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Balthus, roi des chats
Un maître du XXe siècle
Peintre de l'enfance et de l'adolescence, d'un monde immobile et insaisissable où tout semble s'être déjà joué en notre absence, Balthus – alias Balthasar Klossovski de Rola – est né à Paris en 1908, le 29 février d'une année bissextile. Marqué du sceau du destin, il entretient ainsi dès l'origine un rapport singulier au temps, qu'il tente d'étirer ou encore de retenir, dans l'effort désespéré de conserver à l'existence sa pureté, son innocence première.

Habitée de miroirs, de fenêtres, de chats, de figures impassibles ou saisies de dos, sa peinture énigmatique est dominée par la présence de jeunes filles dénudées, à peine pubères, troublantes dans leur abandon comme dans leur indifférence au spectateur. Car leur beauté vibrante – si elle est révélée – n'est pas offerte pour autant, et ne demeure sur la toile que parce qu'on ne saurait en percer véritablement le mystère. Aux yeux de Balthus, ces corps alanguis et endormis sont « des anges, des apparitions » : « Les gens pensent que c'est de l'érotisme. C'est parfaitement absurde. Ma peinture est essentiellement et profondément religieuse. » En même temps, il veut « déclarer au grand jour, avec sincérité et émotion, tout le tragique palpitant d'un drame de la chair, proclamer à grands cris les lois inébranlables de l'instinct ».

Souvent incompris, Balthus traversera le XXe siècle sans adhérer à aucune de ses avant-gardes, mais défendra plutôt son attachement au métier, à la notion d'artisan inscrite dans la grande tradition européenne de l'art, celle de Pierro della Francesca, Masaccio, Masolino, mais encore de Poussin, de David, de Courbet, comme de Derain. Indifférent à toute critique, mais « guidé par une nécessité intérieure », il atteindra de son vivant la gloire, tout en tournant résolument le dos à la modernité.

Tant de fées au berceau

Balthus est le second enfant du comte Erich Klossowski de Rola – un Allemand d'origine polonaise – et d'Elisabeth Dorothea Spiro, dite « Baladine », née elle-même en Silésie. Tous deux sont peintres et initieront les premiers leur fils à la connaissance des maîtres anciens. Contraints de quitter la France au début de la première guerre mondiale, les époux déménageront à Berlin, puis à Zurich et à Mélide, dans le canton du Tessin. Mais suite à leur séparation, en 1917, Baladine s'installe avec ses fils simultanément à Genève et à Béatenberg, dont elle fait sa résidence d'été, au-dessus du lac de Thoune. Elle ne tarde pas à y devenir la maîtresse passionnée du poète Rainer Maria Rilke, qui jouera un rôle immense dans la vocation artistique du jeune Balthus. Témoin du talent et de l'étonnante maturité de celui qui voulait « rester toujours un enfant », il préface et fait éditer Mitsou, une plaquette racontant, à travers quarante dessins à l'encre de Chine, l'histoire du chat disparu de l'artiste en herbe, âgé alors de seulement treize ans. Jusqu'en 1926, année de sa mort, Rilke demeurera ainsi pour Balthus une figure tutélaire et protectrice qui l'encouragera à « maintenir à jamais ce qui disparaît déjà ». Dans le cercle familial des intimes, on compte aussi André Gide, Pierre Jean Jouve, Ker-Xavier Roussel et, surtout, Pierre Bonnard, qui lui déconseille de s'inscrire dans une école d'art, car « il y perdrait quelque chose ». A la fin de sa vie, Balthus confiera ainsi : « J'ai appris mon métier comme on apprend à parler : en essayant de faire comme font les autres. »

Les années parisiennes

Revenu à Paris dès 1924, Balthus ne suit d'ailleurs que peu de temps les cours de l'académie de la Grande Chaumière, mais préfère faire ses classes au musée du Louvre, en pratiquant assidûment la copie. Ses maîtres sont Poussin, David, Ingres et Courbet. Il est aussi fasciné par les tableaux de Cézanne et de Seurat. Le temps d'un voyage en Italie, il découvre à Arezzo Piero della Francesca et, à Florence, Masaccio et Masolino, dont les fresques le marquent à jamais. De retour à Paris, il s'en inspire pour réaliser de nombreuses scènes urbaines, apparentées à de véritables paysages, et dans lesquelles il privilégie déjà les aplats mats, qui concourent au mystère fantomatique de la toile, mais aussi la touche claire, vive et grumeleuse, qui suggère la présence et le mouvement. A la même époque le Portrait d'Hedwig Müller, trahit aussi l'influence, parfaitement assimilée, de Bonnard.

Peu à peu, Balthus façonne son propre langage pictural, singulier, souvent inquiétant comme dans La Rue, réalisée dès 1933, et dont les personnages demeurent opaques et impénétrables, fondamentalement seuls. L'œuvre est exposée en 1934 à la galerie Pierre en même temps que La Toilette de Cathy et La Leçon de guitare, inspirée en partie du Marat de David, et dont l'érotisme cruel, teinté de sadisme, fait scandale tout en attirant l'attention des surréalistes. Mais leur « manière » paraît « plein de trucages et d'effets détestables » à Balthus qui s'en démarque et revendique plutôt l'influence de Derain, qui, à l'opposé de ces derniers, prône le retour à la figuration et à la tradition. Ses véritables amis et compagnons de route sont alors Antonin Artaud et Alberto Giacometti. En 1937, il épouse son premier grand amour, Antoinette de Watteville, représentée dans La Montagne, au centre, comme il l'indique, « de cet immense paysage affectif de ma jeunesse ardente ». Elle lui donnera deux enfants : Stanislas et Thaddée.

D'ermitage en ermitage : un solitaire cosmopolite

Enrôlé en 1939, dans l'armée française, il est grièvement blessé dans la Sarre et n'arrive plus à peindre pendant une longue période : « Mais même sans toucher la toile et les pinceaux, j'ai quand même continué à cultiver ce que l'on pourrait appeler une vie picturale intérieure. » Il se retire en Suisse, et vit successivement à Berne, Fribourg et Genève, où il achève Les Beaux Jours, ceux d'une adolescente alanguie devant son miroir, le bras ballant et les jambes ouvertes, tandis qu'un jeune homme attise le feu dans l'âtre. Il est de retour à Paris de 1946 à 1953, période durant laquelle il réalise Le Passage du commerce Saint-André et La Chambre. Mais le besoin de recueillement, au sein d'une nature bienveillante, se fait sentir à nouveau et le conduit à s'installer au château de Chassy dans le Morvan. Paradoxalement, ce temps de retrait est aussi celui de la consécration définitive avec, en 1956, une exposition au MoMA de New York.

S'ouvre alors une période d'intense activité grâce à sa nomination par André Malraux à la villa Médicis, qu'il dirigera de 1961 à 1977, le temps de la rénover de fond en comble. En 1967, il épouse Setsuko Ideta, rencontrée au Japon lors d'une mission culturelle, et qui donnera naissance à leur fille Harumi ou « fleur de printemps ». Les vingt-quatre dernières années de sa vie, Balthus choisit à nouveau de demeurer en marge du monde et élit définitivement domicile en Suisse, dans le grand chalet de Rossinière. Partout reconnu et admiré, il voit les expositions se multiplier à Venise, Paris, New York et Kyoto avant de s'éteindre près des siens, au sommet de sa « montagne magique », le 18 février 2001.
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