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Ougarit
La naissance de l'alphabet
Sous la charrue, la cité
La scène se passa en 1928, à quelques kilomètres au nord de Lattaqieh, sur la côte méditerranéenne de la Syrie, à Minet el-Beida. Un paysan labourait son champ quand, soudain, son araire heurta une pierre enfouie dans le sol et disparut dans une profonde cavité : une tombe contenant des objets en céramique. La découverte fut signalée aux autorités françaises – la Syrie était alors sous mandat français – et, dès 1929, Claude Schoeffer, de l'université de Strasbourg entreprit les premières fouilles. Très vite, il étendit ses investigations aux hauteurs de Ras Shamra, le « cap du fenouil », colline qui se révéla être un tell archéologique, et, le 14 mai 1929, il découvrit une première tablette couverte de signes cunéiformes, attestant qu'il explorait le site d'une brillante cité de l'âge du bronze, Ougarit. Les fouilles menées depuis lors par des équipes françaises puis franco-syriennes, ont dégagé environ un cinquième du site et ont permis d'en retracer l'histoire.

Une cité de l'âge du bronze
Lorsque l'on visite aujourd'hui le site d'Ougarit, on aperçoit d'abord une vaste éminence plus ou moins circulaire qui marque l'emplacement des anciens remparts de la cité. Après avoir franchi une poterne qui devait être l'entrée principale de la ville, le regard est d'abord attiré par les ruines du « palais royal », témoin de la période d'apogée d'Ougarit, entre le XVe et le XIIIe siècle avant notre ère. Il n'en reste, naturellement, que les soubassements, mais on reste impressionné par son étendue qui atteignait 7000 mètres carrés, et comportait un petit temple, des bâtiments de stockage, des puits, une salle de réception et une centaine de pièces ouvertes sur de vastes cours intérieures, surmontées d'un étage comme l'attestent plusieurs amorces d'escaliers. Au nord du palais, suivant d'étroites rues tortueuses, on traverse le quartier des maisons d'habitation, de la modeste échoppe d'artisan à l'imposante résidence de Yabninou qui dépassait les 1000 mètres carrés. On atteint ensuite les hauteurs de « l'acropole », où les vestiges de deux temples-tours – l'un consacré à Baal, l'autre à Dagan – encadrent la « maison du Grand Prêtre ».

L'histoire
Les fouilles révélèrent que le site fut occupé dès le Néolithique et était déjà un gros bourg fortifié au VIIIe millénaire. Une première phase urbaine au IIIe millénaire s'acheva par une destruction brutale, et la ville ne réapparut que vers ~1900, avec l'arrivée des Amorrites qui maîtrisaient la métallurgie du bronze. La situation privilégiée d'Ougarit, son riche hinterland lui permettant d'exporter huile d'olive et blé, en fit rapidement un grand centre d'échanges entre les puissants domaines de l'Egypte du Nouvel Empire, du royaume du Mitani puis de l'Empire hittite, mais ce ne fut que par de subtils jeux d'alliances qu'Ougarit réussit à échapper peu ou prou à la mainmise de ces puissants voisins. Tous les peuples d'Orient s'y côtoyaient et l'on note même la présence, au XIIIe siècle, d'une colonie mycénienne et l'on retrouva à Ougarit du lapis-lazuli d'Afghanistan, de l'ivoire de l'Inde et de l'ambre de la Baltique. Ce fut un jour de 1185, en cette époque de troubles et d'anarchie que les historiens appellent les "siècles obscurs", qu'Ougarit disparut soudainement, ravagée, incendiée, certainement par le passage de ces aventuriers que les Egyptiens nommèrent les "peuples de la Mer"...

Le vrai trésor d'Ougarit
Et, dans la panique de ce désastre, courant pour sauver sa vie, un jeune apprenti scribe perdit la tablette d'argile où il avait inscrit son abécédaire cunéiforme... Les archéologues retrouvèrent, trois mille ans plus tard, ce document unique qui est la plus ancienne attestation de cet alphabet syllabique qui, bien que ne notant que les consonnes, est l'ancêtre du nôtre. Car le vrai trésor d'Ougarit réside dans les milliers de tablettes retrouvées dans le palais et les grandes maisons, qui, durcies par l'incendie, nous ont livré une documentation exceptionnelle. L'importance des échanges commerciaux avait fait des scribes d'Ougarit des polyglottes qui transcrivirent des textes en huit langues – akkadien, sumérien, hourrite, ougaritique, égyptien, hittite, louwite et cypriote – transcrites dans 5 types d'alphabets différents. Ces tablettes permirent de mieux connaître l'histoire politique du Proche-Orient à cette époque ainsi que les échanges commerciaux, mais, surtout, nous ont livré un remarquable éclairage sur les mythes et la religion ougaritique à travers les légendes du cycle de Baal et d'Anat, de celle de la naissance d'Aurore et de Crépuscule ou du mythe du mariage de Yarih et de Nikkal...
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