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Le Vittoriale de Gabriele D'Annunzio
L'extravagante demeure d'un écrivain guerrier
Adulé en Italie comme au-delà des frontières, Gabriele D'Annunzio – poète, romancier et dramaturge – a déjà une longue carrière littéraire derrière lui lorsqu'il s'installe en 1921 au cœur des Alpes, sur les hauteurs dominant le lac de Garde. Dans la solitude de ce paysage grandiose, il vient chercher la paix intérieure, à défaut d'avoir trouvé, pendant la guerre, la mort héroïque à laquelle il aspirait. Homme d'action, aventurier fantasque et intrépide, D'Annunzio se revendique en effet autant « guerrier » qu' « écrivain » : « Je ne suis pas un littérateur à l'ancienne mode. Je suis soldat. »

Fervent patriote, favorable à l'entrée en guerre de l'Italie contre l'Autriche, il s'engage dès 1915 et s'illustre tout au long du conflit par de nombreux actes de bravoure. Le 16 janvier 1916, il est ainsi victime, à l'âge de 52 ans, d'un accident d'hydravion, à l'issue duquel il perd définitivement un œil. Pendant sa convalescence, il reçoit la visite de Barrès et, en réponse à sa sollicitude, déclare fièrement : « Ne vous souciez pas de mes yeux, frère, mais sauvez la beauté du monde pour les yeux à venir. » A peine guéri, il reprend ses missions aériennes et survole Vienne le 9 août 1918, pour y déverser des milliers de tracts et de drapeaux destinés aux civils : « Nous pourrions jeter des centaines de bombes, nous ne lançons qu'un salut à trois couleurs, les trois couleurs de la Liberté ! » La paix signée ne satisfait pas les revendications territoriales sur la Dalmatie, qui demeure pourtant « italienne » aux yeux de D'Annunzio et de ses partisans. Avec un contingent d'à peine 287 hommes, il conquiert alors, malgré l'opposition de l'armée régulière, la ville de Fiume – Rijeka en croate –, le 11 septembre 1919, et y proclame la Régence italienne du Carnaro, dont il devient de facto le commandant en chef avant d'en être chassé le 18 janvier 1921, sous le feu des bombardements.

Cette ultime équipée, aussi vaine qu'héroïque, témoigne de l'une des plus hautes aspirations du poète, qui consiste à faire de sa propre vie – bien au-delà de la seule littérature – une véritable œuvre d'art. La guerre terminée ne signifiera pas pour lui la fin de cette quête aux accents chevaleresques et futuristes. De sa retraite de Gardone-Riviera, au bord du lac de Garde, il réalisera, entre ciel et montagne, le symbole architectural de ses propres idéaux : un étonnant ensemble s'étendant sur 9 hectares de places, fontaines, jardins, sculptures et édifices, mêlant les styles classique, fasciste et liberty, et révélant à travers un « bric-à-brac » de près de 200 000 objets le sempiternel double visage de l'écrivain, à la fois lumineux et sulfureux, héros et rebelle, mystique et décadent. Dédié à la mémoire des soldats italiens de la première guerre mondiale, le Vittoriale fut légué à l'Etat dès 1937, un an avant la mort de son fondateur. Musée unique en son genre, il demeure aujourd'hui un haut lieu de culture, et rayonne chaque année, dans le cadre du festival du Vittoriale, de l'exceptionnelle programmation de son théâtre à ciel ouvert.

L'ancienne villa de Cargnacco

Un mois à peine après la reddition de Fiume, D'Annunzio s'installe dans la villa de Cargnacco, dominant depuis le XVIIIe siècle Gardone-Riviera. Son propriétaire précédent, l'historien d'art allemand Henry Thode, a été chassé dès la fin de la guerre, contraint d'y abandonner sa prestigieuse bibliothèque ainsi qu'un piano à queue ayant appartenu à Franz Liszt. Gabriele ne pense au départ n'y rester que quelques semaines – le temps d'écrire les dernières pages de Nocturne – mais déjà il pressent : « Tout ici est une forme de mon esprit, un aspect de mon âme, une preuve de ma ferveur. » Quelques mois plus tard, Mussolini la lui cède avant de lui décerner le titre de « prince de Monte Nevoso ». A la fois honoré et mis à l'écart par le Duce, qui voit en lui « une dent cariée que l'on arrache et que l'on couvre d'or », le poète-héros s'adonne alors corps et âme à son nouveau domaine, qu'il rebaptise le « Vittoriale degli Italiani », avant de le redessiner entièrement, à l'aide de l'architecte Giancarlo Moroni et d'une ribambelle d'artistes et d'artisans dont il dirige jusqu'en 1938 chacune des réalisations : « Je veux inventer les lieux où je vis », déclare-t-il en 1926.

Le Prieuré, une demeure miroir de l'âme

L'ancienne villa, profondément remaniée, est ainsi rebaptisée « Le Prieuré », et chacune de ses pièces semble symboliser les différentes étapes d'un parcours initiatique. Les visiteurs sont reçus dans un étroit vestibule appelé « l'oratoire dalmate ». Celui-ci porte au mur des stalles d'église et au plafond une hélice. Dans l'auditorium, l'ancien aviateur a fait aussi suspendre, tel un mobile géant, l'aéroplane avec lequel il a survolé Vienne. Dans le même esprit, la chambre des reliques contient tout ensemble des vestiges de la guerre et des objets sacrés faisant référence aux religions du monde entier. La chambre des Lépreux, décorée au plafond par le peintre Guido Cadorin, exalte à la fois la mystique franciscaine et la mégalomanie de D'Annunzio, lui-même représenté dans les bras du saint.

Directement attenante, la chambre du Poète, que ne perce étrangement aucune fenêtre, est dédiée, au contraire, à Leda et aux plaisirs sensuels. A l'entrée, la devise « Genio et voluptati » fait ainsi figure d'avertissement à ses multiples maîtresses. Un peu plus loin, la salle à manger dite « salle de la Tortue », en référence au bronze de Renato Brozi qu'elle abrite, constitue un pur chef-d'œuvre Art déco. Dans l'Officina enfin, salle de travail de D'Annunzio, la porte d'entrée est volontairement surbaissée, forçant ainsi celui qui entre à s'incliner. Partout sont accumulés des dizaines de milliers de livres tandis que de précieuses œuvres d'art sont disséminées pêle-mêle avec des bibelots sans valeur. Armé de ses souvenirs, c'est désormais contre le vide et la tentation du néant que l'ancien chef de guerre livre bataille.

Restaurer la beauté d'un monde réservé aux héros

C'est en effet un monde sublimé que D'Annunzio entend rebâtir dans le vaste domaine du Vittoriale, un monde où la prouesse guerrière est sœur jumelle de la beauté. A partir de 1926, il fait édifier lo Schifamondo, sorte de retraite idéale, dont il veut faire, dans la solitude, son refuge d'écrivain : « Je travaillerai avec une foi toujours plus limpide, sachant désormais que le véritable grand art est un sacrifice. » A l'entrée du domaine, au-dessus du double portail en plein cintre, il fait ainsi inscrire : « J'ai ce que j'ai donné. » Dans le parc, de nombreux vestiges témoignent de l'épopée de Fiume – notamment le navire militaire Puglia, remonté pièce par pièce au milieu des cyprès – et rappellent combien, pour D'Annunzio, « le danger fut l'axe de la vie sublime ». Dans ce décor façonné à son image, le poète s'éteint le 1er mars 1938. A côté de ses camarades de combat, il repose désormais, pour l'éternité, dans l'impressionnant mausolée du Vittoriale.
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IT 45 - 6 jours

Insérés dans l'environnement somptueux des montagnes qui les entourent, les lacs glaciaires formés sur le versant méridional des Alpes italiennes ont de tout temps suscité l'admiration des poètes, des ... Découvrir ce voyage
 

 
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