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L'église Saint-Nicolas de Mala Strana
Dieu écrit droit avec des lignes courbes
Le petit côté
Quittant le cœur de la vieille ville, le promeneur qui franchit la Vltva – la Moldau des germanophones – en empruntant le célèbre pont Charles aborde un quartier de Prague qui offre un ensemble baroque extraordinaire. Mala Strana, le « petit coté », était, au Moyen Age, un quartier commerçant cosmopolite, mais, après que la bataille de la Montagne blanche eut mis un terme, en 1620, aux convulsions de la guerre de Trente Ans par la défaite des nobles tchèques face à l’intransigeance des Habsbourg, et une fois que le grand condottiere Wallenstein y eut fait construire le premier palais baroque, le quartier devint le lieu d’expression architecturale privilégié de la Contre-Réforme. Façades et demeures somptueuses forment un écrin pour ce chef-d’œuvre qu’est l’église Saint-Nicolas de Mala Strana.

Un chef-d’œuvre d'architecture baroque
Commencée par maître Bos et Giovanni Domenico Orsi, l'église Saint-Nicolas de Mala Strana est surtout l'œuvre de Christoph Dientzenhofer et de son fils Kilian Ignace, originaires d'Aibling en Haute-Bavière et venus s'installer à Prague en 1678.
Entre 1702 et 1711, Christoph Dientzenhofer réalise la nef et la façade dont le dynamisme extraordinaire résulte du balancement des formes convexes et concaves qui l'animent en un remarquable mouvement ondulatoire. Après sa mort, l'œuvre est terminée entre 1739 et 1752, par son fils Kilian Ignace Dientzenhofer, auteur par ailleurs de nombreuses autres églises à Prague, dont Saint-Jean-Népomucène-au-Rocher (1730) et Saint-Nicolas de la Vieille Ville (1732). Au faîte de son art, il termine la nef et unifie la voûte que recouvre une grande fresque. Il donne de l'ampleur au chœur et aux bras du transept et dresse au-dessus une haute coupole à tambour, que viendra contrebalancer en 1752 la tour du Beffroi réalisée selon ses plans par Anselmo Lurago.

Un décor d'opéra
Consul de France à Prague entre 1909 et 1911 Paul Claudel fut si impressionné par Saint-Nicolas qu'il y situa la scène du Soulier de Satin où Dona Musique vient partager avec Dieu le bonheur et le secret de sa maternité prochaine. "Tout regarde l'autel, dit-il, tout est pénétré d'une vie et d'une éloquence intérieure,… l'édifice entier est une action de grâce …, où tout est paix, joie, recueillement, composition, et non seulement sourire mais éclat de rire". Le proverbe portugais qu'il aimait citer, "Dieu écrit droit avec des lignes courbes", pourrait être gravé en lettres d'or au dessus de l'autel. La composition éblouissante du décor de Mala Strana est l'une des plus belles illustrations de l'originalité euphorisante, festive et ludique du baroque tchèque. On est d'abord saisi par la grâce de l'architecture aérienne où les flots de lumière venus d'en haut jouent sur le marbre rose et l'or des ornements. Le ballet des balustrades perchées qui ondulent, des arcs et des coupoles qui s'entrelacent en figures étourdissantes, conduisent le regard vers l'immense fresque de Jan Lukas Craker, l'une des plus grandes d'Europe, d'où les figures de l'histoire de Saint Nicolas se détachent avec netteté grâce au procédé d'incision dans l'enduit expérimenté par l'artiste.

On s'avance dans la nef. Attiré par les joyaux des chapelles latérales, on se laisse pourtant guider par les statues animées, en équilibre instable sur la corniche basse des piliers latéraux. D'un geste théâtral elles nous pressent de nous diriger vers le chœur. Le temps d'admirer l'éclat nacré des drapés tumultueux, les détails de leurs costumes et leurs coiffures, les accessoires brandis ou foulés aux pieds… Nous voici en arrêt devant la chaire de Palko. Modelée dans le faux marbre, elle a la finesse et les courbes gracieuses d'une bonbonnière de porcelaine. Nous levons les yeux vers le couvercle d'orfèvrerie qui la surmonte, suspendu au chapiteau par un ruban cloué d'une étoile d'or. On rêve devant cette merveille aux doux sermons "tout sourire" qui y furent prononcés. Mais la séduction n'est pas la seule arme de la religion. C'est ce que nous rappellent les statues de Paltzer flanquant les quatre piliers qui soutiennent la coupole. Un angelot effaré détourne la tête, tandis que l'autre détale en s'envolant vers l'autel : c'est que Cyrille d'Alexandrie, impassible, vient de toute sa force de planter sa crosse dans la gorge de Nestorius, qui, expire, la tête pendant hors du socle, devant nos yeux. Plus loin c'est Arius qui n'est retenu dans sa chute que par la pointe de la lance de Saint Basile qui lui transperce la gorge. "La madone qui nous tend les deux mains" de Claudel semble vouloir rétablir la paix et sainte Cécile plane au-dessus joyeusement dans une apothésose tourbillonnante de Palko…

Dans ce décor d'opéra, Mozart a été heureux. Il a joué sur les grandes orgues de Mala Strana, sous le regard des chérubins complices qui versèrent une larme d'or, lorsque devant les 4000 personnes rassemblées dans Saint-Nicolas quelques jours après sa mort, son amie la cantatrice Joséphine Dussek chanta pour lui un vibrant Requiem.
Découvrir Saint-Nicolas de Mala Strana avec Clio
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