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L'art de Véronèse
La couleur et la grâce
Les années d'apprentissage

C'est sous le ciel de Vérone, en 1528 que naquit le petit Paolo, fils d'un simple tailleur de pierre, appelé à devenir « Véronèse », l'un des peintres les plus célèbres de Venise. Dès l'enfance, il apprit auprès de son père, Piero di Gabriele, « à modeler l'argile ». Mais, très vite, il marqua sa préférence pour la peinture, et entra dans l'atelier d'Antonio Badile dont il allait – bien des années plus tard, en1566 – épouser la fille. A peine âgé de treize ans, il était déjà répertorié comme « depentor ».

D'après Vasari, il suivit aussi les leçons de Giovanni Caroto, qui, féru d'archéologie, se plaisait à représenter les ruines antiques, et était réputé pour sa connaissance de la perspective. Son influence fut sans doute déterminante pour le jeune Paolo qui, dans sa carrière de peintre, passera maître dans les représentations fictives d'architecture, sorte de décor idéalisé, où se jouent, intimement mêlées, scènes sacrées dictées par l'imaginaire biblique et scènes réalistes, inspirées par la Venise du temps. A partir de 1544, il approfondit encore ses connaissances auprès de l'architecte Sanmicheli qui n'hésita pas à lui confier la décoration à fresque de deux splendides demeures patriciennes : le palais Canossa et la villa La Soranza.

« Moi, Paolo Calieri »

A Vérone, le jeune peintre s'imprègne des influences maniéristes, introduites en Italie du Nord par Jules Romain et par Le Parmesan, dont il copie avec ardeur les dessins. A l'instar de Titien, de quarante ans son aîné et déjà maître incontesté à Venise, il laisse transparaître dès ses premiers tableaux la puissance expressive de la couleur, capable de suggérer la matière même des étoffes ou encore le mouvement des figures. On l'observe dès 1548 dans le retable dit « Bevilacqua-Lazise », peint pour l'église San Fermo. Mais Vérone, dont l'atmosphère lui paraît par trop « provinciale » n'est déjà plus à la mesure de ses ambitions. Dès 1551, il s'échappe à Venise à l'occasion d'une première grande commande, La Sainte Famille avec sainte Catherine et saint Antoine réalisée pour la chapelle des frères Giustinian et dont la composition s'inspire de la Madone des Frari de Titien.

Conscient de sa valeur artistique, mais toujours à la recherche de sa manière propre, Véronèse éprouve le besoin d'affirmer son identité créatrice et s'attribue un patronyme aristocratique – Paolo Caliari – qu'il conservera toute sa vie. Signe d'une indéniable ambition sociale, ce choix témoigne aussi de la valeur accordée à l'acte même de peindre, associé à la plus haute noblesse. En 1552, Paolo se rend à Mantoue pour orner avec trois autres de ses compatriotes les autels et le dôme de la cathédrale. Le succès est immédiat et ses créations, dont La Tentation de saint Antoine, sont jugées bien supérieures à celles de ses compagnons. A peine rentré à Vérone, le jeune prodige, tirant profit de sa récente renommée, est appelé à nouveau à Venise, objet de tous ses rêves.

Une ascension fulgurante

Sa première commande officielle émane du palais des Doges, où l'on requiert en 1553 ses services pour la décoration de la salle du Conseil des Dix, et notamment pour la représentation de Jupiter chassant les vices, sur l'ovale central du plafond. Véronèse relève le défi et, jouant de raccourcis illusionnistes, campe des figures vigoureuses qui apparaissent miraculeusement suspendues dans le ciel. L'ensemble, illuminé par une palette claire et délicate de bleu, de blanc, de rose et d'or, paraît à la fois vivant et immatériel. Un contemporain émerveillé reconnaît là « une œuvre où le dessin le dispute à la grâce ».

A partir de 1555, Paolo établit définitivement à Venise son atelier. Il n'a même pas trente ans et veut encore consolider sa renommée. Une nouvelle occasion s'offre alors à lui : la décoration de l'église San Sebastiano, à laquelle il travaillera pendant dix ans. Le plafond, révélé au public dès 1566, éblouit littéralement les Vénitiens : « On dirait que le peintre a broyé or et perles, émeraudes et rubis, les plus précieux saphirs, les plus parfaits diamants ! » En 1556 enfin, Véronèse, remporte le concours ouvert pour la décoration des plafonds de la bibliothèque Saint-Marc et reçoit sa récompense des mains mêmes de Titien, ce maître si admiré, qui n'hésite pas à lui déclarer : « Vous réunissez en vous la dignité et la noblesse de la peinture ! »

Le peintre de la classe patricienne

Véronèse s'impose aussi comme le portraitiste idéal de l'aristocratie, capable de condenser en une même figure les valeurs aussi bien morales que matérielles de la classe patricienne : beauté et noblesse d'âme, mais encore richesse et somptuosité, brocarts, pelisses et bijoux précieux. La profonde intériorité des êtres, leur assurance teintée de mélancolie, ne semblent pas non plus échapper à Paolo, ainsi dans La Belle Nani ou dans le portrait en armure de Girolamo Contarini.

Daniele Barbaro, brillant humaniste et ambassadeur de la Sérénissime, prendra vie lui aussi sous le pinceau du peintre et n'hésitera pas à lui confier, en 1561, la décoration de la villa Maser, érigée sur la « Terre ferme » par Antonio Palladio. Là, des personnages en pied ouvrent des portes en trompe l'œil, côtoient des muses et des musiciennes, tandis que dans la salle de l'Olympe, la famille Barbaro se penche, tout près des dieux, depuis une corniche fictive. La peinture est une véritable fête et l'érudition se fait espiègle.

La maturité

En 1566, Véronèse est de retour à Venise et peint une immense toile destinée au réfectoire de San Giorgio Maggiore : Les Noces de Cana. Inspiré des somptueux banquets vénitiens de l'époque, le tableau est, selon les termes de Vasari, « stupéfiant par la taille, le nombre des personnages, la variété des costumes, l'esprit d'invention ». Dans La Dernière Cène cependant, mêlant elle aussi le sacré au profane, l'Inquisition reprochera à Véronèse la profusion de tels détails, notamment la présence de bouffons et d'Allemands, soupçonnés d'hérésie. Le maître, pour sa défense, s'exclamera en 1573 : « Nous autres peintres, nous prenons la même liberté que les poètes et les fous ! », et, sans rien changer à sa toile, se contentera de la rebaptiser Repas chez Lévi.

Le scandale n'a pas véritablement lieu et la Sérénissime réserve encore à Véronèse les commandes les plus prestigieuses, comme en 1583, Le Triomphe de Venise, au plafond de la salle du Grand Conseil. Mais « cette peinture si gaie », comme aime à la décrire Théophile Gautier, a aussi sa part d'ombre. A l'approche de la mort, le peintre laisse transparaître, au fur et à mesure que les tons s'assombrissent, une sourde mélancolie. Dans la Pieta de l'Ermitage, la lumière, est bien présente encore, mais comme surnaturelle, indice d'un autre monde. Le Christ au jardin des Oliviers, enfin, son ultime tableau, a presque valeur d'adieu. Sans jamais se départir de la douceur propre à toute son œuvre, Véronèse semble nous montrer que ni la couleur ni la lumière n'ont encore de place ici-bas. Le 19 avril 1588, il est emporté à jamais par une pneumonie foudroyante.
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