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Le Mexique
Terre de tous les extrêmes

De tous les pays nés de la prodigieuse aventure ibérique, le Mexique est sans doute celui qui exerce sur les imaginaires européens la fascination la plus forte. Terre de tous les extrêmes, dont les conquérants découvriront les jungles et les déserts hostiles, les basses terres malsaines et les hauts plateaux où s’étaient développées des civilisations dont l’étrangeté absolue ne pouvait que susciter l’hostilité d’hommes venus d’Europe. Terre de violence aussi, celle des peuples autochtones engagés dans les guerres sacrées et perpétuelles qui devaient fournir les victimes des sacrifices humains, celle des conquistadores qui se montrèrent sans pitié pour des Indiens avec lesquels ils allaient pourtant construire un nouveau monde. Terre d’aventure enfin pour la poignée d’Espagnols venus renverser un empire de dix millions d’habitants pour l’offrir à leur souverain et partir ensuite à la poursuite des mirages que leur inspiraient, au-delà des déserts du nord, les Sept Cités de Cibola ou le rêve d’une capitale de l’or cachée dans les jungles du Guatemala ou du Yucatan. Une fois assurée la soumission des populations indiennes subjuguées, la Nouvelle Espagne devient l’un des plus beaux fleurons de ces Indes occidentales que Dieu et ses guerriers avaient données à Charles Quint et les mines d’argent du Zacatecas fournirent bientôt au roi solitaire de l’Escorial les moyens d’établir pour près d’un siècle la prépondérance espagnole. La bonne administration des premiers vice-rois et l’engagement des ordres religieux venus prêcher la foi chrétienne ne suffisent pas cependant pour exploiter toutes les potentialités d’une aussi vaste colonie et il faut attendre les réformes introduites par la politique éclairée des Bourbons pour que s’ouvrent des perspectives nouvelles. Les impatiences des créoles, encouragées par les deux révolutions américaine et française vont ensuite conduire à la dislocation de l’Empire espagnol d’Amérique et le Mexique va gagner une indépendance qui signifiera pour lui le début d’une période chaotique de son histoire, ponctuée de pronunciamientos militaires et de révoltes paysannes, qui voit créoles et métis se disputer le pouvoir sans se préoccuper outre mesure du sort des masses indiennes condamnées à subir une histoire qui s’écrit sans elles. Les révolutions du premier XXe siècle s’inscrivent ainsi dans la longue durée des luttes qui ont conduit à l’indépendance et à la réforme, incarnée par un Benito Juarez ; mais Emiliano Zapata disparaît rapidement et le volontarisme des dirigeants – souvent tentés d’instrumentaliser l’anticléricalisme pour mieux abuser les masses – montrera ses limites. Après avoir expérimenté diverses tentatives dirigistes aux résultats incertains ou catastrophiques, la classe politique mexicaine a, au cours du dernier quart de siècle, fait le choix, pour échapper au sous-développement, d’une politique économique rigoureuse, voulue par le puissant voisin nord-américain, qui a cependant eu pour effet, malgré la persistance de profonds déséquilibres sociaux, de faire d’un pays qui a dépassé aujourd’hui les cent millions d’habitants la neuvième puissance économique du monde.

Doté d’une superficie de près de deux millions de km2, ouvert sur deux océans par ses 9 900 kilomètres de côtes, étendu dans l’hémisphère nord sur dix-huit degrés de latitude, le Mexique présente également des contrastes d’altitude qui contribuent à la diversité de ses régions et de ses paysages. La majeure partie du territoire est constituée d’un vaste haut plateau qui s’étend du nord-ouest au sud-est sur près de deux mille kilomètres, limité par la Sierra Madre orientale et la Sierra Madre occidentale qui constituent les prolongements méridionaux du système des Montagnes Rocheuses. Le terme de haut plateau ne correspond pas vraiment à la réalité car ces régions apparaissent souvent comme un ensemble de hautes terres compartimentées par de petites chaînes d’origine tertiaire, séparées par des vallées qui peuvent être profondes et isolant des bassins intérieurs. On rencontre surtout ceux-ci dans l’Anahuac, dans la partie méridionale de l’Altiplano, qui s’étend des monts du Nayarit à Mexico et à Puebla et qui est bordé au sud par l’imposant ensemble volcanique qui, sur 900 km, va du Pacifique à l’Atlantique entre les 18e et 22e parallèles. Ces bassins sont ceux de Mexico, de Toluca et de Puebla. Le premier est dominé par le Popocatepetl (5 439 m) et l’Ixtaccihuatl ; placée à une altitude moyenne de 2 300 m, la vallée de Mexico a bénéficié de la proximité des volcans qui ont contribué à la fertilité de ses sols mais aussi de la salubrité de son air… jusqu’à ce que la pollution automobile vienne aujourd’hui remettre en cause ce qui différenciait le cœur du pays aztèque des tierras calientes malsaines des côtes orientales. Dominée par le volcan Nevado (4 565 m), la vallée de Toluca est plus élevée que celle de Mexico et apparaît également comme une zone accueillante et fertile. Au pied de l’Orizaba (5 747 m), la vallée de Puebla, séparée de celle de Mexico par le volcanisme de l’époque miocène, est plus aride dans sa partie septentrionale. L’apparition, en février 1943, du volcan Paricutin dont l’activité a duré jusqu’en 1952 a confirmé l’instabilité géologique d’une région régulièrement affectée par ailleurs par des tremblements de terre dont celui qui a frappé Mexico en 1985 a montré qu’ils pouvaient se révéler terriblement dévastateurs. Au nord de Zacatecas et de San Luis Potosi, l’altitude du haut plateau central diminue et la rareté des précipitations accentue l’aridité, confirmée au fur et à mesure que l’on s’avance vers le nord. De Torreon jusqu’à Ciudad Juarez, dans le Chihuahua, l’immense plateau s’étend à perte de vue et la végétation steppique fait place progressivement aux déserts qui bordent la frontière avec les États-Unis. À l’est et à l’ouest, les deux chaînes montagneuses séparent le plateau des zones littorales du golfe du Mexique ou de la côte pacifique, dominée par les versants abrupts de la Sierra Madre occidentale. Au nord-ouest, la péninsule de Basse Californie, qui s’allonge sur 1 200 km entre la mer de Cortez (ou golfe de Californie) et l’océan Pacifique, apparaît comme un appendice extérieur dont la partie septentrionale est constituée d’une puissante masse granitique coupée de nombreuses failles et dont les régions les plus élevées, les Sierras de Juarez et de Saint Pierre Martyr, tombent par un à pic de 3 000 m sur le désert côtier du golfe de Californie. Plus au sud, le cap San Lucas, qui forme la pointe méridionale de la péninsule, offre des paysages moins sauvages que ceux du Canyon du Diable ou du désert central, témoins d’une nature encore quasiment vierge.

La partie méridionale du Mexique est structurellement complexe. On peut y distinguer le bassin de Tepalcatepec, dans le Michoacàn, celui de Morelos au sud de la région de Mexico, ouvert sur le long sillon longitudinal du rio Balsas alors que plus à l’est, dans l’Oaxaca, le haut plateau central vient se confondre avec la Sierra Madre orientale. Vers le sud, la Sierra Madre méridionale se présente comme une chaîne irrégulière, véritable barrière entre l’intérieur et la côte pacifique. Les plaines littorales du golfe du Mexique sont vastes mais le climat des basses terres y est naturellement plus malsain que dans les régions plus élevées de l’intérieur. Au-delà de l’isthme de Tehuantepec, le Tabasco apparaît comme la zone alluviale la plus importante du pays, au débouché des Rios Grijalva et Usumacinta. Entre l’isthme de Tehuantepec et le Guatemala, la morphologie du Chiapas se révèle très complexe : la partie occidentale de la Sierra Madre est séparée de la zone centrale par le bassin du Grijalva envahi par la forêt tropicale ; le plateau central est ici formé de vastes ensembles karstiques au sein desquels le fleuve a creusé un superbe canyon. C’est à l’est de ces hautes terres que s’étend la partie mexicaine du Peten, vaste région à peu près inhabitée et envahie par la jungle tropicale, qui se continue en territoire guatémaltèque. Au sud est du pays, l’imposante plate-forme calcaire de la péninsule du Yucatan, où fleurit jadis la civilisation maya, s’avance vers le nord-est et sépare le golfe du Mexique de la mer des Caraïbes. L’altitude s’y élève lentement du nord-est au sud-ouest pour aboutir à un véritable haut plateau dont l’unique relief marquant est la petite Sierra de Tikal. La nature calcaire du terrain explique l’absence de grandes vallées fluviales et, à l’inverse, l’abondance des eaux souterraines et des puits naturels ou cenotes.

L’extension en altitude du territoire mexicain, les contrastes d’altitude qui le caractérisent et le régime des courants marins qui circulent à proximité des côtes entraînent naturellement une grande diversité des climats et celle-ci a déterminé pour une bonne part les conditions de l’occupation humaine. Pays de la zone tropicale, le Mexique réunit sur son territoire les jungles du Yucatan ou du Peten et les déserts de Sonora et de Chihuahua, les tierras calientes malsaines de Vera Cruz et les hauts plateaux à l’air vivifiant de l’Anahuac alors que les eaux chaudes du golfe du Mexique accentuent l’humidité sur les côtes atlantiques pendant que les eaux froides du courant de Californie aggravent la sécheresse des zones semi-désertiques du nord-ouest. Combinant la fertilité née de l’activité volcanique, des précipitations suffisantes et les avantages climatiques déterminés par l’altitude, les vallées et les bassins de l’Anahuac, au sud du haut plateau central, ont constitué le milieu le plus favorable au développement des grandes civilisations mésoaméricaines, même si les basses terres malsaines du Tabasco et de Vera Cruz et la région tropicale du Yucatan ont vu naître les deux civilisations-mères que furent celles des Olmèques et des Mayas. Ces régions demeurèrent ensuite périphériques dans l’histoire mexicaine qui, à l’époque précolombienne, connut sur les hautes terres situées plus à l’ouest – à Teotihuacan, à Tula et à Tenochtitlan – ses plus brillants développements.

 

 

La description des civilisations précolombiennes qu’ont connues le Mexique et certains des pays voisins conduit à évoquer une aire « mésoaméricaine » qui correspond à la partie méridionale du Mexique mais aussi au Guatemala, au Belize et au Honduras. Les diverses cultures indigènes qui se sont développées là pendant près de deux millénaires présentent un certain nombre de caractéristiques communes telles que l’existence de grandes cités, la pratique d’une agriculture avancée dont le maïs était la production principale, la construction de temples et de pyramides, les sacrifices humains, l’utilisation, à partir des Mayas, d’une écriture hiéroglyphique – la seule qui soit apparue en Amérique centrale et méridionale –, un panthéon organisé et l’élaboration d’un calendrier sacré complexe. Ces différents traits donnent son unité à la civilisation mésoaméricaine, quelles que soient les différences qu’il est possible d’établir entre des cultures éloignées dans le temps et l’espace telles que celles des Olmèques, des Mayas, des Toltèques, des Totonaques ou des Aztèques.

À la fin du Pléistocène, le réchauffement du climat entraîne surtout des progrès de l’aridité et la disparition d’une bonne partie des animaux qui, à la période précédente, avaient pu constituer pour les premiers groupes humains un précieux gibier. La cueillette des plantes comestibles prend alors le pas sur la chasse et prépare la domestication des espèces végétales. C’est ainsi que les populations mésoaméricaines entrèrent vers -7 000 avant J.-C. dans la période agricole dite archaïque qui durera jusque vers – 2000, au début d’une autre phase, dite période de formation. Des traces des premières expériences agricoles concernant la courge, le maïs, le haricot et le piment ont été identifiées dans le Tamaulipas et surtout dans la vallée de Tehuacan, dans la province de Puebla. Plusieurs phases ont pu être distinguées dans cette région aride et propice à la conservation des restes alimentaires.

-7000 -5000 : Période d’El Riego. Des petits groupes itinérants vivant en grotte ou en campement de plein air récoltent des céréales et des plantes comme l’avocat, le piment et la courge.

-5000 : Début de la période dite de Coxcatlàn qui voit l’apparition du maïs « domestique ». On utilise désormais des meules de pierre pour broyer les plantes récoltées.

-3400 -2300 : Période d’Abejas. Des coupes et des jarres sont façonnées dans la pierre et annoncent les travaux de poterie ultérieurs. La sédentarisation progresse et des villages faits d’habitations circulaires creusées dans le sol apparaissent.

-2300 -1500 : Période de Purron qui marque la fin de la période archaïque de la vallée de Tehuacan. Des conditions exceptionnelles ont facilité les recherches dans cette région mais il est probable que la culture du maïs est apparue ailleurs durant cette longue période archaïque notamment dans les basses terres où ses traces ne se sont pas conservées.

La période dite de formation s’étend, selon les régions de -2000 ou -1600 jusqu’à l’ère chrétienne ou au IIIe siècle après J.-C. en pays maya. Plusieurs cultures maîtrisant les techniques de la céramique apparaissent dans le sud-est du Chiapas et au Guatemala voisin vers le milieu du IIe millénaire avant J.-C. (culture de Barra vers -1600, culture d’Ocos un siècle plus tard) dont les représentants pratiquent conjointement la pèche, l’élevage des tortues, le ramassage des coquillages et la culture du maïs et d’autres plantes vivrières en retrait de la côte. Les décors encore rudimentaires qui ornent la céramique et la réalisation des figurines livrées par le site d’Aquiles Serdan témoignent de l’apparition des premières productions artistique mexicaines. Au Guatemala, la zone archéologique de Kaminaljuyù a révélé le site de Las Charcas. La culture du Peten apparue vers -800, le site de Chiapa de Corzo au Chiapas (-1500 -800), celui de San José Mogote dans l’Oaxaca (1150-850 av. J.-C. , les villages de Tlatilco, Zacatenco et El Arbolillo, proches du lac de Texcoco et influencés jusque vers -900 avant J.-C. par la civilisation olmèque, témoignent de la croissance de la population et des progrès de l’agriculture durant toute cette période.

-1200 -400 : Phase de développement de la culture olmèque, illustrée principalement par les sites de La Venta, de San Lorenzo Tenochtitlan et de Laguna de los Cerros, dans les basses terres de Vera Cruz et de Jalisco. La construction de grands sanctuaires, l’usage du jade et de la serpentine, la réalisation de ses fameuses têtes colossales caractérisent cette culture qui ignorait l’écriture et qui exerça son influence sur le haut plateau, ce que révèlent des sites comme ceux de Tlatilco ou de Chalcatzingo (au sud-est de Mexico), et jusque dans l’État de Guerrero, en bordure du Pacifique avec la grotte peinte de Juxtlahuaca. On a souvent désigné les Olmèques comme les « Sumériens du Nouveau Monde ».

-500 avant J.-C. : Débuts de la civilisation zapotèque à Monte Albàn où les Mésoaméricains ont peut-être inventé l’écriture et le calendrier. Les figurines trouvées en grand nombre dans le Jalisco et le Nayarit, à proximité des côtes pacifiques du Mexique occidental remontent à la même période.

200 avant J.-C. – 100 apr. J.-C. : Phase II de Monte Albàn.

après 200 avant J.-C. : La culture d’Izapa, un site du Chiapas proche de la frontière actuelle du Guatemala correspond à la phase initiale du développement de la civilisation maya. Cette culture sera transmise, via Kaminaljuyu (au Guatemala) aux basses terres du Peten septentrional.

Début de l’ère chrétienne : Développement de la civilisation de Teotihuacan, dans la vallée de Mexico. Elle marque le début de l’époque dite « classique » dans le centre du Mexique, le commencement de cette même période se plaçant deux siècles plus tard en pays maya. Installée à proximité du lac de Texcoco au nord-est de la vallée de Mexico, Teotihuacan représente un espace urbain de 20 km2, organisé selon un plan quadrillé et correspondant à une population évaluée de 150 000 à 250 000 habitants. La fortune de la cité est due au contrôle qu’elle exerce sur ses carrières d’obsidienne (mines de Pachuca), un matériau indispensable à la fabrication des outils tranchants dans toute l’Amérique centrale. La richesse agricole de la région et le dynamisme des échanges garantissent sa prospérité. Les habitants honorent déjà Tlaloc et Quetzalcoatl qui seront ensuite des dieux du panthéon aztèque. La cité connaîtra une fin brutale au VIIe siècle de notre ère, moment où sa destruction par le feu semble signifier qu’elle a été frappée par un incendie ou par une insurrection violente.

300-600 après J.-C. : Apogée du site du Cerro de las Mesas, au sud de Vera Cruz.

300-900 après J.-C. : Apogée de la civilisation maya dans le Yucatan. Elle étend aussi son influence sur le haut plateau mexicain, ce dont témoignent des sites comme Cacaxtla et Xochicalco. Elle débute par la phase dite du « classique ancien » de 300 à 600, caractérisée par la céramique dite de Tzalcol.

600-900 après J.-C. : Civilisation d’El Tajin dans le centre du Vera Cruz, caractérisée par la célèbre pyramide à niches et attribuée aux Totonaques installés également dans la région de Cempoalla. Les Huastèques étaient les voisins septentrionaux de ce peuple.

615-683 : Règne de Pacal à Palenque. Son règne et celui de son successeur Chan Bahlum voient l’apogée de Palenque. La période « classique récente » de la civilisation maya s’étend de 600 à 900 et est illustrée par les brillantes cités de Palenque, Yaxchilan, Piedras Negras. C’est l’époque de la céramique dite de Tepan, des constructions de Tikal et des fresques de Bonampak.

700 après J.-C. : Début du déclin de la civilisation de Monte Albàn.

milieu du VIIIe siècle : Apogée de la cité maya de Copan (au Honduras).

VIIIe siècle : Construction des pyramides de Tikal, qui dépassent 45 m de haut.

Fin du VIIIe siècle : 22 cités-Etats indépendantes les unes des autres se partagent le Yucatan maya.

900 après J.-C. et au delà : Culture de Remojadas dans le centre du Vera Cruz.

début Xe siècle : Apogée de la cité maya d’Uxmal dans le nord du Yucatan.

Xe siècle : Déclin irréversible de la civilisation maya ; on en ignore la raison ; on a avancé l’hypothèse d’un déséquilibre écologique lié à une croissance trop rapide de la population ou à un changement climatique. On a évoqué aussi d’éventuels troubles révolutionnaires…

Fin Xe siècle : Établissement à Chichen-Itza d’une civilisation hybride toltèque-maya.

Xe-début du XVIe siècle : Période dite « post-classique » à propos de laquelle une véritable histoire devient possible dans la mesure où existent des annales ou des chroniques écrites après la conquête par des Espagnols ou par des indigènes instruits.

900-1200 : Période d’apogée de Tula (dans l’État actuel de Hidalgo). Cette culture est née de la fusion entre des nomades du Nord apparentés aux Chichimèques – qui ignoraient l’agriculture et continuaient à vivre de la chasse – et d’un autre peuple, les Toltèques, influencés par la civilisation de certains sites de culture maya du Mexique central comme Xochicalco. Les Toltèques influenceront durablement toute l’aire mésoaméricaine jusqu’à la fin de la période post-classique, les Aztèques, mais aussi les Mayas de l’époque tardive et ils établiront des foyers de civilisation dans les régions demeurées barbares du nord-ouest, comme en témoignent les sites de La Quemada et de Chalchihuites. Le mythe racontant la fuite de Quetzalcoatl, le serpent à plumes chassé par Tezcatlipoca et réfugié au Yucatan où il porte le nom de Kukulcàn, confirme l’extension de la puissance toltèque dans ces régions méridionales où le site de Chichen-Itza correspond à cette période et nous a laissé des monuments plus grands que ceux de Tula – dont le grand temple-pyramide appelé le Castillo.

C’est avec les Toltèques qu’entrent en scène les peuples de langue nahuatl qui domineront le Mexique à partir de cette époque. Tula sera mise à sac et abandonnée en 1168 à la suite de conflits internes ou de l’arrivée de Barbares venus du nord mais la puissance toltèque se maintiendra à Cholula et à Colhuacan. La civilisation toltèque fut si puissante et si brillante que tous les souverains mexicains ultérieurs s’affirmeront comme ses héritiers.

XIIIe siècle : Fin de la puissance toltèque. Les Itza reprennent possession du grand site du Yucatan et remettent à l’honneur le culte de Tlaloc au puits sacré (cenote). Ils fondent ensuite en 1283 Mayapan, à une centaine de km à l’ouest de Chichen Itza et en font pour un siècle leur capitale mais Mayapan ne peut ensuite s’imposer à la cité rivale d’Uxmal. L’unité politique de la péninsule yucatèque ne peut donc être établie et, quand les Espagnols arriveront, le pays sera divisé en une quinzaine de cités-États indépendantes et rivales les unes des autres, ce qui, faute d’un pouvoir centralisé qu’il aurait suffi de subjuguer, rendra plus difficile pour les conquérants l’établissement de leur pouvoir sur cette région. Les centres de Zacaleu, Ulatlan (capitale des Mayas Quiché), Mixco Viejo ou Tayasal (dans le Peten) qui se trouvent aujourd’hui en territoire guatémaltèque connaissent une belle prospérité jusqu’à la conquête espagnole réalisée par Alvarado. C’est aux Mayas Quichés que l’on doit le grand poème épique du Popol Vuh.

XIVe siècle : Les Mixtèques de l’ouest de l’Oaxaca entament leur expansion, qui les conduit à soumettre les anciennes principautés zapotèques au moment où leur ancienne capitale de Monte Albàn a perdu toute sa puissance. Les monuments de Mitla témoignent de l’osmose réalisée entre ces deux peuples. La région sera conquise à partir du XVe siècle par les souverains aztèques Itzcoatl, Ahuitzol et Moctezuma II. Ces mêmes conquérants aztèques renonceront en revanche à imposer leur volonté au royaume des Tarasques du Michoacàn – un peuple pratiquant une langue tout à fait originale alors que son aristocratie parlait le nahuatl – dont la capitale, Tzintzuntzan, était installée près du lac Patzcuaro.

1325 : Installation des Aztèques à Tenochtitlan, une île marécageuse du lac de Texcoco. Peut-être d’origine chichimèque, ils viennent d’Aztlan dans le Nayarit. Ils soumettent rapidement, vers 1430, les Tépanèques d’Azcapotzalco et, en s’alliant aux cités de Texcoco e Tlacopan, imposent leur domination à toute la vallée de Mexico, qui redevient avec eux le principal centre géopolitique du Mexique de l’époque.

1427-1440 : Règne d’Itzcoatl.

1440-1468 : Règne deMoctezuma Ier.

1469-1481 : Règne d’Axayacatl qui soumet Tlatelolco. Les Aztèques établissent avec leurs voisins de Tlaxcala et de Huexotzinco le système de la « guerre fleurie » qui entretient une guerre perpétuelle destinée à fournir les victimes des sacrifices humains imposés par leur croyance en la nécessité d’alimenter en sang le dieu du Soleil Huitzilopochtli pour garantir son retour quotidien.

1486-1502 : Règne d’Ahuitzol.

1502-1520 : Règne de Moctezuma II Xocoyotzin, le Montezuma des Espagnols. Il accroît les prélèvements de richesses et d’hommes destinés aux sacrifices réalisés sur les peuples voisins. Quand le roi de Texcoco Nezahualpilli meurt, Moctezuma impose la succession de Cacama, ce qui entraîne la révolte de l’un de ses frères, Ixtilcochitl. L’Empire aztèque sera donc engagé dans un conflit difficile au moment où apparaîtront Cortez et ses compagnons.

À l’arrivée de Cortez, on évalue à dix millions d’âmes la population de l’Empire aztèque, dont cent mille pour la seule capitale.

 

 

12 octobre 1492 : Christophe Colomb atteint avec ses trois caravelles l’archipel des Bahamas et entame la reconnaissance des Grandes Antilles. Il reconnaît l’année suivante, au cours d’un second voyage, la Jamaïque et les Petites Antilles. En 1498, il effectue un troisième voyage qui le conduit jusqu’à La Trinité et à la côte du Venezuela.

1499 : Juan Diaz de Solis longe la côte du Honduras, Alonso de Hojeda et Juan de la Cosa celle du Venezuela.

1502 : Lors d’un quatrième voyage, Colomb longe les côtes atlantiques de l’isthme de Panama et celles du Honduras.

1503 : Rodrigo de Bastidas reconnaît la côte du Darien (l’isthme de Panama).

10 janvier 1503 : Institution à Séville de la Casa de Contratacion qui se voit attribuer le monopole et l’organisation du commerce espagnol avec le Nouveau Monde.

1508 : Bulle Universalis Ecclesiae du pape Jules II précisant les patronat et vicariat apostoliques des rois d’Espagne sur l’Amérique.

1510 : Établissement de l’Audiencia de Saint-Domingue.

1512 : Les premiers Espagnols qui prennent pied au Mexique sont jetés par un naufrage sur la côte du Yucatan. Cortez y retrouvera en 1519 l’un des rescapés, le prêtre Jeronimo de Aguilar.

1512 : Lois de Burgos relatives à l’organisation générale du Nouveau Monde. Ferdinand le Catholique écarte l’esclavage des Indiens.

1513 : Antonio de Balboa découvre la « Grande Mer du Sud », c’est-à-dire l’océan Pacifique, après avoir traversé l’isthme de Darien. La même année, Ponce de Leon découvre la Floride.

1517 : Diego Velasquez, gouverneur de Cuba, envoie Hernandez de Cordoba explorer la côte du Yucatan où les Espagnols doivent affronter des indigènes dont la civilisation apparaît beaucoup plus avancée que celle des populations rencontrées dans l’archipel antillais.

1518 : Juan de Grijalva débarque dans l’île de Cozumel où il apprend l’existence de l’Empire aztèque et il reconnaît la côte depuis le Yucatan jusqu’à la région de l’actuelle Vera Cruz, sans fonder d’établissement dans l’île de San Juan de Ulloa.

1519 : Parti de Santiago de Cuba le 18 février, Hernando Cortez gagne à son tour le littoral du Yucatan puis celui du Tabasco où ses canons et ses cavaliers lui permettent, par la terreur qu’ils inspirent, d’écraser les indigènes. Il suit la côte mexicaine où il fonde Villa Rica de la Vera Cruz. Il y reçoit des ambassadeurs envoyés par Moctezuma II, impressionné par les prophéties annonçant le retour du dieu Quetzalcoatl. Il rassemble tous les renseignements relatifs à l’Empire aztèque et mesure la haine que celui-ci inspire à ses vaincus Totonaques et Tlaxcaltèques. Enfin, il se met en marche pour Mexico le 16 août 1519 après avoir sabordé ses navires pour écarter toute tentation de repli. Les Espagnols battent en septembre les Tlaxcaltèques dont ils se font des alliés. En octobre, Cortez poursuit sa route, s’empare de Cholula et atteint finalement Tenochtitlan (Mexico) où il est accueilli par l’empereur Moctezuma.

1519 : Le gouverneur de la Castille d’Or (l’isthme de Darien), Pedrarias Davila transfère sa capitale d’Antigua, sur le golfe d’Uruba, à Panama, sur la côte pacifique.

1519 : Fondation dans le Yucatan de l’évêché de Cozumel, transféré ensuite à Tlaxcala puis à Puebla. Sept autres évêchés seront ainsi créés dont celui de Mexico qui, confié en 1528 à l’évêque Juan de Zumarraga, prendra ensuite le rang d’archevêché en 1547.

Avril 1520 : Cortez gagne Cempoalla pour se rallier les hommes de l’expédition de Panfilo de Narvaez débarquée à Vera Cruz et envoyée contre lui par le gouverneur de Cuba qui lui reproche d’avoir rejeté son autorité.

24 juin 1520 : Cortez est de retour à Mexico où la population s’est soulevée contre les occupants après un massacre perpétré sur l’ordre de son lieutenant Pedro de Alvarado qui pensait devancer ainsi une révolte contre les Espagnols qui se retrouvent isolés et assiégés dans la capitale aztèque où Moctezuma est tué.

5-6 juillet 1520 : Noche triste au cours de laquelle Cortez doit évacuer Mexico dans des conditions difficiles, en perdant la moitié de ses hommes, pour se replier sur Tlaxcala. Après avoir reconstitué ses forces, il repart en décembre vers la capitale aztèque, assiégée de mai à août 1521.

13 août 1521 : Les Espagnols s’emparent de nouveau de Mexico défendue par Cuauhtémoc, le neveu de Moctezuma, qui sera pendu en 1524.

1521-1527 : Cortez et ses lieutenants, Francisco Orozco, Gonzalo de Sandoval, Pedro de Alvarado et Cristobal de Olid, soumettent les peuples voisins des Aztèques, Huaxtèques à l’est, Mixtèques et Zapotèques au sud, Tarasques à l’ouest…

1522 : Fondation d’Oaxaca.

22 octobre 1522 : Charles Quint signe à Valladolid une ordonnance confirmant tous les actes du conquérant et le faisant gouverneur, capitaine général et grand juge de la « Nouvelle Espagne ».

1523 : Des ordonnances royales prévoient l’élection de municipalités (ayuntamientos ou cabildos) dans toutes les villes espagnoles d’Amérique mais la Couronne vend les charges municipales et des oligarchies locales se mettent en place alors que les membres de la municipalité de Mexico (l’Ayuntamiento) sont nommés à vie par le roi.

1523-1524 : Arrivée des premiers missionnaires franciscains, suivis par les dominicains en 1526 et les augustins en 1533. Ces trois ordres compteront au Mexique en 1559 cent soixante établissements et plus de huit cents religieux.

1523 : Charles Quint enjoint à Cortez de révoquer les encomiendas qui consistait en la remise aux compagnons du conquérant de « lots » d’Indiens utilisables pour le travail contre l’engagement de les éduquer dans la religion chrétienne ; mais l’application d’une telle mesure s’avère impossible car elle compromettrait toute colonisation espagnole.

1524 : Création du Conseil royal des Indes, le Consejo Real de las Indias.

1524-1525 : Expédition d’Alvarado dans le sud où il soumet le Guatemala et fonde la ville de San Salvador.

1522 : Envoyé par Pedrarias, le gouverneur de la Castille d’Or, Cordoba reconnaît le Nicaragua et y fonde Granada et Leon, avant de rencontrer Gil Gonzalez, envoyé là par l’Audiencia de Saint-Domingue.

1524 : Envoyé dans le Honduras, Cristobal de Olid se révolte contre Cortès mais, vaincu et capturé par Francisco de Las Casas, il est décapité.

Octobre 1524 – avril 1526 : Expédition sans lendemain de Cortez dans le Honduras, passé finalement sous le contrôle de Pedrarias Davila.

1527 : Conquête du Chiapas.

1527 : Le gouvernement du Mexique est confié par Charles Quint à une Audiencia, commission de cinq membres dotée des pouvoirs administratif et judiciaire, sur le modèle de celle qui avait été mise en place à Saint-Domingue. Son président, Nuno de Guzman, est finalement démis en 1530. Parti du Michoacàn, il ira soumettre les Indiens du Jalisco et du Sinaloa et organisera les régions conquises sous le nom de Nouvelle Galice dont la capitale sera Gudalajara, qui deviendra en 1547 le siège d’une Audiencia distincte de celle de Mexico.

1527-1535 : Francisco de Montejo ne parvient pas à soumettre les Mayas du Yucatan. De 1537 à 1547, son fils réussit à s’avancer jusqu’à la pointe de la péninsule et fonde la ville de Mérida mais l’intérieur ne sera soumis qu’à la fin du XVIIe siècle.

Mai 1528 : Cortez revient en Espagne où Charles Quint le fait marquis de la vallée d’Oaxaca et le confirme dans sa fonction de capitaine général de la Nouvelle Espagne. En revanche, il ne lui confirme pas ses pouvoirs civils et décide la création d’une vice-royauté de la Nouvelle Espagne.

1530 : Cortez est de retour au Mexique où il pousse des explorations en direction du nord-ouest sans obtenir de résultats. Une seconde Audiencia est nommée à cette date et placée sous l’autorité de l’évêque Ramirez de Fuenleal. Elle va accomplir une œuvre positive au long des cinq années suivantes.

Janvier 1531 : Apparition de la Vierge de Guadalupe à l’Indien Juan Diego qui venait d’être baptisé. Son sanctuaire sera établi à l’emplacement où s’élevait auparavant le temple d’une ancienne divinité aztèque.

1535 : Premier de 62 vice-rois (ou 64 si l’on retient ceux qui l’ont été à titre intérimaire), Antonio de Mendoza vient prendre les pouvoirs qu’avait exercés depuis le départ de Cortez l’Audiencia royale. Il gouvernera le Mexique avec sagesse jusqu’en 1549. Représentant du souverain, il possède l’autorité civile et militaire et doit faire appliquer les décisions prises par le roi et le Conseil des Indes. L’Audiencia subsiste, elle fait fonction de cour d’appel et de conseil administratif chargé de contrôler l’exécution des décisions royales.

1535 : Installation à Mexico de la première imprimerie du Nouveau Monde.

1536 : Échec d’une expédition conduite par Cortez dans le golfe de Californie.

1536 : Création par les franciscains du collège de Santiago Tlatelolco destiné à la formation d’une élite indigène alors que Pierre de Gand multiplie les écoles primaires et les écoles techniques. Une œuvre analogue sera réalisée dans le Michoacàn par l’évêque Vasco de Quiroga.

1536 : Nuno de Guzman se voit privé du gouvernement de la Nouvelle Galice, qui est confié à Perez de la Torre.

1536 : Le franciscain Torribio de Benavente affirme, non sans exagération, que plusieurs millions d’Indiens ont été baptisés depuis 1524 par les seuls franciscains.

1536 : Arrivée au nord-est du Mexique d’Alvar Nunez Cabeza de Vaca, qui a parcouru depuis 1528 les régions s’étendant de la Floride au Texas.

1537 : La bulle pontificale Sublimis Deus réaffirme la liberté des Indiens.

1537 : Création de la Mesta de los ganaderos, la Compagnie des éleveurs du Mexique.

1539 : Hernando de Soto explore les régions s’étendant de la Floride au Mississipi.

1540 : Départ de l’expédition de Francisco Vasquez de Coronado à la recherche des Sept Cités mythiques de Cibola que prétendait avoir aperçues le père Marcos. Elle parvient jusqu’au Kansas et Garcia Lopez de Cardenas découvre les gorges du Colorado. Les régions explorées constitueront dans la seconde moitié du siècle, sous l’autorité du gouverneur Juan de Ibarra qui en entreprendra la conquête en 1554, la Nouvelle Biscaye.

1540 : Cortez regagne l’Europe et suit Charles Quint devant Alger l’année suivante.

1541 : La révolte indienne déclenchée en Nouvelle Galice est finalement brisée mais Alvarado y a trouvé la mort. Les derniers rebelles se réfugient dans les montagnes du Nayarit qui restera un foyer de résistance indienne jusqu’au XIXe siècle.

1542 : Parti d’Acapulco, Villalobos traverse le Pacifique Nord et atteint les Philippines.

1543 : Les Nuevas Leyes élaborées par le Conseil des Indes sous l’influence des interventions du dominicain Bartolomé de Las Casas, évêque du Chiapas, prévoient la disparition des encomiendas mais, devant la colère des colons, Mendoza et l’envoyé du roi, Francisco Tello de Sandoval, doivent renoncer à les faire appliquer. Charles Quint révoque donc – en 1545 à Malines et en 1546 à Ratisbonne – la suppression des encomiendas. On substitua progressivement à ce système celui assez proche du repartimiento qui permettait de recruter des travailleurs en les payant mais qui fut aussi l’occasion de multiples abus. De l’encomienda, il restera le tribut et elle ne disparaîtra du Yucatan qu’en 1785. Durant toute cette période, la Couronne espagnole s’est préoccupée du sort des Indiens et Philippe II établira même à Mexico un tribunal extraordinaire, le Juzgado General de Indios, chargé de protéger les indigènes contre les abus des colons, notamment les usurpations de terres au détriment des ejidos, les biens communaux des villages indiens. Le roi d’Espagne interdira également la réduction en esclavage des Indiens qui se sont soumis.

2 décembre 1547 : Cortez meurt en Espagne, à l’âge de soixante-trois ans.

1548 : Fondation de la ville de Zacatecas, non loin des mines d’argent qui viennent d’être découvertes par Juan de Tolosa, Cristobal de Onate, Diego de Ibarra et Treviso de Banuelos et qui seront les plus riches du Nouveau Monde. D’autres mines sont exploitées dans le Guanajuato (le célèbre filon Veta Madre) et près de San Luis Potosi.

1549-1564 : Gouvernement du vice-roi Luis de Velasco.

7 juillet 1550 : Charles Quint fait convoquer la « junte de jugement des conquêtes » réclamée l’année précédente par le Conseil des Indes. Elle se réunit au collège San Gregorio de Valladolid le 15 août et une première session s’étend jusqu’à la fin septembre. Las Casas s’y oppose à Ginès de Sepulveda. La seconde session de cette « controverse de Valladolid » a lieu en avril-mai 1551 et débouche sur l’approbation de la poursuite des conquêtes, tempérée par la réaffirmation des décisions royales concernant la protection des Indiens.

1553 : Fondation de l’Université de Mexico.

1555 : Réunion du premier concile mexicain.

1557 : L’emploi d’une nouvelle technique d’amalgame utilisant le mercure entraîne un développement spectaculaire de la production d’argent, qui décline après 1620, sans doute en raison de la raréfaction de la main d’œuvre indienne, décimée par les épidémies et des conditions de travail trop dures. Les ressources minières constituèrent le principal atout du Mexique colonial. Il faut y ajouter les cultures du cacao, de la canne à sucre, de l’indigo et de la cochenille car la volonté de ne pas concurrencer les exportations de la métropole limite tout développement de la vigne ou de l’olivier alors que les grands domaines du plateau central, sous-exploités, ne livrent qu’une production médiocre. La conquête espagnole a permis le développement de nouvelles cultures mais la faiblesse du marché intérieur, le poids des taxes et la réglementation du commerce extérieur (avec quelques exceptions de fait comme les liaisons établies par le galion de Manille avec les Philippines ou la contrebande anglaise devenue régulière après 1713) limitent jusqu’au XVIIIe siècle et aux grandes réformes des Bourbons d’Espagne les capacités de développement du pays.

1562 : Menendez de Avilès s’empare de la Floride.

1564 : Conduits par les frères Avila, des colons imaginent un complot visant à l’indépendance de la Nouvelle Espagne, qui serait confiée au marquis del Valle, le fils de Cortez. L’affaire est vite étouffée.

1566-1567 : Gaston de Peralta, marquis de Falces, exerce la vice-royauté mais il est accusé de faiblesse vis-à-vis des dissidents et un envoyé du roi, Alonso Munoz, instaure une période de terreur de plusieurs mois avant d’être finalement rappelé en Espagne alors que le fils de Cortez est innocenté.

1567 : Une loi garantit contre l’avidité des colons l’intégrité des ejidos, les terrains communaux indiens.

1568-1580 : Vice-royauté de Martin Enriquez de Almansa.

1571 : Établissement de l’Inquisition à Mexico.

1572 : Arrivée des Jésuites au Mexique. Ils y établissent d’abord des collèges destinés à la jeunesse espagnole mais s’engagent ensuite dans l’action missionnaire et seront au XVIIe siècle les pionniers de l’évangélisation du nord-ouest, notamment de la Basse Californie.

1573 : Début de la construction de la cathédrale de Mexico, sur l’emplacement où se dressait le grand temple aztèque de Tenochtitlan.

1580-1583 : Vice-royauté de Lorenzo Suarez de Mendoza comte de Coruna.

583-1585 : L’archevêque de Mexico Pedro Moya de Contreras exerce la vice-royauté par interim.

1581 : Fondation de Santa Fé, la capitale du Nouveau Mexique.

1584 : Luis de Carvajal, gouverneur du Nuevo Leon, fonde la ville de Monterrey et entreprend de soumettre les indigènes rebelles de la région.

1585-1589 : Vice-royauté d’Alvaro Manrique de Zuniga, marquis de Villamanrique. Soumis à l’enquête habituelle (residencia) engagée au moment où il quittait ses fonctions, il fut privé de presque tous ses biens.

1589-1595 : Vice-royauté de Luis de Velasco le Jeune, marquis de Salinas.

1592 : Création du Consulat de Mexico qui regroupe les commerçants bénéficiant de privilèges accordés par le roi ou le vice-roi. Il est à la fois une chambre et un tribunal de commerce et les monopoles qui lui seront accordés contribueront en fait à ralentir les échanges.

1595-1603 : Vice-royauté de Gaspar de Zuniga y Acevedo, comte de Monterrey.

1598 : Juan de Onate occupe le Nouveau-Mexique. À la fin du XVIe siècle, les Espagnols sont installés sur tout le territoire correspondant au Mexique actuel, et même bien au delà, mais la densité de leurs établissements est très faible au nord-ouest et au nord-est et ils doivent encore compter, en beaucoup de régions comme le Tamaulipas ou le Yucatan, avec l’hostilité des indigènes.

1603-1606 : Vice-royauté de Juan de Mendoza y Luna marquis de Montesclaros.

1607-1610 : Luis de Velasco le Jeune retrouve les fonctions de vice-roi.

1610-1612 : Fray Garia Guerra, archevêque de Mexico est vice-roi par interim.

1612-1620 : Vice-royauté de Diego Fernandez de Cordoba, marquis de Guadalcazar.

1621-1624 : Vice-royauté de Diego Carillo de Mendoza, comte de Priego.

1621 : Le trafic maritime entre la Nouvelle-Espagne et la métropole commence à se réduire sensiblement après avoir atteint son apogée dans les vingt premières années du XVIIe siècle. Cette baisse traduit l’échec du système de monopole commercial imposé aux colonies par la métropole et correspond aussi aux effets de la guerre, de la piraterie et des naufrages, souvent dus à l’impéritie des pilotes. L’exportation du métal précieux baisse également de manière très sensible à partir de 1600 et le phénomène s’accélère après 1630.

1624-1634 : Vice-royauté de Rodrigo Pacheco y Osorio, marquis de Cerralbo.

1632 : Disparition du repartimiento, sauf dans les mines. La condition des Indiens ne s’améliore guère pour autant. Désormais, les grands propriétaires des haciendas attachent leurs travailleurs indiens au sol par un système d’avances sur gages qui les endette de génération en génération, créant ainsi le système du « péonage ».

1635-1639 : Vice-royauté de Lope Diaz de Armendariz, marquis de Cadereyta.

1640-1642 : Vice-royauté de Diego Lopez Pacheco, duc de Escalona.

1683 : Prise de Vera Cruz par les pirates hollandais Nicolas van Horn et Laurent de Gaff, qui s’emparent de l’argent entreposé dans le port dans l’attente de son transfert à Séville par la flotte assurant annuellement cette mission. Les guerres européennes dans lesquelles l’Espagne est impliquée font ainsi peser une menace chronique sur les liaisons maritimes du Mexique – dans le Pacifique, c’est le galion reliant Acapulco à Manille qui est la cible des corsaires anglais.

1680-1696 : Révolte des Indiens du Nouveau Mexique.

1683 : Une ordonnance confirme celle promulguée en 1592 attribuant la propriété des mines à leurs découvreurs.

1702-1711 : Le vice-roi Albuquerque doit défendre le Mexique contre les attaques des corsaires anglais durant la guerre de Succession d’Espagne.

1713 : Le traité d’Utrecht assure à l’Angleterre des privilèges commerciaux dans l’Empire espagnol d’Amérique.

1722-1734 : Un créole, Casafuerte, exerce les fonctions de vice-roi et c’est sous son gouvernement que sont créés La Gaceta de Mexico et le Mercurio de Mexico.

1735-1736 : Révolte noire de Vera Cruz, suivie d’une épidémie très meurtrière pour la population indienne.

1746-1755 : Vice royauté de Francisco de Güemes, comte de Revillagigedo.

1755-1763 : Gouvernement du vice-roi Ahumada, qui est conscient de la nécessité des réformes.

1759-1788 : Le règne du roi d’Espagne Charles III correspond, en matière coloniale, à une période de réformes inspirées par les principes du despotisme éclairé qui triomphe alors en Espagne. Le visitador José de Galvez est envoyé au Mexique de 1765 à 1772 pour proposer ensuite, une fois devenu ministre des Indes, les réformes jugées indispensables. Le commerce intercolonial fut libéralisé par la Pragmatique du 12 octobre 1778, les droits de douane abaissés et certains monopoles abusifs disparurent, ainsi que le système de la flotte annuelle, qui avait déjà été remis en cause à partir de 1735. Alors que 222 navires avaient abordé à Vera Cruz entre 1740 et 1750, ils seront 1500 entre 1790 et 1800. La lutte contre la corruption, notamment celle des fonctionnaires des douanes, permit l’amélioration de l’administration. Les deux cents corregidores et alcaldes mayores de la Nouvelle Espagne furent remplacés en 1782 par douze intendants qui, secondés par des subdélégués, étaient dotés de pouvoirs étendus, inspirés du modèle qui avait fait ses preuves en France avant d’être introduit en Espagne par Philippe V, le petit-fils de Louis XIV. Le rendement de l’impôt s’accrut rapidement.

1763 : La France cède à son allié espagnol au sein du Pacte de Famille la Louisiane occidentale, ce qui pousse les frontières septentrionales du Mexique jusqu’au Mississipi.

2 juin 1767 : Chassés d‘Espagne, les jésuites doivent également abandonner les 23 collèges et les 103 missions qu’ils détenaient au Mexique, au grand mécontentement d’une bonne partie de la population. Ils avaient accompli une œuvre intellectuelle considérable aux XVIIe et XVIIIe siècles dans leurs séminaires de San Ildefonso et Tepozotlan et avaient contribué à la formation d’une véritable élite intellectuelle dont le plus brillant représentant avait été, au XVIIe siècle, le mathématicien et astronome Carlos Siguenza y Gongora.

1769-1776 : Les autorités espagnoles du Mexique font occuper San Diego et les baies de Monterey et de San Francisco en Californie, afin de devancer les initiatives anglaises et russes dans ces régions. L’initiateur de cette colonisation est un religieux, Junipero Serra.

1770 : Fondation par les missionnaires franciscains de San Carlos de Monterey

1771-1779 : Vice royauté de Bucareli, dont l’administration est digne de celle de ses grands prédécesseurs du XVIe siècle et de la première moitié du XVIIe.

1776-1783 : La guerre d’Indépendance américaine voit l’Espagne se ranger, comme la France, aux côtés des Insurgents mais cet exemple peut se révéler dangereux pour l’autorité du souverain de Madrid.

1776 : Fondation de San Francisco. Toutes les provinces du nord (les régions allant de la Californie au Texas et comprenant le nord du Mexique actuel) sont regroupées sous l’autorité d’un commandant général de la Nouvelle Biscaye installé à Sonora, indépendant du vice-roi de Mexico et disposant d’une milice coloniale dont les cadres sont principalement recrutés chez les créoles.

1778 : Découverte de nouveaux filons d’argent à Catorce, dans le Zacatecas (d’autres ont été exploités à Valenciana dès 1760).

1783 : Fondation de l’École des Mines. L’époque a connu un brillant développement de l’activité scientifique, avec l’astronome et naturaliste Antonio de Alzate, et historique avec les jésuites Clavigero, Veytia et Cavo qui redécouvrent l’antiquité précolombienne.

1785 : Mauvaises récoltes et hausse des prix du maïs créent les conditions d’une quasi famine.

1789 : Abolition du monopole des commerçants espagnols du Consulat de Mexico. Cette mesure favorise le développement des échanges au bénéfice des négociants de Vera Cruz.

1789-1794 : Vice royauté de Vicente de Güemes, comte de Revillagigedo.

1789 : La Révolution française suscite certains espoirs chez les créoles mexicains. Quand l’Espagne, entrée en guerre contre elle en 1793, fera la paix avec la République française lors de la signature du traité de Bâle en 1795, elle se retrouvera face à l’Angleterre qui verra dans ce conflit l’occasion de l’affaiblir dans son empire américain.

1791 : Le vice-roi dénonce une mauvaise répartition agraire faisant obstacle aux progrès de l’agriculture dans la mesure où les propriétaires de grands domaines latifundiaires les sous-exploitent alors qu’une multitude de paysans souhaite accéder à la propriété d’un lopin. Durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, les manufactures textiles de Puebla, d’Oaxaca et de Queretaro connaissent un bel essor, tout comme la production d’argent – le Mexique fournit alors les deux tiers de l’argent extrait en Amérique.

1794 : Le recensement organisé à l’initiative du vice-roi donne au Mexique une population de 4 799 313 habitants dont 112 926 à Mexico, la capitale. En 1803, le voyageur et savant allemand Alexandre de Humboldt avancera, dans son Essai politique sur le royaume de la Nouvelle Espagne, le chiffre de 5 837 000 habitants. La population est alors composée à 43 % d’Indiens et à 21 % de Blancs – 1 025 000 créoles et 70 000 Espagnols –, les autres sont des métis, les Noirs ne représentant au Mexique que quelques milliers d’individus.

1794 : Le roi d’Espagne Charles IV décide le renvoi du vice-roi Revillagigedo.

La même année des affiches favorables au gouvernement de la France révolutionnaire sont apposées sur des monuments publics de Mexico.

 

 

1798 : Un modeste fonctionnaire, Juan Guerrero, organise un complot révolutionnaire rapidement éventé. La contagion de l’esprit révolutionnaire gagne même les Indiens et un chef tlaxcalan de Jalisco est arrêté avec 86 complices.

1799 : Rapport du chanoine Abad y Queipo, futur évêque du Michoacàn, qui dénonce l’oppression dont sont victimes Indiens et métis. Humboldt lui-même décrira quelques années plus tard le Mexique comme un pays de très grande inégalité : « Il n’en existe nulle part une plus effrayante dans la distribution des fortunes, de la civilisation, de la culture du sol et de la population. » Condamnés à une « minorité perpétuelle », Indiens et métis doivent payer un tribut qu’ils sont seuls à supporter. Le Mexique s’est enrichi au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle mais la misère des masses indiennes s’est aggravée.

1803-1808 : Vice-royauté de José de Iturrigaray.

1805 : Apparition du premier journal quotidien, le Diario de Mexico, publié par Carlos Maria de Bustamante.

1808 : Abdication de Charles IV, à l’issue du « guet-apens de Bayonne » organisé par Napoléon. Joseph Bonaparte devient roi d’Espagne mais la Junte formée à Séville poursuit la lutte contre les Français. Les colonies refusent de reconnaître l’usurpateur mais l’opinion y est divisée entre les partisans de l’indépendance et ceux de la junte de Séville.

Août 1808 : Le vice-roi Iturrigaray, nommé par Charles IV et son ministre Godoy, se range aux côtés des créoles indépendantistes et réunit l’Audiencia et l’Ayuntamiento de Mexico. Le premier de ces corps penchait pour la reconnaissance de l’autorité de la junte sévillane, le second pour la création d’une junte locale.

15 septembre 1808 : Gabriel de Yermo, un riche planteur hostile aux indépendantistes réunit une troupe qui dépose Iturrigaray et fait nommer vice-roi par l’Audiencia un militaire, Pedro de Garibay, remplacé ultérieurement par l’archevêque Lizana. Le fossé se creuse entre « Espagnols » et créoles.

1809 : Un complot créole est réprimé à Valladolid.

14 septembre 1810 : Un nouveau vice-roi, Venegas, envoyé d’Espagne par le gouvernement issu de la junte de Séville, vient prendre ses fonctions à Mexico. À ce moment, les créoles demeurent attachés à Ferdinand VII dont ils attendent qu’une fois son autorité restaurée, il placera le Mexique sur le même plan que l’Espagne.

16 septembre 1810 : Miguel Hidalgo y Costillo, curé de la ville de Dolores acquis aux idées nouvelles appelle ses ouailles à la révolte, à la grande surprise des autorités espagnoles. Toute la région de Guanajuato se soulève et un jeune propriétaire terrien, Ignacio Allende, apparaît comme le chef militaire de l’insurrection. Le mouvement, qui mobilise les masses indiennes, dégénère cependant en révolte sociale difficilement contrôlable. Répondant au « grito de Dolores » tout le nord du Mexique se soulève alors que, dans le sud du pays, un prêtre de campagne, José Maria Morelos, entraîne dans la rébellion la région d’Acapulco.

6 décembre 1810 : Les révolutionnaires proclament l’abolition de l’esclavage et du tribut payé par les Indiens.

1811 : Après avoir renoncé à marcher sur Mexico, Hidalgo voit ses troupes indiennes se débander progressivement. Quand le chef loyaliste Calleja reprend Guanajuato, le massacre est général et, en représailles, Hidalgo fait exécuter des partisans du vice-roi à Guadalajara. C’est à proximité de cette ville, à la bataille du pont de Calderon, que les révolutionnaires sont écrasés par les troupes du général Calleja qui occupent ensuite Zacatecas pendant qu’Allende se replie vers la frontière des États-Unis dont il espère des secours ; la trahison de l’un des chefs rebelles, Elizondo, entraîne la défaite complète des révolutionnaires qui, livrés en février aux autorités espagnoles, sont tous exécutés, notamment Allende et Hidalgo qui est fusillé le 30 juillet 1811 à Chihuahua. Ignacio Rayon poursuit la lutte dans le Michoacàn mais c’est surtout le prêtre Morelos qui maintient la flamme révolutionnaire dans l’actuel État de Guerrero.

Fin de 1811 : Toute la région comprise entre la vallée de Mexico et la côte pacifique – à l’exception du port d’Acapulco – est sous l’autorité de Morelos alors que d’autres rebelles contrôlent les régions montagneuses voisines de Puebla, de Guanajato et de Tampico mais banditisme et rébellion se confondent parfois. Le général Calleja vient à bout de la résistance de Rayon dans le Michoacàn.

1812 : Calleja assiège Morelos à Cuautla mais les rebelles lui échappent et s’installent près de Puebla, en situation de contrôler les liaisons entre Vera Cruz, le grand port de la côte atlantique, et Mexico. Oaxaca est prise et les révolutionnaires contrôlent alors tout le Mexique méridional, à l’exception de Mexico, Vera Cruz et Puebla.

28 septembre 1812 : Le vice-roi Venegas présente la Constitution adoptée par les Cortes espagnoles de Cadix qui accorde aux colonies une représentation placée sur un pied d’égalité avec la métropole. Les élections municipales donnent la victoire aux créoles indépendantistes et, pour enrayer le mouvement, Venegas décide, le 5 décembre de suspendre la constitution jusqu’à la fin de la guerre civile.

3 décembre 1812 : Le journaliste libéral José Joaquin Fernadez de Lizardi est emprisonné pour huit mois après avoir publié dans son journal El Pensador Mexicano un article hostile au vice-roi Venegas.

Février 1813 : Calleja succède à Venegas au poste de vice-roi et crée des milices appelées à lutter contre les guérillas.

Septembre 1813 : Au congrès de Chilpancingo, Morelos annonce la création d’une République d’Anahuac, fondée sur la souveraineté populaire, l’égalité des races, la réforme agraire et l’abolition des privilèges ecclésiastiques. Proclamé chef de l’Armée révolutionnaire, il confirme en octobre l’abolition de l’esclavage.

6 novembre 1813 : Promulgation du décret d’indépendance du Mexique.

22 octobre 1814 : Une constitution est promulguée à Apatzingan. Elle établit un suffrage universel au scrutin indirect, un pouvoir exécutif de trois membres désignés par le corps législatif (ou Congrès) et une Cour suprême mais, à cette date, les rebelles ont été repoussés dans les régions montagneuses et isolées et, après la victoire remportée sur Morelos par Agustin de Iturbide à Valladolid en décembre 1813, le nouveau vice-roi a repris le contrôle de la majeure partie du sud du pays. Retirant alors leur confiance à Morelos, les rebelles se divisent.

Août 1815 : Après la reprise en main autoritaire de l’Espagne par Ferdinand VII, Calleja annonce aux Mexicains l’abolition de la Constitution de 1812.

5 novembre 1815 : Les troupes de Morelos sont vaincues par celles de Calleja. Fait prisonnier, Morelos est fusillé près de Mexico, à San Cristobàl Ecatepec le 22 décembre.

1816 : Apodaca remplace Calleja au poste de vice-roi et promulgue une large amnistie. La rébellion s’éteint à peu près partout, seuls quelques foyers subsistent dans le Michoacàn et autour de Guanajato où Francisco Javier Mina, un libéral espagnol venu poursuivre au Nouveau Monde la lutte engagée contre Ferdinand VII est capturé et fusillé en octobre 1817. 1816 : Le libéral José Joaquin Fernandez de Lizardi publie El Periquillo Sarniento, le premier roman de la littérature mexicaine.

1817 : Seuls deux chefs rebelles – Vicente Guerrero, dans l’État qui porte aujourd’hui son nom, et Guadalupe Victoria dans la région de Vera Cruz – tentent de poursuivre la lutte.

Janvier 1820 : La révolution libérale conduite par Rafael del Riego qui a éclaté en Espagne oblige le roi Ferdinand VII à rétablir la constitution de 1812 et Apodaca annonce son rétablissement au Mexique où bon nombre d’éléments réactionnaires, naguère partisans de Ferdinand, sont inquiets de l’évolution de la situation en Espagne et, réunis au sein de la « conspiration de la Profesa », acceptent désormais d‘autant mieux l’idée de l’indépendance.

Décembre 1820 : Agustin de Iturbide est chargé d’aller écraser la rébellion de Guerrero mais fait finalement alliance avec lui.

24 février 1821 : Iturbide présente le plan d’Iguala (du nom de la ville où il se trouve alors), dit aussi « plan des Trois Garanties », auquel ses soldats prêtent serment. Il entend bâtir une monarchie mexicaine indépendante qui serait confiée à Ferdinand VII ou à un autre prince européen, l’Église catholique conservant ses privilèges, les créoles et les Espagnols – que leurs adversaires désignent du nom de gachupines – bénéficiant d’une complète égalité civile et politique. Une junte doit assurer l’exercice du pouvoir jusqu’à l’arrivée d’un roi et organiser l’élection d’un Congrès chargé de préparer une Constitution. Il n’y aura pas de confiscations de biens, ce qui écarte, pour les propriétaires créoles, le spectre d’une réforme agraire.

Été 1821 : À la tête de « l’armée des Trois Garanties » Iturbide rallie toujours plus de partisans. Il a conquis tout le Mexique septentrional dès la fin du printemps. En août, il entre à Puebla et le drapeau espagnol ne flotte plus alors que sur Mexico, Acapulco et Vera Cruz où le nouveau vice-roi envoyé d’Espagne, Juan O’Donojù, qui a débarqué en juillet, se retrouve assiégé et se voit obligé de composer avec Iturbide en signant le 24 août le traité de Cordoba.

27 septembre 1821 : Iturbide fait son entrée dans Mexico à la tête de l’armée des Trois Garanties. Les dernières forces espagnoles loyalistes cesseront le combat en octobre. Libéraux et conservateurs se sont unis pour obtenir l’indépendance mais ils vont ensuite s’affronter pour le contrôle du pouvoir. Les masses indiennes qui s’étaient ralliées à Hidalgo et à Morelos apparaissent alors comme les grandes perdantes de cette indépendance qui semblait rejeter les espoirs de révolution sociale et de partage des terres qui les avaient mobilisées. La ruine de l’exploitation minière, qui avait longtemps fourni au Mexique l’essentiel de ses ressources, les difficultés financières, le poids d’une armée largement parasitaire, la volonté des créoles de maintenir indéfiniment leurs privilèges et l’arriération des masses indiennes écartées de fait du processus d’émancipation nationale hypothèquent alors lourdement l’avenir du nouvel État.

Février 1822 : Iturbide qui a nommé le 28 septembre 1821 une junte de gouvernement et un conseil de cinq régents dont il s’est attribué la présidence a organisé des élections en vue de la réunion d’un Congrès. Réuni le 24 février 1822, celui-ci compte une majorité de créoles conservateurs a priori favorables à Ferdinand VII mais celui-ci a fait savoir qu’il n’entendait ni devenir roi au Mexique, ni reconnaître l’indépendance. Certains de ses partisans se rallient donc à l’idée d’une République centraliste et se joignent aux libéraux contre Iturbide, avec les encouragements d’une partie de la franc-maçonnerie qui connaît alors un développement rapide – ses membres se partagent en fait alors entre libéraux et conservateurs. Le Mexique jouit désormais d’une indépendance de fait qui ne sera reconnue par l’Espagne qu’en 1836.

Mai 1822 : Le Congrès propose de réduire les effectifs de l’armée et de priver de commandement militaire tout membre du conseil exécutif, ce qui encourage Iturbide à agir. Le 18 mai, des soldats et une foule nombreuse lui demandent de se proclamer empereur du Mexique sous le nom d’Augustin Ier. Il y consent et, le lendemain, par 67 voix contre 15 le Congrès entérine ce choix, même si plus de la moitié des députés s’abstiennent. La couronne est déclarée héréditaire. Une cérémonie du sacre est organisée et, en août, l’ordre de Guadalupe est institué.

Août 1822 : Le leader de l’opposition, Servando de Teresa y Mer, est emprisonné avec quatorze autres députés.

31 octobre 1822 : Le Congrès est dissous et remplacé par quarante-cinq de ses membres nommés par Iturbide pour leur docilité supposée mais ils refusent de rédiger une constitution et de voter les impôts. Iturbide prétend alors élaborer lui-même la constitution en même temps qu’il impose le cours forcé pour une monnaie de papier dénuée de toute valeur, ce qui engendre une rapide hausse des prix et un mécontentement général. Avec un territoire de 4 665 000 km2 (plus du double de son extension actuelle) et ses sept millions d’habitants le Mexique d’alors apparaît plus important que ne l’étaient les États-Unis au moment de leur indépendance en 1783, mais ses incontestables atouts ne seront pas exploités faute d’une direction politique compétente et efficace.

Décembre 1822 : Pronunciamiento du général Santa Anna qui proclame la République. Envoyé contre lui le général Antonio Echavarri pactise avec le mutin en janvier.

19 mars 1823 : Déclenchée à Vera Cruz par Antonio Lopez de Santa Anna, la révolte contre Iturbide a rallié rapidement Guadalupe Victoria et Vicente Guerrero, puis la majeure partie de l’Armée. Isolé, Iturbide annonce son intention d‘abdiquer et le Congrès le condamne au bannissement perpétuel.

Novembre 1823 : Réunion d’un nouveau Congrès dont l’acteur principal, Miguel Ramos Arizpe est aussi le responsable de la franc-maçonnerie locale alors en plein essor. Une constitution inspirée de celle des États-Unis (la tolérance religieuse en moins) est adoptée. Le pays est divisé en dix-neuf États et quatre territoires dont chacun élit son gouverneur et son assemblée législative. Le président et le vice-président sont nommés par l’assemblée de chaque État.

Printemps 1824 : Parti pour l’Europe en mai de l’année précédente, Iturbide regagne le Mexique avec l’intention d’y jouer un rôle mais, arrêté, il est fusillé le 19 juillet. Devenu le héros malheureux de l’indépendance pour le clergé et les propriétaires terriens qui reprochent à Hidalgo et Morelos d’avoir voulu y mêler les Indiens, il sera réhabilité en 1838.

4 octobre 1824 : Promulgation de la Constitution.

Automne 1824 : Guadalupe Victoria et Nicolas Bravo, tous deux héros de la lutte pour l’indépendance, sont élus président et vice-président. Pour faire face à la crise financière – les dépenses représentent le double des recettes –, le gouvernement commence à emprunter massivement à l’étranger, avant tout à Londres, au risque d’aliéner l’indépendance du pays, au moment où George Canning – qui a manifesté l’opposition de son pays à toute intervention de la Sainte Alliance en Amérique pour y rétablir les droits de l’Espagne – peut se vanter que « l’Amérique espagnole est devenue anglaise… » Le chargé d’affaires britannique H.G. Ward joue alors un rôle prépondérant auprès des autorités mexicaines même si Français et Américains sont aussi présents dans les activités économiques encore modestes du pays. Les Mexicains se méfient alors en priorité des Américains dont ils craignent les ambitions territoriales camouflées derrière la fameuse formule « l’Amérique aux Américains », prononcée en 1823 par le président Monroe. Nommé en 1825, le chargé d’affaires américain Joël R. Poinsett multiplie les ingérences dans la politique intérieure du Mexique et s’efforce alors sans succès d’obtenir que celui-ci accepte de vendre aux États-Unis ses provinces du nord.

1828 : Le conservateur Gomez Pedraza est élu président avec Anastasio Bustamante comme vice-président. Il l’emporte contre le libéral Vicente Guerrero qui était pourtant le candidat le plus populaire.

Septembre 1828 : Auréolé de la gloire que lui valait son rôle de « libérateur du Mexique », Santa Anna se prononce contre l’élection de Pedraza. Il est repoussé dans l’Oaxaca mais des insurrections libérales éclatent un peu partout.

Fin novembre 1828 : L’insurrection gagne Mexico et, après quatre jours de combat, Pedraza démissionne et part pour l’exil mais, le 4 décembre, la capitale est aux mains de la populace et des pillards.

Fin janvier 1829 : Le Congrès proclame président Vicente Guerrero, qui conserve Bustamante à la vice-présidence mais le nouveau président n’est pas à la hauteur de la tâche et son ministre des finances, le libéral Zavala, démissionne au bout de quelques mois.

11 septembre 1829 : Une tentative de débarquement espagnol échoue et les envahisseurs, bloqués à Tampico, doivent se rendre à Santa Anna qui retire toute la gloire liée à ce fait d’armes.

1830 : Mutinerie militaire contre Vicente Guerrero, conduite par le vice-président Anastasio Bustamante. Le vieux chef révolutionnaire gagne le sud où il mènera la lutte pendant un an mais, tombé dans un piège à Acapulco, il est vendu par un capitaine italien au gouvernement qui le fait passer pour fou avant de le faire juger et exécuter en 1831 pour « trahison ». Il sera lui aussi réhabilité plus tard et considéré comme l’un des pères de l’indépendance. Au cours des années suivantes, les libéraux sont écartés du pouvoir dans les divers États par un gouvernement réactionnaire de Lucas Aleman appuyé sur l’armée mais celui-ci lutte efficacement contre le banditisme et la contrebande et rétablit partiellement l’équilibre des finances.

6 avril 1830 : Le gouvernement mexicain décide de ne plus admettre de nouveaux colons des États-Unis sur le territoire du Texas mais cette loi ne sera pas appliquée et l’immigration anglo-saxonne se poursuit. En 1834, le Texas ne comptera plus que 3 400 Mexicains sur 24 700 habitants.

1832 : Santa Anna soulève Vera Cruz, ce qui déclenche une vague d’insurrections libérales dans le nord du pays. À la fin de l’année, Bustamante part en exil et Gomez Pedraza est rétabli à la présidence mais, lors des élections suivantes, Santa Anna est élu président avec le libéral Gomez Farias comme vice-président.

Janvier 1833 : Santa Anna fait son entrée à Mexico.

Été 1833 : Sous l’impulsion de Gomez Farias, de nombreuses mesures anticléricales sont prises : fin de l’obligation des dîmes, fin des vœux perpétuels, nomination des ecclésiastiques par l’État, fermeture de l’Université catholique de Mexico, création d’une direction de l’instruction publique en vue du développement d’un enseignement laïque, suppression des missions indiennes du nord du pays et confiscation de leurs biens…

1833 : L’épidémie de choléra qui atteint le pays est interprétée comme une punition divine et alimente les passions antilibérales.

Avril 1834 : Santa Anna, qui a gardé ses distances vis-à-vis de la politique hostile au clergé, révoque Gomez Farias, s’attribue des pouvoirs dictatoriaux, annule les mesures anticléricales, renvoie le Congrès et écrase la révolte libérale déclenchée contre lui dans le Zacatecas. Il impose rapidement un pouvoir centralisé appuyé sur l’armée.

Septembre 1834 : Réunion d’un nouveau Congrès, dont la majorité conservatrice représentée par le nouveau vice-président, Barragàn, se méfie de Santa Anna qui la laisse gouverner et se retire sur ses terres de Vera Cruz, dans l’attente du moment opportun pour reprendre le plein contrôle du pouvoir.

Décembre 1835 : Le général mexicain Cos est chassé de San Antonio par les Texans qui ont décidé le 5 novembre précédent de séparer leur État du Mexique et proclament solennellement leur indépendance le 2 mars 1836.

6 mars 1836 : Les insurgés texans sont vaincus et massacrés à la mission d’Alamo.

21 avril 1836 : Les Texans de Sam Houston écrasent les troupes mexicaines sur les rives du rio San Jacinto et Santa Anna est fait prisonnier le lendemain. Envoyé à Washington et contraint de reconnaître contre sa libération l’indépendance du Texas (il sera désavoué par le gouvernement de Mexico) il est renvoyé au Mexique par le président Andrew Jackson qui doit tenir compte de l’opinion des États abolitionnistes du Nord hostiles à l’annexion par l’Union d’un Texas qui serait un État esclavagiste de plus. Celui-ci reste donc momentanément une République indépendante – reconnue en 1837 par les États-Unis, en 1839 par la France et en 1840 par la Grande Bretagne.

Fin 1836 : Le Congrès mexicain remplace la constitution de 1824 par sept lois restreignant les libertés des États et renforçant les pouvoirs du président, désormais élu pour huit ans et rééligible.

1er mars 1837 : Le Sénat des États-Unis finit par reconnaître l’indépendance texane.

Avril 1837 : Alors que Santa Anna, qui a échangé sa liberté contre la reconnaissance de l’indépendance du Texas, apparaît discrédité, les conservateurs élisent Anastasio Bustamante pour mettre en œuvre une nouvelle constitution abolissant les libertés des États et introduisant le suffrage censitaire.

1838 : Guerre franco-mexicaine dite de la « pâtisserie » (il s’agissait du remboursement des dommages subis par des commerçants français de Mexico – dont un pâtissier – lors du pillage de la ville par les insurgés dix ans plus tôt). Une escadre française s’empare du fort de San Juan de Ulloa et Vera Cruz est occupée un temps. C’est à cette occasion que Santa Anna, blessé par un boulet, perd une jambe, ce dont il tirera une gloire supplémentaire de défenseur héroïque de la patrie, ce qui était pour lui bien nécessaire après sa capture peu glorieuse au Texas.

1840 : Échec d’un soulèvement libéral initié par Gomez Farias à Mexico.

1841 : Une nouvelle révolte militaire ramène Santa Anna au pouvoir mais le Congrès élu l’année suivante ne lui est pas acquis et il repart pour Vera Cruz, pour son domaine de Manga de Clavo.

1843 : Une junte de notables nommée par Nicolas Bravo, un ancien lieutenant de Morelos, vote une nouvelle constitution établissant une présidence dictatoriale et Santa Anna est élu à cette fonction.

1844 : Révolte militaire déclenchée par le général Paredes. Santa Anna engage la lutte contre lui mais une insurrection ramène au pouvoir Pedraza avec, comme nouveau président le général José Joaquin Herrera. Santa Anna part se réfugier une fois de plus à Vera Cruz puis doit embarquer pour La Havane, avec interdiction de revenir au Mexique pendant dix ans.

29 décembre 1845 : Les États-Unis annexent le Texas ce que demandaient les Texans depuis le mois de juillet précédent. Almonte, l’ambassadeur mexicain à Washington demande alors ses passeports car, dès 1843, le gouvernement mexicain avait annoncé qu’une telle annexion constituerait un casus belli.

Janvier 1846 : Accusé de faiblesse dans la crise américano-mexicaine, Herrera est renversé par un nouveau pronunciamiento et remplacé par le géneral Paredes, au moment où l’ambassadeur américain à Mexico John Slidell quitte la capitale et où le général Zachary Taylor s’avance jusqu’au Rio Grande, en territoire considéré comme mexicain.

25 avril 1846 : Une première escarmouche oppose des cavaliers américains et mexicains. Le président américain Polk décide alors de déclarer la guerre le 13 mai. Dès le mois de mai, les Américains battent le général Arista et franchissent le Rio Grande puis marchent sur Monterey prise deux mois plus tard.

Août 1846 : Paredes est chassé du pouvoir qui revient au libéral Gomez Farias, décidé à faire appel à Santa Anna pour faire face à l’urgence de la situation militaire et à financer la guerre en nationalisant les biens du clergé.

Septembre 1846 : Santa Anna est de retour à Mexico. Un Congrès le nomme président avec Farias comme vice-président. Le fédéralisme est restauré et des libéraux, Melchior Ocampo et Benito Juarez, se trouvent à la tête du Michoacàn et de l’Oaxaca.

23 février 1847 : Échec de Santa Anna contre Zachary Taylor à Angostura, près de Buena Vista dans l’État de Coahuila, mais le général président transforme ce revers en victoire et se retourne contre les libéraux. Appelé par les conservateurs furieux de voir menacés les biens d’Église, il renvoie Gomez Farias lors de son retour à Mexico.

Mars 1847 : Prise de Vera Cruz par le général américain Winfield Scott, qui écrase Santa Anna à Cerro Gordo, près de Jalapa, en avril et s’empare de Puebla. Face au danger, les partis s’en remettent pourtant de nouveau à Santa Anna.

Août 1847 : Les combats font rage pendant trois semaines autour de Mexico pour la défense de la capitale. C’est à ce moment que les Américains fusillent pour désertion un régiment de catholiques irlandais qui avaient changé de camp.

13 septembre 1847 : Après avoir subi de lourdes pertes à Molino del Rey et escaladé les hauteurs de Chapultepec, les Américains entrent dans Mexico où la résistance se poursuit dans la journée du 14, pendant que Santa Anna se replie sur Guadalupe. La lutte continue au cours des semaines suivantes sous forme de guérilla mais l’échec de la tentative contre la garnison américaine de Puebla, la révolte des indigènes Mayas du Yucatan et les progrès de l’anarchie conduisent à la présidence Pena y Pena, juge principal de la Cour suprême, qui établit un gouvernement à Queretaro et entreprend de négocier. Santa Anna est contraint pour sa part de gagner la Jamaïque.

10 mars 1848 : Ratification par le Sénat américain du traité de Guadalupe Hidalgo signé le 2 février. Le Mexique cède le Texas, la Californie et les vastes territoires vides intermédiaires correspondant aux États américains actuels du Nouveau-Mexique et de l’Arizona, c’est-à-dire la moitié en superficie de son territoire national. Il reçoit en contrepartie quinze millions de dollars qui doivent contribuer à rétablir ses finances et se voit libéré des indemnités réclamées par les USA pour les pertes subies précédemment par leurs nationaux.

Juin 1848 : Les conservateurs redonnent la présidence à Herrera.

Fin juillet 1848 : Les derniers soldats américains évacuent le territoire mexicain.

1850 : Mariano Arista devient président de la République et gouverne honnêtement mais il est renvoyé en janvier 1853. Les conservateurs qui se sont alors emparés du pouvoir font appel de nouveau à Santa Anna, élu dictateur pour un an.

1er avril 1853 : Rentrant du Venezuela où il était exilé, Santa Anna revient à Vera Cruz. Il est à Mexico le 20 avril. La mort en juin du meilleur des hommes politiques conservateurs, Alemàn, le prive pourtant d’un précieux soutien. Ses pouvoirs dictatoriaux n’en sont pas moins confirmés le 16 décembre. Par le traité Gadsden il est contraint de céder aux États- Unis la région de la Mesilla (c’est-à-dire 76 845 km2 de territoire mexicain).

1er mars 1854 : Des rebelles réunis dans le Guerrero autour de Juan Alvarez publient le « plan d’Ayutla » prévoyant une dictature militaire transitoire et l’élection d’une convention chargée de préparer une nouvelle constitution.

Décembre 1854 : Santa Anna organise un plébiscite (avec vote public) pour obtenir la prolongation de la dictature.

Août 1855 : Alors que la majeure partie du nord du pays a basculé dans l’insurrection et que Vera Cruz menace d’en faire autant, une junte réunie à Cuernavaca et présidée par Gomez Farias proclame Juan Alvarez, l’un des rédacteurs du plan d’Ayutla, comme président de la République. Santa Anna fuit le pays le 17 août pour rejoindre le Venezuela.

14 novembre 1855 : Entrée d’Alvarez dans Mexico. Quelques jours plus tard, le nouveau ministre de la Justice, Benito Juarez, annonce l’abolition des privilèges ecclésiastiques.

Décembre 1855 : Alvarez transmet la présidence à Ignacio Comonfort, l’un des inspirateurs du plan d’Ayutla.

28 juin 1856 : Préparée par le ministre des Finances Miguel Lerdo de Tejada, une loi ordonne la vente de tous les biens d’Église, le gouvernement percevant une taxe sur chaque transaction. L’opération ne profite en fait qu’aux grands propriétaires ou aux investisseurs étrangers, mais la loi vaut aussi pour les propriétés indivises des municipalités ou des communautés indiennes.

Une nouvelle constitution d’inspiration libérale est préparée dans le même temps ; elle est promulguée le 5 février 1857 et modifiée en 1874 par la création d’une deuxième chambre législative, le Sénat.

Septembre 1856 : Destruction à Mexico du couvent de San Francisco suspecté d’être un foyer de conspiration réactionnaire.

Novembre 1856 – mars 1857 : Diverses révoltes éclatent à Puebla, à Queretaro et dans le Michoacàn mais Comonfort parvient à les calmer. Les fonctionnaires doivent prêter serment à la nouvelle constitution mais l’Église excommunie ceux qui le font. Comonfort est élu président de la République au printemps de 1857.

Décembre 1857 : Le général Zuloaga « se prononce » pour une dictature de Comonfort, prend Mexico, dissout le Congrès et fait arrêter Juarez, le président de la Cour suprême. Comonfort, par souci de l’unité nationale, accepte la nouvelle situation mais les foyers d’insurrection se multiplient et un Congrès rassemblé à Queretaro décide de déchoir Comonfort et de nommer Benito Juarez président.

21 janvier 1858 : Comonfort quitte le Mexique pour les États-Unis. Zuloaga se proclame président et abolit les lois anticléricales. Libéré par Comonfort, Juarez a dû évacuer Queretaro puis s’est embarqué pour Panama et La Havane avant de venir s’installer à Vera Cruz où, trois années durant, il va attendre son heure.

 

 

1858-1861 : Guerre de Trois Ans, dite aussi guerre de la Réforme, qui oppose les conservateurs aux libéraux. Les premiers s’appuient sur l’armée régulière, le clergé et les créoles, les seconds sur les métis et, souvent, sur les masses indiennes mais des guérillas indiennes sont aussi mobilisées en certaines régions par le clergé. Une nouvelle génération de chefs libéraux tels que Porfirio Diaz ou Santo Degollado se rassemblent derrière Juarez que le départ de Comonfort a placé à la tête du camp « constitutionnel ». Les principaux chefs conservateurs sont Miguel Miramon, Tomas Mejia et le général Leonardo Màrquez.

1858 : Les conservateurs enchaînent les victoires en s’emparant de l’État de San Luis de Potosi, de Guadalajara et du littoral du Pacifique, contraignant les chefs libéraux à se replier dans les régions montagneuses et à entretenir la guérilla dans les campagnes où ils maintiennent une menace constante.

Décembre 1858 : Zuolaga est écarté et Miramon devient président de la République.

Février 1859 : Miramon doit lever le siège de Vera Cruz car ses troupes sont décimées par la fièvre jaune.

11 avril 1859 : Marques écrase les troupes libérales de Degollado venues du Michoacàn à proximité de Mexico. Les fusillades ordonnées par le vainqueur, qui n’épargnent pas de nombreux innocents, le font alors surnommer « le tigre de Tacubaya ». Mexico et Guadalajara ne lui en réservent pas moins un accueil triomphal.

12 juillet 1859 : Juarez fait promulguer de nouveaux décrets contre le clergé. Les biens de l’Église sont confisqués sans indemnisation ni compensation, les couvents sont supprimés, le mariage civil imposé, les cimetières deviennent propriété nationale. Les domaines ecclésiastiques doivent être divisés en lots qui, vendus avec des facilités de crédit, devaient favoriser le développement de la petite propriété. La violence anticléricale se déchaîne par ailleurs à la faveur des combats – églises pillées, prêtres et moines massacrés, destruction des reliques et des images sacrées.

Novembre 1859 : Degollado est battu près de Celaya par les conservateurs.

Décembre 1859 : Traité Mac-Lane – Ocampo signé par les libéraux mexicains avec les États-Unis, donnant aux Américains un droit de transit perpétuel par l’isthme de Tehuantepec ainsi que le droit d’introduire des troupes au Mexique pour y protéger leurs intérêts et y assurer l’ordre. Les libéraux reçoivent en échange deux millions de dollars, deux autres étant prévus pour indemniser les citoyens américains victimes des troubles du Mexique mais le Sénat de Washington refusera de ratifier ce traité dans la mesure où les États du « Nord » craignent qu’il ne renforce leurs futurs adversaires, les États esclavagistes du Sud.

Mai 1860 : Miramon bat de nouveau les libéraux près de Jalisco.

Été 1860 : L’intervention d’un navire de guerre américain oblige Miramon à lever une nouvelle fois le siège de Vera Cruz où Juarez reçoit des munitions américaines.

Août 1860 : Miramon est battu à Silao par les généraux libéraux Ortega, Zaragoza et Doblado alors que les guérilleros de Marcos Perez s’emparent d’Oaxaca. Les deux camps sont financièrement à bout. Un train d’argent appartenant à des propriétaires de mines britanniques est saisi dans le San Luis Potosi par Manuel Doblado alors que Miramon s’empare de 700 000 pesos déposés par des obligataires anglais à la légation britannique de Mexico et passe un accord avec le banquier suisse Jecker qui se voit reconnaître pour quinze millions d’obligations sur le gouvernement mexicain, contre une avance réelle de moins d’un million.

Octobre 1860 : Ortega prend Guadalajara puis bat en novembre Marquez à Calderon, s’ouvrant ainsi la route de Mexico.

22 décembre 1860 : L’armée de Miramon est battue par celle d’Ortega à San Miguel Calpulalpan. Plutôt que de soutenir un siège dans Mexico, Miramon, qui refuse la reddition sans conditions exigée par son adversaire libéral, s’enfuit vers Jalapa où il gagne l’Europe sur un navire de guerre français.

28 décembre 1860 : Promulgation par Juarez de nouvelles lois de « réforme ».

1er janvier 1861 : Gonzalez Ortega entre en vainqueur dans Mexico. Il est suivi le 11 par Juarez qui a quitté Vera Cruz pour gagner la capitale. Le nouveau maître du pays hérite d’une situation financière catastrophique. Les biens du clergé ont permis de supporter le coût de la guerre et les trois quarts des revenus des douanes sont gagés à des obligataires britanniques.

Mars 1861 : Juarez est réélu président.

Mai 1861 : Réunion d’un nouveau Congrès, qui brille par son impuissance et sa volonté d’obstruction.

Juin 1861 : Les partisans conservateurs de Marquez font irruption dans la ferme que possédait dans le Michoacàn Melchior Ocampo, l’une des figures historiques du camp libéral, et le fusillent. Santos Degollado et Leandro Valle, deux des plus célèbres des chefs libéraux, subissent peu après le même sort. Enhardi, Marquez s’avance jusqu’à proximité de Mexico mais il est repoussé vers les montagnes par Ignacio Mejia et Porfirio Diaz.

17 juillet 1861 : Juarez décide de suspendre le paiement de toute dette étrangère pendant deux ans. Pour calmer les Britanniques, principaux créanciers du pays, l’accord conclu entre l’Anglais Charles Wyke et le Mexicain Zamacona prévoit que la perception des droits de douane sera soumise au contrôle des fonctionnaires britanniques chargés de vérifier la bonne foi du pays débiteur vis-à-vis de ses obligations de remboursement, mais cet accord est rejeté par le Congrès, au risque d’entraîner une intervention étrangère, au moment où le déclenchement de la guerre de Sécession chez le grand voisin du Nord exclut toute perspective d’intervention américaine au profit du Mexique contre les puissances européennes.

31 octobre 1861 : Signature à Londres de la Triple Alliance entre la France, la Grande-Bretagne et l’Espagne en vue d’une intervention commune au Mexique.

Décembre 1861 : Le corps expéditionnaire espagnol commandé par le général Prim arrive devant Vera Cruz. Il est rejoint par des détachements français et anglais dès janvier 1862 mais les représentants des puissances européennes, le général Prim, le Français Dubois de Saligny et l’Anglais Charles Wyke, ne peuvent s’entendre. Londres et Madrid espèrent surtout des remboursements alors que Napoléon III voit plus loin et songe à établir un empire du Mexique confié à un prince catholique, l’archiduc Maximilien de Habsbourg. L’impératrice Eugénie de Montijo, influencée par un diplomate mexicain, José Manuel Hidalgo, l’a encouragé dans ce sens pour satisfaire l’opinion catholique française mécontente de la réalisation d’une unité italienne qui risquait de mettre en cause l’existence des États pontificaux. D’autres exilés travaillaient dans le même sens et l’Empereur des Français voyait favorablement la création d’un État mexicain catholique allié de la France, susceptible de contenir la poussée nord-américaine dans l’hémisphère occidental. Les accords conclus entre le demi-frère de Napoléon III, le duc de Morny et le banquier Jecker – qui détenait d’importantes créances sur l’État mexicain – contribuèrent également à la décision d’intervenir ; Morny devait toucher 30 % des obligations promises à Jecker en cas d’intervention française en vue de l’établissement d’un nouvel Empire mexicain.

Février 1862 : Le ministre des Affaires étrangères de Juarez, Manuel Doblado, négocie la convention de La Soledad avec les représentants espagnol et anglais qui excluent tout projet de guerre contre le gouvernement juariste. Peu de temps après, une armée française aux ordres du général Laurencez arrive à Vera Cruz avec le général Almonte, ancien ambassadeur du gouvernement conservateur à Madrid, qui prend le titre de président provisoire.

Avril 1862 : Anglais et Espagnols évacuent Vera Cruz alors que les Français, rejoints par les guérilleros de Marquez, s’apprêtent à marcher sur Mexico.

5 mai 1862 : Les Mexicains d’Ignacio Saragoza repoussent les Français qui tentaient de s’emparer de Puebla. Napoléon III envoie alors au Mexique trente mille hommes commandés par le général Forey.

16 mars 1863 : Début du siège de Puebla. Réduite par la famine, la ville doit se rendre le 17 mai.

10 juin 1863 : Les Français font leur entrée dans Mexico mais Forey publie une proclamation garantissant leurs propriétés à ceux qui ont récupéré les biens du clergé, ce qui est une mauvaise surprise pour les tenants du parti conservateur et clérical.

Octobre 1863 : Une délégation d’exilés mexicains conduits par Gutierrez Estrada se rend à Miramar, la résidence de l’archiduc Maximilien, pour lui demander de devenir empereur du Mexique. Il pose comme condition l’organisation d’un plébiscite lui apportant le soutien du peuple mexicain.

Mars 1864 : Les Français commandés désormais par Bazaine occupent la majeure partie du pays. L’autorité de Juarez ne s’étend plus que sur les régions peu peuplées du nord, alors que Juan Alvarez et Porfirio Diaz restent maîtres du Guerrero et de l’Oaxaca ; les Français occupent la plupart des villes et organisent des référendums favorables à Maximilien qui accepte la couronne en avril 1864 et confie, jusqu’à son arrivée, la régence à Almonte. Napoléon III s’engageait à laisser ses troupes au Mexique jusqu’en 1867, contre le remboursement des frais engagés pour l’intervention et celui des créances anglaises, françaises et espagnoles antérieures à 1861. Le Mexique devait également honorer les obligations Jecker… Les banquiers français émettent alors pour 114 millions de pesos d’obligations d’État mexicaines mais plus du tiers de la somme reste entre leurs mains à titre d’escompte et un autre quart, représentant l’intérêt de la dette, ne quittera jamais l’Europe…

Arrivé à Mexico le 12 juin 1864, Maximilien refuse de rendre ses biens au clergé et manifeste des sympathies pour les idées libérales, ce qui déchaîne la colère des conservateurs cléricaux.

Septembre 1864 : Bazaine conquiert le Nuevo Leon et le Coahuila. Juarez se replie sur le Chihuahua, vers la frontière américaine, alors que Doblado et Ortega sont déjà exilés à New York.

Février 1865 : Les Français prennent Oaxaca à Porfirio Diaz. Seules quelques régions montagneuses sont encore en mesure de résister.

Avril 1865 : La capitulation de Lee à Appomatox marque la fin de la guerre de Sécession. Les Américains envoient des troupes sur le Rio Grande et y fournissent armes et munitions aux troupes de Juarez alors que le ministre des Affaires étrangères, Seward, presse Napoléon III d’évacuer le Mexique.

Octobre 1865 : Bazaine obtient de Maximilien que tout rebelle pris les armes à la main soit exécuté. Pendant ce temps, dans le camp libéral, Juarez – dont le mandat vient à expiration – s’oppose à Gonzalez Ortega.

Mars 1866 : Bazaine entame la retraite du corps expéditionnaire.

Octobre 1866 : Maximilien rédige une déclaration d’abdication mais change d’avis en novembre, sous l’influence de Marquez et de Miramon.

Février 1867 : Bazaine quitte Mexico et s’embarque en mars, sans avoir pu convaincre Maximilien de le suivre.

4 avril 1867 : Porfirio Diaz réussit à s’emparer de Puebla puis vient assiéger Marquez dans Mexico, qui sera prise en juin.

14 mai 1867 : Les juaristes s’emparent de Queretaro où s’étaient installés Maximilien et ses derniers fidèles.

19 juin 1867 : Maximilien, Miramon et Mejias sont fusillés, après avoir été jugés par un conseil de guerre. Juarez refuse de les gracier afin de dissuader toute nouvelle tentative d’intervention européenne. Partie pour l’Europe un an plus tôt pour aller y chercher le soutien de Napoléon III et du Pape, l’épouse de Maximilien, Charlotte de Belgique, lui survivra jusqu’en 1927 après avoir perdu la raison. Leonardo Marquez a réussi de son côté à fuir Mexico et terminera ses jours à La Havane, quarante ans plus tard. À ce moment, Juarez, qui a uni la cause du camp réformiste à celle de l’indépendance, est réélu président à l’automne et apparaît comme le grand vainqueur de la période troublée qui a débuté en 1861. La plupart de ses compagnons ayant disparu, il est devenu « l’homme fort » du pays et semble avoir les moyens de lui donner enfin un véritable gouvernement capable de rompre avec l’instabilité, l’anarchie et les luttes civiles qui ont prévalu depuis que le Mexique s’est émancipé de la domination espagnole.

Avec l’aide de Sebastian Lerdo de Tejada et du ministre des Finances Matias Romero, Juarez s’efforce de rétablir les finances publiques et engage par ailleurs un grand effort en faveur de l’instruction. Un élève d’Auguste Comte, Gabino Barreda, dirige la commission chargée de la mise en œuvre des réformes en ce domaine. L’ancien collège jésuite San Ildefonso devient l’École préparatoire nationale destinée à former les instituteurs et les conseils municipaux sont obligés de construire des écoles primaires ; il y en aura 8 000 en 1874, capables d’accueillir 350 000 élèves à un moment où le nombre des enfants d’âge scolaire approche les deux millions. Parvenu au pouvoir, Juarez licencie les deux tiers de son armée et suscite ainsi des mutineries très brutalement réprimées. Un homme va cependant fédérer tous les mécontentements, Porfirio Diaz, ancien général des armées libérales que Juarez a tenu à l’écart une fois la victoire acquise.

1871 : Élection présidentielle. Aucun des trois candidats en lice (Juarez, Diaz et Lerdo) n’obtient la majorité absolue et c’est le Congrès qui va finalement élire Juarez à la présidence de la République et Lerdo à la présidence de la Cour suprême. Criant à la dictature, les partisans de Porfirio Diaz entrent en dissidence, soulèvent l’Oaxaca et s’assurent le soutien de plusieurs provinces du sud mais les rebelles sont écrasés par le général Sostenes Rocha et Porfirio Diaz doit s’enfuir dans le nord.

18 juillet 1872 : Benito Juarez meurt subitement alors que sa victoire paraissait assurée. Sebastian Lerdo de Tejada lui succède à la présidence et il est élu à l’automne pour quatre ans.

16 septembre 1872 : Création du Grand Cercle d’ouvriers du Mexique.

1er janvier 1873 : Inauguration de la ligne de chemin de fer reliant Vera Cruz à Mexico, dont la réalisation avait commencé en 1850.

25 septembre 1873 : Les lois de « réforme » sont incorporées à la Constitution.

31 mai 1875 : Loi générale sur la colonisation. Complétée en décembre 1883, elle favorise la concentration de la propriété foncière.

1876 : Lerdo annonçant son intention de se représenter aux élections présidentielles, les partisans de Diaz annoncent le 15 janvier le plan de Tuxtepec dénonçant la collusion de l’administration et du président sortant et rejetant sa réélection. Diaz est encouragé par les États-Unis dont les dirigeants sont mécontents de Lerdo qui a refusé à leurs compagnies des concessions ferroviaires dans le nord du pays.

23 avril 1876 : Manifeste du premier Congrès ouvrier du Mexique.

Octobre 1876 : Alors que le camp de Lerdo se divise, Diaz et son lieutenant Manuel Gonzalez battent à Tecoac le genéral lerdiste Alatorre, ce qui conduit Lerdo à fuir vers Acapulco pour se réfugier finalement aux États-Unis.

21 novembre 1876 : Porfirio Diaz entre en vainqueur à Mexico et écarte le président de la Cour suprême Iglesias qui est bientôt contraint à son tour de partir en exil. Arrivé au pouvoir sous le prétexte de défendre la constitution, Porfirio Diaz va instaurer un système dictatorial et gouverner le pays pendant les trente-quatre années suivantes (sauf un court intervalle de quatre ans). Combinant autoritarisme et clientélisme, Diaz va réussir, en proposant aux Mexicains « le pain ou le bâton » à maintenir la paix civile et à se rallier les diverses factions qui avaient constamment fomenté la guerre civile au cours des décennies précédentes. Les masses populaires sont en revanche les grandes oubliées de son régime.

1880 : Élection à la présidence de Manuel Gonzalez dont Diaz attend qu’il lui laisse la place aux élections suivantes. Présidence calamiteuse dans la mesure où ce soldat de fortune accorde sans compter des concessions aux Américains ou à des compagnies foncières qui spolient les terres des communautés indiennes, le tout sur fond de corruption généralisée.

1880-1890 : Les Indiens Yaquis du Sonora se révoltent pour défendre leurs terres mais ils sont finalement réduits par la famine et leur chef, Cajeme, est fusillé.

1882 : Fondation de la Banque nationale du Mexique.

1884 : Un nouveau code minier abandonne aux propriétaires du sol la possession des ressources qu’il peut receler. Porfirio Diaz redevient président la même année et hérite de finances publiques très mal en point, ce qui justifie à ses yeux le recours à un État désormais autoritaire, garant de la tranquillité publique et de la prospérité. À partir de ce moment, Diaz met complètement en sourdine la politique anticléricale traditionnelle des libéraux, autorise la réouverture des couvents et permet à l’Église de reconstituer progressivement ses biens, ce qui vaut au dictateur un relatif soutien du clergé. Les vingt dernières années du siècle voient également un rapide essor économique du pays, qui compte près de 15 000 km de voies ferrées quand s’ouvre le XXe siècle (près de 25 000 en 1910 à la chute de Diaz) et qui a multiplié par dix le volume de son commerce extérieur entre 1873 et 1910. L’essor des plantations et de l’activité minière enrichît l’État et les classes moyennes avides d’occuper les places qu’il procure, sans contribuer à l’amélioration du sort des masses.

1888 : L’application de la loi Lerdo votée en 1857 permet aux propriétaires créoles ou métis et aux compagnies foncières de s’emparer des dernières terres indiennes. Les réactions des indigènes concernés sont brisées par la force. C’est ainsi que Victoriano Huerta termine en 1901 la conquête du Yucatan. La péninsule passe alors sous le contrôle d’une cinquantaine de grands propriétaires.

1888 et 1892 : Diaz est réélu président de la République à l’issue de scrutins étroitement contrôlés par l’administration – un amendement constitutionnel voté en 1887 l’avait autorisé à briguer un nouveau mandat consécutif, un autre lui permettra en 1890 de se représenter indéfiniment.

1891 : Porfirio Diaz inspire la création d’une Union libérale visant à donner une légitimité parlementaire toute formelle à son régime.

1893 : Diaz confie le ministère des Finances à José Ives Limantour qui présente dès l’année suivante un budget équilibré. Une nouvelle génération de dirigeants revenus des illusions révolutionnaires, ceux que l’on surnomme les « cientificos », sont maintenant convaincus – sous l’influence de la philosophie d’Auguste Comte qui rencontre un grand écho en Amérique latine – que l’avenir est au développement économique garanti par l’arrivée en quantité des capitaux étrangers. Ils sont par ailleurs attachés à l’idée d’un gouvernement constitutionnel, à condition que le pouvoir soit exercé exclusivement par l’aristocratie créole, les masses indiennes étant considérées comme trop arriérées. La concentration de la propriété foncière encouragée par le pouvoir fait que 95 % des paysans mexicains sont alors sans terres, employés comme peones sur les haciendas ou réduits à survivre sur des biens communaux traditionnels d’étendue beaucoup trop réduite. L’agriculture spéculative est favorisée au détriment de l’agriculture vivrière et les travaux d’irrigation nécessaires sont négligés au profit de l’élevage extensif qui domine dans le nord du pays. Analphabètes, les peones voient leur sort s’aggraver sous Diaz dans la mesure où la stagnation de leurs maigres salaires et leur endettement structurel contrastent avec la hausse des prix. Dans le même temps, une classe ouvrière soumise à des conditions de travail très pénibles (douze à quatorze heures de travail par jour) commence à s’organiser sous l’influence d’anarchistes espagnols et à établir des contacts avec les syndicats nord-américains mais les grèves des mineurs ou d’ouvriers de l’industrie sont violemment réprimées par l’armée. En 1910, les investissements américains au Mexique (plus d’un milliard de dollars) dépassent en volume le capital possédé par les Mexicains. Les Anglais, mais aussi les Français et les Espagnols ont généralement des intérêts dans le pays. Les Américains, qui exploitent alors le pétrole de Tampico, peuvent le faire sans payer d’impôt et avec le droit de l’exporter librement vers les USA. Dans ces conditions, le système mis en place avec la dictature de Diaz, fondé sur la misère du plus grand nombre et aliénant l’indépendance nationale, ne peut durer éternellement.

 

 

1896 et 1900 : Diaz est de nouveau réélu à la présidence de la République.


7 août 1900 : Jesus et Ricardo Flores Magon fondent le journal d’opposition Regeneracion, lié au Parti libéral mexicain organisé la même année.


5 février 1901 : Réunion à San Luis Potosi du Congrès du Parti libéral qui entend rassembler les opposants. Ces libéraux « jacobins » formulent une critique politique et sociale radicale du régime. Le second Congrès, tenu en 1902, est dispersé par la police.


1904 : Dans la perspective de nouvelles élections présidentielles, Diaz fait instituer une fonction de vice-président – il se charge de le désigner lui-même en la personne de Ramon Corral, gouverneur du Sonora, qui s’était illustré en écrasant la révolte des Yaquis et en envoyant aux travaux forcés les insurgés prisonniers – et fixe la durée du mandat présidentiel à six ans au lieu de quatre. Le général Bernardo Reyes, le gouverneur trop populaire du Nuevo Leon, est prudemment tenu à l’écart. C’est l’époque qui voit Diaz prendre quelque distance avec les États-Unis en n’accordant qu’un bail de trois ans à une base navale US sur la côte pacifique, en octroyant des concessions pétrolières à un groupe anglais et en accueillant à Mexico le président nicaraguayen Zelaya chassé de sa capitale par un coup d’État soutenu par Washington.


1905 : L’établissement du monométallisme-or assure la stabilité du peso mexicain.


25 septembre 1905 : Victimes de la répression du régime porfiriste au Mexique, les libéraux constituent aux États-Unis, à Saint Louis, une Junte organisationnelle qui sera influencée par les idées anarchistes.


Juin 1906 : Grande grève ouvrière à Cananea, dans une mine de cuivre appartenant à une compagnie américaine. Le 1er juillet, la Junte de Saint Louis présente son programme-manifeste qui sera largement diffusé dans tout le Mexique et inspirera ultérieurement la constitution de 1917.


1910 : Les États-Unis laissent des opposants au régime de Diaz utiliser leur territoire comme base arrière.


1910 : Lors des élections présidentielles, Diaz doit affronter Francisco Madero, un créole du Coahuila, auteur en 1908 d’un livre consacré à la succession présidentielle – Diaz est alors septuagénaire. Cet opposant regroupe tous les mécontents hostiles à une nouvelle réélection de Diaz qui le fait arrêter en juin mais il s’échappe en octobre et gagne le Texas alors que Diaz s’est fait réélire une fois de plus, dans les conditions habituelles, en combinant le scrutin avec l’anniversaire du « cri de Dolores ».


Novembre 1910 : Plusieurs soulèvements locaux de faible ampleur sont brisés et Madero, désespéré par l’échec de son appel à l’insurrection (le plan de San Luis Potosi) lancé le 5 octobre, songe à partir pour l’Europe.


27 novembre 1910 : Dans l’État de Chihuahua, un chef révolutionnaire, Pascual Orozco, bat les troupes fédérales à Pedrenales. Avec le bandit Pancho Villa, il s’empare de tout le sud de l’État.


Février 1911 : Madero rejoint les rebelles du Chihuahua. Dans le même temps, un leader paysan du Morelos, Emiliano Zapata, déclenche la guerre contre les propriétaires d’haciendas. L’agitation gagne ensuite le Sonora, le Durango, le Puebla, le Guerrero, le Vera Cruz, le Tabasco, l’Oaxaca et le Yucatan.


19 mars 1911 : Limantour forme un nouveau gouvernement et invite Bernardo Reyes, exilé en Europe, à rejoindre le pays. Le vice-président Corral part en exil.


Avril 1911 : Un armistice est conclu avec les insurgés qui sont en train d’assiéger Ciudad Juarez, prise le 10 mai.


12 mai 1911 : Zapata s’empare de Cuautla.


21 mai 1911 : Un accord intervient à Ciudad Juarez, qui prévoit le départ de Diaz et son remplacement à titre provisoire par Francisco de la Barra. Il est connu le 23 à Mexico où la troupe tire sur la foule pour défendre le palais présidentiel menacé par des manifestants. Le 26 mai, le vieux dictateur prend le train pour Vera Cruz afin de gagner l’Europe, suivi par Limantour quelques semaines plus tard. Diaz mourra à Paris le 2 juillet 1915.


7 juin 1911 : Madero fait son entrée à Mexico. Des élections ont lieu au mois d’octobre suivant. Madero est élu le 15 à la présidence et Pino Suarez à la vice-présidence.


23 septembre 1911 : Manifeste d’inspiration communisante du « parti libéral mexicain » sous le mot d’ordre « Terre et Liberté ».


6 novembre 1911 : Madero entre en fonctions. Il entend remettre en valeur la constitution de 1857 et remplir les promesses formulées jadis par Diaz dans le plan de Tuxtepec mais il ne mesure pas ce que sont les attentes des masses, déçues par l’indépendance et la réforme.


28 novembre 1911 : Zapata rompt avec Madero et relance la rébellion dans le Morelos et entend appliquer le « plan d’Ayala » qui prévoit la restitution des terres prises aux villages et l’expropriation d’un tiers des grands domaines.


Décembre 1911 : Encouragé par le gouvernement américain, Bernardo Reyes franchit le Rio Grande dans l’intention de réaliser un pronunciamiento mais sa tentative ne rencontre aucun écho et il se constitue prisonnier.


Février 1912 : Pascual Orozco, l’un des généraux révolutionnaires, entame un pronunciamiento contre Madero qu’il accuse d’avoir « trahi » les espérances révolutionnaires. Envoyé contre le rebelle, le général Victoriano Huerta le contraint à se réfugier en Arizona.


Dans le même temps, les États-Unis déploient d’importantes forces militaires sur la frontière entre les deux pays. Le président Taft, encouragé par Henry Lane Wilson, l’ambassadeur américain à Mexico, reproche à Madero d’être incapable de maintenir l’ordre au sud du Rio Grande et de ne pas favoriser les investisseurs américains – le 3 juin, Madero a imposé une taxe sur la production pétrolière.


Octobre 1912 : Une nouvelle révolte, déclenchée à Vera Cruz par Felix Diaz, le neveu de Porfirio, est brisée à son tour.


9 février 1913 : Nouveau coup d’État. La garnison de Tacubaya se soulève et libère Bernardo Reyes, qui prend la tête de l’insurrection mais la tentative est brisée par le général Villar demeuré loyaliste et Reyes est tué. Madero confie alors le commandement des troupes à Victoriano Huerta. Les combats contre les insurgés durent pendant dix jours. En fait, Huerta et Diaz, le nouveau chef des rebelles, négocient secrètement, avec les encouragements de l’ambassadeur américain. Huerta, l’une des figures les plus sinistres de l’histoire mexicaine, trahit Madero et les siens et s’empare du pouvoir au soir du 19, le « pacte de l’ambassade yankee » conclu la veille avec le représentant des États-Unis lui assurant le titre de « président provisoire », ce que l’ambassadeur américain fait accepter par l’ensemble du corps diplomatique, en se félicitant de la chute d’un « despotisme scélérat ». Trop confiants, Madero et le vice-président Pino Suarez acceptent de démissionner mais ils sont arrêtés et, le 22 février au soir, sont assassinés sous prétexte d’une tentative de fuite. C’est le début d’un régime dictatorial et criminel. Huerta est un ivrogne qui n’hésite pas à liquider les opposants et prend bien soin d’écarter tous ses rivaux potentiels mais il ne peut empêcher le déclenchement d’une nouvelle révolte dans les États du nord, le Chihuahua, le Sonora et le Coahuila.


19 février 1913 : Venustiano Carranza, gouverneur du Coahuila, refuse de reconnaître l’autorité de Huerta et se pose en vengeur de Madero. Le 26 mars, il présente le « plan de Guadalupe » visant à renverser l’usurpateur et s’attribue le titre de « chef de l’armée constitutionnaliste ». Dans le même temps, Alvaro Obregon prend la tête du mouvement dans le Sonora et chasse de son État les forces fédérales.


Mars 1913 : Pancho Villa, qui s’était réfugié aux États-Unis après avoir été emprisonné et s’être échappé, franchit le Rio Grande et entreprend la conquête de l’État de Chihuahua, réalisée au cours du printemps et de l’été. À l’automne, les villes de Ciudad Juarez et de Chihuhua passent sous son contrôle.


Septembre 1913 : Carranza établit un gouvernement à Nogales, sur la frontière américaine, et Villa accepte dans un premier temps de reconnaître son autorité. Au même moment, les fidèles de Zapata réalisent dans le sud une révolution sociale de grande ampleur en s’emparant des terres des grands propriétaires créoles qu’ils n’hésitent pas à massacrer. Il s’agit là d’une « lutte de classes » impitoyable, bien différente du banditisme anarchique pratiqué par Villa et ses émules dans le nord.


Mars 1913 : Th. Woodrow Wilson entre à la Maison Blanche. Il est a priori opposé à une intervention militaire américaine au Mexique et paraît plutôt favorable aux constitutionnalistes ; au cours de l’été, il rappelle Henry Lane Wilson, remplacé par John Lind à Mexico, et décide un embargo sur les ventes d’armes et de munitions au pays voisin.


Octobre 1913 : Lors des élections présidentielles, Huerta ne se présente pas officiellement mais, à l’issue d’une parodie de scrutin, il est annoncé que les électeurs ont voté pour lui qui, constitutionnellement, ne pouvait pas se représenter et il conserve ainsi ses fonctions de président provisoire.


Février 1914 : Exaspéré par l’attitude de Huerta, Wilson lève l’embargo sur les armes au profit des constitutionnalistes.


Mars 1914 : Bénéficiant des livraisons d’armes et de munitions en provenance des États-Unis, Villa se met en marche vers le sud et s’empare de Torreon, bat les fédéraux dans le Coahuila puis attaque le Zacatecas. Vainqueur dans le Sinaloa, Obregon s’avance le long du Pacifique jusque dans le Jalisco puis le Guadalajara pour rejoindre Pablo Gonzalez, un autre général de Carranza, à Queretaro.


21 avril 1914 : Intervention américaine à Vera Cruz, consécutive à un incident ayant opposé le 9 avril des militaires américains à des fonctionnaires mexicains. Des émeutiers s’en prennent aux Américains à Mexico et Huerta « menace » d’attaquer le Texas.


Juin 1914 : Huerta est obligé de fuir Mexico dont la garnison se rend le 10 août aux forces rebelles.


15 août 1914 : Obregon fait une entrée triomphale dans Mexico. Il y est suivi le 16 par Carranza, qui a conclu le 8 juillet avec Villa le pacte de Torreon.


10 octobre 1914 : Les différents courants antagonistes qui se sont formés au sein du mouvement révolutionnaire (partisans de Carranza, d’Obregon, de Villa) se réunissent en convention à Aguascalientes. Le 1er novembre, cette convention nomme président provisoire le général Eulalio Gutierrez. Celui-ci est rapidement isolé. Obregon se rallie à Carranza et Gutierrez fait de Villa son général en chef.


4 décembre 1914 : Villa conclut le pacte avec Zapata et Xochimilco et ils font ensuite leur entrée dans Mexico mais Guttierez, vite débordé par ces alliés encombrants, cherche à négocier avec Obregon et, en janvier 1915, il fuit la capitale pour se rallier finalement à Carranza.


6 janvier 1915 : Carranza promulgue un décret annonçant une réforme agraire et donne en février des gages au mouvement ouvrier. À la fin du mois de janvier, Obregon bat les forces villistes à Puebla puis les repousse à Celaya en avril et l’emporte de nouveau au cours du printemps et de l’été de 1915 à Trinidad (29 avril-5 juin), Aguascalientes et Torreon. Durant l’hiver 1915-1916, Villa est de nouveau battu à Agua Prieta et à Hermosillo et il est contraint de se replier sur sa province du Chihuahua.


Août 1915 : Pablo Gonzalez ravage le Morelos pour venir à bout de la rébellion zapatiste.


Octobre 1915 : Washington reconnaît le gouvernement de Carranza et établit un embargo sur les munitions que Villa se procurait jusque-là aux États-Unis.


16 janvier 1916 : Les villistes tuent à Santa Isabel, dans le Chihuahua, seize ingénieurs américains. Villa en personne attaque la ville américaine de Columbus dans le Nouveau-Mexique et y fait une quinzaine de victimes. Wilson ordonne alors au général Pershing d’engager les opérations contre Villa pour s’en emparer mort ou vif. Les troupes américaines interviennent donc dans le Chihuahua et les opérations durent jusqu’en février 1917 sans aboutir à des résultats décisifs. Poncho Villa sera finalement assassiné en 1923.


1er août 1916 : Carranza prend des mesures draconiennes contre l’agitation sociale.


Automne 1916 : Carranza ordonne l’élection d’une convention réunie à Queretaro du 1er décembre au 31 janvier et la charge d’introduire dans la constitution les changements rendus nécessaires par la révolution.


Janvier 1917 : La convention redéfinit le droit de propriété pour revenir sur l’aliénation des terres indiennes et des ressources du sous-sol. Les ejidos indiens seront désormais propriété indivise des villages et, selon les besoins, des expropriations peuvent être envisagées au détriment des grandes haciendas. Des mesures sociales telles que la journée de travail de huit heures, l’interdiction du travail des enfants, la création d’un salaire minimum, le droit de grève ou les indemnités liées aux accidents du travail sont adoptées. Des mesures anticléricales visant à limiter l’influence de l’Église sont également annoncées dans cette constitution promulguée le 5 février 1917.


1er mai 1917 : Carranza est nommé président à titre définitif.


12 mai 1918 : Création à Saltillo d’une Confédération régionale ouvrière mexicaine (CROM) animée par Luis Morones.


10 avril 1919 : Zapata est attiré dans un guet-apens et tué à l’hacienda San Juan Chimaneca.


23 avril 1920 : Plan d’Agua Prieta du général Obregon contre Carranza.


Mai 1920 : À la suite de la révolte du Sonora, Carranza décide de fuir mais il est tué près de Tampico le 21 mai. L’armée rebelle d’Obregon s’empare de Mexico et Adolfo de la Huerta est nommé président provisoire.


1er décembre 1920 : Alvaro Obregon devient président de la République.


28 décembre 1920 : Loi sur les ejidos qui les définit comme « des unités de terres cultivées placées sous le régime de la communauté communale ou collective, mais distribuées en petites exploitations individuelles ou familiales ». La classe politique mexicaine adopte volontiers dès lors une rhétorique « révolutionnaire » mais les conditions réelles de l’exercice du pouvoir et du suffrage ne changent guère. Obregon exerce en fait un pouvoir autoritaire en jouant de la rivalité des forces qui l’ont soutenu, la Confédération régionale ouvrière mexicaine de Morones et le Parti agrarien de Diaz Soto y Gama et en renforçant l’autorité fédérale dans les États. C’est à cette époque que le ministre de l’Éducation nationale, José Vasconcelos, met en œuvre un programme ambitieux de développement de l’instruction publique puisque mille écoles rurales sont alors créées.


1922 : Le ministre des Finances, Adolfo de La Huerta, négocie avec les représentants américains la reprise du paiement des dettes mexicaines, suspendu pendant neuf ans. Les recettes de la taxe fixée sur les pétroles sont consacrées à ces versements, ce qui, en donnant satisfaction aux banquiers de Wall Street, permettait de neutraliser les protestations des pétroliers américains, soutenus par le président Harding.


21 novembre 1922 : Ricardo Flores Magon, l’un des inspirateurs de la révolution mexicaine, meurt dans la prison américaine de Leavenworth ; il avait été condamné aux USA à dix-huit ans de prison en 1918 pour avoir salué la révolution bolchevique et dénoncé la « guerre impérialiste ».


30 août 1923 : Les États-Unis établissent une représentation diplomatique au Mexique, qui accepte de payer une indemnité pour les dommages subis par les Américains durant la Révolution. La non rétroactivité de l’article 27 de la constitution de 1917 relatif à la propriété des ressources du sous-sol est confirmée.


Décembre 1923 : La perspective de la succession d’Obregon (dont le candidat est le général Calles) conduit le ministre des Finances, Adolfo de La Huerta – qui a démissionné du gouvernement en septembre – à entrer en dissidence, soutenu par les généraux Guadalupe Sanchez dans le Vera Cruz et Enrique Estrada dans le Jalisco. Chargé de réprimer la sédition, le gouverneur de l’Oaxaca, Fortunato Maycotte, se joint aux rebelles soutenus par les hacendados qui entendent prendre leur revanche sur la réforme agraire. Le gouverneur loyaliste du Yucatan est fusillé par les insurgés. Les troubles se généralisent (assassinats politiques, démission de José Vasconcelos) et il faut à Obregon trois mois de combats pour venir à bout de la révolte.


1e décembre 1924 : Le général Plutarco Elias Calles, élu au cours de l’été, prend possession de la présidence de la République. Cet ancien instituteur du Sonora n’hésite pas à recourir aux méthodes les plus brutales vis-à-vis des opposants, tout en pratiquant un clientélisme généralisé. Il pousse cependant à la poursuite de la réforme agraire – au moins dans un premier temps – et engage, à la faveur de la prospérité économique des années vingt, des investissements et des grands travaux propices au développement du pays. Le syndicaliste Morones est alors devenu ministre de l’Industrie et se fait le champion de la « collaboration des classes », tout en imposant au monde du travail le monopole de la CROM.


1926 : Création d’une commission nationale de l’irrigation, qui permet de gagner à la culture de nouvelles terres.


1926-1929 : Guerre des Cristeros. Elle est la conséquence de la politique violemment anti-catholique de Calles. Les religieux étrangers sont expulsés du pays. En avril 1927, les rebelles catholiques dynamitent le train reliant Mexico à Guadalajara, faisant ainsi une centaine de victimes. Les insurgés sont victimes d’une répression sauvage, notamment du fait des « colonnes infernales » du général Ferrerira qui mettent à feu et à sang le nord du Jalisco et rassemblent des dizaines de milliers de paysans arrachés à leurs terres dans des camps de concentration. Le nombre des prêtres est limité et, en 1933, moins de deux cents sont autorisés à exercer leur ministère dans l’ensemble du Mexique.


1927 : Rappel de l’ambassadeur américain Sheffield, remplacé par Dwight Morrow, ce qui signifie que Washington renonce à l’épreuve de force engagée l’année précédente à propos des concessions pétrolières. En deux mois, la nouvelle attitude américaine permet d’obtenir la remise en cause des articles de la constitution limitant le droit de propriété des pétroliers étrangers.


Octobre 1927 : Pour anticiper un éventuel pronunciamiento lié à la succession présidentielle, Calles fait fusiller Francisco Serrano sous l’accusation de complot. Insurgé dans le Vera Cruz, Arnulfo Gomez connaît le même sort un mois plus tard. L’ancien président Obregon reste alors le seul candidat à la succession.


17 juillet 1928 : Assassinat par un jeune militant catholique isolé du général A. Obregon qui venait d’être réélu président pour six ans.


Septembre 1928 : Calles obtient du Congrès l’élection à la présidence provisoire d’Emilio Portes Gil, ancien gouverneur de l’État de Tamaulipas.


Jusqu’en 1934, les présidents du pays sont des instruments dociles de Calles, qui, surnommé le Jefe maximo, conserve la réalité du pouvoir en tournant ainsi le principe de non-réélection. Il a fondé en 1929 un parti officiel, le Parti national révolutionnaire, devenu ensuite Parti de la révolution mexicaine puis, enfin, Parti révolutionnaire institutionnel qui gouvernera le Mexique pendant plus de soixante-dix ans.


Mars 1929 : Le PNR réunit sa première convention à Queretaro et désigne comme candidat pour l’élection présidentielle prévue à l’été de 1929 Pascual Ortiz Rubio, originaire du Michoacàn. Ce qui engendre immédiatement dans le Coahuila et le Sonora une nouvelle rébellion militaire conduite par le général Gonzalo Escobar. Calles écrase en deux mois cette révolte mais un autre candidat inattendu se lance dans la lutte électorale, José Vasconcelos, nostalgique de l’ère de Madero. Il est largement battu par Ortiz Rubio lors des élections et part se réfugier aux États-Unis. Surnommé « Pascualito » par dérision, Ortiz Rubio est le jouet docile de Calles qui gouverne en réalité le pays depuis sa résidence de Cuernavaca. En 1930, le Jefe maximo, influencé par l’ambassadeur américain Morrow, déclare que la réforme agraire a été une erreur sur le plan économique et la distribution des terres est rapidement ralentie avant d’être pour un temps presque complètement arrêtée.


Juin 1929 : Un compromis est trouvé avec l’Église. Les prêtres reprennent la célébration des offices suspendue depuis trois ans. Le catéchisme peut être de nouveau enseigné dans les édifices du culte et l’Église se voit garantir son autonomie spirituelle. Les derniers Cristeros cessent alors le combat mais de nouvelles législations anticléricales limitant le nombre des prêtres sont promulguées en 1931 et 1932. Les ministres du culte sont interdits de séjour dans certains États comme le Tabasco du gouverneur Garrido Canabal, un anticlérical furieux qui a baptisé ses enfants Lénine et Lucifer… Avec 197 prêtres autorisés à officier en 1933 dans tout le pays, le Mexique ne compte alors qu’un ministre du culte pour 80 000 habitants…


Septembre 1932 : Calles reproche à Ortiz Rubio la révocation de certains fonctionnaires et annonce aux journaux la « démission » du président, rapidement confirmée par l’intéressé, qui est remplacé par un banquier, Abelardo Rodriguez.


1933 : Le ministre de l’Éducation nationale, Narciso Bassols relance la construction d’écoles, ce qui permet la scolarisation du tiers des enfants en âge d’y aller.


30 novembre 1934 : Le général Lazaro Cardenas, qui a été gouverneur du Michoacàn, devient président de la République après avoir été élu en juillet avec 98 % des suffrages et parvient à s’émanciper, deux ans plus tard, de l’influence de Calles, finalement exilé au Texas en juin 1935. Compétent et intègre, Cardenas, entend réaliser un « plan » de six ans sans remettre en cause l’initiative privée mais en nationalisant certaines activités. En mai 1938, il brise aisément la tentative de pronunciamiento du général Cedillo. Il reprend la mise en œuvre de la réforme agraire et 17 millions d’hectares sont répartis sous sa présidence. Elle se poursuivra sous les présidences Camacho et Aleman. En tout, 37 millions d’hectares auront été redistribués entre 1917 et 1952. Dès 1936, le gouvernement favorise les exploitations coopératives, notamment dans les zones de production cotonnière.


1936 : Création de la Confédération des travailleurs du Mexique (CTM) dirigée par Lombardo Toledano, qui établit des liens avec le Committee for Industrial Organization de l’Américain John Lewis.


1937 : Nationalisation des chemins de fer.


1938 : Le PNR devient le Parti de la révolution mexicaine.


18 mars 1938 : Nationalisation des compagnies pétrolières britanniques et américaines, reconnue par les sociétés américaines et anglaises en 1943 et 1949. C’est la Pemex, la firme nationale, qui se charge désormais de l’exploitation. En 1940, un amendement à la constitution interdit toute exploitation de pétrole par les étrangers.


1939 : Le Mexique qui, depuis 1936, a apporté un soutien sans faille au camp républicain espagnol, accueille une partie des vaincus de la guerre civile qui s’est terminée en mars avec la victoire du général Franco.


Au moment où s‘achève le mandat présidentiel de Cardenas, le Mexique apparaît profondément transformé à l’issue des cent trente années qui ont suivi le déclenchement de la lutte pour l’indépendance. Une fois celle-ci acquise, le triomphe de la « réforme » avec Juarez a constitué la deuxième étape d’une métamorphose complète de ce qu’avait été la Nouvelle-Espagne. Elle a correspondu à la mainmise sur le pays des créoles et des métis mais le temps est venu ensuite des soubresauts révolutionnaires engagés à partir de 1910 qui ont débouché sur un réveil du fonds amérindien, sur une réforme agraire de grande ampleur et sur une réappropriation des ressources du pays qui étaient passées dans une large mesure sous le contrôle du puissant voisin nord-américain. La rapidité de l’accroissement démographique et la misère persistante de la majeure partie de la population, principalement dans les zones rurales, constituent cependant encore de lourds handicaps.


1er décembre 1940 : Le général Manuel Avila Camacho devient président de la République. Modéré, il a été désigné comme candidat par le parti dominant, de préférence à Mugica, un candidat plus à gauche.


1942 : Le Mexique entre dans la guerre mondiale aux côtés des États-Unis.


Mars 1943 : Limitation du droit de grève, approuvée par la CTM, acquise au gouvernement.


29 juillet 1944 : Un décret entame la mise en œuvre d’une législation protectionniste visant à favoriser le développement de l’industrie nationale, ce qui suscite le mécontentement du gouvernement de Washington.


18 janvier 1946 : Le Parti révolutionnaire institutionnel se substitue au Parti révolutionnaire mexicain.


1946-1952 : Présidence de Miguel Aleman qui succède le 7 juillet à Avila Camacho.


1946 : Création d’un secrétariat d’État aux ressources hydrauliques pour accroître l’effort en matière d’irrigation.


22 décembre 1946 : Approbation par les députés d’une nouvelle loi électorale qui contribue au renforcement du pouvoir central.


1952 : Le candidat du PRI, Ruiz Cortines, est élu président avec 75 % des suffrages. Il exercera ses fonctions jusqu’en 1958.


1955 : Création du Bloc d’unité ouvrière rassemblant tous les syndicats dans une organisation bien contrôlée par le gouvernement.


1958 : Répression violente de la grève des cheminots. Dix mille d’entre eux sont licenciés et l’armée est utilisée pour briser les mouvements sociaux qui se déclenchent alors.


1958-1964 : Présidence de Adolfo Lopez Mateos qui réalise un nouveau regroupement syndical au sein de la Centrale nationale des travailleurs, accorde d’importantes mesures sociales et relance la réforme agraire mais, en 1960, 47 % des exploitations relèvent encore du secteur privé et cultivent 57 % des terres arables et 69 % des terres irriguées, en réalisant 69 % des investissements, ce qui révèle les limites, dans la longue durée, de la réforme agraire engagée plusieurs décennies plus tôt.


1964-1970 : Présidence de Gustavo Diaz Ordaz.


1968 : La répression des manifestations étudiantes déclenchées à l’occasion des jeux Olympiques qui se tiennent à Mexico entraîne la mort de plusieurs centaines de manifestants sur la place des Trois Cultures.


1970-1976 : Présidence de Luis Echeverria, marquée par une certaine libéralisation politique mais l’ouverture démocratique demeure limitée par le monopole de fait qu’exerce le PRI sur le plan électoral. Le président prend alors quelques distances avec les États-Unis, entretient des relations avec Cuba et encourage l’expérience Allende au Chili.


1974 : De très importantes réserves de pétrole sont identifiées au Mexique, au moment où les cours de l’or noir s’envolent à l’issue du premier choc pétrolier.


1976-1982 : Présidence de Lopez Portillo. Il doit faire face à de graves difficultés économiques, notamment une inflation galopante qui conduit à une forte dévaluation du peso mais les ressources tirées du pétrole permettent la réalisation d’importantes infrastructures et la mise sur pied d’une industrie de transformation visant à faire du Mexique un pays exportateur de produits finis. En revanche, la dépendance agricole du pays s’accroît, ce que ne permet pas de surmonter le « système alimentaire mexicain » mis en place en 1980.


1981 : La chute brutale des cours du pétrole, la hausse des taux d’intérêt qui aggrave la dette déjà très élevée du pays et la fuite massive des capitaux locaux vers les États-Unis engendrent une crise économique de grande ampleur. Elle entraîne, en février et avril 1982, de nouvelles dévaluations de grande ampleur, qui amputent largement le pouvoir d’achat des salariés. Il faut aller, le 1er septembre 1982, jusqu’à la nationalisation des banques privées mexicaines (ce qui signifie le contrôle par l’État de 70 % de l’économie du pays) et à un contrôle des changes généralisé.


1982-1988 : Présidence de Miguel de la Madrid. Il entreprend de lutter contre la corruption et impose la rigueur en matière économique après avoir dû consentir à une nouvelle dévaluation en décembre 1983 et réussi à obtenir un échelonnement des remboursements de la dette du pays ; mais sa politique néo-libérale engendre un profond mécontentement dans l’opinion et au sein même du PRI d’où le porte-parole des contestataires, Cuauhtémoc Cardenas, est exclu en 1988.


19 septembre 1985 : Un séisme catastrophique frappe Mexico, faisant 35 000 morts ou disparus et un million de sans abri.


1986 : Le Mexique adhère au GATT.


Juin 1986 : Le Mexique organise avec succès le tournoi de la Coupe du monde de football que remporte l’Argentine.


1988 : Élection à la présidence de Carlos Salinas de Gortari avec seulement 50,3 % des suffrages alors que son prédécesseur, Miguel de la Madrid, en avait obtenu 68,43 % six ans plus tôt. Il est alors clair que le système du parti dominant (PRI) commence sérieusement à s’essouffler, ce dont témoignent les 31,12 % des voix obtenus par Cuauhtémoc Cardenas, le principal opposant.


1988-1994 : Présidence de Carlos Salinas qui doit faire face au problème de la dette ; elle s’élève à 105 milliards de dollars et son service représente en 1989 60 % du budget national.


23 juillet 1989 : Un accord conclu à Washington réduit sensiblement la dette mexicaine.


1989-1991 : Plusieurs élections locales sont l’occasion de fraudes massives au profit du PRI dont la légitimité est de plus en plus contestée.


1er novembre 1989 : Dans un discours, le président Salinas affirme que la révolution mexicaine appartient au passé et rejette le dirigisme d’État qui avait prévalu à l’époque de Lazaro Cardenas car « étatisme et progrès » sont devenus des données contradictoires.


1989-1994 : Mise en œuvre d’un Plan national de développement d’inspiration néo-libérale. L’ampleur des privatisations réalisées était la condition posée par les créanciers du Mexique pour la renégociation de sa dette. La baisse des droits de douane et la réduction des dépenses publiques vont dans le même sens. Les inégalités s’accroissent par ailleurs dans un pays où 5,6 % de la population dispose de 34 % des revenus.


16 janvier 1992 : La signature à Mexico d’un accord de paix entre la guérilla et le gouvernement salvadoriens met fin à douze années de guerre civile dans ce pays.


12 août 1992 : Signature du traité de l’ALENA (Association de libre échange nord-américaine, ou NAFTA) entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, qui entrera en vigueur le 1er janvier 1994. L’intégration du Mexique à l’espace économique nord-américain s‘inscrit dans une certaine continuité puisque c’est avec les USA qu’étaient déjà réalisés 75 % des échanges du pays mais elle risque de fragiliser l’agriculture mexicaine trop peu compétitive et de favoriser le développement des maquiladoras proches de la frontière américaine qui, avec leur activité de sous-traitance très dépendante des firmes US, assuraient à elles seules en 1993 55 % des exportations du pays.


24 mai 1993 : Assassinat de l’archevêque de Guadalajara. L’enquête mettra en cause les barons de la drogue.


août 1993 : Visite du pape au Mexique. Normalisation des relations entre l’État et l’Église.


1er janvier 1994 : Début de la révolte indienne du Chiapas conduite par le sous-commandant Marcos. L’ampleur et la brutalité de la répression militaire suscitent l’indignation au Mexique et à l’étranger et popularisent la lutte de l’Armée zapatiste de libération qui est à l’origine du mouvement. Des négociations s’engagent en février sous l’égide de Samuel Ruiz, évêque de San Cristobal. Elles seront rompues un an plus tard.


1994-2000 : Présidence d’Ernesto Zedillo, élu le 21 août. Les mesures prises contre la fraude font que le candidat du PRI n’est élu qu’avec 47 % des voix (avec 78 % de participation). Les conditions du scrutin apparaissent régulières mais l’accès aux medias a été totalement déséquilibré en faveur du candidat du parti au pouvoir.


Décembre 1994 : Le flottement du peso entraîne sa dépréciation de 43 % face au dollar en une semaine. Il faut mettre en place en janvier un plan d’austérité rigoureux et solliciter de nouveaux crédits aux États-Unis et auprès du FMI.


11 mars 1995 : L’ancien président Salinas quitte le Mexique où son frère est accusé d’avoir commandité un assassinat (celui de Luis Donaldo Colosio, l’un des leaders du PRI, perpétré en mars 1994, suivi en septembre de celui de José Francisco Ruiz Massieu, secrétaire général du PRI) et où il se voit reprocher, après la nouvelle dévaluation du peso qui a suivi la fin de son mandat, sa politique ultra-libérale.


16 février 1996 : Les accords de San Andrés sont conclus avec la guerilla du Chiapas mais ne sont suivis d’aucun effet.


7 juillet 1996 : Le PRI perd les élections (à la Chambre des députés et dans plusieurs États) pour la première fois de son histoire. C. Cardenas devient maire de Mexico. Le PRI perd la majorité à la Chambre mais la conserve au Sénat.


2 août 1996 : Les zapatistes organisent avec succès au Chiapas une « rencontre intercontinentale pour l’Humanité et contre le néo-libéralisme » qui accueille des participants venus de quarante-trois pays.


Fin août 1996 : Une Armée populaire révolutionnaire (EPR) constituée dans l’État de Guerrero attaque des sites militaires et cause la mort de treize soldats ou policiers mais les zapatistes du Chiapas prennent immédiatement leurs distances avec ce groupe, soupçonné d’être manipulé par le pouvoir central.


22 décembre 1997 : Massacre de 45 indigènes pro-zapatistes dans le village d’Acteal au Chiapas. Il soulève l’indignation de l’opinion et une grande manifestation de protestation est organisée à Mexico le 12 janvier 1998.


Janvier 1999 : Voyage au Mexique du pape Jean Paul II qui lance un appel à la justice sociale et à la reconnaissance des droits des populations indigènes.


Mars 1999 : Zedillo annonce qu’il va rompre avec la tradition consistant, pour le président sortant, à désigner celui qui sera le candidat du PRI à la succession. Des primaires sont organisées en novembre et désignent Francisco Labastida. À l’inverse, l’opposition paraît désunie.


20 avril 1999 : Début d’un vaste mouvement de contestation étudiante contre l’augmentation massive des droits d’accès à l’Université. Le mouvement dure jusqu’en février 2000.


2 juillet 2000 : Élections présidentielles et élections générales pour près de 60 millions d’électeurs. Le candidat du Parti d’action nationale, Vicente Fox, est élu avec 43 % des voix. Le PRI perd pour la première fois les élections présidentielles (37 % des voix pour Labastida). C. Cardenas en obtient 17 %. La participation a été de 64 % pour ce scrutin historique.


Mars 2001 : Marche pacifique des zapatistes sur Mexico où le président Fox accueille avec bienveillance leurs revendications mais les amendements constitutionnels adoptés peu après pour répondre aux attentes des Indiens sont jugés insuffisants par le sous-commandant Marcos et ses amis.


20 au 22 avril 2001 : Signature à Québec, au troisième sommet des Amériques, d’un traité commercial créant la Zone de libre échange des Amériques (ZLEA).


Juillet 2002 : Nouvelle visite au Mexique de Jean Paul II qui canonise le premier saint indien du calendrier chrétien, Juan Diego Cuauhtlatoatzin à qui la Vierge serait apparue au XVIe siècle, donnant naissance au culte de la Guadalupe.


Janvier 2004 : Dix ans après avoir signé le traité de l’ALENA, le Mexique est passé du quinzième au neuvième rang dans la hiérarchie des puissances économiques mondiales. Avec 4 % d’actifs agricoles, 27 % des travailleurs employés par le secteur secondaire et 69 % dans les services et le secteur tertiaire, il a accompli en très peu de temps une gigantesque mutation, même si la pauvreté touche encore 40 % de sa population. Les biens manufacturés représentent 85 % des exportations et la dépendance à l’égard des exportations de pétrole s’est considérablement réduite. La sujétion économique vis-à-vis du grand voisin nord-américain s’est en revanche accrue.


2006 : Le Mexique est devenu la dixième puissance économique du monde et la treizième puissance commerciale. Son PIB a été multiplié par 2,7 depuis 1990.


Juillet 2006 : Le candidat de la droite Felipe Calderon l'emporte (avec une avance de 0,58% des voix) sur son adversaire de gauche Andrès Manuel Lopez Obrador.


Novembre 2006 : L'Armée rétablit l'ordre dans la région d'Oaxaca où s'était déclenchée une insurrection de gauche 
juillet septembre 2007 : Sabotage d'installations de la firme pétrolière Pemex par le mouvement révolutionnaire EPR (Armée Populaire Révolutionnaire).


Janvier 2008 : Juan Camilo Mourino devient ministre de l'Intérieur avec mission d'intensifier la lutte contre les narcotrafiquants, une guerre qui fera 3200 morts au Mexique au cours des neuf mois suivants.


Juillet 2009 : Succès du Parti Révolutionnaire Institutionnel aux élections législatives de mi-mandat.


Décembre 2009 : L'opposition dénonce l'échec du président Calderon dans la lutte contre le trafic de drogue.Du fait de la crise déclenchée en 2008, le PIB mexicain a chuté de 6,5% au cours de l'année 2009.


1er juillet 2012 : Elections présidentielles dominées par la question de l'insécurité (on compte 48 000 victimes assassinées par les cartels de la drogue entre décembre 2006 et septembre 2011) Les candidats en présence sont Enrique Pena Nieto du Parti Révolutionnaire Institutionnel qui a gouverné le pays de 1929 à 1990, Andrés Manuel Lopez Obrador, candidat du PRD (gauche) battu de peu en 2006 et Josefina Vasquez Mota, candidate du Parti d'Action Nationale (droite au pouvoir). Enrique Pena Nieto l'emporte par 37,9% des suffrages face à Andres Manuel Obrador (31,8%) et Josefina Vasquez Mota (23,5%) Le PRI est cependant soupçonné d'avoir acheté des votes.


7 septembre 2012 : Le gouvernement américain accorde l'immunité diplomatique à l'ancien président Ernesto Zedillo, accusé d'avoir fermé les yeux sur une tuerie commise en 1997 contre les Indiens rebelles du Chiapas.


Mars 2013 : Le nouveau président et son parti acceptent la fin du monopole d'Etat sur le pétrole. Les trois grands partis du pays signent peu après un "Pacte pour le Mexique" visant à combattre les grands monopoles qui paralysaient la croissance de l'économie nationale
décembre 2013 : Les citoyens du Michoacan constituent des groupes d'autodéfense contre les "narcos".


Novembre 2014 : L'enlèvement et l'assassinat par des narcotrafiquants, liés à des notables locaux, de 57 étudiants dans l'Etat du Guerrero, suscite une puissante réaction de l'opinion, exaspérée par la corruption et l'insécurité. Ce tragique épisode rappelle combien le Mexique, qui a connu un brillant développement économique au cours du dernier quart de siècle et qui dispose de puissants atouts demeure plombé par la persistance de la violence liée au trafic de drogue.

 
 
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