Logo Clio
Service voyages
Service voyages

Le Ladakh

ancien royaume bouddhique entre ciel et terre

Région aride et soumise à un rude climat de haute altitude, le Ladakh apparaît de nos jour comme un territoire enclavé au nord-ouest de l’Inde, s’étendant le long du cours supérieur de l’Indus. Cet isolement est le fruit des bouleversements géopolitiques du milieu du XXe siècle. Anciennement, les routes commerciales reliant l’Inde, l’Asie centrale, le Tibet, la Perse s’y croisaient. Elles assuraient la prospérité des royautés locales mais attiraient aussi les convoitises de leurs voisins plus puissants.


Dans l’antiquité, la région devait être peuplée par des populations indo-aryennes (« Les dardes »). Elle fut probablement touchée par la civilisation gréco-bouddhique au début de l’ère chrétienne, puis traversée par les Huns qui détruisirent l’empire kouchan au Ve siècle… Durant le haut moyen-âge, les routes commerciales qui la traversaient furent âprement disputées par les grandes puissances de l’époque (Chine, Tibet, Cachemire, califat Abbasside...). Ces dernières périclitèrent à partir du IXe siècles, les populations locales puis les Tibétains fuyant les troubles qui secouaient leur pays fondèrent alors de petites principautés dans la haute vallée de l’Indus. La langue, la religion et la culture du Tibet finirent par s’imposer. Au XVIe siècle la dynastie Namgyel avait unifié la région et étendue son hégémonie sur l’Himalaya occidental et les rois du Ladakh se considéraient encore comme descendants des anciens empereurs tibétains. Leur royaume déclina lorsque les routes commerciales furent temporairement détournées à la fin du XVIIe siècle. Se retrouvant alors à la merci de ses rivaux, il fut dès lors soumis aux pouvoirs qui se succédèrent au Cachemire.


Au milieu du XXe siècle, suite à la partition de l'empire des Indes puis à l’annexion du Turkestan oriental et du Tibet par la République Populaire de Chine, les routes commerciales furent à nouveau coupées et le Ladakh, asphyxié économiquement. Point de tension entre Inde, Pakistan et Chine, le Ladakh ne s’ouvrit que tardivement au tourisme. Son isolement contribua certainement à la préservation de son patrimoine et de ses traditions. Le voyageur peut aujourd'hui y découvrir librement une culture bouddhique himalayenne, proche de celle du Tibet mais épargnée des ravages de la Révolution culturelle. L’afflux de touristes représente une vraie manne financière mais, dans une région aride ne pouvant subvenir aux besoins d’une large population, elle constitue aussi un défi pour le maintien d’un équilibre écologique fragile.



Aux confins nord-ouest de l’Inde, le Ladakh se situe à l’extrémité occidentale du haut plateau tibétain et au sud du massif du Karakoram. Il est l’une des trois régions composant l’État de Jammu-et-Cachemire et se subdivise en deux districts : Leh (vallées de l’Indus, de Nubra, de Shyok...) et Kargil (vallées de Suru, Zanskar, Kargil...). L’altitude s’échelonne de 2.700 à 7.672 mètres au sommet du Saser Kangri. Le climat se caractérise par une très forte amplitude thermique et par la sécheresse. Les hivers sont rigoureux et les étés courts. À l’est, le plateau du Changthang est le domaine des pasteurs nomades. Historiquement, le développement économique de la région dépendait des routes commerciales qui reliaient l’Afghanistan, le Cachemire et l’Inde au Tibet, à l’Asie Centrale et à la Chine. 


Dans son acceptation la plus étroite, le Ladakh est le nom donné à un territoire situé autour d’une portion de la haute vallée de l’Indus et incluant les régions de Leh (Haut Ladakh) et de Khalatsé (Bas Ladakh). Dans la littérature classique tibétaine, ce territoire est appelé Maryül, le « Pays de Mar ». Le terme mar signifierait « l’or » dans la langue morte du Shangshung, un royaume qui dominait l’ouest du plateau tibétain à la fin de la protohistoire. Le Maryül serait donc le « Pays de l’Or ». Le royaume qui se développa au Ladakh à partir du Xe siècle eut des frontières très mouvantes, étendant périodiquement sa domination sur les vallées voisines ou plus lointaines (Nubra, Zanskar, Lahul, Spiti...), sur le Gilgit-Baltistan (Pakistan) au nord, et sur les hauts plateaux de Rupshu, du Changthang et du Tibet occidental (région traditionnelle de Ngari) au sud et à l’est. 


Plusieurs populations occupent la région. Les « Dardes » se conçoivent comme les habitants autochtones de la vallée de l’Indus, précédant les Tibétains qui s’installèrent dans le dernier quart du premier millénaire de notre ère. Ils parlent une langue indo-aryenne apparentée au sanskrit védique et auraient été convertis tardivement à l’islam. Ils habitent pour l’essentiel dans les provinces du Nord-Ouest du Pakistan (environ 500.000), mais aussi en Inde, où ils sont environ 20.000 dans les vallées situées le long de la ligne de cessez-le-feu. Ils n’utilisent pas eux-mêmes le terme « Darde » pour se désigner, mais plutôt celui de Shin. Une minorité bouddhiste s’est maintenue au Ladakh ; elle est appelée Brokpa (terme d’origine tibétaine utilisé pour désigné les pasteurs) ou Dahanu (d’après les noms des villages de Dah et Hanu où ils habitent). 


L’essentiel de la population des districts de Leh et Kargil et du Baltistan est issue du métissage entre Dardes et Tibétains. Les langues qu’elles parlent sont issues du vieux tibétain et appartiennent au groupe dit des « dialectes archaïques de l’ouest ». D’un point de vue religieux, le bouddhisme tibétain prédomine au Ladakh. Les habitants de Purig (autour de Kargil) et de la vallée de la Suru ainsi que les Balti sont musulmans. Ils pratiquent majoritairement l’islam chiite mais l’on trouve également des communautés se rattachant au soufisme nurbakhshi. Le sunnisme paraît très minoritaire. La ligne de cessez-le-feu qui délimite les zones contrôlées par l’Inde et le Pakistan résulte des conflits ayant opposé ces deux États dans la seconde moitié du XXe siècle.


Les Tibétains constituèrent au cours du haut moyen-âge des royautés autour de la vallée de l’Indus. Ils maintinrent des contacts avec le Tibet central et forgèrent l’essentiel de la culture ladakhi classique, leur langue ainsi que leur religion finissant par s’imposer. Après l’annexion du Tibet par la Chine en 1951, de nombreux Tibétains du Ngari trouvèrent refuge au Ladakh, certains se fixèrent près de Leh, d’autres purent perpétuer le mode de vie des pasteurs nomades dans le Changthang. L’intercompréhension entre le tibétain standard moderne et la langue ladakhi est très limitée mais la langue écrite était traditionnellement identique.


La préhistoire du Ladakh est mal connue. En raison de conditions environnementales relativement difficiles, le peuplement de la région fut peut-être tardif. Néanmoins, les traces de campement récemment découvertes dans la vallée de la Nubra indiquent que la région était déjà fréquentée au cours du IXe millénaire.



Les nombreux pétroglyphes de la région du Ladakh, du Baltistan et de l’Ouest tibétain sont difficilement datables. Ils peuvent cependant être regroupés en plusieurs types et comparés à ceux d’autres zones géographiques voisines. Les scènes de chasse incluant des chasseurs armés de masses évoquent des représentations découvertes au sud du lac Balkhach (Kazakhstan) et en Mongolie intérieure (république populaire de Chine). Elles remontent peut-être à l’âge du bronze (IIIe-IIe millénaires). Des représentations de visages ou masques paraissent similaires à celles que l’on retrouve sur une vaste aire géographique à l’est de l’Asie centrale (Xinjiang, Ningxia, Mongolie, Chine du Nord, Sibérie du Sud). Une autre série encore, rappelant l’art animalier des steppes, suggère une influence centre-asiatique à l’âge du fer. Elle est souvent attribuée aux populations nomades Scythes-Saka qui pénétrèrent au Gandhara au cours IIe siècle avant J.-C. Enfin, les gravures bouddhiques constituent probablement le groupe le plus récent. Elles représentent des stupas (reliquaires monumentaux) et des déités (Bouddha, bodhisattvas, taras...) et ont parfois été tracées sur des pétroglyphes plus anciens.


La région était connue des auteurs antiques grecs. Hérodote (environ 430 av. J.-C.) décrit une population indienne au mode de vie proche de celui des Bactriens qui occupe le voisinage de la ville de Caspatyros sur l’Indus (peut-être Multan au Pakistan ?) et du pays des Pactyes (Pakhtya en Afghanistan). Ce peuple passe pour exploiter de l’or extrait du sol par des fourmis géantes. Strabon (64 av. J.-C.-21 ou 25 après J.-C.) utilise les témoignages de deux contemporains d’Alexandre le Grand et nomme la région « pays des Derdes ». Il emprunte aussi à Hérodote la fable des fourmis chercheuses d’or. Vers 70 après J.-C., Pline l’Ancien décrit lui aussi le pays des Dardes comme riche en or. Il reprend encore la légende des fourmis chercheuses d’or. Enfin, Ptolémée (IIe siècle après J.-C.) situe les Daradrai près de la source de l’Indus.


La littérature sanskrite (Purana et Mahabharata) mentionne elle aussi des « Darada » parmi les peuples qui habitent le Nord-Ouest du sous-continent indien. Ils sont décrits comme une population nordique, guerrière (kshatriya) et connue pour ses chevaux.


Ce n’est qu’au XIXe siècle que l’explorateur britannique Alexander Cunningham identifiera les fourmis géantes de la légende à de petits mammifères qui rejettent parfois du sable aurifère en creusant leur terrier et les Dardes antiques aux populations modernes porteuses de langues indo-aryennes La parenté génétique entre ces peuples anciens et actuels n’est cependant pas démontrée.


L’histoire de la région est des plus obscures jusqu'au VIIe siècle de notre ère. L’Empire kouchan se forma au cours du premier siècle après J.-C. dans l’actuel Afghanistan. Il est de nos jours célèbre pour son art dit « gréco-bouddhique », mais sa chronologie est encore mal connue. Les Kouchans contrôlaient le Nord-Ouest de l’Inde et une partie de l’Asie centrale. Leur domination sur le bas Ladakh est attestée par l’inscription de Khalatsé, en écriture karoshti et attribuée au souverain Wima Kadphises (Ier ou IIe siècle après J.-C.). L’empire fut détruit par les Huns hephtalites au cours du Ve siècle.


Trois inscriptions localisées au Gilgit-Baltistan (Pakistan) témoignent de l’émergence d’un royaume darde. La première, en kharoshthi, mentionne un « roi des Dardes » (daradaraya) sans le nommer. Les deux autres, en écriture brahmi, dateraient du IVe ou du Ve siècle et pourraient concerner toutes deux un même « grand roi des Dardes » appelé Vaisravanasena. On ne sait quelles étaient les limites de son royaume. Ces trois inscriptions constituent un rare exemple de l’usage du terme darde en tant qu’autoethnonyme. 


 

Du VIIe au IXe siècle, la région du Ladakh actuel sera marquée par l’affrontement entre deux puissances qui se disputaient le contrôle des routes commerciales d’Asie centrale : le Grand Tibet et la Chine des empereurs Tang (618 - v. 907). La documentation historique mentionne deux entités politiques qui devaient se partager le territoire à la veille de l’expansion tibétaine : le Shangshung et le Bolor. Le Shangshung contrôlait un vaste territoire dans l’Ouest du haut-plateau tibétain et sa capitale se situait à Khyunglung Ngülkhar sur le cours de la Sutlej. Il apparaît dans les sources tibétaines anciennes et dans la documentation chinoise où il est appelé « Yangtong ». Il acquerra une dimension mythique dans la littérature religieuse tibétaine plus tardive. L’autre royaume, le Bolor, s’étendait au sud du Wakhan (i.e. la partie de l’Afghanistan s’étendant jusqu'à la frontière chinoise et séparant le Pakistan du Tadjikistan). Les sources chinoises distinguent le grand Bolor (Baltistan) du petit Bolor (Gilgit). Dans la littérature tibétaine, ce pays est appelé « Drusha », mais son orthographe « bru-sha » trahit la prononciation archaïque dans laquelle on reconnaît l’ethnonyme des Bourouchos. Ce peuple, dont la langue n’est apparentée à aucune autre, est actuellement confiné au nord du Pakistan (vallées de Hunza, Nagar, Yasin), mais devaient occuper anciennement un territoire beaucoup plus vaste. 



631 : Ambassade du Shangshung en Chine.


v. 634 : Le pèlerin chinois Xuanzang visite Kullu. Il évoque la dangereuse route qui traverse le Lahu et rejoint le Ladakh, qu’il connaît sous deux noms : « Sanbohe » et « Moloso ». Le second est peut-être à rapprocher du terme « Mar » que l’on retrouve associé au royaume de Shangshung dans une source tibétaine ancienne ainsi que dans l’expression « Maryül » (tib. : Pays de Mar) qui désigne le Ladakh en tibétain classique.


634 : Première domination tibétaine sur le Shangshung.


641 : Seconde ambassade du Shangshung en Chine.


644-645 : Le roi Likmirhya de Shangshung avait épousé la princesse Semarkar, sœur de l’empereur tibétain Songtsen Gampo (618-649). Mais celle-ci n’est pas traitée avec les égards dus à son rang et invite son frère à envahir le Shangshung.


677 : Le Shangshung se soulève contre l’occupation tibétaine, la révolte est réprimée.


696 : Le roi du Grand Bolor envoie une ambassade en Chine afin de rendre hommage à l’empereur.


717 : Le roi du Grand Bolor reçoit un brevet chinois.


719 : Nouvelle ambassade du roi de Grand Bolor en Chine.


722 : Le Petit Bolor est menacé par les Tibétains. Ceux-ci devaient donc avoir déjà soumis le Grand Bolor et le Ladakh. Le roi du Petit Bolor reçoit l’assistance de ses alliés chinois.


727 : Le moine pèlerin coréen Hyecho (704-787) traverse et décrit la région. Le Grand Bolor ainsi que le Shangshung sont sous domination tibétaine. Les populations du Grand et du Petit Bolor sont homogènes : elles pratiquent le bouddhisme, parlent une langue indo-iranienne, ont des coutumes et des habitudes alimentaires identiques.


avant 733 : Le roi kashmiri hindou Lalitâditya Muktapida (v. 725- v. 760), allié à la Chine, remporte des victoires sur les Dardes et les Tibétains.


737 : Les Tibétains annexent le Petit Bolor.


740 : Une princesse tibétaine est mariée au roi de « Brusha » (le Bolor réunifié sous la tutelle tibétaine ?).


747 : Chinois et Kashmiri défont les Tibétains puis installent une garnison au Petit Bolor. Ils réouvrent ainsi la route liant l’Asie centrale au Cachemire, mais seront délogés peu après, quand les Tibétains prendront le contrôle des « quatre garnisons » du bassin du Tarim.


749 : Le chef du Tokharestan (i.e. la Bactriane) tente de convaincre la cour chinoise des Tang d’envoyer une armée pour reprendre la route du Grand Bolor.


753 : Les Chinois attaquent la capitale du Grand Bolor.


v. 759-764 : Selon le moine chinois Wukong, alors installé au Gandhara, les Tibétains contrôlent la « route orientale ». Il s’agit probablement de celle qui passe par le col du Zojila (entre Kargil et Srinagar). Les Tibétains doivent par conséquent maîtriser les territoires du Purig et du Ladakh.


IXe siècle ? : Inscriptions de Trangsé, à l’ouest du lac Pangong (sur l’actuelle frontière entre la région du Ladakh et le Tibet). L’une d’elles, datée de 825-826 ou peut-être plutôt de 841-842, est très clairement chrétienne et aurait été rédigée par un ambassadeur sogdien se rendant à la cour de l’empereur tibétain. D'autres portent des croix nestoriennes, des noms bouddhistes, manichéens, musulmans...


836 : Dernière attestation du contrôle tibétain sur le Petit Bolor.


842 : Assassinat du dernier empereur tibétain Tri Üdumten (838-842), alias Lang Darma. L’empire se disloque. Deux généraux tibétains s’affrontent à l’est, dans la région du lac Kokonor. L’un d’eux passe pour être originaire du Shangshung. Il appartient à l’ancienne famille aristocratique de Dro qui jouera un rôle déterminant dans l’avènement de rois tibétains à l’Ouest du haut-plateau et au Ladakh. Le territoire de l’empire se fragmentera sous les successeurs de Lang Darma et l’extrémité occidentale du haut-plateau reprendra son indépendance. Des chefs locaux, dont certains sont peut-être dardes, émergent et s’imposent dans de petites principautés.


 

La Chronique royale du Ladakh (compilée à partir du XVIIe siècle) a longtemps constitué la principale source pour l’histoire du royaume. La périodisation en deux dynasties Lhachen (Xe-XVIe siècle) et Namgyel (XVIe-XIXe siècle) en est un héritage. Elle décrit un royaume relativement stable, gouverné par les rois Lhachen, d'origine tibétaine et se succédant de père en fils pendant plusieurs siècles. Cette vision de l’histoire est contredite par d’autres sources qui permettent de la nuancer et de la corriger (chroniques, hagiographies et inscriptions lapidaires tibétaines, documentations indienne et persane…). Il apparaît ainsi que la Chronique royale du Ladakh reste discrète sur la fragmentation du territoire ainsi que sur la hiérarchisation entre les chefs locaux.



v. 905-923 ? : Règne de Pelkortsen, petit-fils de l’empereur tibétain Langdarma. Une chronique du XIIIe siècle le présente comme un mauvais souverain. Ses sujets se révoltent et se rapprochent d’un autre roi issu d’une lignée concurrente. Les deux fils de Pelkortsen sont repoussés vers l’ouest : le cadet, Kyidé Nyimagön, se dirigera vers l’ancien royaume de Shangshung.


v. 900-925 ? : Selon la Chronique royale du Ngari (1497) le haut Ladakh est contrôlé par un roi local nommé Késar (déformation du titre latin caesar) et le bas Ladakh est divisé entre plusieurs petites principautés.


v. 923-950 ? : Règne de Kyidé Nyimagön. Il se réfugie à Purang, au sud du lac Manasarovar, et y épouse la fille du seigneur local, membre de l'ancien clan aristocratique Dro. Il gagne les populations locales à sa cause grâce au soutien des élites, et est placé sur le trône. Il envahit ensuite le royaume de Gugé au nord-ouest et passe pour avoir mené en personne une mission d’exploration au « Maryül » (l’ancien nom du Ladakh). Il y aurait fondé une forteresse à proximité du col de Rala et une seconde, peut-être sur la colline de Gya, entre la vallée du Ladakh et le plateau de Rupshu. Kyidé Nyimagön passe pour avoir soumis le Maryül vers la fin de son règne et aurait fait exécuter les opposants qui s’y étaient réfugiés.


v. 950 : Après la mort de Kyidé Nyimagön, le royaume est partagé entre ses trois fils. L’aîné Pelkyidé Rigpagön (alias Pelkyigön) hérite du Maryül et, peut-être, de la vallée de la Nubra au nord. Le puîné Tashigön règne à Purang. Le territoire assigné au benjamin Détsukgön varie selon les sources (Zanskar et Spiti ou Lahul, Kinnaur, Gugé…).


v. 950-975 ? : Règne de Tashigön à Purang. Il semble dominer ses deux frères et son royaume paraît absorber rapidement celui du plus jeune des trois rois.


958-1055 : Vie de Rinchen Zangpo, figure clé de la renaissance bouddhique au Tibet. Il est envoyé avec d’autres jeunes gens au Cachemire afin d’étudier le sanskrit et de traduire des textes religieux. Revenu au Tibet occidental en 978, il se consacre à ses traductions et à la rédaction de traités. Il est nommé abbé de Tholing et rencontre le maître indien Atisha en 1042. Déjà très âgé, Rinchen Zangpo ne peut accompagner le maître indien lorsqu'il retourne au Tibet central. Il passe pour être impliqué dans la fondation de nombreux temples dans l’Ouest tibétain : Nyarma, Alchi, Manggyu (Ladakh), Sumda (Zanskar), Tabo (Spiti)…


982-983 : Rédaction du Hudud Al-‘alam, ouvrage anonyme de géographie en langue persane. La région actuelle du Ladakh et du Baltistan y est nommée « Tibet bolorien », ce qui paraît indiquer que la zone est déjà largement tibétanisée à la fin du Xe siècle.


996 : Fondation du temple de Nyarma au Ladakh et du monastère de Tabo au Spiti.


1024 : Ödé (995 ? - 1037 ?), roi de Gugé, prend le contrôle de Maryül. Il installe sa capitale à Shey et la construction d’un monastère à Spituk lui est attribuée.


v. 1037 ? : Le roi Ödé est capturé au cours d’une campagne au Gilgit. Il parvient à s’échapper mais meurt empoisonné à Shigar, l’ancienne capitale du pays Balti.


v. 1060 : Utpala règne sur le Ladakh. Il est peut-être darde, son nom sanskrit tranchant parmi ceux des souverains d’origine tibétaine. Il étend sa domination sur le pays Balti, Kullu, Purang et le Mustang. Ses successeurs Nakluk, Gébhé et, peut-être, Jodor n’ont pas non plus des noms à consonance tibétaine. Le devenir de cette lignée est incertain : peut-être est-elle progressivement tibétanisée, ou renversée au profit d’un roi tibétain.


v. 1083 : En représailles d’une agression, le roi Tsédé de Gugé dirige une campagne militaire dans le haut Ladakh. Il attaque le royaume peut-être darde de Gya. Le roi local est encore appelé « Késar » et secondé par treize chefs. Tsédé est, quant à lui, assisté par cinq ministres : quatre d’entre eux portent des noms tibétains, le cinquième, le « seigneur de l’or » (sérdjé), Muru, est peut-être shangshung.


v. 1215 : Lhachen Ngödrupgön transmet le trône de Purang à son frère cadet Namdégön, puis part régner au Maryül. En 1215, il est l’un des patrons qui financent la fondation d’un monastère de l’ordre religieux drigung kagyü à proximité du mont Kailash.


v. 1225-1240 ? : Gyeltobdé, fils de Lhachen Ngödrupgön, règne sur le Maryül et Purang.


v. 1240 ? : Un chef local nommé Bhagdarkyap émerge dans le bas Ladakh. Il est peut-être darde. Bhagdarkyap chasse une dynastie étrangère (les Tibétains de Purang ?) puis se rend maître du Ladakh et de Purig. Il dispense Dardes et Balti de l’impôt. Ses quatre fils patronneront des fondations bouddhiques.


avant 1257/1258 - après 1266/1270 : Un chef local nommé Lhachen Dékyim ou Dzidigin, peut-être darde, règne sur le Maryül. Il reçoit la visite du lama Urgyenpa Rinchen Pel (1230-1309) vers 1257 ou 1258. Quelques sources tibétaines lui donnent pour successeurs « Demur » et/ou « Mogol », dont les noms trahissent une origine turque ou mongole, puis Laden et/ou Godékyim, ce dernier étant peut-être darde.


1320-1323 : Rainchain Bhoti (i.e. « Rinchen le Tibétain ») usurpe le trône du Cachemire. Il se converti à l’islam, peut-être plus par calcul politique que par réelle adhésion à cette religion, et meurt deux ans et demi plus tard. La Chronique royale du Ladakh inclut Gyelbu Rinchen (« le prince Rinchen ») parmi les souverains Lhachen, mais il s’agit peut-être d’une adjonction tardive visant à rehausser le prestige de la dynastie locale auprès des rois du Cachemire. 

 

La région paraît avoir été épargnée par les invasions mongoles et sa population serait restée presque exclusivement bouddhiste, au moins jusqu'au XIVe siècle. Elle demeure politiquement divisée au début du XVe siècle. Une chronique mentionne pas moins de cinq rois contemporains installés à Shey, à Leh, au Ladakh, dans la Nubra et au Zanskar. Certains sont connus par ailleurs : Tritsendé puis Tsendar à Shey, Drakbumdé à Leh et son frère cadet Drakpabum à Temisgam (bas Ladakh).


A cette époque, le royaume du Cachemire était gouverné par les rois musulmans de la dynastie Shah Mir (1339-1561). Sous couvert de guerre sainte, mais parfois simplement motivés par l’appât du gain, ils lancèrent de nombreuses expéditions contre les royaumes tibétains voisins.



1399 : Suite à des révoltes à Leh et à Shey causées par une taxation trop lourde, Tritsendé, roi de Maryül, est renversé et se réfugie à Rupshu. Namgyeldé (1372-1439), moine et roi de Gugé, reconquiert le territoire. Il rend le pouvoir à Tritsendé, dont le règne s’achève probablement peu après. Son fils Tsendar lui succédera sur le trône de Shey. Il affrontera les Turcs à deux reprises, peut-être vers 1420 et en 1444 et perdra probablement le pouvoir peu après. Sa lignée sera supplantée par celle des rois de Leh.


v. 1420 : Le sultan du Cachemire Zain ul-Abidin (1420-1470) attaque le Ladakh une première fois. Il pille Shey, alors capitale du royaume, ainsi qu’un lieu nommé Goggadesha (peut-être Gugé ou bien Gog, près de Ruthok). Zain ul-Abidin laisse le souvenir d’un souverain tolérant et aurait sauvé une statue bouddhique des déprédations menées par ses soldats.


1424 : Une princesse du Ladakh est donnée en épouse à Püntsokdé (1409-?), roi de Gugé.


avant 1444 : Un chef nommé Bhara prend le pouvoir dans le bas Ladakh. La Chronique royale du Ladakh le présente comme le fils du roi Drakpabum du bas Ladakh, mais son nom n’est pas tibétain et il a peut-être des origines turques.


1444 : Le Mustang (dans le Népal actuel) fait appel à des guerriers turcs pour combattre une confédération nomade ennemie installée à Rupshu. Les Turcs sont vaincus et leur chef est tué au cours de la bataille.


entre 1461 et 1474 : Lodrö Chokden, fils de Drakbumdé, devient roi de Maryül. Il envoie des présents à Géndün Drup (1391-1474), fondateur du monastère de Tashilhünpo au Tibet central et futur premier dalaï-lama, et patronne l’un de ses élèves. Lodrö Chokden passe pour avoir lancé des raids sur le Ngari. Il est renversé et emprisonné par Bhagan, fils de Bhara et roi du bas Ladakh.


1480 : Le sultan du Cachemire Hasan Shah (1472-1484) envoie deux généraux à l’assaut du Ladakh et du Baltistan. Ne parvenant pas à s’accorder sur la stratégie à adopter, ils empruntent des routes séparées. L’un prend le Baltistan et retourne victorieux à Srinagar, le second subit une défaite humiliante au Ladakh.


1514 : L’émir Mirza Abu Bakr Dughlat de Kashgar perd son territoire, conquis par le sultan Saïd Khan (r. 1514-1533). Il se réfugie au Ladakh.


1532 : La vallée de la Nubra est conquise par le sultan Saïd Khan et son général Mirza Haidar Dughlat (v. 1500-1551), aventurier, homme de lettre et proche du premier empereur moghol Babur (1438-1530). Le Ladakh est alors divisé entre deux rois. Le premier règne sur le bas Ladakh, il est éliminé après une révolte de la vallée de la Nubra. Le second domine le haut Ladakh, il paraît maintenir de bons contacts avec l’envahisseur.


1533 : Le sultan Saïd Khan repart du Ladakh. Il meurt sur la route de Yarkand ; ses fréquents abus d’alcools avaient affaibli sa santé. Resté au Ladakh, Mirza Haidar tente d’envahir le Tibet. Ses troupes, mal préparées pour une telle expédition, doivent affronter l’altitude et l’hiver rigoureux du haut plateau. L’expédition tourne au désastre et Mirza Haidar retourne au Ladakh.


1534-1536 : Mirza Haidar séjourne à Shey, mais il est en mauvais terme avec le successeur de Saïd Khan à Kashgar et se retrouve ainsi coupé de ses soutiens en Asie centrale. Il quitte alors le Ladakh et part vivre d’autres aventures au Badakhshan vers 1536.


1545 : Ayant réussi à prendre le contrôle du Cachemire, Mirza Haidar (r. 1540-1551) lance un raid sur le Ladakh.


1548 : Mirza Haidar envahit le Ladakh et le Baltistan. Il y installe le mollah Kasim au Baltistan et le mollah Hasan au Ladakh. Ces deux personnages disparaissent de la documentation peu après.


1553 : Les Kashmiri attaquent le Ladakh, peut-être en représailles d’une expédition menées par les Ladakhis.


1562 : Les Kashmiri lancent une nouvelle offensive sur le Ladakh. Le général Fath Chak est d’abord victorieux. Il pille la capitale du Ladakh et parvient à extorquer une promesse de tribut. Mais la razzia tourne à la catastrophe pour les assaillants suite à une imprudence du prince Ahmad Khan qui tente à son tour d’attaquer la capitale mais se retrouve cerné par ses adversaires. Le général kashmiri est tué en se portant au secours du jeune prince.


 

Le pays Balti (Baltistan, ou Balti yül dans la langue locale) s’étend autour du fleuve Indus dans un territoire contrôlé par la république du Pakistan. Il se situe au nord de la ligne de cessez-le-feu qui le sépare actuellement du Ladakh historique, dont il constitue en quelque sorte le prolongement géographique naturel. Le Baltistan correspond au territoire habité majoritairement par les « Baltis », population aux origines mixtes, musulmane et parlant une langue tibétaine. En 2006, la composition religieuse des Baltis du Pakistan était estimée à 65 % de chiites, 30 % de soufis nurbakshi et 5 % de sunnites. On trouve également des communautés balties au Ladakh, essentiellement dans la région de Kargil.



Des origines à l’islamisation


L’histoire ancienne du Baltistan est mal connue. Dans l’Antiquité, il devait être habité par des populations indo-aryennes peut-être apparentées aux Dardes qui occupent encore l’Ouest de la région, et fut certainement touché une première fois par la religion bouddhique au temps de l’empire kushan (Ier-IIe siècle de l’ère chrétienne). Vers la même époque, Claude Ptolémée mentionne les « Byaltae », dont le nom a parfois été rapproché de celui des actuels « Baltis », mais la présence d’une communauté tibétophone dans la région est très improbable avant le VIIe siècle de notre ère. Entre le VIIe et le IXe siècle, le pays devait être intégré au royaume de Bolor (Gilgit) et eut à subir les aléas des affrontements entre les puissances se disputant le contrôle des « routes de la soie » : Chine des Tang, Tibet, califat Abbasside, Cachemire… La chronologie des siècles qui suivirent est fort difficile à tracer. La langue tibétaine s’imposa probablement à cette époque, ou peut-être plus tôt, lors de l’expansion de l’empire tibétain. La population n’était pas encore islamisée et devait pratiquer le bouddhisme ou une tradition religieuse locale prébouddhique, parfois qualifiée de bön. Les plus importantes principautés semblent émerger au cours de cette période. Les titres portés par les rois locaux – et qui servent également de nom dynastique – trouvent leurs origines dans ce passé préislamique. Ainsi, le trône de Skardu est occupé par les Maqpon (tibétain : makpön, « chef de guerre » ou « général »), Shigar est dominé par les Amacha (sanskrit : amatya, « ministre ») et à Khaplu règnent les Yabgu (un ancien titre turc).


Les origines de ces dynasties sont très incertaines. Une légende rapporte qu’un certain Ibrahim Shah, prince persan ou égyptien, parfois un fakir kashmiri selon les versions, vint au Baltistan à la fin du XIIIe siècle. Il y épousa la fille du roi de Shigar qui n’avait pas d’héritier mâle et fonda la dynastie des Maqpon. Ce récit paraît surtout destiné à doter les rois de Skardu d’un ancêtre prestigieux et musulman. A partir du XIVe siècle, la région fut touchée par les prédications de maîtres soufis tels que Mir Sayyid Ali Hamadani (1314-1384), dont on dit qu’il défit un moine bouddhiste lors d’une joute oratoire à Khaplu.


Au XVe siècle, le Baltistan est victime d’incursions venues du Cachemire. Dès 1405, le roi Sikander Shah (1394-1416) envoya son ministre Rai Madari à la conquête du Baltistan. Il mena à bien sa mission mais se retourna contre son souverain qu’il affronta à proximité du col du Zojila. Sikander Shah remporta la victoire et se rendit ainsi maître du Baltistan. Au Cachemire, il laissa le souvenir d’un roi musulman particulièrement fanatique et l’on peut raisonnablement supposer qu’il tenta d’imposer sa foi aux Baltis par la force. Les offensives kashmiries se poursuivirent aux XVe et XVIe siècles, ce qui tend à démontrer que les principautés du Baltistan ne furent que temporairement soumises par Sikander Shah.


L’islam ne semble véritablement dominer qu’au cours du XVIe siècle, après le passage du maître soufi Mir Shamsuddin Iraqi (d. 1525). Il aurait été le mentor du roi Sher Shah (v. 1515-1540) qui régnait alors à Skardu.



XVIe-XIXe siècle : les principautés rivales 


Dans la seconde moitié du XVIe siècle, les Maqpon de Skardu menèrent une politique expansionniste au Baltistan. Ali Khan (1540-1565) étendit sa domination au sud, en direction de Dras (actuellement en Inde), et à l’est sur Shigar. Son successeur, Ghazi Mir (1565-1595), poursuivit l’expansion sur le cours de l’Indus : vers le nord-ouest jusqu'à Rondu et le sud-est jusqu'à Parkutta, où le prince Ali Sher Khan défit les Ladakhi. Ghazi Mir entra également en relation avec les Moghols après leur conquête du Cachemire en 1586. Son successeur Ali Sher Khan (v. 1595-v. 1630 ?), alias Ali Mir le Grand, fut le quinzième et le plus puissant des Maqpon de Skardu. Au nord, il prêta main-forte au roi de Gilgit lorsque celui-ci eut à subir une incursion de son rival de Chitral. Il remporta une victoire marquante sur le roi du Ladakh Jamyang Namgyel (1595-1616 ?) qu’il captura et maria à l’une de ses filles. Ali Sher Khan eut aussi l’honneur de donner l’une de ses filles en épouse à l’empereur moghol.


Son fils, Ahmad Khan, hérita du trône de Skardu vers 1630, mais décéda quelques années plus tard (v. 1636/1637) et ses deux frères se disputèrent la succession. L’un, Abdal Khan, prit le dessus et s’empara du trône de Skardu puis étendit sa domination sur Shigar. L’autre, Adam Khan, se réfugia au Cachemire et gagna à sa cause le gouverneur local, vassal de l’empereur moghol Shah Jahan (1627-1658). Grâce à ses puissants appuis, il reprit le trône de Skardu, et se plaça sous suzeraineté moghole. Il parvint néanmoins à conserver une certaine autonomie, mais demeura à Delhi, déléguant l’administration de son royaume à un gouverneur, puis à son beau-fils Morad Khan (r. v. 1660-1680).


Le XVIIe siècle fut aussi marqué par le rapprochement entre les dynasties régnantes de Khaplu et du Ladakh. Elles scellèrent leur alliance par une série de mariages sous le règne du Yabgu Sher Ghazi (r. 1605-1620) de Khaplu, puis de son fils et héritier Rahim khan (r. 1620-1650) qui avait lui-même épousé une princesse ladakhie. Hatim Khan (r. 1650-1715) succéda à ce dernier et fut le plus puissant des Yabgu de Khaplu. Il épousa Daulat Khatun, la sœur de Morad Khan, qui régnait alors à Skardu, et maintint de bons contacts avec le Ladakh.


De la fin du XVIIe au milieu du XIXe siècle, le Baltistan fut divisé par les rivalités entre les rois des différentes principautés, souvent apparentés par le jeu des alliances matrimoniales. Le souverain de Skardu Morad Khan et l'Amacha de Shigar Imam Quli Khan (r. 1634-1705) étaient tous deux vassaux des Moghols. Un temps alliés, ils lancèrent des offensives contre Gilgit au nord, et contre Khaplu et le Ladakh au sud-est. Mais leur entente était fragile : l’empire moghol entrait alors en décadence et n’était plus en mesure de contrôler ses lointains vassaux. En 1779, la principauté de Skardu fut affaiblie suite à une offensive afghane et le souverain Azam Khan de Shigar (1705-1784) en profita pour l’annexer. Il fit assassiner le sultan Morad II (1745-1780) qui y régnait et dont il avait épousé la sœur, Fakhrunnisa. Cette dernière se vengea en menant des intrigues à Shigar ; une révolte éclata, Azam Khan y trouva la mort, et le trône de Skardu revint à son souverain légitime, Mohammad Zafar Khan (1785-1787).


Les luttes intestines étaient endémiques. Vers 1815, trois frères se disputaient le pouvoir à Khaplu. L’un d’entre eux, Mahmud Shah, alias Lahdi Ali Khan, s’imposa avec le soutien du Ladakh, et ses frères furent exilés dans la vallée de la Nubra. Mais le souverain de Skardu Ahmed Shah (1800-1840) s’impliqua lui aussi dans la dispute. Il annexa Khaplu, avec la bénédiction de ses suzerains sikhs, alors maîtres du Cachemire, puis s’empara de Shigar et de Kéris, dominant ainsi l’ensemble du Baltistan vers 1825.


En 1834, le raja dogra de Jammu, un roi hindou vassal de l’empereur sikh Ranjit Singh (1780-1839), avait confié à son général Zorawar Zingh (1786-1841) la conquête du Ladakh et du Baltistan. Le Ladakh fut vaincu l’année suivante et le général dogra se tourna vers le Baltistan en 1838. La domination de Skardu n’y faisait pas l’unanimité. Un prétendant au trône avait trouvé refuge au Cachemire et comptait bénéficier de l’aide des Sikhs afin de faire valoir ses droits. En outre, plusieurs chefs locaux voyaient dans l’envahisseur un moyen de s’affranchir de la tutelle de Skardu. Les Dogras jouèrent donc sur ses divisions pour progresser au Baltistan. La défense du pays rallia un temps les Ladakhis refusant la suzeraineté dogra, mais ceux-ci furent bientôt enrôlés de force dans les armées du général Zorawar Singh. La conquête était achevée en 1841 et le Baltistan fut officiellement intégré au « wazarat du Ladakh » au cours de l’année suivante. Plusieurs révoltes générales éclatèrent encore au début de la décennie 1840, et la pacification de la région ne se fit qu’en maintenant une présence militaire tout en conservant en place des « rois » locaux reconnaissant la suzeraineté dogra. En 1846, à l’issue de la première guerre anglo-sikhe, la région fut vendue avec le Cachemire au raja de Jammu. Le Baltistan était pacifié, mais ses voisins septentrionaux (Gilgit, Chitral, Hunza) continuèrent encore longtemps à échapper à tout contrôle.



Le Baltistan contemporain 


En 1947, au moment de la partition des Indes, Hari Singh (1895-1961), le roi dogra du Jammu-et-Cachemire, était un souverain hindou régnant sur un royaume à majorité musulmane. Après un temps d’hésitation et suite à l’avancée de guerriers tribaux venus du Pakistan au Cachemire, il décida que son royaume devait rejoindre l’Union Indienne. Les peuples du Gilgit-Baltistan se soulevèrent et parvinrent à repousser les troupes régulières du roi, permettant ainsi aux troupes pakistanaises de prendre sans d’avantage de violences le contrôle du territoire.


La région, ainsi intégrée à la république du Pakistan, souffre encore de nos jours d’un statut mal défini. Dès 1949, les anciens territoires du royaume du Cachemire furent séparés en deux provinces. L’Azad-Kashmir, fragment du Cachemire historique sous contrôle pakistanais, bénéficie d’une certaine autonomie. Le Gilgit-Baltistan (anciennement « territoires du Nord ») n’a, quant à lui, pas été doté de gouvernement, au contraire des autres provinces du Pakistan. Il est contrôlé directement par Islamabad et connaît toujours une forte présence militaire du fait des tensions régulières avec l’Inde, le long de la ligne de cessez-le-feu. Cette situation, à laquelle il convient d’ajouter l’arrivée massive de migrants penjabis et pachtounes, ainsi que les politiques gouvernementales visant à promouvoir une identité nationale pakistanaise forgée autour d’une culture ourdoue et sunnite, contribuent à établir un contexte parfois ressenti comme une forme de néo-colonialisme par une partie de la population locale.


En réaction à cette situation, les élites éduquées balties tentent de faire entendre leurs voix, aspirant à davantage d’autonomie politique et réaffirmant une identité culturelle locale. Cette dernière passe de manière relativement inattendue par la recherche de liens avec la civilisation tibétaine, perçue comme parente de la culture baltie. Il est vrai que la langue locale appartient au groupe linguistique dit des « dialectes tibétains archaïques de l’Ouest » et que la région a préservé un certain nombre de traits culturels préislamiques la rapprochant du Tibet : l’épopée du roi Késar, l’usage du yungdrung (i.e. le svastika) comme signe porte-bonheur... A ce titre, les tentatives de réintroduction du système d’écriture tibétain, à la place de l’alphabet persan en usage depuis l’adoption de l’islam, apparaît comme une initiative significative de ces revendications culturelles.

 

A partir de la fin du XVIe siècle, une branche latérale de la dynastie Lhachen prend le pouvoir. Elle est appelée Namgyel car tous les rois portent ce nom. Le royaume connaîtra alors une phase d’expansion sans précédent. La période est également marquée par l’expansion de l’empire moghol qui se rend maître du Cachemire en 1586.



v. 1555-1575 : Règne de Tashi Namgyel. Il prend le pouvoir après avoir fait aveugler son frère aîné Lhawang Namgyel qu’il garde prisonnier à la frontière du Zanskar. Mais Tashi Namgyel n’a pas d’héritier, et il autorise son frère à se marier afin de perpétuer la lignée. Le roi repousse des agressions venues du Cachemire en 1562, d’Asie centrale et, peut-être, de Chamba. Il agrandit son territoire, s’emparant des vallées de Zanskar, Nubra, Suru, Spiti ainsi que de Ruthok et, temporairement, de Gugé. Il rénove le monastère Alchi et fait de généreuses donations aux institutions religieuses du Tibet central.


v. 1575-1595 : Règne de Tséwang Namgyel, fils de Lhawang Namgyel l’Aveugle. Il combat le Mustang, vassalise Gugé et Purang, conquiert Kullu et Jumla (actuellement au Népal) puis impose un tribut à Ruthok. Il soumet le Baltistan, peut-être jusqu'aux vallées de Gilgit et Chitral. Il songe à attaquer Yarkand, mais doit renoncer à son projet : les habitants de la Nubra s’y opposent, redoutant l’impact d’une telle campagne sur la route commerciale qui traversait leur vallée. A Basgo, Tséwang Namgyel fait agrandir le palais royal et commande la construction du temple dédié au bodhisattva Maitreya. A sa mort, le pouvoir royal passe à ses frères, mais semble s’affaiblir.


v. 1595 ? : Court règne de Namgyel Gönpo, deuxième fils de Lhawang Namgyel l’Aveugle.


v. 1595-1616 ? : Règne de Jamyang Namgyel, troisième fils de Lhawang Namgyel l’Aveugle. Il doit faire face à une révolte de ses vassaux et s’implique dans une dispute opposant les sultans de Kartsé et de Chigtan, dans le Purig. Jamyang Namgyel dirige une troupe au secours du second, mais tombe dans une embuscade tendue par Ali Mir (r. après 1590 - d. avant 1625), le plus fameux roi de la dynastie Maqpon de Skardu au Baltistan. Jamyang Namgyel est capturé, le Ladakh est envahi et les soldats d’Ali Mir se livrent à des déprédations sur le patrimoine bouddhique. Jamyang Namyel est plus tard relâché et marié à la fille d’Ali Khan, Gyel Khatün. Princesse musulmane, elle sera pourtant considérée par les Ladakhi comme l’incarnation d’une divinité bouddhique : la Tara blanche. Les deux fils que Jamyang Namgyel avait eus d’une première union sont écartés de la succession et un « ministre » nommé Husain Mir lui est imposé. Après cette défaite cuisante, Jamyang Namgyel paraît délaisser la vie politique pour se consacrer à des activités religieuses : il fait des donations à plusieurs fondations religieuses du Tibet central affiliées à diverses écoles.


v. 1600-1601 : Le père jésuite et explorateur portugais Bento de Goes rencontre un prince tibétain détenu à Yarkand nommé « Gombuna Miguel ». Il s’agit probablement de Gönpo Namgyel, fils d’un chef local mentionné sur l’inscription de Hundar dans la vallée de la Nubra.


1602 : Le marchand portugais Diogo D’Almeida visite le Ladakh, il décrit un pays riche.


1613-1616 : Pèlerinage du maître bouddhiste Taktsang Repa (1574-1651) à destination du royaume d’Oddiyana (dans la vallée de Swat, actuellement au Pakistan). Ce personnage avait eu une jeunesse quelque peu tumultueuse, exerçant un temps le métier des armes, et devint en 1598 l’élève de Lhatséwa Ngawang Zangpo (1546-1615), prestigieux maître de l’ordre drukpa kagyü. Taktsang Repa effectua de nombreux pèlerinages, notamment dans la région du Kailash en 1598 et au mont Emei (Chine). En 1613, son maître l’envoie vers l’Oddiyana, la région d’origine du célèbre tantriste Padmasambhava (v. VIIIe siècle), qui se situait dans la vallée du Swat (actuellement au Pakistan). Taktsang Repa et ses trois compagnons prennent alors la route du Tibet occidental. Arrivés au mont Kailash, ils descendent du haut plateau par les vallées du Kinnaur et de la Sutlej, traversent les régions de Shimla et de Jalandhar et arrivent à Srinagar. Les compagnons de Takstang Repa tombent malades et la petite troupe rejoint le Zanskar où deux d’entre eux décèdent. Taktsang Repa réside une année au Lahul puis retourne à Srinagar en 1615 avec son troisième compagnon. Mais ce dernier, découragé par les difficultés du voyage, l’abandonne après la traversée de la Jhelum. Takstang Repa est ensuite capturé par des brigands puis vendu comme esclave. Il parvient néanmoins à se tirer de ce mauvais pas et, avec l’aide de yogis « étrangers », il arrive enfin à destination, où une population bouddhiste et hindouiste s’était maintenue malgré l’avancée de l’islam. Mais, à cette époque, la vallée de Swat n’est déjà plus que l’ombre de l’antique et glorieux royaume d’Oddiyana. Taktsang Repa ne s’y attarde pas et retourne au Zanskar via le Cachemire. Il arrive au Ladakh vers 1616, résidant d’abord à Gya où le chef local soutien l’ordre drukpa kagyü. Il est ensuite reçu par les deux reines de Jamyang Namgyel (probablement déjà décédé) : sa première épouse Tséring à Shey, et Gyel Khatün à Basgo. Taktsang Repa résidera environ trois années à Basgo et à Hémis avant de repartir au Tibet central vers 1620.


v. 1616-1623 ? : Décès du roi Jamyang Namgyel, régence de la reine Gyel Khatün et premier règne de Sénggé Namgyel (r. v. 1616-1642). Ce dernier est dans un premier temps intronisé, mais la succession est contestée par son frère, le prince Norbu Namgyel.


1618 : Pèlerinage au mont Kailash du maître tibétain Lobsang Chökyi Gyeltsen (1570-1662). Il était le mentor du cinquième dalaï-lama qui lui avait conféré le titre de panchen-lama (« maître spirituel grand pandit »), initiant ainsi une des plus prestigieuses lignées d’incarnation du bouddhisme tibétain. Lobsang Chökyi Gyeltsen paraît jouir d’une grande influence religieuse au Zanskar, il était le maître d’un prince local. Au cours de son pèlerinage dans l’Ouest tibétain, il décline une invitation du roi du Ladakh.


1622 : Taktsang Repa, revenu au Ladakh, réside à Basgo. Il y fait édifier une statue monumentale du bodhisattva Maitreya.


v. 1623-1624 : Règne de Norbu Namgyel. Durant cette période de retrait de la vie politique, Sénggé Namgyel réside à Basgo et se consacre à la religion. Norbu Namgyel décède prématurément et son frère Senggé Namgyel monte à nouveau sur le trône. Il sera le plus puissant souverain du Ladakh, on lui doit notamment le palais royal qui domine encore Leh.


v. 1625 : Sénggé Namgyel lance un assaut contre le sultan de Chigtan, à Purig. Son offensive échoue : le chef de la troupe et quatre-vingt soldats sont capturés. Ils sont échangés contre le neveu et la nièce du sultan qui étaient détenus au Ladakh.


1626 : Les jésuites Antonio de Andrade et Manuel Marques ouvrent une mission à Tsaparang, capitale du royaume Gugé (Tibet occidental). Ils avaient été favorablement reçus par le roi local qui espérait probablement les instrumentaliser afin de contrebalancer l’influence de son frère et rival, l’abbé du monastère de Tholing.


1630 : Alliance entre le Ladakh et l’Etat bhoutanais nouvellement créé.


1630 : Une révolte éclate à Gugé suite à la décision du roi de financer les fondations chrétiennes avec des revenus destinés aux institutions bouddhiques. Les insurgés font appel à Sénggé Namgyel afin de les assister dans leur lutte.


v. 1630-1632 : Tsaparang est attaqué par des révoltés du royaume de Gugé alliés aux armées du Ladakh. Le roi de Gugé et sa famille sont capturés et détenus à Leh où ils seront traités honorablement. Le royaume de Ruthok, vassal de Gugé, est lui aussi annexé peu après. Les territoires nouvellement conquis sont confiés au prince Indrabhodi Namgyel, fils de Senggé Namgyel. Privée du soutien royal, la mission jésuite de Tsaparang sera abandonnée vers 1635.


1631 : Les pères Francisco Azevedo et Oliveira arrivent à Leh. Reçus par le couple royal, ils négocient la libération d’Antonio de Andrade et de Manuel Marques et obtiennent l’autorisation de prêcher l’évangile au Ladakh.


1632 : Le royaume du Ladakh envoie une ambassade au gouvernement du Tibet central.


1636-1637 : Au Baltistan, le roi de Skardu se place sous la suzeraineté du puissant empereur moghol Shah Jahan (1627-1658), le Ladakh se retrouvera ainsi privé de toute possibilité d’expansion vers l’ouest et le nord.


1638 : Le monastère de Hémis est consacré.


1638 : Les Mongols attaquent Gugé, mais Sénggé Namgyel parvient à les repousser. Il gagne ainsi la suzeraineté sur plusieurs nobles de l’Ouest du Tibet central puis se rend maître du Mustang. Le Ladakh reçoit une ambassade du roi de Tsang (Tibet central).


1639 : Adam Khan attaque Purig, il capture Sénggé Namgyel qui s’engage à verser rançon en échange de sa libération. Cette promesse ne sera pas tenue. En représailles, Sénggé Namgyel interdira aux marchands kashmiris de traverser le Ladakh. Cette mesure aura un effet désastreux sur l’économie locale, les commerçants emprunteront quant à eux une autre route pour rejoindre l’Asie centrale.


v. 1640 : Senggé Namgyel conquiert le Zanskar et peut-être le haut-Lahul.


1640 : Le jésuite Manuel Marques tente à nouveau d’ouvrir une mission à Tsaparang. En butte à l’hostilité du clergé drukpa kagyü, il est emprisonné et meurt probablement en détention.


1640-1641 : Le chef mongol Gushri Khan conquiert le Tsang (Tibet central). Sénggé Namgyel rassemble ses troupes à Gugé afin de contrer son avancée, mais les Mongols ne poursuivent finalement pas leur offensive vers l’ouest.


27 novembre 1642 : Décès de Sénggé Namgyel. La reine Kelsang Drölma (d. 1650) paraît exercer la régence.


mars 1644 : Sur un site sélectionné par la reine Kelsang Drölma, Taktsang Repa pose les fondations du temple de Chimré. Sa construction est considérée comme un acte méritoire posthume attribué au roi Sénggé Namgyel. Le temple sera achevé en 1645-1646.


1647 : Un raid des Turcs de Kashgar est repoussé, peut-être grâce à des négociations menées par Taktsang Repa.


15 février 1647 : Une assemblée des notables intronise les trois fils de Sénggé Namgyel. L’aîné Déden Namgyel (1642-1694) est investi de la primauté et règne sur le Ladakh, le lama Indrabodhi Namgyel gouverne à Gugé et Démchok Namgyel (d. après 1666) hérite du Zanskar et du Spiti. La reine-mère garde Matho, Yigu et Purang en apanage. Les relations entre Déden Namgyel et le clergé bouddhique seront orageuses : l’islam continue sa progression et le souverain s’illustre par une conduite scandaleuse. Il fait notamment assassiner un ministre dont il convoite l’épouse. Celle-ci, repoussant les avances du roi, deviendra nonne. Afin d’apaiser la colère du clergé, Déden Namgyel devra s’acquitter de nombreuses donations aux monastères et, vers 1675, il élèvera au poste de conseiller Shakya Gyamtso, le fils du ministre dont il avait ordonné l’exécution.


1650 : Décès de la reine-mère Kelsang Drölma sur la route d’un pèlerinage qui devait la mener au mont Kailash.


29 janvier 1651 : Taktsang Repa décède à Hémis, après avoir visité Indrabodhi Namgyel à Gugé. Ses funérailles sont célébrées en grande pompe.


1663 : L’empereur moghol Aurangzeb (n. 1618, r. 1658-1707) visite le Cachemire. Se sentant menacé, Déden Namgyel délègue une ambassade. Il renouvelle la reconnaissance de suzeraineté et promet de verser tribut, de frapper des monnaies au nom du souverain moghol, de construire une mosquée…


v. 1665 : Les engagements de 1663 n’ayant pas été tenus, Aurangzeb envoie une ambassade au Ladakh. Son émissaire est bien traité, le tribut est enfin versé et la promesse de diffuser l’islam est réitérée. Le Ladakh est dès lors considéré comme vassal de l’empire moghol et la route commerciale passant par la Nubra semble être réouverte à cette occasion.


1666-1667 : Inauguration d’une mosquée à Leh.


1673-1674 : Shakya Gyamtso annexe Purig puis attaque le Baltistan. Le roi de Skardu appelle à l’aide le gouverneur du Cachemire qui envoie une petite troupe au Purig. Elle est repoussée par les Ladakhis.


v. 1675 : Shakya Gyamtso est nommé Premier ministre.


v. 1675-1678 : Déden Namgyel confie la direction des affaires du royaume à son fils, le prince héritier Délek Namgyel (1650-1691).


1677 : Le roi du Ladakh offre son soutien au gouvernement du Bhoutan dans le conflit qui l’oppose au Tibet.


1679-1680 : Le cinquième dalaï-lama lance une offensive contre l’Ouest du haut plateau. Ses troupes tibéto-mongoles conquièrent d’abord Purang et Gugé. Les armées du Ladakh subissent deux défaites : dans la région de Tashigang (près de la frontière actuelle du Ladakh et du Tibet), puis à Ruthok. Indrabodhi Namgyel se réfugie au Zanskar. Les armées tibéto-mongoles prennent Leh. Les Ladakhis se replient à Basgo où ils devront subir un siège durant trois années.


automne 1682 : Des moines du monastère de Karsha guident les troupes mongoles au Zanskar. Indrabodhi tente d’organiser la défense de la vallée en rassemblant des guerriers de Kullu, mais il s’avère incapable de les contrôler, et ceux-ci se livrent à des pillages. Ils seront finalement chassés hors du territoire par le roi du Zanskar et les moines de Karsha. Les déprédations des Mongols semblent très limitées : ils lancent un assaut sur le monastère de Phukthal sans parvenir à le prendre.


1683 : Replié à Basgo, Déden Namgyel appelle à l’aide Fidai Khan, le gouverneur moghol du Cachemire. Une armée composée de Kashmiris, de Baltis et de Ladakhis repousse les troupes tibéto-mongoles jusqu'à Tashigang. En échange de son aide, Fidai Khan exige un lourd tribut : le monopole sur le commerce de la laine et le droit de transiter par le Ladakh. Déden Namgyel doit se convertir à l’islam et le prince Jigdrel Namgyel est envoyé en otage au Cachemire afin d’être élevé dans la religion musulmane. Le Purig et le Baltistan recouvrent leur indépendance.


1683-1684 : La conversion de Déden Namgyel à l’islam n’était peut-être pas sincère, mais elle préoccupait le gouvernement de Lhassa qui délégua un ambassadeur au Ladakh : Mipham Wangpo (1641-1717), sixième hiérarque de l’ordre drukpa kagyü au Tibet. A Tingmogang, il rencontre le roi Déden Namgyel ainsi que le prince héritier Délék Namgyel et les enjoint à apostasier l’islam. Ils reviennent au bouddhisme, mais continueront à afficher un islam de façade devant leur suzerain kashmiri. Le Ladakh est affaibli et un traité est imposé par les Tibétains : il concerne les affaires commerciales et religieuses. Un tribut devra également être versé sous forme de présents offerts aux fondations religieuses et la frontière est fixée. Le Ladakh devra encore assurer la protection du Tibet en cas d’attaque venant d’Inde. Le roi de Bashahr (dans l’actuel Arunachal Pradesh) reçoit le Kinnaur en récompense du soutien qu’il avait apporté aux Tibétains.


 

La défaite subie face aux troupes tibéto-mongoles est généralement imputée à la mauvaise santé économique du royaume. En effet, le changement des routes commerciales à la fin du règne de Sénggé Namgyel et les grandioses constructions religieuses de Taktsang Repa devaient avoir lourdement affecté le budget de l’Etat. Suite aux traités de 1683-1684, le royaume du Ladakh se trouve de fait sous une double suzeraineté kashmirie et tibétaine. Le vaste territoire conquis par Sénggé Namgyel est irrémédiablement perdu au profit de ses voisins et, à la fin du XVIIe siècle, il est réduit aux vallées du Ladakh et du Spiti ainsi qu’à une enclave dans la région du lac Manasarovar.


Au milieu du XVIIIe siècle, deux nouvelles puissances auront une influence sur la région. La dynastie mandchoue de Qing qui détenait le trône de l’empire de Chine depuis 1644, s’installera au Tibet vers 1751 et imposera sa domination sur le bassin du Tarim en 1759. Au Cachemire, les Moghols seront supplantés en 1753 par la dynastie afghane de Durrani qui, pratiquant un islam sunnite rigoureux, opprimera durement les communautés chiites et hindouistes jusqu'à la conquête sikh en 1819.



1691 : Décès du prince héritier Délék Namgyel. Son fils, Nyima Namgyel (r. 1694-1729, d. 1738), qui ne porte pas encore le titre de roi, commence à exercer le pouvoir. Il réorganisera le système judiciaire et aura pour épouse une aristocrate tibétaine qui mourra peu après avoir mis au monde le prince héritier Dékyong Namgyel (r. 1729-1739). Nyima Namgyel épousera ensuite Zizi Khatun, la fille d’Hatim Khan, chef de Khaplu au Baltistan. Elle aura un fils nommé Tashi Namgyel, ainsi qu’une fille du nom de Tashi Wangmo et élèvera le prince héritier Dékyong Namgyel après le décès de sa mère.


1691 : Le régent de Lhassa place l’un de ses fidèles à la tête du monastère de Thiksé, le prince Ngawang Püntsok Namgyel, fils de Déden Namgyel. Après le traité de paix de 1684, il a été envoyé à Lhassa où il était devenu moine sous le nom de Losang Ngawang Püntsok. En 1694, il sera nommé représentant du monastère gélukpa de Drepung et recevra ainsi la gestion de plusieurs monastères importants : Likyir, Diskit, Spituk, Thiksé...


1694 : Décès du roi Déden Namgyel. Nyima Namgyel devient roi. Il cédera à un frère cadet le « royaume » de Henasku, non loin de Lamayuru.


1695 : Le roi Nyima Namgyel envoie une ambassade à Lhassa.


1702 : Un ministre de Nyima Namgyel devient moine et entre au monastère de Sangngak Chöling (Tibet méridional), siège du hiérarque de l’ordre drukpa kagyü au Tibet.


1710 : Nyima Namgyel envoie une ambassade à Mipham Wangpo, hiérarque de l’école drukpa kagyü au Tibet.


1715 : Les missionnaires jésuites Ippolito Desideri et Emanuel Freyre traversent le Ladakh. Ils sont bien reçus par le roi Nyima Namgyel, mais poursuivront leur route en direction de Lhassa.


1719 : Au Baltistan, le chef de Skardu, menacé par le roi Azam Khan de Shigar, appelle à l’aide le roi Nyima Namgyel. Celui-ci envoie une armée à Hanu, ce qui suffit à dissuader temporairement l’ennemi.


v. 1722 : Au nord, le roi balti Azam Khan de Shigar, continue à mener une politique expansionniste. Il envahit Skardu, Rongdo, Gilgit... Hatim Khan, chef de Khaplu et père de la reine Zizi Khatun, appelle à l’aide son beau-fils Nyima Namgyel. Ce dernier envoie son ministre Tsültrim Dorjé (d. 1749/1750), qui dirige une armée, par la vallée de la Nubra et prend une forteresse à proximité de Keris. Malgré la réticence des chefs locaux à s’allier avec un « infidèle », Tsültrim Dorjé défait son adversaire et ramène au Ladakh d’antiques reliques bouddhiques découvertes à Shigar. La domination ladakhie sur la région ne durera que peu de temps.


1723 : Le ministre Tsültrim Dorjé accompagne au Mustang une princesse destinée à épouser le chef local. Mais ce dernier a été capturé par le roi de Jumla à la suite d’une dispute. Le ministre ladakhi obtient l’aide du gouvernement de Lhassa, défait le roi de Jumla et rétablit le chef du Mustang.


1723-1724 : Le roi Nyima Namgyel envoie une ambassade à Beijing via Lhassa.


1729 : Nyima Namgyel abdique en faveur de son fils Dékyong Namgyel (r.1729-1739) avec qui il partageait le pouvoir depuis 1725.


1734 : A la demande de Zizi Khatun, Dékyong Namgyel nomme son demi-frère Tashi Namgyel (r. 1734-1758) roi de Purig. Il installe sa capitale à Mulbekh et étend sa domination sur le Spiti.


après 1734 : Nyima Namgyel et Zizi Khatün marient la princesse Tashi Namgyel au roi de Kishtwar malgré l’opposition de Dékyong Namgyel et de ses ministres. Elevée en milieu bouddhiste et tibétain, la jeune princesse ladakhie s’accommode mal à la vie de réclusion imposée par son époux, musulman strict, et Zizi Khatun la fait revenir au Ladakh. Mais le roi de Kishtwar, bien décidé à récupérer son épouse, dirige une troupe sur le Ladakh. Zizi Khatün fait assassiner le roi de Kishtwar par un serviteur qu’elle avait soudoyé. Le meurtre est travesti en accident mais la vérité ne tarde pas à éclater et la reine-mère de Kishtwar demande l’aide des suzerains moghols. L’intervention sera évitée grâce à de généreux pots-de-vin versés à la cour moghole ; la reine-mère de Kishtwar se tournera vers des brahmanes pour lancer des malédictions sur la dynastie ladakhie… La princesse Tashi Wangmo, qui devait initialement rejoindre une tante au Mustang, sera finalement remariée au chef musulman de Khaplu. Ces événements provoquent une brouille durable entre le roi Dékyong Namgyel et son père Nyima Namgyel qui s’installe à Mulbekh, dans le royaume de Purig.


1738 : Décès de Nyima Namgyel.


1739 : Décès de Dékyong Namgyel. Son fils, Püntsok Namgyel (r. 1739-d. après 1756), lui succède.


1749-1750 : Décès du ministre Tsültrim Dorjé. Il était devenu le plus grand propriétaire du Ladakh, mais Püntsok Namgyel et sa mère, jaloux, l’avaient dépouillé de ses terres et, peut-être, condamné à mort. Le vieux ministre, accompagné de sa famille, trouva d’abord refuge au monastère d'Hémis, puis rejoignit Mulbekh où sa fille épousa le roi Tashi Namgyel. Après le décès du vieux ministre, son fils mènera des intrigues afin d’envenimer les relations entre le Purig et le Ladakh.


1752-1753 : Le gouvernement du dalaï-lama délègue le lama nyingmapa Katok Rigdzin Tséwang Norbu (1698-1755) afin de servir de médiateur entre les rois de Ladakh et de Purig. Au terme des négociations, il est décidé que les deux royaumes devront être réunis sous l’autorité de l’aîné des héritiers, que les cadets deviendront moines, que les royaumes de Zanskar et de Henasku seront préservés.


1753 : Décès du roi de Zanskar, Druk Tenzin Namgyel, il régnait depuis au moins dix-huit ans. Tensung Namgyel lui succède.


1753 : Püntsok Namgyel, dont la santé mentale paraît avoir été fragile, abdique en faveur de son fils Tséwang Namgyel (r. 1753-1782), deuxième du nom. Il est encore mineur et la régence est peut-être confiée à l’un de ses oncles qui avait été reconnu comme étant un lama incarné.


1753 : La dynastie afghane de Durrani prend le contrôle du Cachemire.


1754 : Le roi Tashi Namgyel de Purig envoie une ambassade au dalaï-lama et au panchen-lama.


1758-1759 : Décès du roi Tashi Namgyel de Purig. Son fils unique étant mort avant lui, le royaume est rattaché au Ladakh sans querelle de succession.


1758-1759 : Les armées de Qing envahissent le bassin du Tarim. En 1759, elles occupent Kashgar et Yarkand.


1759 : Les seigneurs de Skardu et de Keris envahissent Shigar et menacent Khaplu, alors vassal du Ladakh. Les Ladakhis affrontent et défont les seigneurs de Skardu et Keris et la paix est rétablie pour quelques années.


avant 1768 : Tséwang Namgyel s’avéra être un souverain peu efficace et tyrannique. Il écrasait son peuple sous les taxes afin d’assouvir sa passion pour les chevaux (il en posséda jusqu'à cinq cents). Sa première épouse, Künzom Wangmo, le quitta pour retourner vivre au Zanskar où elle se maria au roi local. Malgré l’opposition des notables, Tséwang Namgyel épousa une musulmane de basse extraction surnommée « la Bibi », prenant le frère de celle-ci comme Premier ministre. Les taxes augmentèrent encore pour financer les caprices de la nouvelle épouse jusqu'à ce qu’éclatât une révolte de l’aristocratie et du peuple. Le roi ne fut pas menacé physiquement mais une tradition rapporte que la Bibi fut lynchée et clouée sur la porte du bazar de Leh. Tséwang Namgyel prit à nouveau une épouse musulmane et désigna comme ministre Wanggyel, beau-frère et conseiller de l’ancien roi de Purig, et qui s’était illustré en 1764-1765 comme chef de forteresse dans la région de Dras. Ce choix fut malheureux : Wanggyel s’avéra être un ministre arrogant et cupide, écrasant à nouveau le peuple sous les taxes.


1773 : Nouvelle assemblée des notables. Tséwang Namgyel est poussé à l’abdication et le ministre Wanggyel doit s’exiler. Tous deux reviennent au pouvoir après quatre ou cinq mois.


1781-1782 : Le lieutenant russe Efremov traverse le Ladakh. Capturé par les Kirghizes, il parvient à s’évader et gagne Leh via Kokand et Yarkand. Il poursuit ensuite sa route vers le Cachemire et Calcutta d’où il parviendra à retourner en Russie par voie de mer.


1782 : Le roi Tséwang Namgyel s’éloigne du bouddhisme et, s’intéressant, semble-t-il, à l'islam chiite, adopte le titre « Âqibat Mahmud Khan ». Une nouvelle révolte éclate en 1782. Tséwang Namgyel doit abdiquer et son fils Tséten Namgyel (r. 1794-1802) lui succède. Il n’a peut-être alors que trois ans et sera éduqué par l’aristocratie. Tséwang Namgyel se réfugie d’abord à Hémis, puis à Matho, où il décédera entouré de ses chevaux.


1785 : Une offensive des Baltis de Skardu est repoussée. Un raid venu de Kullu touche plus tard les monastères du Zanskar.


1794 : Tséten Namgyel est intronisé. Il allégera la pression fiscale et sera un roi populaire. Il passe aussi pour être un grand joueur de polo.


1801 : Kunzig Chönang (1768-1822), huitième hiérarque de l’ordre drukpa kagyü, est invité à la cour du Ladakh. A son arrivée, il trouve un pays ravagé par une épidémie.


1802 : Décès du jeune roi Tséten Namgyel touché par l’épidémie. Kunzig Chönang dirige ses funérailles. Tsépel Döndrup Namgyel (r. 1802-1840), frère du roi défunt, renonce à la vie monastique et est intronisé, mais laissera le pouvoir aux mains de son beau-frère Tséwang Döndrup qui exercera les fonctions de ministre, trésorier et chef des armées. Ce dernier repoussera plusieurs offensives balties.


 

Au début du XIXe siècle, l’histoire du Nord-Ouest de l’Inde est marquée par l’expansion de l’empire sikh. Son fondateur, Ranjit Singh (1780-1839) était devenu le maharaja du Penjab après avoir repoussé à plusieurs reprises les incursions afghanes dans la région de Lahore. En 1808, il avait étendu son domaine en direction du nord et avait vassalisé le royaume de Jammu. L’empire sikh se retrouvait ainsi frontalier du Cachemire. Il passa l’année suivante un accord avec les Britanniques qui lui laissaient les mains libres au nord de la Sutlej. Ranjit Singh annexa pleinement le Jammu en 1816, puis conquit le Cachemire trois années plus tard, mettant ainsi un terme définitif à la domination afghane.



1809 : Traité d’Amritsar entre l’East India Company et le maharaja Ranjit Singh. Ce dernier abandonne toute velléité d’expansion vers le sud, en échange de quoi les Britanniques n’interviendront pas au nord de la Sutlej.


1819-1820 : Après la conquête du Cachemire, Ranjit Singh exige du Ladakh le versement du tribut dû aux Afghans. Le roi Tsépel Döndrup Namgyel essaye dans un premier temps de s’en affranchir en tentant de se placer sous la protection des Britanniques, mais ceux-ci sont liés par le traité de 1809 et refusent son offre. Le tribut sera finalement payé en 1820, puis, à peu près tous les ans jusqu’en 1834.


1820-1822 : Séjour de William Moorcroft et George Trebeck au Ladakh. Missionnés par l’East India Company pour rechercher des chevaux en Asie centrale, ils demeurent deux années à Leh en attendant l’autorisation de rejoindre Yarkand.


1822 : Aux mois de juin et juillet, l’orientaliste hongrois Alexander Csoma de Köros séjourne une première fois à Leh. A Dras, sur la route qui devait le mener à Srinagar, il rencontre William Moorcroft qui le convainc de la nécessité de mener des études sur la langue tibétaine. Alexander Csoma de Köros retourne donc à Leh en sa compagnie et prolonge son séjour pour commencer son apprentissage du tibétain. Il passe l’hiver au Cachemire.


v. 1822-1825 : Les vallées du Spiti et du Zanskar subissent plusieurs raids de pillards venus de petits royaumes situés dans l’actuel Himachal Pradesh.


1823-1824 : Alexander Csoma de Körös revient à Leh en juin 1823 puis réside au Zanskar afin de poursuivre ses recherches. En octobre 1824, il décide de passer l’hiver dans la vallée de Kullu, mais est retenu à la frontière par les Britanniques qui le soupçonnent d’être un espion.


1825-1826 : Alexander Csoma de Körös est lavé de tout soupçon et relâché par les Britanniques qui, jugeant ses travaux utiles, lui donnent une aide financière afin de continuer ses études. Alexander Csoma de Körös réside ensuite au monastère de Phuktal.


1826 : Le prince Jehangir Khodja de Kashgar est capturé par les armées chinoises de Qing. Mille de ses fidèles se réfugient au Ladakh. La Chine exige le retour des fuyards ; certains seront déportés à Lhassa où ils seront exécutés.


1827 : Alexander Csoma de Körös quitte le Zanskar pour la région de Shimla où il exploitera les manuscrits qu’il avait amassés durant son séjour au Ladakh et au Zanskar. Il est considéré comme le fondateur des études tibétaines.


1834 : Le raja dogra Gulab Singh (1792-1857) de Jammu, le plus puissant vassal du maharaja sikh Ranjit Singh, confie à son général Zorawar Singh la conquête du Zanskar.


1834-1835 : L’armée dogra menée par Zorawar Singh pénètre jusqu'à Basgo. Les Ladakhis sont vaincus et le roi Tsépel Döndrup Namgyel prend l’initiative des négociations. Un traité est signé à Leh : le roi conserve son trône, mais doit reconnaître la suzeraineté du raja de Jammu et s’engage à verser un tribut de 20 000 roupies.


1837 : Zorawar Singh combat au Zanskar, puis fait face à une insurrection à Leh. Le prince ladakhi Chogtrül s’exile à Bashahr, sous protection britannique, et y décédera deux années plus tard.


1839 : Tsépel Döndrup Namgyel est, un temps, destitué par Zorawar Singh, mais est plus tard replacé sur le trône. Contraint de prendre part à une campagne militaire contre le Baltistan, Tsépel Döndrup Namgyel décède de maladie sur le chemin du retour et son petit-fils lui succède.


1839 : Décès de Ranjit Singh. Les Sikhs ne sont plus en mesure de contrôler leurs vassaux dogras de Jammu ; Gulab Singh donne l’ordre à son général Zorawar Singh d’envahir le Tibet.


mai 1841 : Zorawar Singh se lance à la conquête du Tibet. Son armée se compose de soldats dogras et d’auxiliaires ladakhis et baltis.


hiver 1841 : Zorawar Singh contrôle la région du mont Kailash et du lac Manasarovar. Il consolide ses positions avant l’hiver, mais les conditions sont beaucoup plus rudes qu’au Ladakh : ses soldats ne sont habitués ni à l’altitude ni au climat, et les Tibétains bénéficient du soutien de l’empire chinois. Le ravitaillement des troupes est en outre compliqué par la distance. Les Dogras sont défaits malgré une résistance héroïque. Zorawar Singh est tué et sa tête est prise en trophée. Les Tibétains reprennent le contrôle du Ngari.


début 1842 : Le peuple du Ladakh, avec l’aide de troupes balties et tibétaines, se soulève contre la garnison dogra de Leh. Les révoltés et leurs alliés se dispersent à l’annonce de l’approche d’une armée dogra. Les Tibétains sont rattrapés et vaincus à l’ouest du lac Pangong.


17 septembre 1842 : Traité de Leh. Les Tibétains reconnaissent la suzeraineté des Dogras sur le Ladakh. La famille royale est autorisée à rester au Ladakh et un fief leur est laissé à Stok. D’un point de vue administratif, le Ladakh et le Baltistan sont englobés dans le « wazarat du Ladakh » subdivisé en trois districts : Leh, Kargil et Baltistan. L’antique rivalité entre Baltis et Ladakhis paraît largement s’atténuer sous la domination dogra.


1846 : Traité d’Amritsar à l’issue de la première guerre anglo-sikh. Le Cachemire (Ladakh inclus) est cédé au raja dogra Gulab Singh de Jammu, fondant ainsi l’Etat princier de Jammu-et-Cachemire. Le Spiti est intégré à l’empire des Indes britanniques.


1847 : Alexander Cunningham (1814-1893) est envoyé pour démarquer les frontières du Ladakh avec le Tibet et le Spiti.


1856 : Création d’une mission morave à Kyelang (Lahul).


1862 : Le géologue anglais Frederic Drew parcourt le Ladakh pour le Geological Service du gouvernement du maharaja du Jammu-et-Cachemire.


1885 : Grâce à l’intervention du vice-roi britannique auprès du maharaja du Cachemire, une église morave est érigée à Leh. La gestion du dispensaire est confiée aux missionnaires qui en font un véritable hôpital. Ils introduiront aussi au Ladakh la culture de nouveaux légumes (pommes de terre, tomates, épinards, radis…).


1889 : Ouverture de l’école de la mission morave de Leh


1893 : Fondation d’une mission morave à Shey, accompagnée d’une église et d’une école.


1898 : Fondation d’une mission morave à Khalatsé, accompagnée d’une église et d’une école.


1925 : Intronisation de Hari Singh (1895-1961). Il sera le dernier souverain de l’Etat princier de Jammu-et-Cachemire.


années trente : Sonam Narboo, premier Ladakhi étudiant à l’étranger, obtient un diplôme d’ingénierie civile à l’université de Sheffield. 


 

En 1947, au moment de l’indépendance et de la partition des Indes, il est offert aux Etats princiers du Raj britannique de rejoindre volontairement l’Inde ou le Pakistan. Le cas du Jammu-et-Cachemire est particulièrement complexe, d’une part à cause de sa situation géographique à la frontière entre les deux nouveaux Etats, d’autre part car il est à majorité musulmane, mais gouverné par un roi hindou, le maharaja dogra Hari Singh (1895-1961).


En octobre 1947, des guerriers tribaux venus d’Afghanistan et du Pakistan pénètrent au Cachemire par la vallée de la Jhelum, et menacent Srinagar. Hari Singh, décide alors de se placer sous la protection du gouvernement indien, tout en cherchant à conserver une certaine autonomie. Des troupes indiennes sont envoyées à Srinagar et, en 1948, défendent la ville contre l’armée régulière pakistanaise. Inde et Pakistan se disputeront dès lors la souveraineté sur le Cachemire.


Le Ladakh est épargné par les émeutes interconfessionnelles qui déchirent le sous-continent pendant la partition, mais il est un élément du Jammu-et-Cachemire et sera, en conséquence, affecté par le conflit opposant l’Inde au Pakistan. Dans la seconde moitié du XXe siècle, les populations bouddhistes du district de Leh chercheront à obtenir plus d’autonomie vis-à-vis de l’Etat de Jammu-et-Cachemire et à réclamer pour le Ladakh le statut de territoire de l’Union, voire d’Etat à part entière au sein de l’Union indienne.



1948 : Des éclaireurs venus de Gilgit prennent Skardu et Kargil durant l’été. Ils continuent leur avancée jusqu’au village de Taru (à une vingtaine de kilomètres de Leh) où ils passent l’hiver.


5 janvier 1949 : La Commission des Nations unies pour l’Inde et le Pakistan réaffirme la nécessité de confirmer l’accession du Cachemire à l’Union indienne par un référendum, promis par le gouvernement indien depuis octobre 1947.


1949 : Les éclaireurs de Gilgit attaquent Leh. Ils sont aisément repoussés par un peloton dogra secondé par les milices locales. En été, des troupes aéroportées indiennes et des régiments gurkhas viennent renforcer les défenses de la ville, puis prennent le contrôle de Kargil et du Zojila. La ligne de cessez-le-feu qui sépare encore le Baltistan pakistanais du Ladakh indien est fixée en juillet par l’accord de Karachi. Elle s’arrête au point NJ 9842, les glaciers situés au-delà constituant un no man’s land.


1949 : La république populaire de Chine contrôle le Turkestan oriental (province actuelle de Xinjiang). La frontière est fermée, mettant ainsi un terme à l’antique route commerciale qui liait le Ladakh à l’Asie centrale.


1949 : Le dix-neuvième Kushok Bakula Rinpoché (1917-2003), abbé du monastère de Spituk, est élu représentant de la région du Ladakh à l’Assemblée du Jammu-et-Cachemire.


1950-1951 : Invasion du Tibet par l’Armée populaire de libération chinoise.


1953-1967 : Kushok Bakula Rinpoché représente la région du Ladakh au Parlement de l’Union indienne en tant que ministre de l’Etat de Jammu-et-Cachemire.


1959 : Exode des Tibétains. L’armée chinoise prend possession de la région de l’Aksai Chin. Le gouvernement indien ne réagit pas, ne se sentant dans un premier temps que peu concerné par cette région désertique du haut-plateau tibétain. L’Aksai Chin revêt néanmoins une grande importance stratégique pour les Chinois qui souhaitent construire une route entre la province du Xinjiang (l’ancien Turkestan oriental) et le Tibet.


1962 : Guerre sino-indienne. L’armée chinoise avance jusqu'à Chushul, à l’ouest du lac Pangong. La frontière tibéto-ladakhie est fermée.


1962-1963 : Construction de la route reliant Srinagar à Leh.


1963 : Le Pakistan cède à la Chine la vallée de Shaksgam, au nord du glacier de Siachen.


1965 : Deuxième guerre indo-pakistanaise. Le conflit est centré sur la région de Kargil, traversée par la ligne de cessez-le-feu.


1971 : Troisième guerre indo-pakistanaise. La ligne de cessez-le-feu est repoussée à douze kilomètres de Kargil.


1972 : La conférence de Shimla (Himachal Pradesh) se conclut par un maintien du statu quo entre l’Inde et le Pakistan.


1974 : Première ouverture limitée du Ladakh aux touristes étrangers.


1977 : Tremblement de terre.


1978 : Ouverture de la route du Karakoram reliant la Chine au Pakistan via le Gilgit.


1981 : Manifestations au Ladakh en vue d’obtenir le statut de scheduled tribe, donnant aux populations concernées divers avantages (développement, protection, « discrimination positive »...).


1984 : L’Inde, accusant le Pakistan d’avoir envoyé des troupes au-delà du point NJ9842, déploie des militaires sur le glacier de Siachen.


1989 : Des émeutes éclatent entre les communautés bouddhistes et musulmanes.


1989 et 1991 : Une douzaine de groupes obtiennent le statut de scheduled tribe dans l’Etat de Jammu-et-Cachemire. Parmi ceux-ci : les Dardes (ou Shin ou Brokpa), les Bots (populations bouddhistes d’origine tibétaine des vallées de Ladakh, Nubra, Zanskar…), les Purigpas (à Purig), les Baltis et les Changpas (au Changthang).


1995 : Le Ladakh Autonomous Hill Development Council, est créé à la demande des Ladakhis pour administrer le district de Leh, l’objectif étant de donner une plus grande autonomie de la région vis-à-vis de l’Etat indien de Jammu-et-Cachemire.


1999 : Conflit de Kargil. Des soldats pakistanais franchissent la ligne de cessez-le-feu en mai. L’armée indienne achève de repousser l’offensive en juillet.


1999-2000 : Kushok Bakula Rinpoché est ambassadeur de l’Inde en Mongolie.


2001-2002 : Nouvelle confrontation indo-pakistanaise à Kargil. Les deux pays rassemblent des militaires le long de la ligne de cessez-le-feu.


2003 : Création du Ladakh Autonomous Hill Development Council, Kargil correspondant plus ou moins aux régions traditionnelles de Purig et de Zanskar.


2010 : Des inondations touchent la région de Leh.


2013 : Série d’escarmouches entre soldats indiens et pakistanais sur la ligne de cessez-le-feu.


Héritiers d’une culture pluriséculaire, les Ladakhis doivent pourtant faire face aux grands enjeux du XXIe siècle.


La situation géopolitique souvent délicate, liée aux ambitions territoriales de la Chine et du Pakistan, contraint les autorités indiennes à maintenir une forte présence militaire dans la région. Le touriste la remarquera dès son arrivée à l’aéroport de Leh, ou bien lors de ses déplacements, au fil de la route, sous forme de convois ou de campements. C’est d’ailleurs afin de faciliter les ravitaillements et les transports de troupes que le gouvernement cherche continuellement à améliorer les infrastructures routières, malgré les contraintes posées par les reliefs de haute montagne. Au Ladakh, le rôle de l’armée est avant tout de défendre les frontières contre d’éventuelles incursions des puissances voisines et, en temps normal, elle n’occasionnera aucun désagrément au voyageur.


L’industrie touristique, toujours florissante, constitue, quant à elle, une véritable manne financière pour la région, mais elle engendre également un certain nombre de problématiques environnementales. L’accroissement démographique, lié au développement économique, ainsi que l’afflux saisonnier de touristes et de travailleurs exercent une pression sans précédent sur les ressources naturelles de ces terres arides et traditionnellement peu peuplées. Les questions de la gestion de l’eau et du traitement des déchets (le recyclage étant à peu près inexistant), devront être rapidement résolues afin d’assurer un avenir prospère et sain à la région.


Le voyageur ne devrait pour autant pas hésiter à se rendre au Ladakh. La destination est sûre, dotée d’un patrimoine riche et d’une nature préservée. Les nombreux festivals qui jalonnent le calendrier seront autant d’occasion de côtoyer un peuple accueillant et attachant ainsi que de découvrir diverses facettes de la culture locale : sports (équitation, polo, tir à l’arc...), musiques et danses religieuses ou profanes, gastronomie...



 
 
Mentions légales Conditions Générales de vente Comment s'inscrire Hôtels à Paris Vos assurances Qui sommes-nous ? Clio recrute Nous contacter