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La renaissance de la nation arménienne, de la poussée russe à la première guerre mondiale

1722 : Campagne des Russes dans le Caucase. La paix de Nystadt conclue en 1721 avec la Suède laisse les mains libres au tsar pour orienter l’expansion russe vers la Caspienne et le Caucase, au moment où l’Empire perse semble être entré dans un profond déclin. Les Russes atteignent Derbent et Bakou et arrêtent là leur progression en faisant reconnaître leurs annexions par l’Empire ottoman.


Juin 1724 : Les Ottomans s’emparent d’Erevan mais les Arméniens insurgés parviennent à conserver Gandzak, pendant que se développe au sud-ouest l’insurrection organisée par Dawit-Bek de Siounik et Stepan Chahoumian. La mort de Dawit’Bek en 1728 et la chute de la forteresse de Halidzor marquent la fin de la révolte, qui a duré huit ans, de 1722 à 1730.


1742 : Création d’un patriarcat arménien-catholique siégeant au Liban.


1749 : Publication d’un Dictionnaire de la langue arménienne par Mekhit’ar qui meurt la même année.


1760 : Hovsep Emin se rend à Saint-Pétersbourg pour y plaider la cause de la libération de l’Arménie.


1784 : Plusieurs princes arméniens regroupés autour du catholicos Hovhannès XII font appel à la tsarine Catherine II pour qu’elle vienne délivrer l’Arménie de la domination perse.


1784 : Fondation par les Russes de VladiKaukaz, qui commande la route vers les passes de Darial qui permettent le franchissement du Caucase et l’accès à la Transcaucasie.


1794 : Publication aux Indes, à Madras, d’Azdarar (Le Moniteur), le premier périodique arménien. La presse écrite sera, tout au long du XIXe siècle, l’un des moyens essentiels de la renaissance nationale : 700 journaux arméniens seront créés jusqu’en 1914.


1796 : Le nouveau maître de la Perse, Agha Muhammad Khan, réprime les velléités d’indépendance de l’Arménie et de la Géorgie en y perpétrant de nombreux massacres. Les Russes, commandés par le général Zoubov, réagissent en occupant une partie du Daghestan et de l’Azerbaîdjan alors que le roi de Géorgie Héraclius II (Erakli) a reconnu depuis 1783 la suzeraineté russe, avant que son fils Giorgi ne cède, en décembre 1800, son royaume au tsar Paul Ier.


Début du XIXe siècle : On estime à environ trois millions d’âmes le chiffre de la population arménienne partagée entre les deux Empires ottoman et perse – pour ce qui concerne les populations demeurées dans « l’Arménie historique » – et une vingtaine de colonies essaimées en Europe, en Russie et en Asie. Dans l’Empire perse, les Arméniens sont installés dans les khanats d’Erevan et de Nakhitchevan, dans le Karabagh et le Gandzak ainsi qu’autour d’Ispahan et de Chiraz. Dans l’Empire ottoman, on les trouve dans les pachaliks d’Erzeroum, Kars, Van, Diyarbekir (sur les territoires des anciennes Arménies majeure et mineure) et dans les pachaliks d’Adana et de Marash où avait fleuri jadis le royaume arménien de Cilicie. Certains Arméniens ont acquis, par les services rendus à l’État ottoman, le statut d’amira qui fait d’eux des banquiers ou des percepteurs employés par la Porte. Ils joueront dans l’État ottoman un rôle important, jusqu’aux tentatives de modernisation engagées après 1856. Liés au pouvoir du sultan, ces amira n’en jouent pas moins un rôle de premier plan dans la renaissance culturelle et l’éveil national arméniens, en finançant des institutions d’enseignement ou en apportant leur aide à l’Église arménienne. À l’inverse, les derniers princes issus de l’ancienne aristocratie et qui tiennent toujours des réduits montagneux en territoire arménien ont perdu leur influence traditionnelle. C’est dans les milieux urbanisés ouverts sur le monde extérieur, à Constantinople ou dans la diaspora, que se réalise pour l’essentiel le réveil identitaire arménien qui s’inscrit dans le mouvement des nationalités caractéristique du XIXe siècle. La masse paysanne demeurée sur les terres de l’Arménie historique est durement exploitée par les grands propriétaires turcs ou kurdes et les chrétiens subissent le sort réservé aux dhimmis, à la raïa (le bétail), dans les sociétés musulmanes traditionnelles.


1804 : Les Russes s’emparent de Gandzak et de Goumri mais ne parviennent pas à prendre Erevan (ils n’y parviennent pas non plus en 1808). Ils annexent en 1805 les khanats de Karabagh et de Chirwan puis, en 1806, Bakou et Derbent. Ces conquêtes sont reconnues à la Russie par le traité de Bucarest avec la Turquie et par le traité de Goulistan avec la Perse, signés respectivement en 1812 et 1813.


1826 : Les Persans attaquent le Karabagh et l’archevêque arménien de Tiflis, Nersès d’Achtarak, lance un appel à la nation arménienne pour encourager ses compatriotes à résister et à faire confiance « à notre bienfaiteur, le tsar de Russie qui a tendu son poing puissant sur notre patrie, moins pour son intérêt personnel que pour notre tranquillité et notre bien-être ». 1827 : L’armée russe du général Paskiévitch, renforcée de volontaires arméniens, entre à Edjmiatzin en avril et obtient la capitulation d’Erevan en octobre. Paskievitch s’avance ensuite jusqu’à Tabriz.


Février 1828 : Traité russo-persan signé à Tourkmantchaï. Le shah de Perse doit céder à la Russie les khanats d’Erevan et de Nakhitchevan, ainsi que la liberté de la navigation marchande en mer Caspienne. Les Arméniens de Perse peuvent aussi, s’ils le désirent, émigrer en Russie. 45 000 à 50 000 Arméniens vont ainsi rejoindre la partie orientale du territoire de l’Arménie historique au cours des mois suivants. Un décret du tsar crée, à partir des deux khanats annexés, la province d’Arménie (Armianskaya oblast).


1828 : L’empereur Nicolas Ier, qui entend soutenir les insurgés grecs, déclare la guerre à la Turquie et Paskievitch prend Kars et Erzeroum.


1829 : Signature du traité turco-russe d’Andrinople. Le tsar limite ses ambitions territoriales et exige simplement, pour les Arméniens de l’Empire ottoman, le droit d’émigrer vers la Russie, ce que font une centaine de milliers d’entre eux.


1836 : Décret organisant l’Église arménienne au sein de l’Empire russe.


1839 : Firman impérial de Gul-Hané par lequel le sultan ottoman Abdul-Medjid prescrit d’établir l’égalité entre tous ses sujets, sans distinction de religion.


1840 : Disparition de la province russe d’Arménie. Elle précède la nomination, en 1844, du prince Vorontsov comme vice-roi du Caucase.


1840 : K. Abovian écrit à Erevan Les plaies de l’Arménie qu’il présente comme un programme de renaissance nationale.


1849 : La création d’un gouvernement d’Erevan, à côté de ceux de Tiflis ou de Derbent, fait que la majeure partie des Arméniens du Caucase russe se trouve à l’extérieur de cette circonscription administrative. Dès cette époque, les Russes s’efforcent d’éviter le découpage de provinces qui seraient ethniquement homogènes et pourraient constituer le support territorial d’une authentique revendication « nationale ».


1829-1864 : Les Russes réalisent difficilement la pacification du Caucase, obtenue après la reddition, en 1859, du chef mouride Chamyl. Ils doivent également venir à bout, à l’ouest, de la résistance des montagnards tcherkesses. La prolongation de cette guerre a fait la fortune des intermédiaires arméniens qui se sont vite spécialisés comme « fournisseurs aux armées ». Alors que s’ouvre la seconde moitié du siècle, une bourgeoisie arménienne dynamique s’est développée à Tiflis et dans les ports de la Caspienne et de la mer Noire.


1853 : Nahabed Rousinian publie à Constantinople la première grammaire de l’arménien moderne.


1853-1856 : Guerre de Crimée. L’Angleterre et la France soutiennent le sultan face à la menace russe et sauvent ainsi « l’homme malade » ottoman mais exigent en contrepartie de nouvelles réformes. Le sultan leur donne satisfaction avec le hatt-i humayoun de février 1856.


1855 : La prise de Kars par les Russes a soulevé l’espoir en Arménie mais leur repli a été très mal vécu et beaucoup d’Arméniens émigrent alors vers Constantinople ou vers l’Arménie russe.


1857 : Meguerditch Khrimian (qui sera ultérieurement catholicos de 1893 à 1907) s’installe à Van où il publie son journal Artzvi Vaspourakan (L’Aigle du Vaspourakan). Il se fait l’apôtre du Yerkir, du foyer national dont il réclame l’émancipation en rappelant le souvenir des heures glorieuses de l’Arménie historique.


Vers 1860 : Les Arméniens sont environ 250 000 à Constantinople où ils forment presque le quart de la population.


1862 : Rébellion de Zeytoun en Cilicie et troubles de Van, suivis en 1863 de ceux d’Erzeroum. Cette agitation manifeste le réveil de la nation arménienne.


Mars 1863 : Le sultan accepte la « Constitution arménienne » rédigée en 1860 (tout en la considérant officiellement comme un simple « règlement »). Elle fait du patriarche arménien une sorte de monarque constitutionnel désigné par une assemblée élue de cent quarante députés, clercs et laïcs. Ce texte confirme l’autonomie religieuse et culturelle de l’Erméni millet. Il servira de modèle aux libéraux turcs qui obtiendront en 1876 l’octroi d’une constitution.


1864 : La réforme administrative mise en œuvre dans l’État ottoman fragilise encore la situation des masses paysannes sur les terres arméniennes, alors que les Arméniens de Constantinople et des grandes villes profitent largement des réformes. La division de l’Arménie ottomane en six vilayets, la pression fiscale, les ravages de l’usure, les disettes et la dépossession des terres qui accompagne le repli vers la Turquie des Circassiens qui ont quitté le Caucase devenu russe, enfin l’expansion des éleveurs nomades kurdes, tout cela rend de plus en plus difficile la vie des Arméniens du Yerkir, le foyer national.


1876-1878 : À l’issue de la révolte de la Bosnie serbe et de la Bulgarie, l’Empire ottoman traverse une crise grave et manque d’être écrasé par la Russie. Il faut l’intervention de l’Angleterre, qui impose au tsar l’arbitrage du Congrès de Berlin, pour sauver de nouveau « l’homme malade ». L’avènement, en 1876, d’Abdul Hamid II ne change rien puisque la constitution octroyée alors est suspendue dès 1878.


1877-1878 : Les Arméniens de Kars accueillent les troupes russes du général Loris Melikov en libératrices.


3 mars 1878 : Signature du traité de San Stefano, qui exige des réformes immédiates au profit des Arméniens de l’Empire ottoman mais l’Angleterre, alliée de celui-ci, s’oppose à son application. La révision qui intervient avec le Congrès de Berlin – où se rend une délégation arménienne conduite par Khrimian Hayrig – donne à la Russie Kars, Ardahan et Batoum mais laisse aux « puissances » le soin de vérifier la réalité des réformes réalisées dans les provinces arméniennes de l’empire. Autant dire que, du fait des divisions des dites puissances, les Arméniens peuvent attendre…


1880 : La Société Unifiée de Constantinople met en place un remarquable réseau scolaire qui va donner à la nation arménienne, à travers un niveau d’éducation supérieur, un formidable atout au sein de la population ottomane. Une organisation comparable est créée en 1881 à Tiflis, au profit des Arméniens de l’Empire russe.


1885 : Constitution à Van d’un premier parti arménien révolutionnaire, le parti arménakan. Jusque-là, seules des sociétés secrètes locales avait tenté d’organiser la résistance (l’Union pour le Salut, à Van en 1872, suivie par la Société de la Croix Noire en 1878, l’Association des Protecteurs de la Patrie à Erzeroum en 1881). Le nouveau parti est composé de démocrates et de libéraux et recrute surtout chez les instituteurs et dans la classe moyenne éclairée, exclusivement chez les Arméniens de Turquie.


Août 1887 : Fondation à Genève du parti Hentchak social-démocrate. (Hentchak signifie la Cloche et correspond à la simple traduction du Kolokol, le titre de la revue du révolutionnaire russe Alexandre Herzen.)


Août 1890 : Fondation à Tiflis du parti Dachnak (Fédération Révolutionnaire Arménienne). Il se distingue du parti hentchak qui inscrit l’avènement du socialisme dans son programme. (Les Dachnak considèrent que c’est pour le moment irréaliste dans une Turquie rurale et arriérée mais ils vont ensuite se rapprocher progressivement des aspirations socialistes.)


1890-1895 : Le parti Hentchak suscite diverses manifestations et insurrections dans l’Empire ottoman (tentative romantique et malheureuse de « libération » de l’Arménie menée à partir de Tiflis par Sargis Gougounian, révolte du Sasoun et de Zeytoun entre autres), ce qui conduit Abdul Hamid II à déclencher les massacres arméniens de 1894-1896, qui font peut-être jusqu’à 300 000 victimes et poussent 100 000 Arméniens à rejoindre la Transcaucasie russe. Pour les Turcs musulmans, la communauté arménienne est de plus en plus perçue comme acquise à une puissance étrangère et hostile, alors que les Arméniens eux-mêmes sont bien décidés désormais à assurer leur légitime défense.


26 août 1896 : Un groupe dachnak s’empare de la Banque ottomane de Constantinople pour attirer sur les massacres l’attention des puissances et d’une bourgeoisie arménienne qui ne se reconnaît pas dans les partis révolutionnaires.


1900 : Jaurès, Clemenceau et Anatole France apportent leur soutien à la cause arménienne à travers la revue Pro Armenia ; à partir de cette date, la IIe Internationale s’indigne des massacres perpétrés dans l’Empire ottoman.


Juin 1903 : Le gouvernement russe, sur proposition du gouverneur de la Transcaucasie, Galitsine, décide la confiscation des biens du clergé arménien, suspect d’entretenir le sentiment national et de faire obstacle à la russification. Un comité central arménien d’autodéfense se constitue. Hentchaks et Dachnaks rivalisent pour organiser des attentats contre les fonctionnaires russes. Désormais, la lutte conte le tsarisme vient s’ajouter à la volonté de libération nationale tournée initialement en priorité contre l’Empire ottoman.


Juillet 1905 : Échec d’une tentative d’attentat contre le sultan Abdul Hamid II


1905-1906 : Les troubles qui affectent alors la Russie entraînent à Bakou une guerre de plusieurs mois entre Arméniens et Azéris. Elle permet au parti Dachnak de s’imposer dans la population arménienne. En octobre 1905, la rétrocession de ses biens à l’Église arménienne et l’annonce de la mise en place d’une monarchie parlementaire calment rapidement les esprits.


Été 1907 : Le parti Dachnak est admis, lors du congrès de Stuttgart, au sein de l’Internationale socialiste. Au cours des années suivantes, il voit son influence refluer du fait de la répression policière russe et des satisfactions que les réformes du tsar ont apportées à la bourgeoisie arménienne locale.


Été 1908 : Début de la révolution constitutionnelle en Perse (juin) et révolution « jeune turque » à Istanbul (juillet). Les militants révolutionnaires arméniens se rangent aux côtés des révolutionnaires perses jusqu’à l’échec final du mouvement en 1912. En Turquie, les Arméniens sont initialement favorables au Comité Union et Progrès qui a organisé la révolution. Les Arméniens ont dix représentants (dont quatre Dachnak) dans la Chambre des députés élue en décembre 1908.


Mars avril 1909 : Tentative de coup d’État contre-révolutionnaire d’Abdul Hamid II. Il échoue mais déclenche à la mi-avril le massacre des Arméniens d’Adana en Cilicie, qui fait 30 000 victimes. C’est logique dans la mesure où le sultan veut jouer du réflexe islamiste contre le programme égalitaire de la révolution de l’année précédente.


1911-1912 : La guerre italo-turque, suivie en 1912 par la première guerre balkanique, voit l’Empire ottoman accumuler les échecs, ce qui suscite une farouche réaction nationaliste chez les Jeunes Turcs, qui troquent leur projet initial d’intégration égalitaire de toutes les communautés de l’Empire pour une volonté d’assimilation, de « turcisation » dont les Arméniens ne peuvent que faire les frais.


Automne 1912 : Le catholicos Kévork V présente au tsar Nicolas II une demande de protection des Arméniens de Turquie. Après les échecs subis en Extrême-Orient en 1905, le régime tsariste entend donner de nouveau la priorité aux Balkans et à l’adversaire ottoman et se dispose à jouer de nouveau la carte arménienne pour affaiblir son adversaire traditionnel, d’autant que l’alliance désormais conclue depuis 1907 avec l’Angleterre semble créer des conditions plus favorables à ses ambitions, au moment où l’Allemagne wilhelminienne développe rapidement son influence en Turquie. Les Russes sont encouragés à agir par le Bureau national arménien de Tiflis, par le patriarcat arménien de Constantinople et par leur allié français.


8 février 1914 : Par un accord conclu avec la Russie, le gouvernement « Jeune Turc » – dirigé par le triumvirat Enver, Jemal et Talaat Pacha – est contraint d’accepter un projet de réforme supprimant les six vilayets orientaux qui sont remplacés par deux provinces anatoliennes auxquelles est rattaché le vilayet de Trébizonde. Elles sont placées sous l’autorité d’inspecteurs étrangers (Hoff et Westenenk, un Norvégien et un Hollandais) chargés de vérifier l’application des réformes, qui devraient être sur place en avril… quelques mois avant le déclenchement de la guerre européenne.


Au moment du premier conflit mondial, 1 783 000 Arméniens sont recensés en Transcaucasie russe dont 690 000 dans le gouvernement d’Erevan où ils représentent désormais 60 % de la population (chiffres de 1917). Tiflis, la capitale géorgienne, compte alors plus de 200 000 Arméniens. Dans l’Empire ottoman, il y avait, en 1912, 2 100 000 Arméniens, dont 1 018 000 dans les six vilayets anatoliens (contre 2 660 000 et 1 630 000 en 1882).


Juillet 1914 : Congrès du parti dachnak à Erzeroum. Les dirigeants du parti affirment que les Arméniens resteront simplement loyaux à la Turquie en cas de guerre alors que des envoyés du Comité Union et Progrès voudraient qu’ils appellent à l’insurrection de l’Arménie russe.


Début janvier 1915 : La IIIe Armée turque commandée par Enver Pacha est anéantie à Sarikamich. La défaite est exploitée contre les Arméniens.


Fin janvier 1915 : Soldats et gendarmes arméniens sont privés de leurs armes et réunis en bataillons de travail employés à des corvées ou à des travaux de terrassement et de voirie. Ces groupes de quelques dizaines d’hommes sont petit à petit exécutés discrètement. Dans le même temps, tous les fonctionnaires arméniens sont congédiés et leurs passeports intérieurs sont retirés aux Arméniens.


Avril 1915 : Les déportations commencent à Zeitoun et dans les régions du Taurus, loin du théâtre des opérations. Le prétexte est la révolte des Arméniens de Van contre les massacres perpétrés par le gouverneur turc. Les rebelles sont sur le point d’être écrasés quand ils sont sauvés à la mi-mai par l’arrivée des troupes russes.


24 avril 1915 : Arrestation à Constantinople des intellectuels et des notables arméniens, 650 en tout, qui sont emprisonnés puis déportés et assassinés au cours des mois suivants. Le Comité Union et Progrès justifie la rafle en dénonçant un « complot » arménien évidemment imaginaire. Dans les semaines qui suivent, la déportation est méthodiquement organisée dans les vilayets de Trébizonde, Erzeroum, Bitlis, Diyarbekir, Harpout et Sivas. Les notables et les hommes jeunes sont arrêtés et exécutés. Le reste de la population est formé en convois de femmes, d’enfants et de vieillards qui vont mourir de faim de fatigue ou des mauvais traitements subis tout au long des « marches de la mort ». Face aux protestations des gouvernements de l’Entente qui sont rapidement informés, le gouvernement Jeune Turc prétexte de la « collaboration » des Arméniens avec l’ennemi russe pour justifier sa politique. Sur les 1 200 000 Arméniens des vilayets d’Anatolie orientale, 300 000 gagneront la Russie en profitant, notamment dans le vilayet de Van, des succès remportés par les armées du tsar en 1915. On évalue à 200 000 le nombre des femmes et des enfants enlevés et islamisés. Pour le reste, ils ne seront que 50 000 à atteindre Alep où devaient se rejoindre les colonnes de déportés. À la fin de juillet 1915, le gouvernement turc met en œuvre, en Cilicie et en Arménie mineure, la deuxième phase de son programme de déportation et d’extermination. Là aussi, d’interminables colonnes se dirigent vers Hama, Homs ou Deir es Zor pour être rassemblées dans des camps de concentration. Tout est terminé à la fin de 1915 pour ce qui concerne le « transfert » des populations mais ce n’est qu’au printemps 1916 que sont consommés les derniers massacres ; c’est à ce moment que les déportés de Deïr es Zor sont abandonnés dans le désert sans eau ni nourriture pour y mourir de faim et de soif. Dans le Djebel Musa, quelques milliers d’Arméniens vont réussir à résister et sont récupérés par des navires de l’Entente qui les conduisent en Égypte. Le génocide ainsi perpétré a entraîné la disparition d’au moins un million de victimes.


Janvier 1916 : L’armée russe du Caucase enfonce les défenses turques. Erzeroum tombe en février, Bitlis en mars et Trébizonde en avril. Alors que la victoire semble pencher en faveur des Russes, il apparaît clairement que ceux-ci visent l’annexion des territoires arméniens de l’Empire ottoman désormais vidés de leur population et ne vont rien faire pour y faciliter le retour des survivants.


Mars 1917 : La révolution qui a éclaté à Petrograd crée une vacance du pouvoir dans le Caucase russe où un Comité spécial transcaucasien est installé à Tiflis.


Octobre 1917 : Un Conseil national arménien dominé par le parti dachnak est créé à Tiflis.


Novembre 1917 : Élection d’une assemblée législative de Transcaucasie, le Seim. Les bolcheviks qui viennent de réaliser la révolution d’octobre à Petrograd sont chassés de Transcaucasie, à l’exception de Bakou où se réfugie leur leader local, l’Arménien Stepan Chahoumian.


Février 1918 : Reprise d’Erzeroum par les Turcs – il n’y a plus d’Armée russe du Caucase et les Arméniens ne sont pas assez nombreux pour contenir la reconquête turque.


Mars 1918 : Par le traité de Brest-Litovsk, les Bolcheviks rétrocèdent à la Turquie les territoires que lui avait pris la Russie lors du Congrès de Berlin de 1878. En avril, les Turcs reprennent ainsi Batoum alors que les Arméniens ont également dû évacuer Van.


22 avril 1918 : Proclamation d’indépendance de la Transcaucasie, ce qui implique la non-reconnaissance par les États qui la composent des clauses de Brest-Litovsk.


Mai 1918 : La Géorgie puis l’Azerbaïdjan proclament leur indépendance. La République Fédérale de Transcaucasie n’aura ainsi eu qu’une existence éphémère.


4 juin 1918 : Les Turcs signent à Batoum un traité avec l’Arménie, devenue à son tour indépendante le 25 mai. Les Arméniens ne conservent qu’un territoire minuscule. Un gouvernement formé le 9 juin à Tiflis se replie sur Erevan, devenue la capitale du nouvel État.


Septembre 1918 : La prise de Bakou par les Turcs est l’occasion d’un grand massacre d’Arméniens.


30 octobre 1918 : Les Turcs sont contraints d’accepter les conditions d’armistice imposées par les Anglais lors de la signature de la convention de Moudros.


Mars 1919 : Des troupes françaises relèvent les troupes anglaises en Cilicie et le rapatriement des survivants arméniens est alors engagé ; 120 000 seront revenus au mois de novembre suivant.


Printemps 1919 : La situation est catastrophique pour la République d’Arménie d’Erevan où la famine, le typhus et le choléra font de terribles ravages. C’est l’Armenian Relief Committee fondé en 1915 pour porter secours aux survivants du génocide qui permet de faire face à la situation en envoyant de l’aide, qui ne parvient sur place qu’en mai 1919.


23 juillet 1919 : Mustapha Kemal réunit le congrès d’Erzeroum, suivi en septembre par celui de Sivas. Il refuse la défaite et conteste l’autorité du pouvoir ottoman.


Janvier 1920 : Massacre des Arméniens de Marash à l’appel de Mustapha Kemal. À Zeytoun et à Hadchen, les Arméniens résistent et sont finalement massacrés sans que les troupes françaises, trop peu nombreuses et durement éprouvées, ne puissent les sauver.


Mai 1920 : Un armistice est conclu entre les Français et les kemalistes. Les premiers sont en fait bien décidés à abandonner la Cilicie.


31 mai 1920 : Le Sénat américain rejette le projet d’un mandat des États-Unis sur l’Arménie.


10 août 1920 : Traité de Sèvres conclu entre les Alliés et le sultan. Il reconnaît l’indépendance de l’État arménien dont les frontières seront délimitées après arbitrage du président américain Wilson. Les kemalistes ignorent bien entendu ce traité.


23 septembre 1920 : Déclenchement de l’attaque généralisée des Turcs kemalistes contre l’Arménie. Kars est prise le 30 octobre et Alexandropol le 1er novembre. Pillages et massacres accompagnent l’avance turque.


15 novembre 1920 : Première assemblée générale de la Société des Nations. Elle écarte une proposition roumaine d’intervention en Transcaucasie et rejette la demande d’adhésion de la République arménienne sous prétexte de la non-ratification du traité de Sèvres.


2 décembre 1920 : Traité arméno-turc d’Alexandropol par lequel les Arméniens renoncent au traité de Sèvres et reconnaisent les frontières fixées à Brest-Litovsk.


22 novembre 1920 : Sentence arbitrale du président Wilson attribuant à l’Arménie la plus grande partie des vilayets de Van, d’Erzeroum, de Bitlis et une partie du vilayet de Trébizonde. Elle ne sera évidemment suivie d’aucun effet.


27 novembre 1920 : Le gouvernement arménien reçoit un ultimatum des bolcheviks de Bakou lui enjoignant de se rallier à la révolution russe.


2 décembre 1920 : Les Arméniens signent avec les bolcheviks un traité par lequel la République arménienne devient une république socialiste soviétique. Un comité révolutionnaire provisoire composé de cinq bolcheviks et de deux dachnaks de gauche est désigné et se met en place dès le 6 décembre. Le 20, il décrète que les lois de la République socialiste fédérative de Russie sont applicables en Arménie.


Février 1921 : La population arménienne, entraînée par le parti dachnak passé à l’opposition, se soulève contre le pouvoir bolchevik mais celui-ci prend sa revanche dès le mois d’avril suivant. L’Armée rouge s’empare en effet d’Erevan le 2 avril.


Février 1921 : Des représentants kemalistes négocient à Londres et l’Angleterre accepte la révision du traité de Sèvres en abandonnant l’idée d’une Arménie indépendante, remplacée par celle d’un simple « foyer national arménien » dans l’est de la Turquie, ce qui revient à négliger la sentence rendue en novembre 1920 par Wilson, sur la demande des Alliés, et qui attribuait à l’État arménien la plus grande partie des vilayets d’Erzeroum, Van, Bitlis et une partie de celui de Trébizonde pour lui garantir un accès à la mer.


16 mars 1921 : Signature à Moscou d’un traité soviéto-turc annulant les traités de Brest-Litovsk et d’Alexandropol mais par lequel la Russie nouvelle cède à la Turquie les sandjak de Kars et d’Ardahan ainsi qu’une partie de celui de Batoum (la ville elle-même demeurant à la république soviétique de Géorgie). Le Nakhitchevan devient une région autonome rattachée à l’Azerbaïdjan.


1921 : Talaat Pacha, l’un des dirigeants Jeunes Turcs est assassiné à Berlin par un Arménien désireux de venger les victimes du génocide. Le meurtrier, S. Tehlerian, sera acquitté lors de son procès.


13 octobre 1921 : Traité de Kars entre la Turquie et les républiques transcaucasiennes. La Turquie conserve la région de l’Ararat, refuse de rendre Ani, et le Karabagh devient une région autonome rattachée à la république soviétique d’Azerbaïdjan. La politique de désarménisation poursuivie par la RSS d’Azerbaïdjan réussit au Nakhitchevan mais échoue au Haut Karabagh où la part de la population arménienne tombe cependant de 94,4 % en 1921 à 75,9 % en 1987.


20 octobre 1921 : Le représentant français Franklin Bouillon vient signer à Ankara un accord par lequel la France accepte d’évacuer plus largement la Cilicie qu’il n’était prévu à Sèvres, ce qui déclenche l’émigration des Arméniens de la région. L’évacuation française est terminée en janvier 1922 et, à cette date, les 60 000 Arméniens qui étaient revenus en Cilicie sont tous partis s’embarquer à Mersin ou à Alexandrette.


24 juillet 1923 : La signature du traité de Lausanne entre les Alliés et la Turquie kemaliste laisse entièrement de côté la question arménienne.

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