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L'art de Titien ou la devise d'un peintre
Plus puissant que la nature
Tiziano Vecellio naquit vers 1489, à Pieve di Cadore, un petit village du massif montagneux des Dolomites. Il était à peine âgé d'une dizaine d'années, lorsque son père Gregorio, un notable cadorin, décida, pour parfaire son éducation, de l'envoyer à Venise, auprès de son oncle Antonio.
Destinait-on d'emblée le jeune enfant à recevoir une formation artistique ? Sans doute songeait-on avant tout à sa réussite sociale. Mais Antonio ne s'y trompa pas en faisant entrer « ce petit très enclin à la peinture » dans l'atelier de Sebastiano Zuccato. Titien allait devenir en effet la figure emblématique d'un nouveau type de peintre, doué d'un sens aigu des affaires, et capable d'accéder au plus haut rang de l'échelle sociale, en vertu même du respect qu'inspirait son art.
Reconnu par les plus grand princes de son temps, anobli par l'empereur Charles Quint, invité par le pape Paul III, Titien fut perçu dès son vivant comme un « grand homme », en raison de son génie propre et sans que sa naissance n'y eût aucune part.

Le temps de la jeunesse
L'élève prodige ne tarda pas à rejoindre des maîtres plus prestigieux : Gentile Bellini d'abord – mais sa manière lui paraissait « sèche et vieillie » –, puis son frère cadet Giovanni, alors « le plus grand peintre de Venise », aux dires d'Albrecht Dürer. En 1508 enfin, sa rencontre avec Giorgione, de quinze ans seulement son aîné, fut déterminante.
Le Concert champêtre, longtemps attribué à Giorgione, mais considéré aujourd'hui comme une œuvre de jeunesse de Titien, indique bien la fascination qu'exerça le premier sur le second. Au sein d'un paysage pastoral, se révèle un monde poétique et envoûtant où la musique et la beauté des corps nus ont la meilleure part. Objets et personnages, étoffes soyeuses et douces carnations, bois et prairies, s'accordent les uns avec les autres par les vibrantes modulations de la couleur, et concourent tous ensemble à cette expression d'équilibre et d'harmonie. La scène ainsi représentée fait écho au genre des poesie initié par Giorgione.
Quand celui-ci vint à mourir en 1510, emporté prématurément par la peste, Titien, qui l'avait secondé dans l'exécution des fresques du Fondaco dei Tedeschi, sembla seul en mesure de lui succéder, d'autant que son rival immédiat, Sebastiano del Piombo, choisissait de poursuivre sa carrière à Rome. Titien allait donc régner en maître à Venise pendant près de sept décennies.

Insuffler la vie et le mouvement par la couleur
En 1513, il est promu peintre officiel de la République par le Conseil des dix, et bénéficie dès lors d'une importante sinécure. Malheureusement, presque toutes ses œuvres exécutées pour le palais des Doges vont par la suite disparaître dans les désastreux incendies de 1571 et 1577. Très vite, les Vénitiens « commencent à s'émerveiller de sa nouvelle manière » : les particuliers s'empressent de lui commander des portraits ou des scènes allégoriques, tandis que le prieur franciscain de Santa Maria Gloriosa dei Frari lui demande d'exécuter le célèbre retable de L'Assomptiom. Achevé en 1518, cette œuvre marque un véritable tournant dans l'histoire de l'art : les apôtres ne sont plus saisis dans une pieuse et intemporelle immobilité, mais restitués dans leur dynamisme, au plus fort de l'action, gesticulant et tournoyant, levant les yeux vers la Vierge, portée par des anges eux aussi en mouvement. Après avoir suscité la stupéfaction, voire l'incompréhension, Titien remporte l'adhésion de ses contemporains et inaugure un modèle où Véronèse, Le Tintoret et, plus tard, Rubens puiseront leur inspiration.

Une gloire déjà universelle
C'est un véritable triomphe pour Titien, occupé depuis déjà plusieurs mois à la décoration du camerino d'Alphonse Ier d'Este, duc de Ferrare.
Quelques années plus tard, c'est Frédéric II Gonzague, marquis de Mantoue, qui l'invite à sa cour, lui commande des portraits et des scènes inspirées de la Bible ou de la mythologie, avant de le présenter à Charles Quint, couronné à Bologne en 1530. Titien ne tardera pas à devenir le peintre favori de l'empereur, qui verra en lui « l'Apelle de ce siècle ».
Titien est parvenu au midi de sa vie – il lui reste quarante-six années à vivre – et semble plus que jamais au faîte de sa gloire. La même année pourtant, une douloureuse épreuve entache son bonheur : sa femme Cecilia, qui lui a donné deux fils, Pomponio et Orazio, meurt en mettant au monde une petite fille, Lavinia. Titien choisit alors de quitter son atelier de San Samuele, sans doute trop chargé de souvenirs, pour s'installer au nord de la ville, à Biri Grande, face à Murano. Sa maison, qu'on imagine remplie de toiles, donne sur un ravissant jardin au bord de l'eau, où Titien organise de magnifiques fêtes pour ses amis artistes et hommes de lettres, notamment Sansovino et l'Arétin.
A partir de 1536, Titien trouve un nouveau mécène princier en la personne de Francesco Maria della Rovere, duc d'Urbino, pour qui il réalise plusieurs chefs-d'œuvre exaltant la beauté et la sensualité féminines, ainsi La Jeune Fille à la fourrure ou La Vénus d'Urbin. Celle-ci suscite l'admiration du cardinal Farnèse, qui commande à son tour à Titien un tableau chargé d'érotisme, la Danaé, conservée aujourd'hui à Naples. Le maître vénitien la livre en personne lors de son voyage à Rome en 1545, avant de peindre Paul III entouré de ses neveux. A peine revenu à Venise, Titien est invité par l'empereur à la diète d'Augsbourg, en 1548 d'abord, puis en 1551. C'est là qu'il exécute, peu de temps avant l'abdication de son illustre commanditaire, le portrait équestre de Charles Quint à Mühlberg, et se rapproche d'un autre mécène, le futur Philippe II d'Espagne.

Au crépuscule, la « dernière manière » de Titien
Entre 1552 et 1576, Titien peint ainsi pour Philippe pas moins de vingt-cinq tableaux religieux et mythologiques. Le premier d'entre eux, la Danaé du musée du Prado, laisse déjà transparaître l'évolution décisive de son style, avec des contours de moins en moins marqués, une touche plus vivace et presque palpable. Au fil des ans, il n'hésite pas à peindre avec ses doigts et sait même jouer de certains empâtements sur la toile, au risque qu'elle paraisse « esquissée plutôt qu'achevée ». L'aboutissement ultime de cette « dernière manière », qui suggère plutôt qu'elle ne montre, et qui reflète désormais une âme tourmentée, est aussi le chant du cygne de Titien : c’est la Pietà, à laquelle il travaille les six dernières années de sa vie, avant d'être emporté par la peste au mois d'août 1576.
 

 
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