Logo Clio
Service voyages
Service voyages


Du repli a l’ouverture forcée


1870-1900 : Dix-huit expéditions (surtout anglaises et russes) explorent le nord et l’est du Tibet mais aucun Européen n’ira à Lhassa dans la seconde moitié du XIXe siècle alors que trois y ont séjourné au cours de la première.


1879 : Le treizième dalaï-lama est intronisé, à l’âge de trois ans, sous le nom de Thoubten Gyamtso. Placé sous la tutelle du panchen lama il prendra effectivement les rênes du pouvoir quinze ans plus tard (il mourra en 1933).


1883 : Émeutes antinépalaises à Lhassa. L’affaire se règle entre le Tibet et son voisin, avec une médiation chinoise, mais elle témoigne d’une xénophobie grandissante à l’égard des étrangers.


1867 : Les Russes imposent leur autorité au Turkestan occidental. La prise de Khiva en 1873 marque l’aboutissement de leur politique d’expansion dans la région. Ils sont au contact du Pamir dans les années 1890, dix ans après la deuxième guerre anglo-afghane. Le choc des deux impérialismes russe et anglais, le « Grand Jeu » évoqué par Rudyard Kipling, va naturellement conduire les deux grandes puissances à s’intéresser au Tibet. De nombreuses missions d’exploration russes se sont déjà avancées au cœur de l’Asie centale, notamment les quatre conduites par le colonel Prjewalski entre 1867 et 1888 à la périphérie du plateau tibétain. En 1881, les Russes obtiennent des Chinois la liberté de commercer en Mongolie contre la restitution à l’empire Qing de la région de l’Ili (à proximité de la Porte de Dzoungarie, ou Seuil du Kazakhstan) qui était la voie de passage traditionnelle entre Turkestan chinois (désormais organisé en Xin Jiang) et Turkestan russe. Dès le XVIIIe siècle, les contacts établis par les Russes avec leurs sujets bouriates ou kalmouks et avec les Mongols d’Urga témoignaient de leur intention d’utiliser l’espace des steppes acquis au bouddhisme pour faire progresser leur influence en direction de l’Asie centrale.


1876 : La convention anglo-chinoise de Zhifu, outre qu’elle ouvre cinq nouveaux ports aux Britanniques, dont deux sur le Yangzi, oblige Pékin à fournir des passeports pour pénétrer au Tibet. Elle témoigne de l’intérêt que les Anglais portent, depuis plusieurs décennies, au « Toit du monde ». Dès 1846, les Britanniques établissent leur contrôle sur le Ladakh par le traité de Lahore. En 1859, ils sont intervenus au Sikkim où étaient retenus prisonniers deux explorateurs, Campbell et Hooker. En 1861, par le traité de Tumlong, le Sikkim devient un protectorat de la Couronne (l’Empire des Indes a été établi en 1858 après la révolte des Cipayes). Un poste militaire est alors établi à la frontière tibétaine. En 1864, les Anglais tentent d’imposer leur protectorat au Bhoutan mais le Tibet contraint le roi à renoncer à ce projet et, quand une guerre civile éclate au Bhoutan en 1885, c’est l’armée envoyée par Lhassa qui devance les Anglais pour y rétablir l’ordre. En même temps, les Tibétains voient en la reine Victoria une émanation de Shri Devi, la « Glorieuse Déesse » qui protège le Tibet des ennemis du bouddhisme. Déguisés en pélerins ou en marchands, de nombreux explorateurs anglais ont déjà pénétré au Tibet (Wilcox, Bedford, Griffith, Cooper) mais de nombreux indigènes ont également été utilisés par les Britanniques pour leur rapporter le maximum de renseignements sur le pays.


1880 : Édit d’interdiction de la religion chrétienne, suivi en 1881 de l’assassinat du père Brieux, l’un des missionnaires français installés dans l’est du pays.


1885 : La mission Macaulay se voit interdire l’entrée au Tibet qui refuse d’appliquer la convention de Zhifu conclue entre l’Angleterre et la Chine. Ce qui vaut au gouvernement de Pékin de verser une indemnité à l’Angleterre. En 1886, il s’engage même à « encourager la population tibétaine pour promouvoir et développer le commerce ».


1888 : Un corps expéditionnaire anglais commandé par le général Graham intervient au Sikkim pour en chasser la garnison tibétaine qui s’y était installée et prendre le contrôle du col de Dzalep, porte d’entrée du Tibet.


1889-1890 : Exploration du Tibet par Henri d’Orléans et Gabriel Bonvalot qui sont arrêtés au nord de Lhassa et obligés de repartir par le Sichuan.


17 mars 1890 : Traité de Calcutta sur les frontières du Sikkim et du Tibet. Celui-ci considère que la Chine, qui s’est vue reconnaître une suzeraineté toute nominale sur le Tibet, n’a pas défendu ses intérêts et cesse d’envoyer à Pékin les offrandes dues à l’empereur. Les Mongols bouddhistes se solidarisent avec la position tibétaine et prennent également leur distance avec la puissance chinoise qui est aussi leur suzeraine.


1891-1894 : Expédition française de Louis Dutreuil de Rhins et de Fancis Grenard qui tentent de relier le Turkestan au Ladakh. Le premier est tué sur le chemin du retour.


5 décembre 1893 : Traité de Darjeeling. Londres obtient l’ouverture d’un marché à Yatoung, dans la vallée de Tchoumbi. Derrière l’intérêt commercial (les échanges sont très limités), c’est l’intérêt stratégique qui prévaut. Les Anglais disposent désormais du contrôle de la voie d’accès au Tibet passant par le Sikkim.


1893 : La Russie envoie à Lhassa deux moines bouddhistes kalmouks, manifestant ainsi son intérêt pour le Tibet.


1893 : Premier voyage de Sven Hedin en Asie centrale. Il traverse le plateau tibétain. Il poursuit son exploration du Tibet de 1898 à 1902 et parvient à Lhassa où il n’est pas autorisé à entrer. Il explore enfin en 1905 la chaîne transhimalayenne et découvre les sources du Brahmapoutre et de l’Indus.


1895 : Le treizième dalaï-lama, Thoubten Gyamtso, entame la période de son gouvernement personnel. Il impose son autorité à l’intérieur et fait murer la route de Yatoung, défiant ainsi la puissance anglaise.


1898 : Le Bouriate Agvan Lobsang Dordjé (alias Dordjieff) rencontre le tsar Nicolas II afin de stimuler son intérêt pour le Tibet. Il imagine même en 1900 un protectorat russe sur le pays.


1899 : Accord anglo-russe Scott-Mouraviev, qui laisse à la Russie toute liberté de développer son influence au nord de la Grande Muraille de Chine mais bloque ses éventuels projets dans la vallée du Yangzi. En se voyant reconnaître la liberté d’intervenir dans les steppes mongoles, la Russie ne peut qu’être encouragée à se tourner vers le Tibet, qui constitue la patrie du lamaïsme pratiqué dans ces régions.


1901 : Visite à Lhassa de l’agent russe Tsybikov.


1902 : Accord anglo-japonais destiné à contenir la poussée russe en Asie. La fin de la guerre du Transvaal permet par ailleurs à la Grande-Bretagne de concentrer de nouveau toute son attention sur le « Grand Jeu » centre-asiatique. La même année, un accord russo-chinois qui envisage l’envoi de troupes russes dans le pays est conclu sur le Tibet.


1903 : Annonce de la signature d’un traité russo-tibétain. Il n’en est rien mais ce ballon d’essai va décider les Anglais à agir. Malgré les pressions exercées par le vice-roi des Indes pour obtenir l’ouverture du Tibet et l’application de l’accord de 1893, le pays demeure fermé malgré la présence à sa frontière méridionale du petit corps expéditionnaire commandé par Francis Younghusband.


Décembre 1903 : Le corps expéditionnaire anglais franchit le col de Dzalep.


1904 : Le déclenchement de la guerre russo-japonaise (février) interdit à la Russie d’intervenir et elle ne peut que protester. Les Anglais s’avancent vers Gyantsé en massacrant en route, à Gourou, les forces tibétaines qui ne sont équipées que d’armes traditionnelles face aux mitrailleuses et à l’artillerie. Gyantsé est prise et le 3 août les Anglais sont à Lhassa. Le dalaï-lama Thoubten Gyamtso se replie dans le nord. C’est le régent qu’il a nommé, Lobsang Gyaltsen, chef des Guélougpa, qui, avec l’amba chinois, doit négocier avec Younghusband. Le 7 septembre, un accord est signé au Potala, qui fixe les frontières avec le Sikkim et ouvre les villes de Gyantsé et Gartok au commerce anglais. Les Britanniques occuperont la vallée de Tchoumbi jusqu’au règlement final de l’indemnité due par le Tibet et aucune autre puissance ne pourra intervenir au Tibet ni y obtenir de concessions minières ou ferroviaires. L’État tibétain est reconnu de fait comme indépendant de la Chine et il se trouve placé, à l’évidence, dans la sphère d’influence britannique. Les Anglais doivent cependant apaiser la colère russe et la convention de Simla allège les conditions de ce qui n’est présenté que comme un « arrangement ». (novembre 1904)


Juin 1905 : Alors que le dalaï-lama est réfugié au nord du Tibet depuis l’intervention anglaise à Lhassa, l’ambassadeur russe à Pékin, Pokotilov, le rencontre à Urga. Le dalaï-lama va ensuite s’installer au monastère de Koumboum dans le Qinghai puis il se rend en 1908 dans le Shanxi. Il y reçoit l’ambassadeur américain en Chine, Rockill, et un diplomate japonais. Il est reçu à Pékin par l’impératrice Cixi (Tseu hi) et par l’empereur Guangxu. L’impératrice lui attribue le titre de « Bouddha heureux et vertueux du ciel de l’ouest, fidèle et soumis, éducateur des multitudes... » mais elle meurt peu après, ainsi que l’empereur, et le dalaï-lama, après avoir assisté à l’intronisation du petit Pouyi (le « dernier Empereur » mandchou) quitte la capitale chinoise pour rejoindre Lhassa.


1905 : À l’occasion de la grande révolte qui soulève le Kham (Tibet oriental sous contrôle chinois) des missionnaires français sont tués (pères Mussot, Soulié, Bourdonnec et Dubernard). Les missions françaises disparaissent alors des marches tibétaines.


Janvier 1906 : Le panchen lama est reçu à Calcutta par le prince de Galles, futur George V, et par Lord Minto, vice-roi des Indes. Les Anglais vont chercher à l’utiliser contre le dalaï-lama et contre la Chine qui refuse de reconnaître l’établissement de l’hégémonie anglaise sur le Tibet.


27 avril 1906 : Le traité sino-anglais de Pékin modifie la convention de Lhassa. L’Angleterre conserve ses trois comptoirs mais la suzeraineté chinoise sur le Tibet est de nouveau reconnue. Le gouvernement chinois se charge de payer l’indemnité de guerre prévue (réduite à trois versements) et décide la fermeture du Tibet aux étrangers. Au final, la Russie est la grande perdante de l’affaire. La Chine retrouve un semblant de pouvoir et d’influence et les Anglais ne conservent que quelques privilèges commerciaux mais ils ont surtout obtenu que la puissance russe ne soit pas prédominante à Lhassa, ce qui constituait leur principal objectif.


1906-1908 : Des représentants chinois s’installent à Lhassa avec l’intention dc réaliser, par diverses réformes, l’intégration du pays à la Chine.


Juin 1906 : Reconquête du Cham par les forces chinoises aux ordres du général Zhao Ehr Feng qui gagne à cette occasion son surnom de « boucher des lamas »…


1907 : Fort du rétablissement de l’autorité chinoise sur le Tibet, le général Zhao entreprend une réforme radicale de l’administration du Kham oriental. Le but est de siniser les populations en luttant contre les monastères, considérés comme des foyers de résistance et en mettant fin aux coutumes traditionnelles pour leur substituer une administration nouvelle. Comme les Chinois, les Tibétains sont contraints de porter la natte, symbole de la soumission à la dynastie mandchoue.


31 août 1907 : Traité anglo-russe de Saint-Pétersbourg par lequel les deux puissances fixent leurs zones d’influence respectives en Perse et en Afghanistan et reconnaissent la suzeraineté chnoise sur le Tibet, ce qui fait de l’empereur Qing l’intermédiaire obligé pour toute négociation relative à ce pays. Aucun résident russe ou anglais ne sera installé à Lhassa.


20 avril 1908 : Traité anglo-chinois de Calcutta. Les accords commerciaux de 1893 sont confirmés et la Chine se voit autoriser une présence militaire au Tibet.


Décembre 1909 : Retour du dalaï-lama Thoubten Gyamtso à Lhassa.


Février 1910 : Les troupes chinoises interviennent à Lhassa après que des émeutes antichinoises s’y sont produites. Le 12 février, le dalaï-lama choisit de fuir vers les Indes où il s’installe à Darjeeling. Il est démis par le gouvernement chinois mais entend lutter pour restaurer l’indépendance tibétaine. Les Anglais sont prudents et lui interdisent notamment un voyage en Europe qui aurait pu le mener à Saint-Pétersbourg.


Octobre 1911 : Début de la révolution républicaine en Chine.


7 mars 1912 : La République est proclamée à Lhassa. Mais la population s’insurge contre la présence chinoise. Le nouveau régime républicain dirigé par Yuan Shekai entend maintenir par la force le Tibet sous l’autorité chinoise mais les pressions anglaises (l’ambassadeur Jordan) l’obligent à changer d’attitude. En juin, le dalaï-lama quitte Darjeeling et rejoint le Tibet pour y prendre la tête de l’insurrection. Il entre dans sa capitale en janvier 1913. Les Chinois évacuent le pays dans une complète débandade et l’épuration de ceux qui les ont soutenus est sanglante.


14 février 1913 : Le dalaï-lama prononce un discours qui est une déclaration d’indépendance du Tibet. Il crée une unité monétaire, la sang.


Janvier 1913 : La Mongolie, qui a proclamé son indépendance dès 1911, et le Tibet se reconnaissent mutuellement.


3 juillet 1914 : Convention de Simla négociée par les Anglais, les Chinois et les Tibétains. La suzeraineté chinoise est indirectement reconnue, la Chine ne pouvant « être considérée comme puissance étrangère » sur le plateau tibétain. Il y aura une représentation chinoise à Lhassa mais le gouvernement tibétain entretiendra des relations directes avec le représentant anglais à Gyantsé. La frontière tibétaine est également modifiée au nord-est de l’Inde au profit des Anglais. À l’est, les régions tibétaines demeurent dans les provinces chinoises du Sichuan et du Qinghai. Un nouveau compromis, plus favorable à la Chine, est obtenu en décembre 1914 entre Tibétains et Chinois dans la mesure où les premiers ne peuvent plus guère espérer s’appuyer sur les Anglais, trop mobilisés alors par la guerre européenne. Au cours des années suivantes, la Chine plonge dans le chaos. En 1917, une tentative d’un général chinois contre le Tibet « extérieur » de Lhassa (par opposition au Tibet « intérieur » de l’Amdo et du Kham) est totalement vaincue grâce aux fusils anglais et japonais dont se sont équipés les Tibétains via l’Inde et la Mongolie. Un armistice est conclu à Rombatsa.


Novembre 1920-octobre 1921 : Mission Bell à Lhassa. Les Anglais fourniront des armes et des munitions à la nouvelle armée tibétaine mais n’auront pas de résident à Lhassa. Ils veulent soutenir l’indépendance tibétaine contre la Chine et contre une éventuelle révolution lancée par les Soviétiques. Les religieux xénophobes sont hostiles aux Anglais et le monastère de Drépoung se soulève mais la révolte est brisée. Quand Bell s’en va, c’est l’Angleterre qui est redevenue le premier interlocuteur du Tibet.


Mai 1922 : La ligne télégraphique reliant Lhassa à Gyantsé et à Calcutta est inaugurée par un échange entre le dalaï-lama et le vice-roi des Indes, Lord Reading


Novembre 1923 : Le panchen lama, compromis avec les Chinois, choisit de s’exiler en Mongolie mais la proclamation de la République populaire en 1924 le pousse à gagner la Chine. Le dalaï-lama prend alors possession du monastère de Tashilhunpo, domaine traditionnel du panchen lama, près de Shigatsé.


1924 : Une usine hydroélectrique est construite près de Lhassa et un système postal est mis en place. Une école anglaise est ouverte à Gyantsé. La même année, l’exploratrice Alexandra David Neel parvient à Lhassa, toujours perçue en Occident comme une « cité interdite » aux étrangers (malgré l’intervention anglaise de Younghusband vingt ans auparavant). L’exploratrice s’était précédemment rendue à Shigatsé en 1916 et à Koumboum en 1918.


1925 : Le dalaï-lama écarte du commandement de l’armée Tsarong Shapé, qui était le champion d’une modernisation rapide organisée par l’armée.


1926 : L’école anglaise de Gyantsé est fermée. Le Tibet se referme de nouveau. C’est la fin de la période marquée par une volonté de modernisation.


Octobre 1932 : Un armistice tibéto-chinois est conclu et met fin aux luttes frontalières liées au flou des limites entre les deux pays, dans le contexte de l’anarchie longtemps entretenue par les seigneurs de la guerre dans l’ouest chinois. Le dalaï-lama reconnaît le principe d’une tutelle chinoise sur l’est du pays.


17 décembre 1933 : Mort de Thoubten Gyamtso, le treizième dalaï-lama. Il n’a pu réaliser la modernisation du pays et n’a pu obtenir la reconnaissance internationale de son indépendance mais il a contribué au maintien de l’identité tibétaine face aux volontés assimilationnistes de la Chine.


1934 : Djampel Yéshé est désigné comme régent. Il exercera cette fonction jusqu’en 1941. Des rumeurs se répandent quant à un éventuel empoisonnement de Thoubten Gyamtso, le dalaï-lama défunt. La même année, les communistes chinois engagés depuis le Jiangxi dans leur « Longue Marche » mettent en coupe réglée – et leurs poursuivants nationalistes achèvent le travail – l’est tibétain (le Kham oriental).


Été 1934 : Une délégation du gouvernement chinois de Nankin se rend au Tibet, dirigée par Huang Musong qui a été le pacificateur du Xinjiang. Quand la mission quitte Lhassa en novembre, le gouvernement tibétain admet le principe d’une tutelle chinoise mais fait reconnaître son autonomie en matière de défense et de relations extérieures.


1935 : Mission britannique Williamson à Lhassa, suivie en 1936 par la mission Gould chargée de fixer les frontières indotibétaines, la fameuse ligne Mac-Mahon, dans une région contestée du nord-est indien.


1937 : Mort au Qinghai du panchen lama qui n’est pas revenu au Tibet.


1939 : Arrivée au Tibet d’un enfant âgé de quatre ans, identifié comme le nouveau dalaï-lama; c’est le résultat d’une enquête complexe combinant des visions, des recherches sur l’ensemble du territoire et les conseils du panchen lama. Le jeune garçon est né dans l’Amdo – dans le Tibet « ethnique » mais hors du Tibet « historique » – ce qui complique les choses car c’est une occasion pour la Chine, alors en proie à l’agression japonaise, de trouver là une nouvelle possibilité d’intervention dans les affaires tibétaines.


Octobre 1938 : Le gouvernement chinois nationaliste de Jiang Jeshi (Chang kaï Shek) vient se replier à Chungqing, dans le Sichuan et de nombreux réfugiés chinois cherchant à échapper à la guerre viennent s’établir dans le « Tibet intérieur » où la ville de Tatsienlou est rebaptisée Kangting.


Février 1940 : Intronisation à Lhassa du nouveau dalaï-lama Tendzin Gyamtso.


1941 : Le régent Réting qui a établi une véritable dictature tire les conséquences de son impopularité et démissionne. Tagdrag Rinpoché lui succède.


Le Tibet demeure neutre pendant la seconde guerre mondiale et les projets d’établissement d’une route entre l’Inde et et la Chine nationaliste de Chongqing demeurent sans lendemain à la grande colère de Jiang Jeshi. Des contacts sont établis avec les agents américains de l’Office of Strategic Service mais Roosevelt n’entend pas remettre en cause la suzeraineté chinoise sur le pays – il compte beaucoup sur la Chine pour bâtir selon ses vœux le monde d’après-guerre. À la fin de l’été 1944, la mission Gould envoyée par Londres à Lhassa fait valoir que le Tibet ne peut être admis à participer comme un État indépendant au discussions d’après guerre du fait du maintien de sa neutralité.


Printemps 1945 : Une école anglo-tibétaine ouverte à Lhassa est fermée, comme celle de Gyantsé avant elle, sous la pression des traditionalistes.


1945 : Réting manifeste des velléités de reprendre le pouvoir en s’appuyant sur les monastères les plus conservateurs et les plus hostiles au régent Tagdrag jugé trop moderniste et en se disant prêt à accepter le retour de la domination chinoise. La guerre civile éclate en avril, les rebelles sont vaincus, au prix de quelques centaines de tués. Arrêté, Réting mourra en prison en 1947.


Mars 1947 : Une délégation tibétaine participe à la conférence panasiatique réunie à Delhi par le Parti du Congrès. Nerhu et Gandhi reçoivent les deux délégués tibétains et le drapeau tibétain flotte aux côtés de ceux des autres nations réunies là. Des délégués tibétains se rendent également à Nankin où s’est réunie l’assemblée constituante chinoise mais leur présence fournit un argument implicite aux Chinois pour affirmer le lien entre leur pays et le Tibet. Les délégués tibéatins partent cependant avant de signer l’acte final et la régence s’en tient à l’affirmation d’une indépendance de fait.


Août 1947 : L’Inde devenue indépendante se considère comme l’héritière de la Grande-Bretagne au Tibet (pour les privilèges commerciaux notamment) mais les Tibétains le contestent.


1948 : Des délégués tibétains envoyés auprès des grandes puissances ne sont pas reçus par le président Truman qui ne veut pas indisposer les Chinois nationalistes engagés dans la guerre civile contre les communistes mais ils le sont en Angleterre par le Premier Ministre travailliste Clément Attlee.


1er octobre 1949 : Mao Zedong vainqueur proclame la République populaire de Chine.


Novembre 1949 : Nerhu reconnaît la suzeraineté chinoise sur le Tibet. Les USA demeurent très prudents. L’URSS soutient les revendications chinoises. Le septième panchen lama Kelzang Tséten, installé au Qinghai, se rallie aux communistes.


Juin 1950 : Le début de la guerre de Corée retient en priorité l’attention des USA et ne peut qu’encourager la République populaire de Chine à agir au Tibet. Les missionnaires français du Qinghai sont arrêtés et seront expulsés en 1952, ce sera la fin de la mission du Tibet.


Octobre 1950 : Quarante mille Chinois envahissent le Tibet et s’emparent de Chamdo. Le gouvernement de Lhassa fait appel en novembre à l’ONU qui est engagée en Corée et a d’autres priorités au moment où les « volontaires » chinois y entament leur intervention au profit de la Corée du Nord communiste. Au Conseil de Sécurité, les représentants de la Chine nationaliste font valoir que la question tibétaine est une affaire intérieure chinoise…


17 novembre 1950 : Tendzon Gyamtso prend les rênes du pouvoir, pou devancer une éventuelle installation par les Chinois du panchen lama.


23 mai 1951 : Faute de soutien extérieur, le Tibet doit accepter à Pékin l’accord en dix-sept points que lui présente Zhou Enlai. Le Tibet est reconnu partie intégrante de la République populaire de Chine qui contrôle sa politique intérieure, y compris dans le domaine religieux. La légitimité du panchen lama doit être reconnue.


Avril 1954 : Accord sino-indien par lequel Delhi reconnaît le Tibet comme une région chinoise et renonce aux privilèges hérités des Britanniques. Le Népal reconnaît à son tour l’annexion du Tibet en 1956.


De 1950 à 1957 : Les Chinois mobilisent la main d’œuvre tibétaine pour aménager trois grands axes routiers stratégiques : route de Lhassa à Chengdu, au Sichuan, route de Lhassa à Xining, au Qinghai, route de Lhassa au Xinjiang. Ce recours au travail forcé va faire des milliers de victimes.


Été 1954 : Le dalaï-lama est invité à Pékin pour participer à l’assemblée qui doit donner une constitution au pays. C’est l’occasion pour la Chine d’affirmer que le Tibet en est partie intégrante.


1955-56 : L’insurrection se généralise au Tibet oriental en raison des abus de l’armée d’occupation et de la réforme agraire qui engendrent une famine générale. De nombreux volontaires rejoignent la Tensoung Danglang Maggar, l’Armée nationale volontiare de défense (ANVD) qui va entretenir la guerilla pendant vingt ans dans la région du Kham et du Chamdo. La CIA soutient les insurgés et en forme certains.


Juillet 1956 : Bombardement du grand monastère de Litang. Les communistes entendent éradiquer le bouddhisme, considéré comme néfaste pour la population ; ils lui reprochent notamment ses effets démographiques, avec un quart de la population mascline composé de moines. Les monastères sont pillés, de nombreux chefs religieux périssent sous la torture.


1958 : Le « Grand Bond en avant » est l’occasion pour les Chinois d’engager dans l’est tibétain leur campagne des « quatre liquidations » contre la rébellion, les opposants politiques, les privilégiés et les exploiteurs… Les monastères son transformés en casernes et en bureaux, les moines sont obligés de se marier et de travailler ; des villages suspects de sympathie pour la résistance sont rasés. À ce moment, les effectifs de l’insurrection comptent au sein de l’ANVD 80 000 combattants. L’un des chefs les plus fameux du mouvement, Androug Goeunpo Tashi ,dirige, au sud de Lhassa, le groupe Tchoushi Gangdroug – « quatre fleuves et six montagnes », nom désignant les régions du Kham et de l’Amdo. Ces résistants voient se joindre à eux en grand nombre des déserteurs chinois.


17 mars 1959 : Les autorités tibétaines dénoncent l’accord conclu avec la Chine et la population de Lhassa se soulève. Le dalaï-lama s’enfuit de sa capitale et part se réfugier en Inde. L’artillerie chinoise détruit les foyers de résistance au cours des jours suivants, notamment le monastère de Séra.


28 mars 1959 : Le Conseil d’État de la République populaire de Chine dissout le gouvernement « local » du Tibet, ordonne à l’Armée populaire de libération d’écraser la rébellion et établit la liste des « traîtres » en tête de laquelle figure le dalaï-lama. Le pouvoir est remis alors au panchen lama, nommé président du Comité préparatoire de la République autonome du Tibet.

Page précédente Page suivante
Mentions légales Conditions Générales de vente Comment s'inscrire Hôtels à Paris Vos assurances Qui sommes-nous ? Clio recrute Nous contacter