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Jacopo da Pontormo
Maître florentin de la bella maniera
Jacopo Carrucci, communément appelé « Pontormo » du nom de sa ville natale en Toscane, s'imposa dans la première moitié du XVIe siècle comme l'une des figures majeures de la peinture florentine. A mi-chemin entre l'art de la Renaissance et les premières manifestations de la sensibilité baroque, son œuvre favorisa l'apparition d'un nouveau langage artistique, désigné sous le terme générique de « maniérisme ». Celui-ci exaltait non plus la perfection à l'antique, ni même l'imitation de la nature, mais plutôt un raffinement extrême suggérant l'irréel, une expressivité intense confinant à l'étrange, une sensibilité tourmentée, plaçant la distorsion sous le signe de la grâce et l'inquiétude sous celui de la fatalité.

Porté aux nues par ses contemporains, mais en partie décrié par Vasari, Pontormo sombra dans l'oubli dès le début du XVIIe siècle. On doit sa redécouverte à un historien d'art américain, Frederik Mortimer Clapp, qui, lors d'un voyage d'étude à Florence en 1912, tomba en admiration devant la Déposition de Croix, réalisée près de quatre cents ans auparavant pour l'église Santa Felicita. Dès lors, l'ancien maître florentin de la bella maniera suscita l'engouement, non seulement du public, mais aussi des peintres avant-gardistes qui décelèrent dans ses audacieuses réalisations, à la fois anti-classiques et anti-naturalistes, une préfiguration de l'art moderne.

Une enfance marquée par la mort

Si l'on en croit Vasari, le père de Jacopo, originaire de Florence, se dénommait Bartolomeo et avait lui-même été peintre dans l'atelier de Ghirlandaio. A la faveur d'une commande, il s'était installé à Pontorme, un village situé près d'Empoli, et y avait épousé Alessandra di Zanobi qui devait donner naissance en 1494 à Jacopo, leur premier enfant. Malheureusement, ce cadre bucolique devint rapidement le théâtre de deuils successifs : le petit garçon vit mourir son père dès 1499, puis sa mère en 1504, suivie de près par son grand-père en 1506. Sa grand-mère l'envoya alors à Florence, chez un parent éloigné.

Sous l'égide des Pupilles de la Cité – une association caritative venant financièrement en aide aux orphelins –, Jacopo apprit comme son père le métier de peintre. Lorsque sa grand-mère vint, elle aussi, à mourir, il prit en charge sa petite sœur, demeurée jusque-là à Pontorme, mais la sinistre fatalité qui devait s'abattre sur tous les membres de sa famille l'arracha elle aussi prématurément à la vie et le laissa définitivement seul en1512.

Un « mélancolique solitaire » évoluant parmi les plus grands

La même année, Pontormo, tout juste âgé de 18 ans, entrait dans l'atelier d'Andrea del Sarto, mais avait déjà été formé à la peinture auprès de maîtres prestigieux, ainsi Léonard de Vinci pendant quelques mois, puis Piero di Cosimo, et Mariotti Albertinelli, lui-même proche de Fra Bartolomeo. Les premières œuvres de Pontormo avaient d'ailleurs suscité l'admiration de Raphaël d'abord, puis de Michel-Ange, dont Vasari a rapporté la formule prophétique : « Ce jeune homme pour autant qu'on puisse voir, s'il vit et continue, portera son art jusqu'au Ciel. »

Les années passées dans l'atelier d'Andrea del Sarto furent à cet égard décisives car elles coïncident avec les premières commandes d'envergure. « Mélancolique et solitaire », Pontormo n'y travaille pas moins aux côtés de Rosso Fiorentino, élève lui aussi du maître florentin, et appelé à devenir une autre figure importante du « maniérisme ». Tous deux participent ainsi à la décoration de l'église florentine Santissima Annunziata. Pontormo y réalise pour sa part la fresque de la Visitation, et parvient déjà à suggérer le mouvement et la grâce par le jeu opposé de couleurs délicates et de lignes à la fois asymétriques et harmonieuses.

Vers la bella maniera

Jouant à merveille de l'emprunt, Pontormo sait restituer avec bonheur le langage pictural des maîtres, non sans le « revisiter ». La figure de Sainte Véronique réalisée en 1515 pour la chapelle papale de Santa Maria Novella fait ainsi référence à Michel-Ange par sa monumentalité, ses traits androgynes et la couleur acidulée de sa tunique. Pour autant, elle surprend par la torsion de sa jambe gauche et la cambrure de son pied qui, en la faisant reposer sur un seul orteil, lui confèrent une légèreté surnaturelle. La célèbre Sacra Conversazione de 1518, dite de la Pala Pucci, rappelle Léonard de Vinci à travers une palette sombre et une certaine ambiguïté des expressions, mais celles-ci soutiennent avant tout une intense dramaturgie picturale, induisant le désordre, l'impermanence, à l'image sans doute des troubles politiques et religieux du temps.

Au même moment, Pontormo participe, ainsi qu'Andrea del Sarto, à la décoration de la chambre nuptiale des Borgherini, consacrée au cycle de Joseph et ses frères. Or, à nouveau, il se démarque, en faisant fi cette fois des lois de la perspective expérimentée cent ans auparavant par Masaccio : décor architectural, paysage et profondeur de champ ne servent plus à restituer la réalité, mais sont comme détournés au service de l'irréel, du fantasque, de l'illusion. Vasari voit dans cette effervescence créatrice les plus belles réalisations de Pontormo, mais, en définitive, c'est pour mieux mettre en évidence le désastre artistique qui, d'après lui, se profile.

Le temps des chefs-d'œuvre, l'oubli et la redécouverte

Père de l'histoire de l'art, mais aussi peintre lui-même, Vasari ne comprenait pas le caractère étrange de Pontormo, son contemporain, et moquait ses manies et son désir prononcé de solitude. Sans doute jalousait-il secrètement sa faveur auprès des plus grands, malgré l'orientation insolite donnée à son œuvre. En 1519, Pontormo fut ainsi chargé de décorer la villa médicéenne de Poggio a Caiano, en Toscane, et y réalisa la fresque de Vertumne et Pomone l'une de ses œuvres maîtresses. Son portrait posthume de Cosme l'Ancien commandé par Ottaviano de Médicis témoigne encore de la confiance accordée à Pontormo par la famille princière. La décennie 1520 abonde d'ailleurs en chefs-d'œuvre, avec, entre autres, dans l'église Santa Felicita, les fresques de la chapelle Capponi, qui sont à l'origine même du choc esthétique éprouvé par Clapp au début du XXe siècle.

Malheureusement, la période allant de 1530 à 1556 – année de sa mort – reste relativement méconnue : très peu d'œuvres ont survécu à l'usure du temps, et toutes furent dénigrées par Vasari qui reprochait à Pontormo sa fascination pour Dürer et les écoles du Nord. Son oubli puis sa redécouverte contribua à associer le grand peintre de la bella maniera au mythe moderne de l'artiste maudit et incompris, d'autant que Pontormo avait aussi l'étonnante particularité pour son temps de tenir un journal intime, qu'on retrouva, dit-on, étrangement muré derrière les fresques qu'il avait réalisées pour la chapelle axiale de l'église San Lorenzo à Florence.
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