la culture basques sont le père jésuite Manuel Larramendi et le
comte de Peñaflorida, Xabier de Munibe, fondateur de la Real
Sociedad Bascongada de los Amigos del Pais
(1765). Tous auront pour continuateurs une bonne dizaine de jésuites
et de vicaires guipuscoans et biscayens.1716 : Après la mort de Charles II, dernier des Habsbourg, la
dynastie des Bourbons s’installe à Madrid.
Pendant les XVIIe et XVIIIe siècles,
les fors et coutumes (supports
juridico-historiques de l’organisation politique et
administrative), qui garantissent le respect des libertés, des
droits et des particularités locales dans les provinces basques espagnoles, sont peu ou prou
respectés. Mais alors que dans la
conception monarchique traditionnelle des Habsbourg,
les fors sont des pactes qui obligent le roi sur des libertés
préexistantes, dans la conception monarchique absolutiste des Bourbons, les fors sont des concessions que les souverains accordent et qu’ils sont libres de révoquer. Les tendances
absolutistes et centralistes s’affirment avec la branche d'Anjou,
issue de Philippe
de France, duc d’Anjou,
petit-fils de Louis
XIV. Mais Philippe V,
Ferdinand VI, Charles III et Charles IV, doivent d’abord composer
avec la vigueur du foralisme basque et navarrais. Après l’abolition
des fors des royaumes d’Aragon et de Valence (1707), du royaume de
Castille (1713), puis, du royaume de Mallorque et de la principauté
de Catalogne (1715), la Navarre et les trois provinces basques
occidentales restent les bastions de la résistance contre la poussée
centraliste et absolutiste des Bourbons. Le régime foral
basco-navarrais repose alors sur trois piliers : d’abord, le
« pase foral »
(les ordonnances de la monarchie espagnole peuvent être déclarées
nulles lorsqu’elles portent atteintes aux fors ; chaque roi de
Castille et de Biscaye est obligé de jurer fidélité aux fueros
sous l’arbre de Guernika) ; ensuite, les juntas
provinciales (assemblées qui
s’appuient sur les conseils municipaux et locaux, dans lesquelles
la participation populaire est plus importante que dans le reste de
l’Espagne) ; enfin, le corrégidor (fonctionnaire ou
représentant du roi). Dans le domaine fiscal, les Basques sont
exemptés de contributions imposées par l’Etat et leur pays est
considéré comme une « zone franche ». Ils ne payent pas
de taxes sur l’importation ou l’exportation de marchandises en
provenance du reste du territoire de l’Espagne. Enfin, la frontière
n’est pas fixée sur la Bidassoa, mais sur l’Ebre.
A l’inverse, en France, les atteintes royales contre les
institutions locales, notamment par l’octroi de très larges
pouvoirs aux intendants, ne cessent pas jusqu’à la Révolution.
Pour les élites et les populations locales, la résistance passive
est le seul recours possible. Enfin, de part et d’autre des
Pyrénées, l’époque est ponctuée de révoltes fiscales contre
l’établissement de nouveaux impôts.
1770-1788 : Ces années sont calamiteuses pour le Nord du Pays basque.
Les mauvaises récoltes de céréales se succèdent et les effets
désastreux de l’épizootie des années 1774-1776 se font encore
sentir. Les intérêts des deux mondes, urbain et rural, continuent
de s’affronter. D’une part, le littoral avec son commerce et son
industrie balbutiante, d’autre part, l’intérieur, dont
l’économie est agraire et pastorale. La suppression des droits
fiscaux de la monarchie est la revendication la plus partagée.
Nobles, bourgeois, ecclésiastiques, gros et petits paysans, rêvent
de réformes antagoniques et contradictoires, mais personne n’imagine
l’éventualité d’une révolution.
En Guipuscoa, Biscaye et Alava, l’hidalguia
universal, a conduit la
noblesse, tout comme la bourgeoisie, à investir les offices de la
magistrature, du commerce et de l’industrie
(en particulier dans les forges). A l’inverse, en Haute et Basse
Navarre, la fortune nobiliaire dépend des revenus de la terre, ou de
la carrière militaire dans les armées du roi. La noblesse
navarraise est cependant modeste. Le mérite, le talent,
l’instruction, la fortune, si révérés par les Lumières, sont
des critères essentiels de promotion et de réussite sociale.
24 janvier 1789 : Les lettres de convocation des Etats généraux
sont envoyées dans les provinces basques
comme dans le reste de la France. Ces lettres ne semblent pas poser
de problèmes institutionnels aux Biltzar
du Labourd et au Silviet de Soule. Mais ce n’est pas le cas de la
Basse Navarre. Le 4 avril 1789, les Etats généraux du royaume de
Navarre adressent des remontrances au roi. Ils se disent « effrayés »
« de l’atteinte portée à leur constitution ». Ces
remontrances, signées par la noblesse, le clergé et le tiers-état,
affirment les droits historiques et juridiques du royaume de Navarre
qui n’est pas une province de France et « qui n’a jamais
cessé d’être un royaume distinct et séparé de celui de la
France ». Un combat juridique s’engage, mais qui est
évidemment perdu d’avance.
Les débuts de la Révolution : La
population des provinces du Pays basque français
n’est pas d’emblée majoritairement hostile à la Révolution,
mais plutôt partagée entre partisans et adversaires. Les élites
sont ouvertes à la philosophie des Lumières. L’individualisme
rationaliste est perçu comme une voie progressiste, comme une
manière de se libérer des vieux carcans communautaires et sociaux.
Une bonne vingtaine de villes sont rebaptisées d’un nom
révolutionnaire, mais plusieurs sont réputées favorables à la
Révolution. Il en est ainsi de Bayonne, de Saint-Jean-de-Luz
(renommée Chauvin-Dragon) de Saint Pée-sur-Nivelle (Beaugard) ou de
Mauléon. Enfin, il ne faut pas oublier qu’une proportion
significative de la population est indifférente au processus
révolutionnaire. Durant la période révolutionnaire, le « peuple »
ou la « nation » est d’ailleurs réduit à la petite
minorité des « citoyens actifs » ou des « patriotes »
disposant du droit de vote.
Nuit du 4 août 1789 : L’Assemblée constituante vote
l’abolition des privilèges des classes, des provinces, des villes
et des corporations. Les provinces
basques voient enterrer leurs institutions locales. Les députés
labourdins, qui se sont affranchis du mandat impératif pour voter
l’abolition des privilèges, sont désavoués par le Biltzar.
Celui-ci se réunit pour la dernière fois à Ustarritz, le 18
novembre 1789. Il sollicite à l’Assemblée nationale le maintien
de « sa constitution actuelle », mais sans obtenir le
moindre résultat.
Dès janvier 1790 : L’espoir, l’enthousiasme et le rêve des
partisans de la Révolution cèdent la place à la désillusion et à
l’amertume. La question du découpage
départemental, la politique de déchristianisation, les spoliations
de l’Eglise, la persécution des prêtres réfractaires, la guerre
contre l’Espagne, la mobilisation, les réquisitions, la disette,
la pénurie de denrées, la spéculation, les mauvaises récoltes, la
dépréciation de l’assignat, la cherté des prix, radicalisent les
adversaires et érodent l’enthousiasme des partisans.
8 janvier et 26 février 1790 : Naissance du
département des Basses-Pyrénées. Un
décret du 22 décembre 1789 décide la création de départements
afin de donner au royaume une organisation territoriale plus
rationnelle. Un projet présenté à l’Assemblée le 8 janvier
1790, prévoit un seul département regroupant « le Pays basque
et le Béarn ». Malgré les protestations des députés du Pays
basque, le décret est voté le 12 janvier 1790. La dénomination
« département des Basses-Pyrénées » est adoptée le 26
février. A la fin de l’été 1790, l’Assemblée nationale
décrète que le chef-lieu du département des Basse-Pyrénées sera Pau, dans le Béarn. Le mécanisme centralisateur et
uniformisateur du jacobinisme révolutionnaire est en marche. La
question du département suscite la déception de beaucoup de
Basques. Elle constitue un tournant dans la perception de la
Révolution en Pays basque.
29 mai et 12 juillet 1790 : La Constitution civile
du clergé
est discutée et votée par l’Assemblée nationale. Evêques, curés
et vicaires sont désormais élus par les corps électoraux.
L’adhésion au nouveau régime est forcée. Un serment de fidélité
est exigé des nouveaux fonctionnaires. Les biens de l’Eglise sont
confisqués et déclarés biens nationaux à partir du décret du 2
novembre 1789. Dès la fin de l’année 1790, les prêtres
réfractaires sont majoritaires au Pays basque. La politique de
déchristianisation atteint son apogée à partir de 1792. En
décembre 1793, la cathédrale Sainte-Marie de Bayonne est
transformée en temple du nouveau culte de l’Être suprême.
Certaines églises sont utilisées comme granges et les célébrations
de messes sont interdites. Les prêtres réfractaires, qui ne
s’exilent pas, font l’objet de mesures pénales et sont même
condamnés à la déportation. La population du Pays basque,
majoritairement catholique, ne comprend pas les persécutions dont
ils sont l’objet. D’autant moins que ses prêtres ont largement
participé au mouvement rénovateur des
Lumières au cours du XVIIIe siècle. Dans les villages et les bourgs
des campagnes, les prêtres assermentés font l’objet de railleries
et d’injures politiques. Outre leur infidélité, il leur est
reproché de courir à la curée des positions et des charges
enlevées à leurs collègues déclarés « antipatriotes ».
A partir de l’été 1792 : Les « patriotes » de la
Convention nationale (girondins puis montagnards) donnent libre cours
à leur nationalisme exacerbé. La
dépréciation de l’assignat contribue à aggraver les conditions
de vie de la population. Les mesures autoritaires imposées par la
Convention, le comité de Salut public et le comité de Sûreté
générale heurtent de plein fouet le libéralisme de la bourgeoisie
bayonnaise et labourdine.
11 juillet 1792 : L’Assemblée législative déclare « la
patrie en danger » et demande aux volontaires de s’engager.
Chaque département doit fournir le plus grand nombre d’hommes
possible. Dans le Labourd, la Soule et la Basse Navarre, la
proclamation ne suscite aucun enthousiasme. Malgré la propagande et
les manipulations de l’opinion, l’échec est total. Les registres
municipaux restent désespérément vides.15 janvier 1793 : Les députés des trois provinces basques à la
Convention nationale ne votent pas la mort de Louis XVI,
mais la détention pendant la durée de la guerre et le bannissement la
paix revenue. Parmi eux, le ministre de la Justice Dominique-Joseph
Garat, conduit la délégation qui est chargée de notifier le
verdict au roi, le 20 janvier 1793. Membre de la loge des Neuf-Sœurs,
tour à tour ministre de la Justice et de l’Intérieur, le Bayonnais Garat est un rhéteur brillant, ambitieux, mais un parfait
opportuniste. Il a été désavoué par le Biltzar,
le 1er
septembre 1789, pour avoir trahi ses compatriotes lors de la nuit du
4 août. Qualifié sévèrement « d’eunuque politique »
par la girondine Madame Roland, Rivarol l’appelait « le
confiseur de l’Assemblée ». Sa voix reste inaudible lors des
massacres de septembre 1792. Ami de Barère, il est nommé
Commissaire au comité exécutif de l’Instruction publique. Plus
tard, ambassadeur à Naples, il sera sénateur et comte de l’Empire.
Au cours de l’année 1793 : La Convention doit recourir à la
réquisition des biens et des personnes.
Les hommes sont recrutés de force. Les artisans de tous les corps de
métiers sont mobilisés. Un effort violent et impitoyable est imposé
aux populations. Il durera jusqu’à la chute de l’Empire. Ces
mesures coercitives sont évidemment mal supportées, en particulier
par la population agricole. Un certificat de civisme atteste la
bonne conduite et de l’orthodoxie politique de son porteur. Il est
obligatoire pour remplir bon nombre de fonctions et de charges
administratives. Il est le seul moyen d’être libre de ses
mouvements. Bientôt, la seule attitude admise est l’adhésion sans
faille. En vertu de la loi des Suspects, du 17 septembre 1793, les
personnes qui n’ont pas le certificat de civisme sont susceptibles
d’être arrêtées et recluses.
Tout au long des années 1793-1794 : La Révolution française prend
le visage du jacobinisme exacerbé et
sanglant. Les révolutionnaires s’en prennent violemment à la
diversité des idiomes de France. Pour l’abbé Grégoire et
Bertrand Barère, le français doit être étendu de manière uniforme
et exclusive. Les autres langues ne sont que des « jargons
barbares », des « idiomes grossiers » qui ne
servent que le fanatisme et la contre-révolution. Les Basques sont
accusés d’être sous la domination de leurs prêtres. Le
27 janvier 1794, devant la Convention, Barère déclare : « Le
fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l'émigration et
la haine de la République parlent allemand ; la contre-révolution
parle italien et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments
de dommage et d'erreur. » La
politique d’uniformisation linguistique de la Convention
montagnarde ne recevra guère d’importante inflexion par la suite.
7 mars 1793 : La France déclare la guerre à l’Espagne.
La situation des populations des frontières se dégrade. Les
ressources des provinces basques sont réquisitionnées
pour la fourniture des armées. Leur territoire est le théâtre
d’opérations militaires. L’armée des Pyrénées occidentales,
créée par décret du 30 avril 1793, stationne entre Bayonne,
Hendaye et Saint-Jean-Pied-de-Port. Les 10 000 soldats du début du
conflit sont bientôt 70 000. En face, l’armée espagnole aligne 22
000 hommes. Il s’agit à la fois de soldats réguliers, de troupes
auxiliaires des institutions forales basques et de membres de la
Légion royale des Pyrénées qui est composée d’émigrés et de
déserteurs basques. Le 23 avril, à Hendaye, et le 30 avril, à
Sare, les Espagnols lancent deux offensives victorieuses. L’échec
militaire est attribué au comportement « antipatriote »
des populations locales. Celles-ci sont accusées de pactiser avec
les Espagnols et d’être sous l’influence de prêtres
réfractaires. La répression doit avoir valeur d’exemple.
26 février et 3 mars 1794 : Des décrets d’internement
sont votés par la Convention. Ils
vont être appliqués avec zèle par les révolutionnaires
montagnards, membres des Sociétés populaires et des comités de
Surveillance de Bayonne, Saint-Jean-de-Luz et de plusieurs autres
villes. Environ 4 000 personnes, hommes, femmes et enfants, sont
séparées et déportées dans des conditions sanitaires tout à fait
inhumaines. Il en est ainsi d’une partie des habitants de Ainhoa,
Ascain, Espelette, Itxassou, Souraide et Sare, puis de Biriatou,
Cambo, Macaye, Mendionde, Larressorre et Louhossoa. Les départements
choisis pour l’internement sont le Lot, le Lot-et-Garonne, le Gers,
les Landes et les Hautes-Pyrénées. Les plus chanceux arrivent à fuir,
franchissent la frontière et s’exilent en Espagne. Cela dit, le
Pays basque n’est pas unanimement contre-révolutionnaire. Il
connaît un épisode particulièrement sanglant de son histoire, mais, évidemment, sans commune mesure avec le drame du génocide vendéen.
Juillet 1794 : Le général Bon-Adrien Jeannot de Moncey, récemment
nommé à la tête de l’armée des Pyrénées-Occidentales, lance
une contre-offensive. Traversant la
frontière, ses hommes pénètrent dans la vallée du Baztan
(Navarre). A la tête d’un bataillon de chasseurs
basques, le futur maréchal de France Jean Isidore Harispe, se distingue à la bataille des Aldudes.
Fontarabie est occupée le 2 août et Saint-Sébastien deux jours
plus tard. Le maire de la capitale du Guipuscoa ouvre les portes de
sa ville aux troupes d’occupation sans la moindre résistance.
Quelques jours plus tard, la Députation forale du Guipuscoa entre en
contact avec les autorités françaises. Par la voix des députés,
Romero et Aldamar, elle leur demande de créer un nouveau régime
institutionnel pour la province du Guipuscoa, « indépendant de
l’Espagne ». D’autres villes de l’Ouest guipuscoan
restent cependant fidèles à la monarchie espagnole et se battent
jusqu’au bout. Bilbao et Vitoria sont occupées sans difficultés
au début de l’été 1795. Les troupes françaises avancent jusqu’à
Miranda de Ebro. Mais, en revanche, la Navarre réagit unanimement
contre l’envahisseur. Pampelune est assiégée, mais, après le
traité de paix de Bâle signé le 25 juillet 1795, les Français se
retirent.
Dès novembre 1794 : Les représentants du peuple Pinet et Cavaignac,
donnent leurs réponses à la députation du Guipuscoa, à Guetaria.
Ils proposent d’incorporer le Guipuscoa à la République
française… mais en gouvernant la province comme un pays conquis.
On ne peut que spéculer sur les raisons de la collaboration d’un
bon nombre d’élus et de représentants politiques du Guipuscoa
avec l’occupant français. Comment ces notables pouvaient-ils
imaginer qu’après avoir aboli les coutumes et les institutions
historiques du Pays basque du Nord, les autorités révolutionnaires
françaises consentiraient à établir une République guipuscoane
sous la protection de la France et dans le respect du droit foral ?
Une partie de la réponse se trouve sans doute dans le contexte
historico-culturel de l’époque. A la différence des villes de
l’intérieur, Saint-Sébastien et Bilbao étaient des villes
cosmopolites. Parmi leurs élites urbaines
et leurs commerçants, on trouvait de nombreux noms de Flamands, de
Français, d’Irlandais et d’Hollandais. Le
Pays basque sud était particulièrement perméable aux idées et à
la propagande révolutionnaire du fait de sa proximité géographique
avec la France. Il y avait de nombreux lecteurs de l’Encyclopédie
parmi les Guipuscoans, notamment parmi
les fondateurs de la Real Sociedad
Bascongada de los Amigos del País
(1765) dont un bon nombre étaient francs-maçons.
La Révolution française est un véritable ascenseur social par le
biais de la carrière militaire. Mais, dans le cas du Pays basque, les principaux acteurs politiques sont
déjà en place sous l’Ancien Régime. Ils poursuivent leurs
carrières sous la Révolution et, parfois, sous l’Empire. Les
notables ruraux (laboureurs, artisans, hommes de loi et négociants),
la bourgeoisie urbaine et les grandes familles commerciales et
financières, très souvent alliées aux familles nobles, sont les
grands bénéficiaires de la Révolution. L’intégration des élites
du Pays basque dans les structures de l’Etat français se poursuit
et se renforce. Les sociétés antiques, médiévales et de l’Ancien
Régime étaient ouvertement inégalitaires, mais, contrairement aux
idées reçues sur ce point, il n’y a pas de rupture après la
Révolution.
Le XIXe siècle, entre le centralisme libéral espagnol et le nationalisme jacobin français
De part et d’autre de la frontière, la majorité de la population
rurale résiste au centralisme libéral et adhère au catholicisme
traditionnel alors que, dans les villes, la bourgeoisie est le pilier de l’intégration nationale. Au
lendemain de la Révolution française,
les historiens basques se divisent sur l’interprétation de l'événement. Le Pays basque ne reste
pas longtemps en marge d’un monde dominé par le romantisme, le
libéralisme et le nationalisme jacobin. Il
est significatif que la grande majorité des auteurs basques de
l’époque, pour la plupart ecclésiastiques, se réclame du courant
« traditionaliste » ou « contre-révolutionnaire »
(Burke, Maistre, Bonald, Barruel, etc.). La Révolution est, selon
eux, antichrétienne, capitaliste et bourgeoise. La Terreur est le
fruit des principes de 1789, qui sont orientés contre le
christianisme, contre l’Eglise et contre Dieu. L’importante
production historiographique de ces auteurs sera l’une des
premières sources du nationalisme basque. En fait, depuis le XVIe
siècle, et jusqu’à la moitié du XIXe siècle, les écrivains
laïcs qui écrivent en langue basque sont rares. Une minorité
significative se réclame néanmoins très tôt des travaux de
Michelet. Ces auteurs voient dans la Révolution un consensus
populaire, une révolte spontanée du peuple contre la tyrannie, une
révélation de valeurs absolues poussées sur la scène de
l’Histoire sous la pression de la justice, de la liberté et du
peuple.
1804 : Bilbao est le théâtre de la Zamacolada,
une révolte qui oppose le monde rural au pouvoir des villes. De
semblables révoltes (ou Matxinada)
s’étaient déjà produites au XVIIIe siècle. Elles annoncent, à
leur manière, les futures guerres carlistes.
18 octobre 1807 : L’armée française
pénètre en Espagne. Le 27 octobre, le
traité secret de Fontainebleau est signé entre la France et
l’Espagne contre le Portugal et la Grande-Bretagne. Il permet le
passage des armées françaises vers Lisbonne. Mais les intentions de
Napoléon, qui installe son camp militaire à Bayonne, sont beaucoup
plus ambitieuses. Réunies dans le Labourd, ses troupes franchissent
la frontière en avril 1808 et s’emparent de plusieurs villes et
places fortes espagnoles. L’Empereur peut ainsi écarter les
Bourbons du pouvoir au profit de sa propre dynastie. Dans le Pays
basque français, le passage des convois militaires entraîne de
lourdes réquisitions. Les populations locales sont obligées de
fournir des fourrages aux troupes. Elles subissent des réquisitions
en main-d’œuvre et en matériel de transport et parfois des
pillages.
Les comportements à l’égard de
l’occupation napoléonienne, en Biscaye, Guipuscoa et Alava, et
plus particulièrement dans les villes de Bilbao, Saint-Sébastien et
Vitoria, sont à nouveau ambigus.
En résumé, à la différence des populations rurales, une grande
partie de la bourgeoisie et de la noblesse commerciale des villes
collabore avec l’occupant.
1808 : L’ex-ministre de la
République, Dominique-Joseph Garat, devenu un inconditionnel de
Bonaparte, rédige un premier rapport sur le Pays basque
qu’il présente à l’Empereur. Il lui en soumettra un second plus
complet en 1811.
Garat propose un nouveau découpage administratif pour le Pays basque
nord et sud. Son projet prévoit la réunion des Basques français et
des Basques espagnols sous le protectorat de la France. Cet espace
basque serait appelé « Nouvelle Phénicie ». Il
comprendrait deux départements ; l’un porterait le nom de
Nouvelle-Tyr et l’autre le nom de Nouvelle-Sidon. Sa proposition
restera lettre morte.
Mars 1808 : L’arrivée
des troupes françaises à Pampelune suscite des
émeutes dans plusieurs villes de Navarre.
La majorité de la population adopte une attitude attentiste jusqu’à
l’appel au soulèvement de la Députation, le 3 octobre 1808. Les
facteurs décisifs du soulèvement sont le nouveau système de
contributions extraordinaires (la pression fiscale accrue), la
transformation brutale des institutions forales, la persécution de
l’Eglise et la suppression des ordres religieux. De nombreuses
églises sont d’ailleurs profanées, pillées et détruites par
l’envahisseur.
A
partir de 1810 : Le succès de la résistance navarraise est tel que
l’armée française doit se cantonner dans les villes. La
Navarre se libère seule sans l’intervention des armées espagnoles
et anglaises. Le guérillero libéral, Francisco Espoz y Mina,
soulève plus de trois mille paysans et artisans contre les troupes
françaises. Le phénomène patriotico-religieux de la guerre
populaire ou guerrilla, sorte de guerre sainte dont l’élément
catalyseur est la trilogie Dios, Patria y Rey,
ne cesse de se renforcer dans toute l’Espagne pendant les cinq
années de campagnes militaires. Le frère de Napoléon, Joseph
Bonaparte, roi d’Espagne de 1808 à 1813, compte sur la
collaboration des hommes politiques « éclairés », les
libéraux afrancesados ou collaborateurs des gabachos (surnom à connotation péjorative donné aux Français). A sa
manière, il poursuit et accélère la construction d’un Etat
centralisé et uniformisateur dans le prolongement de la politique
initié par les Bourbons.
8 février 1810 : Un décret impérial instaure le Gouvernement de Biscaye qui englobe l’Alava et le Guipuscoa. Les institutions forales cessent de fonctionner et sont démantelées.19 mars 1812 : La Constitution de Cadix est promulguée.
La province où se réunissent les députés espagnols n’est plus
occupée par les troupes françaises depuis 1811. La constitution
qu’adoptent ces députés est établie sur le modèle jacobin
français. Elle confirme l’évolution vers le centralisme et la
souveraineté nationale. Elle est le point de départ des événements
législatifs qui vont entrainer l’abolition du droit foral. Mais le
peuple anonyme, les masses populaires rurales ou citadines,
mobilisées contre l’occupant, préfèrent la devise « Dieu,
la Patrie et le Roi » aux principes énoncés par ce texte
constitutionnel.
21 juin 1813 : A la tête d’un conglomérat de forces
espagnoles, portugaises et anglaises, le duc de Wellington gagne la
bataille de Vitoria. Il emporte ensuite
tous les combats menés dans le Pays basque au cours du mois
d’octobre 1813. Le roi Joseph Bonaparte est contraint de fuir
précipitamment, et Bayonne est assiégée par les Anglais entre le 24
février et le 27 avril 1814.
De 1814 à 1886 : La situation de la péninsule est celle d’une
guerre civile permanente. Les
pronunciamientos militaires sont le recours habituel des groupes
politiques libéraux, progressistes et démocrates (sur 35
pronunciamientos, 33 sont le fait de libéraux-progressistes). Le pays
est majoritairement monarchique, catholique et conservateur. Pour le
rendre républicain, agnostique et révolutionnaire, une minorité composée de civils et de militaires, recourt à la
force. A cela s’ajoute l’opposition irréductible entre
monarchistes libéraux et monarchistes traditionalistes. Autre pomme
de discorde : le long processus de désamortissement
(desamortización), pendant plus d’un siècle, qui consiste à
exproprier et à mettre aux enchères les biens détenus par l’Eglise
catholique et les ordres religieux ainsi que les terres communales
exploitées traditionnellement par les petits paysans. Ces mesures
permettent de financer la dette publique et de démanteler l’Eglise
tout en enrichissant les élites libérales, la haute aristocratie et
la bourgeoisie commerçante et industrieuse des villes. Les
acquisitions de terres et les constitutions de grandes propriétés
foncières par ces élites aboutissent à la transformation des
petits paysans en fermiers, métayers et domestiques.
Après la guerre d’indépendance contre Napoléon (1808-1814),
c’est la guerre realista
(1822-1823) qui se termine par l’intervention
française des Cent Mille Fils de saint Louis en
vertu des accords conclus par Ferdinand VII avec la Sainte Alliance.
En 1827, c’est la guerre des Agraviados
(1827). Ces deux dernières guerres civiles annoncent les guerres
carlistes dont le dénominateur commun peut être résumé par les
mots : « Dieu, Patrie, Fors et Roi ».
La rébellion carliste est un
soulèvement populaire. Les masses
rurales, attachées à leur mode de vie traditionnel, se dressent
contre le gouvernement des monarchistes libéraux. La géographie de
base des forces carlistes est le Pays basque, la Rioja, la Catalogne
et le Bas-Aragon au nord et au nord-est de la péninsule. Le monde
libéral est surtout situé dans les villes. D’une façon générale,
les acheteurs de biens communaux et ecclésiastiques sont libéraux,
et les perdants et exclus sont carlistes. Libéraux sont les « caciques », les grandes familles nobles, les grands
ecclésiastiques, la bourgeoisie marchande et financière des villes
(qui est monarchiste ou républicaine) et une partie minoritaire de
la bourgeoisie rurale. Carlistes sont les petits nobles locaux,
affectés par la baisse des revenus du monde rural traditionnel, le
bas clergé, les petits producteurs et la plupart des paysans et
artisans ruraux et urbains. Carlistes sont les classes populaires, le bas clergé, le clergé régulier et séculier, le clergé
« guérillero » qui a participé aux guerres
antinapoléoniennes. Le carlisme, que sous tend une nette tendance
anticapitaliste, fait peur aux initiateurs du développement
industriel en Biscaye.
Le
carlisme est né en 1833 après que Ferdinand VII a enfreint la loi
de succession établie en 1713 par Philippe V.
Les traditionalistes-carlistes, qui ont à leur tête l’infant
Carlos Maria de Bourbon, vont s’opposer à la régence de
Marie-Christine de Bourbon et à la proclamation de la reine Isabelle
II, sa fille. Mais le carlisme est beaucoup plus qu’une simple
question dynastique. Au nom de « l’ordre naturel et
historique », le carlisme dénonce « la filiation entre
l’absolutisme et le libéralisme », la « dénaturation
de la monarchie par l’absolutisme libéral ». Au despotisme
« éclairé, libéral ou légal », il oppose l’unité
religieuse de la nation, l’organicisme social, les libertés
juridico-politiques des différents territoires et régions (les
fors), enfin, la monarchie traditionnelle.
Les
carlistes vont perdre trois guerres civiles
(1833-1840,
1846-1849 et 1872-1876), particulièrement
meurtrières, qui diviseront profondément les Basques. La première
guerre carliste (1833-1840) se déroule en Catalogne, en Aragon
et dans la province de Valence, mais elle a surtout les trois
provinces du Pays basque sud et la Navarre comme principal théâtre
d’opération. Le général Tomás de Zumalacarregui y de Imaz,
héros de la guerre d’indépendance, reproduit la tactique de la
guérilla. Il obtient plusieurs succès en Navarre grâce à l’appui
d’une grande partie de la population civile. Le 7 décembre 1833,
les députations de Biscaye et d’Alava le nomment chef de leurs
troupes. Don Carlos s’installe à Estella, en Navarre, et contrôle
le Nord de la péninsule dont la quasi-totalité des provinces
basques, à l’exception des grandes villes (Bilbao, Vitoria, San
Sebastian) qui sont libérales et qui restent fidèles au
gouvernement central. Blessé devant Bilbao, Zumalacarregui meurt
d’une septicémie. Les troupes carlistes menacent Madrid, mais, en
1837, elles s’épuisent et perdent toute possibilité de gagner la
guerre.
L’échec des carlistes n’est pas sans conséquences
politico-juridiques pour la Navarre et les trois provinces basques.
La
loi du 16 septembre 1837 supprime les Députations forales de Biscaye, Guipuscoa et Alava qui
sont remplacées par des Députations ordinaires. Plusieurs lois de
1841,
dont la Ley
Paccionada
réduisent le domaine d’application des fors de Navarre et
liquident définitivement les institutions historiques.
La seconde guerre carliste (1846-1849) a lieu surtout en Catalogne.
Mais, en revanche, la troisième guerre
carliste (1872-1876) se
développe à la fois dans les provinces basques et la Navarre,
mais aussi en Catalogne, Valence, Aragon, Andalousie et dans le reste
de la péninsule. Le prétendant carliste restaure les fors et jure
de les respecter devant l’arbre de Guernica, en 1875. Mais il
échoue à nouveau devant Bilbao que ses troupes ne parviennent pas à
conquérir. En novembre 1876, les carlistes sont défaits par les
partisans du roi Alphonse XII. Dès la fin du conflit, le 21 juillet
1876, une loi adoptée par les Cortés, promulguée par le roi,
abolit les fueros des provinces basques. A partir de cette
suppression, la bourgeoisie biscaïenne est maîtresse de la Biscaye
et devient l’un des piliers du régime de Madrid. Affaibli,
le carlisme sombre dans les querelles internes, les divisions et les
scissions.
Les guerres franco-espagnoles et les guerres civiles ont un sérieux
impact négatif sur l’économie maritime et rurale du Pays basque
nord. Les corsaires basques
s’adonnaient jusque-là à la fois à la guerre, à la pêche, au
trafic maritime et à la « course », mais, au début du
XIXe siècle, la période prend fin. L’arsenal
de Bayonne ferme en 1834. La pêche à
la baleine est abandonnée, remplacée par la pêche à la sardine et
au thon, surtout à partir de 1875.
A partir de 1825 : L’exode rural sévit en Pays basque. La
démographie des vallées intérieures diminue au profit des villes.
Un fort processus d’émigration vers
l’Amérique se développe. Il
atteindra son niveau le plus élevé entre 1900 et 1910 et s’éteindra
dans les années soixante. En un siècle et demi, 100 à 200 000 Basques
quittent leur sol natal. Pasajes (Pasaia), Bayonne et Bordeaux sont
les ports d’embarquements les plus utilisés. La nation du Rio de
la Plata (Argentine et Uruguay) et le Chili sont des destinations
très prisées, mais Cuba, le Mexique, la Colombie, le Venezuela et
les Etats-Unis le sont aussi. On estime aujourd’hui que la
diaspora basque (les personnes maintenant des relations avec le Pays
basque et se définissant comme Basques) pourrait s’élever à 5
voire 10 millions de personnes.1835 : Le poète et musicien José Maria Iparraguirre, né à Villareal de Urrechua (Guipuscoa), auteur de la chanson Gernikako arbola (L'Arbre de Guernica, capitale spirituelle du Pays basque), s’engage dans les rangs traditionalistes-carlistes. Mais, en 1848, il participe activement à la révolution à Paris. A la même époque, le journaliste, Agustin Chaho, un républicain, radical, laïciste, anticlérical et socialiste, qui est né à Tardets et qui sera l’inventeur de la formule « Zazpiak bat » (« les sept font un »), se fait volontiers le chantre de la révolution républicaine.Il faut malgré tout attendre le tournant du XXe siècle, voire les années cinquante-soixante, pour que les historiens basques de la Révolution adoptent des points de vue positivistes et sociologiques. Les uns, proches du Parti nationaliste basque, se placent dans la lignée libérale-conservatrice de Thiers, Guizot, Tocqueville, Taine ou Cochin. Les autres, partisans d’un nationalisme basque de gauche ou d’extrême gauche, choisissent la filiation jacobino-républicaine de Mathiez, Aulard et Reinhard, ou, lorsqu’ils sont marxistes, de Georges Lefebvre et Albert Soboul.Deuxième moitié du XIXe
siècle : La Biscaye connaît un remarquable essor économique grâce à
la construction navale et à la production minière.
La douane de l’Ebre, supprimée en 1841, est remplacée par celle
de la côte et des Pyrénées. Jusqu’alors, le Pays basque sud
pouvait commercer librement avec l’Angleterre, la France et la
Hollande, mais il lui fallait payer des taxes pour commercer avec le
reste de l’Espagne. Le transfert de la frontière sera d’autant
plus positif pour l’industrie basque naissante qu’elle exporte
alors 80 % de sa production vers le reste de l’Espagne.
1848 : Le premier haut fourneau de la
société Santa Ana de Bolueta,
situé à un kilomètre de Bilbao, commence à fonctionner.
Un autre haut fourneau est installé à Barracaldo en 1854. Les
premières voies de chemin de fer destinées au transport du minerai
de fer sont construites à partir de 1865. Des capitaux étrangers,
essentiellement britanniques, sont investis en Biscaye. Les chantiers
navals Astilleros del Nervión,
qui travaillent pour la marine militaire et civile, sont fondés à
Sestao en 1891. A la fin du siècle, les Altos
Hornos de Vizcaya produisent 60 % du fer
de l’Espagne et la totalité des rails du pays. Une bourse est créée
à Bilbao en 1890. Le Banco de Bilbao
est fondé en 1856 et le Banco de
Vizcaya en 1901. Les industriels
basques détiennent un quasi monopole sur le secteur bancaire et
étendent leur pouvoir financier sur toute l’Espagne. A la fin du
siècle, les réserves des banques de Biscaye constituent la moitié
des fonds bancaires de l’Espagne.1854 : L'impératrice Eugénie décide d’aller en villégiature à Biarritz. Napoléon III lui fait bâtir un palais. Les frères Pereire construisent un chemin de fer entre Bordeaux et Bayonne, en 1852, et la ligne Bordeaux-Irun fonctionne en 1861. La mode des stations balnéaires est lancée. Biarritz, Le Boucau, Anglet et Hendaye, connaissent une forte croissance urbaine. Les ports de pêche de Saint-Jean-de-Luz, Bidart ou Guétary sont désormais aussi connus pour leurs plages.
1869-1880 : Une rivalité
naît à l’intérieur de l’oligarchie industrielle
basque. Les sidérurgistes sont protectionnistes, après avoir été
libre-échangistes, et les propriétaires des chantiers navals sont
libre-échangistes. Mais, à partir de 1892, l’ensemble de la
bourgeoisie biscaïenne devient protectionniste. Il
faut, par ailleurs, noter que les politiques protectionnistes du
gouvernement de Madrid, qui favorisent l’essor industriel de la
Biscaye et du Guipuscoa, s’accentuent fortement au lendemain de
l’abolition des fors. Elles semblent vouloir compenser la perte
d’autonomie politique par des avantages sur le plan économique.
Au Pays basque du Nord, les forges de l’Adour fonctionnent à partir
de mai 1883, mais
le Labourd demeure largement rural.
L’urbanisation de la côte atlantique
est encore faible tout au long du XIXe siècle. Mais un premier
tourisme, le long de la côte basque, entraîne un certain
développement urbain.
Au Pays basque sud le grand saut
touristique se produit après l’inauguration de la ligne de chemin
de fer Madrid-Irún, en 1865. La
régente Marie-Christine, veuve d’Alphonse XII, conduit tous les
étés la cour d’Espagne à Saint-Sébastien, à partir de 1885.
Les plages de Sestoa, Zumaia, Deba, Zarautz et bien d’autres sont
de plus en plus fréquentées.
11 juillet 1886 : Facundo Perzagua
(né à Tolède), un ami du politicien marxiste Pablo Iglesias Posse
(fondateur du PSOE et du syndicat UGT), crée
l’Agrupación socialista de
Bilbao. Ce parti socialiste
deviendra la formation la plus ancienne du Pays basque espagnol. Au
dire de l’écrivain anglo-navarrais, Ramiro de Maeztu, Bilbao est
alors « la Mecque du socialisme espagnol ». L’un des
leaders du PSOE, ministre et conseiller municipal de Bilbao,
Indalecio Prieto, sera l’ennemi par excellence du nationalisme
basque.
Les groupements socialistes apparaissent
d’abord en Biscaye, puis, quelques années plus tard, en Guipuscoa
(1897), Alava (1897) et Navarre (1882).
Les grèves se succèdent à bon rythme en 1891, 1892, 1903, 1906,
1910, et sont souvent accompagnées de l’intervention de l’armée.
Pour l’essentiel, la base sociale du mouvement socialiste et
syndicaliste ouvrier du Pays basque est composée d’immigrés qui
proviennent surtout, depuis la décennie 1860, des Asturies, de
l’Aragon et de Madrid. La césure culturelle entre Basques et
immigrés est profonde. Les premiers méprisent les seconds. Ils
voient en eux des agresseurs, des envahisseurs, qui mettent en péril
leur ethnie, leur culture et leur religion séculaire.
Pendant tout le XIXe siècle : Proche du peuple rural, le clergé basque contribue au maintien de la langue
basque. Mais le français et l’espagnol
deviennent de plus en plus synonymes de modernité, de progrès et
d’ascension sociale alors que le basque passe pour un archaïsme.
L’Eglise est le bastion de l’euskara, mais elle ne réussit pas
pour autant à enrayer sa disparition. Au Pays basque nord, après
avoir été conciliante envers les langues régionales sous l’Ancien
Régime, la politique linguistique poursuit une francisation
accélérée. L'usage du français se développe d’abord en raison
de la centralisation accrue et de la conscription militaire, mais la
politique linguistique des différents gouvernements est aussi un
facteur d’accélération du phénomène. L’hostilité de l’Etat
envers la langue basque est souvent tangible. Ainsi, sous la
monarchie de Juillet, la loi sur l’enseignement primaire du 28 juin
1833, loi du protestant François Guizot alors ministre de
l’Instruction, interdit l’enseignement en basque.
Parmi les actions en faveur de la langue basque, il faut souligner
celles d’un bon nombre de philanthropes,
de linguistes et d’écrivains laïcs. Ainsi, le prince Louis-Lucien Bonaparte
(fils de Lucien Bonaparte et neveu de l’empereur Napoléon Ier)
consacre la majeure partie de ses travaux de linguiste à l'étude de
la langue basque. Il effectue, en 1863, une classification des huit
dialectes
basque
(biscayen, guipuscoan, labourdin, souletin, et quatre variétés de
navarrais) qui est toujours utilisée aujourd’hui. Travailleur
infatigable, Louis-Lucien Bonaparte organise et dirige un groupe
d’une quinzaine de collaborateurs tous excellents connaisseurs de
la langue et de la culture basques.
A la même époque, il faut citer les noms de trois fabulistes :
deux religieux, Agustín Iturriaga et Juan Mateo Zabala, et une
femme, première écrivain de son sexe en basque, Vicenta Moguel. Il
faut aussi rappeler le nom d’un des apologistes les plus réputés
de l’euskara, le prêtre de Durango Pablo de Astarloa.
1853 : La création des Jeux floraux par Antoine
Thomson d’Abbadie,
contribue à promouvoir la poésie basque. De père basque et de mère
irlandaise, cet explorateur, linguiste et astronome célèbre, maire
d’Hendaye de 1871 à 1875, est l’un des grands mécènes et
promoteurs de la culture basque.
Trois
autres ecclésiastiques d’Iparralde
(le Pays basque du Nord) s’illustrent dans le journalisme en
langue basque à la fin du XIXe siècle
: Jean Hiriart-Urruty, Jean Etxepare et Monseigneur Jean Saint-Pierre.
En Hegoalde,
le poète José Manterola, autre grand promoteur de l’euskara,
dirige la revue Euskalarria
en s’entourant d’un groupe nourri d’écrivains et
d’auteurs de théâtre. Enfin, les premiers romans de la
littérature basque apparaissent sous les plumes de Domingo Aguirre
et de José Manuel de Etxeita.
1881-1882 : La
Troisième
République
met en place une instruction primaire obligatoire et laïque pour
tous.
Les
lois Ferry
imposent le français sur tout le territoire, mais affaiblissent
d’autant les langues régionales.
L'Etat anticlérical combat ouvertement ce qu’il appelle le
cléricalisme. L’expulsion
des congrégations religieuses est prononcée à trois reprises en
1880, 1903 et 1904. Le gouvernement du franc-maçon radical, Emile
Combes, lutte par décret contre l’usage « abusif » des
langues régionales (1902). Il
autorise le préfet de Pau à interdire l’enseignement du
catéchisme en basque. Les inventaires, les expulsions et les
confiscations son vécus comme autant de persécutions
incompréhensibles par la majorité de la population basque. La
chasse aux religieux ne s’apaise qu’en 1940, puis à la
Libération. 30 à 60 000 religieux
français, parmi eux d’excellents connaisseurs de la langue basque,
ont ainsi été forcés de quitter la France et sont allés fonder
des établissements à l’étranger. Pendant plus d’un demi-siècle, les instituteurs de la Troisième République
seront invités à punir les enfants coupables de s'exprimer dans une
langue régionale. Ils utiliseront pour cela toutes sortes
d’humiliations, allant du châtiment corporel à l'exclusion de
l’école. Le but est de rendre honteux l'usage de ce que l’on
appelle alors des dialectes et des patois.
Les nationalismes basques du XXe siècle
La
France se montre beaucoup plus efficace que l’Espagne dans son
processus de centralisation et d’assimilation-intégration du
peuple basque.
Les Basques du Nord, il est vrai peu nombreux par rapport à ceux du
Sud, sont de plus en plus acculturés par la France, alors que
l’Espagne est contestée et niée en tant que nation. Les
guerres de 1870 et de 1914-1918 développent un fort élan
patriotique en faveur de la France
dans la population du Pays basque nord. L’Allemand est l’ennemi
commun désigné qui permet d’unir tout le pays contre lui. La
proportion d’insoumis basques, qui trouvent refuge dans le Sud,
n’est pas négligeable, mais elle reste néanmoins limitée. Par
ailleurs, des émigrés basques reviennent d’Amérique et des
religieux rentrent au pays pour répondre à l’appel de la nation.
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le même phénomène
d’exaltation patriotique se reproduit, mais dans une moindre
mesure. En fait, tout au long du XXe siècle, les anciens combattants
basques sont des vecteurs puissants et efficaces du sentiment
patriotique français.
A l’inverse, au
tournant du XXe siècle, le Pays basque sud voit l’émergence d’un
nationalisme et d’un rejet radical du centralisme de l’Etat.
L’influence
de l’écrivain Sabino
Arana Goiri
(1865-1903) sur ce nationalisme basque est décisive. Né au village
d’Abando près de Bilbao, Sabino Arana est le vrai fondateur du
nationalisme basque. Avant lui, d’autres auteurs avaient parlé de
la « nation basque », mais il est le premier créateur
d’une doctrine politique, d’une presse et d’un parti
nationaliste basque. On lui doit également le nom politique du pays « Euskalduna » et le drapeau basque, dessiné sur le modèle de l’Union Jack du
Royaume uni, l’Ikurriña.
A vrai dire, un seul grand symbole représentatif de la culture
basque ne lui doit rien : la croix basque, la svastika courbé
ou lauburu
(en euskara), dont la plus ancienne qui ait été authentifiée date
de 1560.
Le nationalisme basque de Sabino Arana
est
d’abord un traditionalisme catholique.
La filiation carliste est ici claire et reconnue. C’est ensuite un
mouvement républicain
de défense contre le libéralisme politique et contre le capitalisme
industriel dont les conséquences sont jugées aliénatrices et
déstructurantes. C’est, en outre, le rejet absolu du socialisme
marxiste, doctrine universaliste, internationaliste, anti-basque,
fondamentalement étrangère, considérée comme un vecteur
d’acculturation et d’invasion larvée. C’est enfin une attitude
d’opposition frontale à l’immigration en Biscaye, de refus d’un
prolétariat d’origine espagnole qui menace les valeurs
traditionnelles basques que sont la religion, la langue et la race.
Pour
Sabino Arana, les immigrés sont des belarrimotz ou
des maketos (métèques), impies, immoraux et
pervertisseurs de la société basque. Selon lui, leur invasion
menace la pureté raciale, morale et religieuse des Basques. Arana
considère que le Pays basque ne saurait exister sans la race basque.
La race est pour lui l’essence de la nation quand bien même
l’identité basque est indissociable de la langue et du cadre
géographique. Le Basque se définit chez lui par ses origines. Les
patronymes, parmi lesquels ne doivent figurer aucun nom à consonance
espagnole, sont le gage de la pureté raciale. Aussi, toute personne
désirant militer au sein du Parti nationaliste basque doit avoir au
moins quatre ancêtres portant un vrai nom basque. Arana
a le sentiment d'avoir pour mission de sauver sa nation d'une perte
définitive d'identité. Sa conviction est que les sept provinces
historiques du Pays basque doivent se séparer au plus tôt de
l’Espagne et de la France.
Le
31 juillet 1895 : Soixante-dix Biscayens se réunissent et élisent l’exécutif de l’assemblée
de Biscaye (Bizkai Buru Batzar) dont Sabino Arana assume la
présidence. C’est
l’acte
de naissance du Parti nationaliste basque Euzko
Alderdi Jeltzalea
(EAJ-PNV). Les militants du PNV seront désormais appelés les
jeltzales
(les partisans de JEL, acronyme de la devise du parti Jaungoikoa
eta Legezarra,
qui signifie « Dieu et les vieilles lois »). Très
significativement, l’Aberri
Eguna (jour
de la patrie basque), est célébré le dimanche de Pâques, à
partir de 1932.
Fin du XIXe siècle : Après une première phase radicale
(1893-1898), le nationalisme basque connaît une seconde phase plus
modérée (1898-1903). Le
traditionalisme de la première époque cède la place à un
antilibéralisme moins virulent. Une grande partie de la bourgeoisie
biscayenne, qui est protectionniste, rallie le nationalisme basque
naissant. Elle est menée par l’industriel et avocat Ramón de la
Sota y Llano (1857-1936).
Sota est l’un des plus puissants entrepreneurs d’Espagne, voire d’Europe. Ni
l’industriel Horacio Echevarrieta (grand ami du socialiste Prieto) ni même l’entrepreneur carliste José Luis Oriol y Urigüen ne
peuvent alors rivaliser avec lui.
Sota a fait fortune dans l’industrie minière, la construction de
navires et le transport maritime. Grand ami de l’Angleterre,
actionnaire du Banco de Bilbao et du Banco de Vizcaya, il apporte au
PNV (PNB en français) la solidité économique et une tribune
importante, le journal El Correo Vasco,
qu’il va diriger avec Sabino Arana. Sota souhaite créer un parti
moderne, modéré, pragmatique, laïque et autonomiste, position qui
ne va pas sans frictions avec Arana et ses disciples. Le résultat
est que la doctrine du parti évolue. Les références historiques et
raciales se font moins fréquentes ; on parle moins de la
Biscaye agricole, rurale et légendaire. Lorsqu’on le fait, les
propos polémiques sont relégués au second plan. Depuis l’entrée
dans le parti de représentants émigrés de la bourgeoisie urbaine
industrielle et financière, ils sont difficilement soutenables.
Arana accuse Sota d’être de
connivence avec le capitalisme financier espagnol et de
préférer ses intérêts et son patrimoine à la cause nationaliste,
mais ses imprécations restent sans effets. Paradoxalement, à partir
du 22 juin 1902 et jusqu’à sa mort le 25 novembre 1903, Sabino
Arana connaît lui-même une étonnante « évolution
espagnoliste ». Devenu pragmatique et possibiliste, il semble
renoncer à la fin de sa vie à « l’indépendance du peuple
basque comme fin ultime du nationalisme » pour prôner
« l’autonomie la plus radicale possible dans le cadre de
l’unité de l’Espagne ».
Soucieux d’étendre leur influence sur l’ensemble de la société
basque, les nationalistes basques du PNB créent la Fédération
des montagnards basques
(Mendigozale
Batza) en
1908 et l’Association
des femmes du PNB
(Emakume
Abertzale Batza)
en 1922.
Début XXe siècle : Le PNB connaît de fortes dissensions
internes.
Elles conduisent à la fondation du Parti nationaliste libéral
basque, en 1909, bientôt renommé Parti
républicain nationaliste basque
(Eusko
Alderdi Abertzale Errepublikanoa).
Ce parti nationaliste basque, libéral, laïc et républicain de
gauche, créé par Francisco Ulacia, est l’antécédent direct de
l’Action nationaliste basque (Eusko
Abertzale Ekintza),
qui voit le jour à la fin des années trente.
Au niveau syndical, les thèses du PNV
se retrouvent dans Solidaridad de
Obreros Vascos (SOV), un
syndicat créé à Bilbao, le 23 juillet 1911,
pour réunir les travailleurs basques et contrecarrer l’influence
des syndicats marxiste (UGT) et anarchiste (CNT). Le syndicat SOV se
définit nationaliste basque et chrétien et défend des thèses
mutualistes et coopérativistes.
Dans la lutte pour la récupération de l’identité basque et de sa
langue, le Biscayen nationaliste Sabino Arana n’est pas un isolé.
D’autres grandes figures se détachent au début du XXe siècle
comme le grammairien navarrais Arturo Campion, l’Haspandar Pierre
Broussain ou l’abbé, né à Lequeitio, Resurreccion Maria de
Azkue, qui est directeur de l’Académie de la langue basque de 1919
jusqu'à sa mort en 1951.
En septembre 1918 : La
Société d’études basques, Eusko
Ikaskuntza,
une entité scientifico-culturelle privée, est créée
par les Députations Forales d’Alava, de Biscaye, de Guipuscoa et
de Navarre pour le développement de la culture basque. Le
1er
septembre 1918, le roi Alphonse XIII inaugure le premier Congrès
d’études basques à Oñate.
La Société d’études basque sera présidée successivement par
Arturo Campion, par l’ex-député de filiation carliste, Julián
Elorza, et par l’abbé anthropologue et archéologue José Miguel
de Barandiarán.
Le 25 janvier 1918 : L’Académie de la langue basque,
Euskaltzaindia,
est fondée. Son siège central est à Bilbao. Dès son origine, elle
est une institution transfrontalière dont les membres sont espagnols
et français. La
langue basque est aussi officiellement représentée à l’Académie
royale espagnole à partir de 1928 (les deux académiciens basques
qui la représentent sont Resurrección María de Azcue et Julio
Urquijo).
Il faut aussi mentionner l’apparition
de quatre revues culturelles basques,
la Revue internationale des études basques (1907), Euskalerriaren
alde (1911), Argia
(1921) et Zeruko Argia
(1919). La littérature basque du début du XXe siècle est marquée
par les personnalités des poètes et écrivains José de Aristimuño,
José Maria Aguirre (Xabier de Lizardi), Esteban Urkiaga et Nicolás
Ortmaetxea. La première Ikastola
(école en langue basque) voit le jour en 1914 et l’Association des
Ikastolas naît pour sa part en 1932.
Le 14 juin 1931 : A Estella, l’Assemblée des maires
basco-navarrais, dont la majorité est carliste et nationaliste
basque, approuve un projet de Statut d’autonomie conjoint
pour les provinces d’Alava, Guipuscoa, Biscaye et Navarre. Ce
premier projet, connu comme Statut
d’Estella,
est élaboré à partir d’un avant-projet de la Société d’études
basques
Eusko Ikaskuntza.
Il prévoit la possibilité pour la future région autonome d’avoir
des relations directes avec le Saint-Siège, ce qui entraîne le refus
immédiat et définitif du gouvernement de Madrid dont la majorité
est de gauche.
Un nouveau projet plus centraliste, connu comme le Statut de la
commission gestionnaire, est élaboré en janvier 1932.
Beaucoup de carlistes le considèrent anti-foriste et la direction de
la Communion traditionaliste, particulièrement réticente, invite
ses membres à voter selon leur conscience. A l’issue d’une
assemblée des maires très mouvementée, le 19 juin 1932, la Navarre
rejette ce statut. Le PNV se retrouve alors seul pour défendre un
statut conjoint. Le 5 novembre 1933, un nouvel obstacle
survient : dans la province d’Alava, province où les
carlistes sont nombreux, les voix en faveur du statut n’atteignent
pas la majorité des électeurs inscrits. Le processus d’adoption
du Statut d’autonomie basque se retrouve dès lors paralysé.
Le
16 février 1936 : Le Front populaire
(coalition de républicains de gauche, de socialistes marxistes et de
communistes, soutenue par une partie de l’électorat anarchiste)
sort vainqueur des élections. Le républicain-jacobin Manuel Azaña
est nommé à la tête du gouvernement. Deux mois plus tard, le 10
mai, Azaña est élu président de la République par les députés
du Front populaire auxquels se joignent les députés du Parti
nationaliste basque.
Le 13 juillet : Après deux mois de désordres, de grèves et de
crimes, la violence politique atteint son paroxysme. L’un
des principaux dirigeants du Bloc national de droite, le monarchiste
José Calvo Sotelo, est assassiné par des membres des forces de
sécurité de l’Etat aidés de miliciens socialistes. L’autre
grand dirigeant de droite, le leader libéral-conservateur de la
CEDA, Gil Roblès, échappe miraculeusement à la mort.
Le 17 juillet 1936 : Le soulèvement militaire éclate à Melilla,
puis, le 18, dans toute l’Espagne.
Mais ce coup d’Etat est un échec cuisant. L’armée est divisée
comme le reste de la société. Les forces politiques et sociales se
mobilisent rapidement dans chaque camp. Le putsch manqué se
convertit alors en guerre civile. Deux blocs irréconciliables, aux
forces comparables, se déchirent pendant près de trois ans
(1936-1939) ; d’une part, les « republicanos /
républicains » (socialistes-marxistes, républicains-libéraux
de gauche, communistes, anarchistes et nationalistes catalans et
basques), d’autre part, les « nacionales / nationaux »
(républicains-libéraux de droite, chrétiens-conservateurs,
monarchistes-libéraux, traditionalistes-carlistes, nationalistes et
phalangistes). La guerra
civil española
sera l’un des conflits du XXe siècle qui divisera le plus
l’opinion mondiale.
La
guerre d’Espagne est d’autant plus tragique pour le Pays basque qu’elle se double d’une guerre civile entre Basques.
La Biscaye et le Guipuscoa, provinces dans lesquelles le PNV est
omniprésent, restent fidèles à la République. La Navarre et
l’Alava, territoires où les carlistes sont très implantés,
choisissent le camp national. Les nationalistes basques lèvent une
armée d’environ 45 000 hommes, les gudaris
ou soldats de l’Eusko
Gudarostea,
qui combattent au côté des républicains. En
face, les Navarrais fournissent 40 000 hommes aux troupes nationales,
dont 11 400 rejoignent les unités de requetés
carlistes.
Les miliciens du Parti communiste d’Euskadi (Euskadiko
Partidu Komunista), de tendance stalinienne, sont au cœur du dispositif militaire
républicain. Ils jouent un rôle important dans la défense de la
ville d’Irun puis de la Biscaye. Leurs dirigeants ont pour noms
Dolores Ibarruri (la Pasionaria), Jesús Larrañaga, Ramón Omarzabal
et Juan Astigarrabía.
Enfin,
huit bataillons anarchistes sont également présents sur le même
théâtre d’opération, notamment le nº 36 (Malatesta)
commandé
par Jésus Ezkauriaza. Si un grand nombre d’intellectuels basques
du Guipuscoa et de Biscaye se mobilisent en faveur du Front
populaire, il y a aussi beaucoup de patronymes basques célèbres
chez leurs adversaires.
Les
philosophes et romanciers libéraux Miguel de Unamuno et Pío Baroja,
le théoricien carliste Victor Pradera y Larumbe, l’écrivain
monarchiste libéral Ramiro de Maeztu, les auteurs phalangistes Pedro
Mourlane Michelena, Rafael Sanchez Mazas et Juan Telleria (ce dernier, compositeur de la musique de l’hymne phalangiste Cara
al sol)
en sont autant d’exemples.
6 août 1936 : Un an avant la Lettre
collective de l’épiscopat espagnol aux évêques du monde pour
dénoncer les tueries perpétrées dans le camp républicain, les évêques basques, Mateo Múgica et Marcelino Olaechea, de
Vitoria et Pampelune, publient une
instruction pastorale dans laquelle ils
reprochent aux nationalistes biscayens et guipuscoans de faire cause
commune avec « les ennemis déclarés et acharnés de
l’Eglise ».
Dès les premiers jours du soulèvement, plusieurs colonnes
navarraises, composées en majorité de requetés, avancent en
Guipuscoa.
Le 5 septembre, elles s’emparent d’Irun et coupent la frontière
avec la France. Le 13 septembre, Saint-Sébastien tombe sans
résistance. Les troupes carlistes parviennent ensuite à l’entrée
de la Biscaye et le front se stabilise. La lutte en Guipuscoa a été
jusqu’alors menée essentiellement par les milices révolutionnaires
(anarchistes et communistes). L’armée basque, Eusko
Gudarostea,
formée au cours des mois d’août et de septembre, va désormais
entrer en scène.
6 octobre 1936 : Les Cortès réunies à Valence approuvent le Statut
d’autonomie du Pays basque. En
fait, celui-ci concerne la Biscaye et la partie du Guipuscoa qui n’a
pas encore été soumise par les troupes nationales du général
Mola. La loi adoptée confère au Pays basque de larges pouvoirs
analogues à ceux obtenus par la Catalogne en 1932. Mais les
circonstances spéciales et difficiles de la guerre vont permettre
aux autorités basques d’exercer de fait des compétences encore
plus vastes que celles prévues par ce texte. Voté par des Cortès
résiduelles, dont les députés appartiennent aux seuls partis
favorables au Front populaire, ce statut est un acte de
reconnaissance à l’égard du PNV qui, en dépit de son
catholicisme revendiqué, a refusé de se joindre au soulèvement et
est resté fidèle à la République.
7 octobre 1936 : Au lendemain de l’approbation du Statut, le premier
gouvernement basque autonome est mis en place.
José Antonio Aguirre est élu Lehendakari
(président du gouvernement basque) et prête serment sous le chêne
de Guernica : « Je jure devant la Sainte Hostie, fidélité
à la foi catholique que je professe… Je jure fidélité à ma
patrie Euzkadi à laquelle j’offre ma vie… » Les
nationalistes du PNV s’octroient les ministères de la Justice, de
la Culture, de l’Intérieur et de la Défense. Les autres partis du
Front populaire (socialistes, républicains de gauche, communistes et
nationalistes basques de gauche) occupent les autres portefeuilles.
Seuls les anarchistes demeurent en dehors du gouvernement en raison
du veto du PNV. En quelques semaines, le gouvernement d’Aguirre
fait de la Biscaye et d’une partie du Guipuscoa une entité
juridico-politique avec tous les attributs d’un petit Etat
semi-indépendant. Il maintient des relations étrangères directes
avec l’étranger, en particulier la Grande-Bretagne, crée une
armée, fait battre de la monnaie, délivre des passeports,
réorganise la justice et fonde une université basque.
Mars 1937 : Les troupes du général Mola reprennent l’offensive
en Biscaye. Le bombardement de Durango
se produit le 31 mars et celui de Guernica
le 26 avril 1937. La tragique
destruction de Guernica, au cours d’une action perpétrée par vingt avions de la légion Condor allemande et quatorze avions italiens, reste le
plus célèbre massacre de toute la guerre d’Espagne (entre 120 et
300 morts selon les sources). Deux jours plus tard, lorsque les
troupes nationales investissent la ville, les requetés, indignés
par cet acte barbare, rendent hommage à la Casa
de Juntas (assemblées) et montent une
garde d’honneur devant l’arbre de Guernica.
19 juin 1937 : Après deux jours de
combats, les troupes nationales parviennent à rompre la fameuse
« Ceinture de fer » qui protège Bilbao.
Un fait inattendu a contribué à leur progression. Depuis le mois de
mars, le responsable de la construction des fortifications, le
capitaine-ingénieur, Alejandro Goicoechea, a changé de camp et a
donné de précieuses informations aux assaillants.
14 août 1937 : Les nationaux effectuent une nouvelle percée en
direction de Santander. Le 18, le front
républicain s’écroule. L’évacuation de Santander est décidée
le 23. Les dernières troupes de Basques nationalistes, retranchées
entre Laredo et le port de Santoña, renoncent à poursuivre le
combat et décident de se rendre, c’est le
pacte de Santoña, du 24 août 1937,
signé entre les représentants du Parti nationaliste basque
(notamment Juan
de Ajuriaguerra,
président de l’exécutif du PNV de Biscaye) et les chefs de l’armée
italienne du Nord, le Colonel de Carlo et le général Roatta. Un
pacte qui ne sera pas reconnu par Franco qui n’acceptera qu’une
reddition inconditionnelle. En fait, depuis septembre 1936, les
dirigeants du Parti nationaliste basque négocient les conditions
d’une reddition digne et acceptable avec le Vatican et le
gouvernement italien par l’intermédiaire de l’abbé nationaliste
Alberto Onaindia et de Juan Ajuriaguerra. Logiques avec eux-mêmes,
les nationalistes basques luttent avec détermination lorsqu’il
s’agit de défendre leur territoire, mais une fois celui-ci tombé
entre les mains des adversaires, le combat n’a pour eux plus de
sens.
7 octobre 1936-19 juin
1937 : Date de la fin de l’expérience du gouvernement autonome. La
situation politique et sociale du Pays basque peut être qualifiée
de véritable « oasis » si
on la compare au reste de la zone républicaine. Beaucoup de
nationalistes basques sont catholiques, conservateurs ou réformistes.
Leurs idées et leurs convictions sont antifranquistes, mais ils sont
plus proches de leurs frères carlistes que des laïcs, athées et
révolutionnaires des partis du Front populaire. L’Eglise
catholique n’est pas persécutée, le clergé n’est pas massacré,
les « tchekas » ou tribunaux populaires « spontanés »,
qui, dans le reste de l’Espagne, répriment, torturent et exécutent
les gens de droite en toute impunité, n’existent pas en Biscaye.
Le clergé reste par ailleurs largement fidèle aux nationalistes
basques, et cela en dépit de l’assassinat de trente-et-un prêtres au
lendemain du soulèvement et de vingt-huit autres après la mise en place du
gouvernement basque. En Biscaye et Guipuscoa, pendant toute la durée
du conflit, le nombre des victimes de la répression plus ou moins
spontanée des milices républicaines n’excédera pas les mille morts. A l’inverse, la répression nationale sera plus brutale,
puisqu’elle fera environ 2 900 victimes en Guipuscoa, Alava et
Biscaye (dont seize prêtres fusillés pour leurs idées nationalistes
basques) et entre 1 100 et 3 000 victimes (selon les sources) dans la
seule Navarre.
Exilé en Catalogne, le
président Aguirre commence une véritable odyssée. Elle
le mène à Paris, puis, en pleine guerre mondiale, à Berlin et
Hambourg où il reste quatre mois. Il passe ensuite en Suède avant
d’embarquer avec sa famille pour l’Amérique du Sud (Rio de
Janeiro). En août 1941, il obtient un visa pour les Etats-Unis,
pays où il réside jusqu’à son retour en France en 1946.
1939 : A la fin de la guerre d’Espagne, le gouvernement français de la
Troisième République se montre plutôt tolérant envers les réfugiés
espagnols. 15 à 20 000 exilés basques
franchissent la frontière. Certains retourneront plus ou moins vite
en Espagne pour retrouver leurs familles. Les militants nationalistes
les plus chanceux sont évacués vers l’Amérique, mais, pour la
plupart, les circonstances sont loin d’être favorables. Dès
avril 1939, le camp d’internement de Gurs,
près d’Oloron-Saint-Marie dans le Béarn, reçoit près de 25 000
réfugiés espagnols pour la plupart combattants de l'Armée
républicaine et volontaires des Brigades internationales. Parmi eux,
plus de 6 500 sont Basques. Entre 1937 et 1940, une délégation
basque fonctionne à Paris, avenue Marceau. Son activité est
soutenue par les catholiques français proches de Marc Sangnier et
par la Ligue internationale des amis des Basques présidée par
François Mauriac.
1940 : Au lendemain de l’invasion de la France et de l’armistice
du 22 juin, une petite délégation nationaliste basque reprend
une activité limitée dans le Paris occupé. Une minorité
sympathise avec le national-socialisme, mais entretient des relations
plutôt froides et distantes avec le régime de Vichy situé en zone libre. Dès 1943, un bataillon de Basques (cent cinquante hommes), appelé Guernika,
composé en majorité de militants du PNV, combat dans la Résistance
en Gironde.
Le régime de Vichy,
qui est en partie influencé par les nationalismes de Maurras et de
Barrès, se
montre conciliant à l'égard des langues régionales.
L'objectif de la Révolution
nationale,
idéologie officielle de l’époque, est de vivifier le nationalisme
français chez les enfants en développant leur attachement au sol
natal. Dans ce contexte, l’arrêté
du 12 décembre 1941 autorise l’enseignement facultatif des
« parlers locaux » dans les écoles primaires.
Le régionalisme
pétainiste prétend unir la grande et la petite patrie, présentée
comme une communauté réelle
par opposition aux « abstractions » administratives
issues de la Révolution
française
et de la République
laïque.
Ces lois et ces décrets seront abrogés à la Libération. Il faudra
ensuite attendre les années cinquante pour que diverses mesures soient
enfin prises en faveur des langues
régionales.
La
loi
Deixonne,
du 11 janvier 1951,
sera la première loi de la République autorisant l’enseignement
de quatre langues régionales, le breton,
le catalan,
l'occitan,
et le basque,
dans les écoles secondaires.
Pour
la propagande franquiste de l’immédiat après-guerre civile, le
Guipuscoa et la Biscaye sont les « provinces traîtresses ».
Dès le 23 juin 1937, un décret-loi de Franco abolit le Concierto
económico, un résidu des fueros qui régule les relations
fiscales et financières entre l’administration centrale et les
trois provinces basques. Il s’agit de châtier le Guipuscoa et la
Biscaye, qui ne se sont pas ralliés à la cause nationale en dépit
de leur catholicisme. Pour bien marquer la différence, les
autonomies fiscales et financières de l’Alava et de la Navarre
sont conservées.
Paradoxalement, le châtiment des deux provinces basques
« républicaines », les plus industrialisées d’Espagne,
ne sera pas un obstacle à la poursuite de leur développement. Les
politiques d’autosuffisance industrielle et d’autarcie que le
régime franquiste adopte à partir de 1946, en raison du blocus
international, constituent pour elles une véritable aubaine.
La politique protectionniste est assortie de fortes subventions qui
contribuent puissamment à l’expansion industrielle du Pays basque.
Les résultats bénéfiques se poursuivent bien après la fin du
blocus, voire jusqu’en 1975. Le revenu par habitant des
provinces basques sera le plus haut d’Espagne pendant la dictature
franquiste, soit, approximativement, 50 % plus élevé que la moyenne
nationale.
Dans
les années quarante : La langue basque est marginalisée et exclus de la
culture et de l’enseignement.
Les ikastolas
(écoles en basque) sont absolument interdites. Les franquistes les
plus radicaux voient dans l’utilisation du basque un instrument de
division de la nation, une littérature injurieuse et méprisante
contre l’Espagne. Exceptionnellement, des amendes sont délivrées
aux locuteurs bascophones. Mais il n’y a pas pour autant
d’interdiction officielle et systématique. Celle-ci serait
d’ailleurs impossible à imposer. Il ne faut pas oublier que la
base sociopolitique du franquisme dans le Pays basque et la Navarre,
est, dans sa grande majorité, carliste et souvent euskaldun
(bascophone). Des requetés d’Alava, de Navarre et, dans une
moindre mesure, du Guipuscoa et de Biscaye, se sont joints
volontairement et avec enthousiasme au « soulèvement
national ».
A
partir de 1943 : La prédication religieuse en basque est autorisée.
Il en est de même un peu plus tard pour la publication des livres.
En réalité, plus que la persécution franquiste, le véritable
obstacle à l’apprentissage du basque est à l’époque l’absence
de bons dictionnaires et de grammaires et, surtout, l’incroyable
diversité des dialectes basques. L’Académie de la langue basque
fonctionne dès 1945. Entre 1956 et 1959, elle met en œuvre un vaste
projet d’unification du basque qui culmine avec l’euskera-batua,
en 1968. Les puristes protestent parce que le batua
contient 80 % de mots d’origine latine. Mais l’unification est
indispensable pour la survie du basque.
Peu à peu, le régime se fait plus tolérant. La
première ikastola
semi-tolérée date de 1954. Il y en aura plus de cent trente à partir de
1965. La revue littéraire Egan,
écrite exclusivement en basque et parrainée par les pouvoirs
publics, date de 1948. Des championnats de bertsolarisme
(de
poésie transmise par la tradition orale)
se
déroulent à partir de 1949. Le nombre de livres publiés en basque
chaque année dépasse largement le niveau de 1935 à partir des
années soixante. La foire du livre de Durango est créée en 1965.
Il faut aussi souligner l’importance
de la littérature de l’exil et de la résistance au franquisme
(1936-1975).
Les éditions Ekin
de Buenos-Aires sont longtemps le phare des exilés. Dans son
catalogue, on retrouve les noms du romancier J.A. Irazusta, de
l’écrivain Martín Ugalde et du poète ex-ministre, Telesforo
Monzon. Dans la génération de la résistance, il faut citer les
romanciers, poètes ou auteurs de théâtre, laïcs ou
ecclésiastiques, Anabitarte, Erkiaga, Etxaide, Zubikarai, Loidi,
Etxaniz, Santiago Onaindia, José Ignacio Goikoetxea, Salbatore
Mitxelena, Xabier d’Iharce, Fernando Artola « Bordari »,
Antonio Ma. Labayen, Pierre Lartzabal et Luis Michelena. Une autre
revue culturelle se doit de figurer dans cette énumération,
Euzka-Gogoa,
revue fondée au Guatemala en 1950 et transférée à Biarritz en
1955.
Au
lendemain de la seconde guerre mondiale : Le Parti nationaliste basque
poursuit son activité à partir de son siège avenue Marceau à
Paris. Il renonce au traditionalisme catholique du fondateur Arana
pour s’inscrire dans une filiation nettement démocrate-chrétienne.
En
décembre 1947,
alors que le stalinisme atteint son apogée dans le monde, le
Lehendakari
José Antonio Aguirre lance un message dans lequel il prend
définitivement ses distances avec les communistes.
En accord avec les socialistes (dont Indalecio Prieto), les
staliniens sont expulsés du gouvernement basque en exil. Les amis
idéologiques d’Aguirre sont désormais De Gasperi, Spaak, Schumann
et le banquier, collaborateur de Roosevelt, Jean Monnet. A vrai
dire, la plupart des partis antifranquistes de l’époque dépendent
largement de l’aide économique nord-américaine. Dans le Parti
nationaliste basque, certains membres travaillent même, plus ou moins
officieusement, pour les services secrets américains.
7 mai 1948 : Avec sept cent cinquante autres délégués européens, José Antonio
Aguirre participe au congrès de la Haye.
Le but de cette réunion, présidée par Winston Churchill, est de
promouvoir la formation des Etats-Unis d’Europe. Dans sa lutte en
faveur du nationalisme basque, Aguirre cherche l’appui des
Américains. Mais, avec le début de la guerre froide, la politique
étrangère des Etats-Unis se modifie. Pour Washington, les raisons
géopolitiques s’imposent sur toutes autres considérations. Le
régime de Franco se renforce et la collaboration du Caudillo est
jugée plus opportune que les rêves d’un grand Pays basque nourris
par Aguirre.
1947 et 1951 : Le gouvernement basque en exil contribue à fomenter
des grèves dans le Pays basque sud.
En juin 1951, les autorités françaises réagissent et ferment les
locaux du gouvernement basque, avenue Marceau, avant de les confier à
l’ambassade d’Espagne. Le
gouvernement basque s’installe alors dans des bureaux plus
modestes, à Passy, rue Singer. Trois
ans plus tard (1954), le
ministre de l’Intérieur, François Mitterrand, interdit les
émissions de la station basque Radio Euskadi.
1952 : Quelques jeunes intellectuels de Biscaye et de Guipuscoa se
réunissent pour fonder le groupe d’études et de réflexions sur
le nationalisme basque EKIN. Quelques
semaines plus tôt, des jeunes du PNV ont créé pour leur part le
groupe EGI
(Eusko
Gaztedi Indarra).
Ces deux groupes fusionnent, mais, très vite, des dissensions
surgissent qui opposent les réformistes, non-violents, proches du
Parti nationaliste basque, aux militants radicaux du groupe EKIN. A
l’été 1959, les dissidents créent une nouvelle organisation,
Euskadi
Ta Askatasuna
(ETA), un mouvement clandestin qui ne
va pas tarder à se durcir considérablement.
Le poète et linguiste souletin Jon Mirande est le premier
nationaliste basque de l’après-guerre auteur d’une véritable
« réflexion sur la violence ». A
partir de 1953,
il
joue
un rôle non négligeable dans la cristallisation du nationalisme
basque le plus radical. Ami des Bretons indépendantistes, Yves
Jeanne et Goulven Pennaod et du groupe Breiz Atao, admirateur de
Nietzsche et de Spengler, Mirande est un représentant archétypique
du néo-paganisme antichrétien, antisémite, antimarxiste et
antilibéral. Ethno-socialiste ou socialiste européen, il en appelle
à « une aristocratie guerrière basque » fer de lance de
l’indépendance. Selon lui, la
condition de basque est raciale et héréditaire : « la
race est plus importante que la langue » ; « s’il
ne peut y avoir de Basques sans euskera, c’est parce que l’abandon
du basque met les Basques sur la voie de la déracialisation ».
Mirande n’a pas de relation directe avec l’ETA, mais il est en
rapport avec l’un des premiers et principaux idéologues de
l’organisation clandestine, le Germano-Basque Federico Krutwig
Sagredo. La rupture entre les deux hommes n’interviendra que dans
les années soixante, lorsque Krutwig publiera deux livres, Vasconia
(1963) et La
Question basque
(1965). Ces œuvres mêlant marxisme et ethnisme, qui marqueront la
jeunesse nationaliste radicale de l’époque, seront jugées
saturées de marxisme par Mirande.
22 mars 1960 : José Antonio Aguirre, Lehendakari et leader historique
du PNV, meurt d’une crise cardiaque à Paris, à l’âge de 56
ans.
La messe de requiem est célébrée en la paroisse
Saint-Jean-Baptiste à Saint-Jean-de-Luz et sa dépouille est déposée
dans le cimetière de la ville labourdine. José Antonio Aguirre est
toujours à ce jour le Lehendakari
le plus aimé de son peuple. Mais, déjà à sa mort, le Pays basque
est fort loin de ce qu’il était un demi-siècle plus tôt.
Le
développement industriel de la Biscaye et du Guipuscoa, depuis le
début des années cinquante, a d’importantes conséquences
« sociétales ».
L’affluence des travailleurs ruraux à partir des provinces
d’Espagne les plus pauvres est massive. Cette immigration dépasse
nettement celle que le Pays basque a connue à la fin du XIXe siècle
et au début du XXe siècle.
Entre
1955 et 1975, la population du Pays basque espagnol a augmenté de
60 %,
alors que, dans le reste de l’Espagne, la croissance démographique a
été inférieure à 20 %. Un tel afflux d’immigrés suscite la
méfiance et la crainte d’un bon nombre de Basques. Mais
le Pays basque n’échappe pas aux modes idéologiques qui touchent
l’ensemble de l’Europe de l’Ouest à partir des années soixante.
La marxisation des esprits touche de plus en plus les milieux
intellectuels et universitaires. A la suite du concile Vatican II
(1962-1965), l’Eglise fait son aggiornamento.
Le marxisme et le freudo-marxisme nourrissent désormais une grande
partie de la réflexion théologique. Plusieurs dizaines
d’ex-séminaristes et de prêtres basques défroqués s’affirment
partisans du nationalisme basque radical et défendent l’organisation
clandestine ETA. Parmi les curés chargés d’officier lors des
enterrements d’etarra,
il en est même qui n’hésitent pas à voir dans la vie du défunt,
généralement athée, l’incarnation « des valeurs les plus
fondamentales de l’Evangile de Jésus ».
1961 : Enbata (vent
nord-ouest en basque) est publié à Bayonne. Il s’agit d’un
mensuel
politique qui milite pour l'indépendance du Pays
basque
français et espagnol. Cette revue se veut une publication de combat
pendant ses premières années d’existence. Elle adopte par la
suite un ton plus journalistique, mais se définie toujours abertzale
(patriote) de gauche. Le 15 avril 1963, à l’occasion de l’Aberri
Eguna
(jour de la patrie basque), un nouveau mouvement politique, lié à
la revue, voit le jour. Il prend, lui aussi, le nom d’Enbata
et développe son activité militante pendant une bonne dizaine
d’années. Les résultats électoraux au cours des ans sont
cependant décevants. Ils ne dépassent guère les 5 % des suffrages
exprimés lors des votes. Le Pays basque nord reste résolument
centriste, modéré de droite et attaché à la France. Seuls les
projets de département du Pays basque nord et d’officialisation de
la langue basque, sont susceptibles de rassembler les partis
abertzale,
modérés et radicaux, et une minorité d’élus et de membres des
partis nationaux (UMP/LR et parti socialiste). Mais ni l’autonomisme ni à plus forte raison le séparatisme et l’indépendance, ne font
recettes parmi la majorité des citoyens et des élus locaux du Pays
basque nord.
Mai 1962 : La première assemblée de l’ETA se tient à l’Abbaye
bénédictine Notre-Dame de Belloc, située
à Urt dans les Pyrénées-Atlantiques. Quatorze représentants sont
présents. L’influence de la doctrine sociale de l’Eglise se
fait encore vaguement sentir, mais l’ETA prend très tôt ses
distances avec le catholicisme. L’organisation se définit
indépendantiste et antilibérale. Elle prône la suppression
progressive des frontières dans le monde, l’intégration
fédéraliste européenne, la planification de l’économie et
l’implantation du basque comme seule langue officielle. Renonçant
au racisme, voire à l’ethnisme, l’ETA affirme qu’être basque
ne signifie pas seulement être né au Pays basque ou de parents
basques, ni même parler le basque, mais aussi et avant tout lutter
pour la récupération et la diffusion de la langue. L’organisation
clandestine se déclare en outre résolument favorable à la « la
lutte armée ».
1963 : La deuxième assemblée de
l’ETA se tient à Capbreton, dans les
Landes. L’organisation, marquée par l’influence de Federico
Krutwig, cherche à diffuser plus massivement sa propagande et
exécute ses premiers attentats matériels à la dynamite.
La
troisième assemblée de l’ETA (1964),
tenue à nouveau au Pays basque nord, précède le virage décisif
de l’organisation. L’application des principes et des méthodes
de la guerre révolutionnaire est décidée sous l’influence de
militants maoïstes Le petit livre de Krutwig, Insurrection
au Pays basque,
est largement distribué parmi les militants et les sympathisants.
Rompant tous liens avec les membres du PNV, l’ETA qualifie
désormais le vieux parti nationaliste de « bourgeois
capitaliste ».
1965 et 1966 : L’ETA tient sa quatrième et cinquième assemblée en Guipuscoa.
La première a lieu dans une bergerie au dessus d’Aranzazu et la
seconde à Guetaria. Les attentats, matériels puis physiques, les
enlèvements et les « rançonnements ou impositions
révolutionnaires » qui visent les professions libérales et les
entrepreneurs se succèdent et se multiplient. Les accrochages avec
la garde civile, les exécutions et les condamnations à de lourdes
peines de prison s’enchaînent et s’intensifient. La spirale
infernale terrorisme-répression est en place. ETA se prétend le
bras armé d’un peuple-classe basque qui s’oppose à la petite et
moyenne bourgeoisie basque, base sociale du PNV. L’organisation suit
le modèle de l’IRA irlandais, mais se veut avant tout
marxiste-léniniste dans la lignée des mouvements de libération
nationale tiers-mondistes. Les débats entre les dirigeants qui sont
partisans d’une ligne privilégiant la lutte armée (libération
nationale) et ceux qui privilégient la lutte des classes (libération
sociale) ne tardent pas à surgir.
1965 : A partir de la
fin du concile Vatican II, le mouvement carliste connaît lui aussi
une profonde rénovation.
La tendance traditionaliste est écartée au profit d’un courant
progressiste, moderne et « social-chrétien ». Celui-ci
se retrouve très vite lui-même confronté à une tendance
s’inspirant du marxisme tiers-mondiste, les Forces actives
révolutionnaires carlistes (FARC). Le nouveau parti carliste, dirigé
par le prétendant, Carlos Hugo, prône le socialisme
autogestionnaire et l’alliance avec l’extrême gauche. Mais son
parti décline irrémédiablement à partir de 1970. Alors que les
années soixante avaient vu près de 100 000 carlistes se réunir chaque
année à l’occasion de la concentration de Montejurra
(Via crucis
en mémoire des requetés morts pendant la guerre civile), ils ne
sont plus que quelques milliers dans les années soixante-dix. Le bras armé
du nouveau parti carliste, le Groupe d’action carliste, est
désarticulé par la police en 1972. Quelques-uns de ses membres
rejoignent l’ETA. Mais d’autres jeunes carlistes choisissent de
militer dans la Communion traditionaliste que dirige Sixte-Henri de
Bourbon-Parme, rival de Carlos Hugo. C’est le cas du chef de la
Jeunesse de la Communion traditionaliste de Biscaye, José Maria
Arrizabalaga, bibliothécaire d’Ondarroa, qui est assassiné par
l’ETA en 1978.
Eté 1970 : L’ETA, qui est alors dirigé par de jeunes étudiants et ouvriers sans
grande formation politique, semble affaibli. L’organisation se
divise en trois tendances :
Les Cellules rouges, qui abandonnent le nationalisme
basque pour le marxisme internationaliste classique, ETA-VI, qui
adhère bientôt à la Ligue communiste révolutionnaire trotskiste
et ETA-V qui devient l’ETA(m) (militaire). Ces derniers méprisent
les discussions théoriques des autres et considèrent que la lutte
armée est le seul vrai moteur de la résistance basque.
3 décembre 1970 : Fameux procès de Burgos contre seize dirigeants de l’ETA.
Six condamnations à mort sont prononcées. Les grèves et les
manifestations en faveur des condamnés se produisent au Pays basque
et dans le monde. Les pressions diplomatiques, qui se font de plus en
plus fortes, finissent par forcer la clémence des autorités
franquistes. Le 30 décembre, le Conseil des ministres décide la
commutation des peines en lourdes détentions. Les
condamnés ne seront amnistiés que lors de l’instauration de la
démocratie, en 1977.
Eté 1973 : L’ETA-V, tient sa sixième assemblée
dans le Pays basque français. La ligne marxiste révolutionnaire est
à nouveau confirmée. Le
20 décembre 1973, l'ETA place une charge explosive sous la voiture,
non blindée, du nouveau chef du gouvernement, l’amiral Carrero
Blanco,
de retour de la messe à laquelle il assiste tous les matins.
Décembre 1973 : Iparretarak
(en français « ceux du Nord ») ou « IK », se fait connaître.
Cette organisation clandestine entend, elle aussi, lutter pour
l’indépendance du Pays basque, mais seulement dans les provinces
du Nord. Elle intensifie le nombre de ses attentats à l’explosif
dans les années quatre-vingt, ce qui ne va pas sans de sérieuses frictions
avec l’ETA qui craint de perdre un « sanctuaire » en
France.
Octobre 1974 : L’ETA se scinde entre la branche militaire ETA(m) et
la branche politico-militaire ETA(pm).
Les uns veulent concilier la lutte armée avec « l’action de
masse », les autres veulent intensifier la lutte armée et
laisser la lutte politique aux partis amis. Après le procès de
Burgos et l’attentat contre Carrero Blanco, la branche militaire
parvient à imposer sa légitimité révolutionnaire. Son dogme
idéologique intangible est que le Pays basque est colonisé et
soumis militairement par l’Espagne et la France et que seule
l’insurrection armée lui permettra d’accéder à l’indépendance.
1975 : L’état d’exception est décrété en Biscaye et
Guipuscoa pendant trois mois.
Le 27 septembre, deux militants de l’ETA (Txiki et Otaegi) et trois
militants du FRAP (Front révolutionnaire antifasciste et patriote de
tendance marxiste-léniniste), qui sont accusés d’avoir commis des
attentats mortels, se voient condamnés à mort et exécutés.
25, 26 et 27 mars 1977 : Après vingt-huit ans d’exil, le premier
congrès du PNV est célébré à Pampelune.
Rompant avec l’idéologie des fondateurs, le PNV déclare être un
parti démocratique, non-confessionnel, ouvert à tous les Basques,
étant entendu que « la première caractéristique
d’appartenance à un peuple n’est ni le sang ni la naissance, mais la volonté de s’y intégrer ».
22 avril 1978 : Herri Batasuna,
coalition abertzale
de gauche proche de l’ETA(m) est fondée. Mais une autre coalition
rivale, tout aussi de gauche, Euzkadikio
Ezkerra, a le soutien de l’ETA (pm). Les deux branches d’ETA multiplient
les attaques et les attentats.
Lors
du référendum pour la ratification de la Constitution espagnole du
6 décembre 1978,
les abertzale
de
gauche appellent à voter « non », alors que le Parti nationaliste basque
demande l’abstention. La Constitution est cependant adoptée par
87,78 % des voix, avec une large majorité dans l’Alava et la
Navarre, mais moins de 50 % en Biscaye et Guipuscoa. Le PNV décide
alors d’accepter la Constitution.
25 octobre 1979 : Référendum sur le statut d’autonomie
du Pays basque
(à l'exclusion de la Navarre). L’abstention, prônée par la gauche
abertzale
s’élève à 44 %, mais plus de 90 % des suffrages l’approuvent. Le
statut de Guernika est adopté, malgré le refus de Herri Batasuna et
de ETA(m) qui le jugent insuffisant. En vertu de ce statut, la
Communauté autonome basque bénéficie de larges compétences dans
les domaines de la fiscalité, de la police, de l’éducation, de
l’information et de la culture.
A partir des années quatre-vingt : Grâce au suffrage universel, le vieux
Parti
nationaliste basque (PNV) redevient la force politique dominante
dans les trois provinces du Sud. A partir de l’entrée en vigueur
du Statut de Guernica, la Communauté autonome basque est presque
toujours gouvernée par le PNV, parfois seul, parfois en s’alliant
aux socialistes et sociaux-démocrates, parfois enfin, grâce à une
coalition avec des partis abertzale
de gauche. De 1978 à 2015, sur sept Lehendakari
(présidents du gouvernement autonome basque) élus, cinq appartiennent
au PNV, deux au parti socialiste. Globalement, le gouvernement basque
mène une politique centriste de gauche qui, en d’autres termes,
est un mélange de démocratie-chrétienne et de social-démocratie.
1979 à 1982 : La majorité des forces politiques navarraises
refusent de créer une entité basco-navarraise unique. Elles
négocient l’amélioration et l’extension de leur propre système
d’autogouvernement, qui a été réduit depuis 1841. Celui-ci
prend le nom de Comunidad
Foral de Navarra.
En France, à l’occasion de l’élection présidentielle de 1981,
François Mitterrand
présente, au nom du parti socialiste,
les « 110
propositions pour la France ».
Parmi elles, figure
le projet de département du Pays basque, inscrit
dans le nº 54. Ce projet sera vite oublié et même enterré moins
d’un an plus tard.
1982 : l'ETA (pm) renonce à la lutte
armée et se dissout. Un an plus tard,
le plan ZEN (Zona Especial Norte) est mis en place par le ministre de
l’Intérieur du président socialiste Felipe González. L’objectif
est d’ « intensifier la lutte contre-terroriste dans les
domaines politique, social, juridique et policier ». Le
GAL (Groupe antiterroriste de
libération), organisation para-policière clandestine (1983-1987), se
manifeste bientôt. Il effectue des enlèvements et des attentats
contre les militants de l’ETA qui sont réfugiés en France. Entre
1978 et 2014, le nombre de détenus de l’ETA oscille entre une
centaine et près de cinq cents. Il atteint son sommet sous la présidence
de José Luis Rodriguez Zapatero, en 2008, avec 762 détenus.
12 janvier 1988 : A l’exception de
Herri Batasuna,
tous les partis politiques du Pays basque opposés à l’ETA,
signent, dans le palais résidentiel du Lehendakari,
à Vitoria, le pacte d’Ajuria
Enea. Le
but est de marginaliser les forces politiques favorables aux actions
violentes de l’ETA.
1992 : Le Conseil
de l'Europe
adopte la charte
européenne des langues régionales ou minoritaires
malgré l’opposition des représentants de la France. Cette
convention vise, d'une part, à protéger et à promouvoir les
langues régionales ou minoritaires en tant qu’aspect menacé du
patrimoine culturel européen et, d’autre part, à favoriser
l’emploi de ces langues dans la vie privée et publique. Les
langues employées par les récents immigrants d'un Etat
non-européen, ainsi que les dialectes locaux ou patois,
sont exclus. La charte est ratifiée par l’Espagne dès le 9 avril
2001, d’autant plus que sa Constitution de 1978, prévoit que les
Communautés autonomes ont le droit d’adopter une ou des langues
officielles. En revanche, la France, qui signe le texte par
l’intermédiaire de son Premier ministre, Lionel Jospin, le 7 mai
1999, refuse de le ratifier en raison des nombreuses controverses
juridiques et idéologiques qu’il suscite au nom du principe de la
« République, une et indivisible » de sa constitution.
François Hollande en fera cependant une promesse électorale lors
des présidentielles de 2012.
1994 : Le député RPR, ancien ministre de De Gaulle, Michel
Inchauspé, relance un projet de département basque
englobé dans une nouvelle région qu'il nomme les 3 B (Bigorre,
Béarn, Pays basque). Le projet échoue devant l’Assemblée
nationale faute de soutien suffisant et, notamment, en raison de
l’opposition déterminée des amis UDF de l’élu local, François
Bayrou et de Charles Millon.
10 juillet 1997 : Evènement définitif qui achève
de décrédibiliser l’ETA dans
l’opinion publique du Pays basque : c’est
l’enlèvement puis l’assassinat de Miguel-Angel
Blanco, simple conseiller municipal du
parti populaire de la ville d’Ermua. La réaction de répulsion est
immédiate, massive et unanime. Même les soutiens de l’ETA dans la
gauche abertzale,
qui étaient jusque-là inconditionnels, commencent à s’effriter.
12 septembre 1998 : le pacte d’Estella ou de Lizarra est signé.
L’aile
indépendantiste du PNV, qui a repris en main le parti, semble
changer de stratégie.
Le PNV et divers partis politiques nationalistes signent ce pacte
avec Herri
Batasuna,
la formation représentant l’ETA sur la scène politique. Un
objectif le sous-tend : trouver une solution politique négociée
avec l’ETA. Il prévoit, entre autres, un référendum sur
l’indépendance du Pays basque qui concerne tant Iparralde
qu’Hegoalde.
Mais cet accord est perçu par beaucoup comme une évolution vers le
radicalisme, l’autodétermination et la mise à l’écart des
non-nationalistes, ce qui accentue à nouveau les tensions au Pays
basque. L’entente
entre nationalistes basques sera cependant éphémère. La coalition
vole en éclat à la fin de l’année 1999, lorsque l’ETA accuse
le PNV de ne pas respecter le pacte et décide de reprendre la lutte
armée.
Le Pays basque au XXIe siècle : la mondialisation, l'enracinement et l'identité
Début du XXIe siècle : La vie politique du Pays basque sud se
« normalise ». En 1998 et
en 2006, l’ETA décrète deux trêves, puis, le 20 octobre 2011,
proclame enfin l’arrêt général et définitif de « la lutte
armée ». Cette fin de l’activité de l’ETA a fait l’objet
de nombreuses spéculations dans la presse. Elle s’explique non
seulement par la perte des derniers soutiens dans la société
basque, mais aussi en raison des progrès technologiques de la lutte
anti-terroriste. Le maillage invisible et permanent qui est effectué
par les forces de l’ordre rend désormais beaucoup plus difficile
le terrorisme « pyramidal » des groupes structurés et
organisés. En mai 2018, l'ETA annonce sa dissolution.
Le bilan de la « sale guerre »
est élevé pour un petit pays comme le Pays basque. L’action de
l’ETA s’est considérablement intensifiée, contre toute attente,
après la fin de la dictature franquiste et l’instauration de la
démocratie parlementaire. Entre 1960 et novembre 1975, date de la
mort de Franco, le nombre des victimes mortelles de l’ETA s’élevait
à 44. Entre 1975 et 2011, on ne compte pas moins de 858 morts, dont
343 civils. A cela s’ajoutent les 113 militants de l’ETA qui ont
trouvé la mort : 65 ont été tués lors de heurts avec la police et
les forces de sécurité, 26 lors de la préparation d’attentats et
22 lors d’exécutions sommaires ou de suicides douteux. Mais ces
derniers chiffres officiels sont eux-mêmes contestés par les
sympathisants de l’ETA. Il y aurait eu, selon eux, 474 morts dans les
rangs de l’ETA en incluant les différentes causes de décès que
sont les affrontements avec les forces de sécurité, les
manipulations d’explosifs, les suicides « camouflés »,
les séquelles de tortures et les maladies contractées en détention
ou en exil. Quoi qu’il en soit, après cinquante ans de
« terrorisme » ou de « lutte armée » le
bilan est lourd.
Au cours de la décennie 2010 : Une bonne quinzaine de partis politiques
rivalisent en Hegoalde.
Tiraillé comme toujours entre les partisans de l’autonomie et de
l’indépendance, le Parti nationaliste basque (EAJ-PNV) reste la
force dominante de la Communauté autonome du Pays basque. Il
recueille régulièrement environ 40 % des suffrages lors des votes.
Viennent ensuite les partis abertzale
de gauche, qui sont majoritairement marxistes (comme les coalitions
Bildu
ou Amaiur).
Ils regroupent environ 30 % des voix des électeurs. Enfin, les
troisième et quatrième forces sont le parti socialiste (environ
20 %) et le parti populaire (environ 10 %). En Navarre, le vote
indépendantiste est moins élevé puisqu’il se situe autour de 30
à 40 % (si on additionne les voix de la coalition dirigée par le
PNV, Geroa
Bai,
et celles des abertzale
de gauche EH
Bildu).
Dans le Pays basque nord, les scores électoraux des partis
nationalistes basques sont beaucoup plus faibles. Euskal
Herria Bai
et Amaiur,
recueillent à peine, à eux deux, 10 à 12 % des voix de l’électorat.
La politique linguistique doit être inscrite au premier rang des
succès des gouvernements de la Communauté autonome basque depuis
1979.
Grâce à d’énormes efforts (dans l’enseignement et dans les
médias), la langue basque, en voie de disparition, a été sauvée.
Le basque était utilisé hier presque exclusivement dans les zones
rurales. Il est aujourd’hui parlé dans les villes et, en
particulier, dans la fonction publique. C’est désormais une langue
vivante, parlée par 27 % de la population d’Hegoalde.
Dans le Pays basque sud, 95 % des enfants reçoivent un enseignement
en basque. Ils ne sont que 20 % dans le Pays basque nord. Mais, depuis
1990, l’Institut culturel basque (Ustarritz), qui est soutenu par
les pouvoirs publics français, est chargé de soutenir la culture
d’expression basque en Iparralde.
La littérature basque, largement soutenue par le gouvernement
autonome basque, a été rénovée par une pléiade d’écrivains.
Parmi les auteurs de ce tournant de siècle, on peut citer :
José Luis Alvarez Emparanza (« Txillardegi »), Gabriel
Aresti, Joseba Sarrionandia, Angel Lertxundi, et, surtout, Joxe Irazu
(« Bernardo Atxaga »), dont les romans ont été traduits
dans plus de vingt langues.
Le Pays basque sud était un monde exclusivement rural il y a deux
siècles. Aujourd’hui, il concentre un grand nombre d’industries.
En 2005, le revenu par habitant y était 34 % supérieur à la moyenne
nationale. Malgré la crise de 2008, le Pays basque sud reste une des
régions les plus développées d’Espagne et même d’Europe.
Au Pays basque nord, le tourisme
est la principale ressource économique. Il
représente 20 % du PIB,
alors que l’industrie
réduit cette proportion à 4 % au Pays basque sud.
Mais le vieillissement de la population constitue la donnée la plus
inquiétante.
Les trois provinces de la Communauté autonome basque connaissent la
récession démographique. Depuis près de quarante ans, le taux de
fécondité est inférieur à 1,4.
A l’inverse, l’immigration est en nette expansion. Le Pays basque
sud avait
moins de 1 % d’étrangers à la fin du XXe siècle.
Il en compte 5 à 6 % au début de la décennie 2010.
Ces immigrés proviennent essentiellement d’une dizaine de
pays d’Amérique latine (Bolivie, Colombie, Paraguay,
Nicaragua, Brésil), d’Asie (Chine), d’Afrique (Algérie et, surtout, Maroc) et d’Europe (Roumanie).
L’impact de la globalisation/mondialisation est aussi fort en
Pays basque que sur le reste de la planète. En
moins d’un quart de siècle, les dimensions politique, économique
et culturelle du phénomène ont altéré en profondeur la société
et la culture basque, bien plus que ne l’ont fait les politiques
centralistes de la France et de l’Espagne pendant deux siècles.
Au
Pays basque, les gens écoutent la musique anglo-saxonne, jouent
du « rock basque »,
regardent les films et les séries télévisées américaines,
mangent des hamburgers, boivent des sodas et adoptent les mêmes
modes et les mêmes codes vestimentaires, sociaux et culturels que
dans le reste du monde occidentalisé. A
Bilbao, le musée d’art contemporain Guggenheim a contribué à
revitaliser le tourisme de la ville. Inauguré le 18 octobre 1997 par le roi Juan Carlos Ier, il reçoit plus d’un million de
visiteurs par an.
La résistance contre l’uniformisation
mondialiste et l’effacement culturel du Pays basque traditionnel n’est pas une priorité.
A l’exclusion de clichés à l’usage des touristes, les
quelques éléments de folklore que sont devenus la pelote basque, le
béret, la cuisine, la danse, le chant et les fêtes, les
particularités basques s’estompent à grande vitesse. Les élites
politiques, économiques et culturelles se sont émancipées,
libérées des « carcans du passé », mais le peuple
basque a subi une acculturation et un déracinement sans précédent.
Le Basque enraciné, attaché à ses traditions et à sa culture
séculaire, relève de plus en plus de l’image d’Epinal.
L’identité
basque n’a peut être jamais posé autant de problèmes qu’en ce
début de XXIe siècle.
La population se sent généralement « basque », mais se
divise à l’heure de donner un sens à son identité. Il y a des
Basques qui le sont parce qu’ils ont établi leur résidence
administrative dans la région. Il y a des Basques « Euskaldunak »,
parce qu’ils parlent la langue basque. Il y a enfin des Basques,
« Euskotarrak »,
parce qu’ils se définissent ethniquement basques bien qu’ils
s’expriment en français ou en espagnol (castillan). Tous n’ont
évidemment pas la même interprétation de la réalité basque. Au
sud, le sentiment d’adhésion à l’autonomisme est très
majoritaire, mais des dissensions demeurent. Les nationalistes
basques considèrent la Navarre comme un territoire basque, mais la
majorité des Navarrais défendent l’idée que leur région est une
entité distincte. En Biscaye et Guipuscoa, il existe une importante
population d’immigrés ou issue d’immigrés dans laquelle le
parti socialiste et la gauche internationaliste trouvent leurs
appuis. Cette population reste largement indifférente aux enjeux
identitaires. Au total, près de 50 % des habitants de la
Communauté autonome basque rejettent plus ou moins expressément le
message indépendantiste des nationalistes. Enfin, au nord, 90 %
de la population se considère d’abord française et ensuite
basque. Le problème basque n’oppose donc pas des Basques à des
non-Basques, mais des interprétations différentes de l’identité
et de la réalité basque.