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La plus grande des Cyclades est souvent appelée la petite Sicile. Sa superficie (442 km²), considérable par rapports aux autres îles, fait qu'on parvient à y oublier la mer, tant sont fertiles et riantes les vallées intérieures, paysages rares dans l'archipel égéen. Du reste, l'île est couverte de citronniers, d'orangers, d'oliviers et de figuiers, ce qui ne peut que renforcer la parenté avec sa grande sœur italienne. L'histoire y a laissé de nombreuses tarces : temples antiques, semis d'églises byzantines, villages aux rues pavées de marbre où le temps semble être suspendu…

Le fruit d'une histoire dense

Peuplée dès le néolithique, Naxos fut un important foyer de la civilisation cycladique et connut un essor spectaculaire au Ier millénaire av. J.-C. Elle participe à la grande vague de colonisation grecque en Méditerranée, en fondant la ville de Naxos, en...Sicile ! Ses tentations hégémoniques sur le monde égéen la poussent à offrir au sanctuaire de Delphes des ex-votos prestigieux, comme le fameux sphinx qui couronnait la colonne offerte par l'île à Apollon. En effet l'île est riche, grâce à son marbre, qui, s'il n'atteint pas la renommée de celui de Paros, n'en reste pas moins d'une qualité exceptionnelle, et grâce à ses gisement d'émeri, qui permettent précisément de donner à ce marbre un poli inimitable. Confortablement installée dans l'orbite d'Athènes, Naxos passe sans encombre de l'Antiquité au Moyen Âge, quand l'île connaît un second apogée. Les Byzantins, en la couvrant d'églises, lui conférent le titre de Petite Mystra, avant que les Francs ne l'érigent en duché et que, dès 1204, les Vénitiens n'en fassent un précieux relais vers leur possession chypriote. Même quand les Ottomans boutent Venise hors de l'Egée au XVIe siècle, Naxos ne périclite pas, bénéficiant alors d'une large autonomie.

Naxos, capitale de poche

C'est elle que l'on découvre de loin quand le bateau se met en approche de l'île. Naxos, la capitale, est une pittoresque cité maritime où Venise a laissé plus d'une empreinte. Ses quais sont toujours animés, par les touristes qui embarquent ou débarquent, et les Naxiens qui s'y pressent pour boire un café ou un ouzo, selon l'heure, discuter du temps qu'il fait ou qu'il fera, des nouvelles politiques et de la vie de tous les jours. Des venelles mènent jusqu'à la citadelle vénitienne, dont les murs imposants dominent le flot de maisons blanches qui dégringole jusqu'à la mer. Mais le symbole de la capitale, la carte postale de Naxos, c'est un îlot relié au rivage par une étroite chaussée. Il émerge du paysage alentour grâce à la porte colossale qui signale l'emplacement du temple d'Apollon, édifié au VIe siècle. Le temple lui-même n'est plus qu'une trace au sol, mais cette entrée monumentale, comme posée entre mer et ciel, ne laisse pas de séduire, son site original offrant une vue superbe sur le bourg, la mer et les montagnes en arrière plan.

Marie la rafraîchissante...

C'est, littéralement, l'épithète qui traduit le mieux le nom d'une des plus belles églises byzantines de Naxos, la Panaghia Drossiani. Pour faire cesser la sécheresse qui était endémique sur l'île, les paysans avaient coutume de promener en procession les icônes de l'église jusqu'au rivage, pourtant distant de plusieurs kilomètres, afin de les asperger d'eau, provoquant, rapporte-t-on, le miracle d'une pluie instantanée, abondante et fertilisante. Nichée dans une oliveraie et précédée d’une allée de cyprès, c’est une toute petite église rebâtie aux IXe-Xe s., en pierres rugueuses. On commence par en faire le tour, pour apprécier les volumes des absidioles et des toits, que percent de rares ouvertures. A l'intérieur, il faut un certain temps pour que les yeux s’habituent peu à peu à la pénombre, découvrant des fresques très anciennes dans les voûtes absidiales. Ces fresques sont des survivantes quasi miraculées car elles datent de la première fondation de l'église, au VIIe siècle, et ont ainsi échappé à la furie des iconoclastes, qui sévirent dans tout le monde byzantin au siècle suivant. Dans la coupole centrale, deux Christ se font face, l’un barbu, homme incarné, l’autre imberbe, divin, représentant ainsi les deux natures du fils de Dieu, telles qu'elles furent définies au terme d'âpres querelles christologiques. Dans une voûte latérale, une très belle vierge s’épanouit en douceur, portant sur sa poitrine un cercle à l'effigie de Jésus. L'ensemble irradie une émotion profonde, née d'une prenante simplicité.

Et Abondance de fleurs...

Apeiranthos, dont le nom signifie "Abondance de fleurs", le plus beau village de Naxos domine l'intérieur de l'île. La large rue principale qui lui sert d'épine dorsale est pavée du marbre local, scintillant sous le soleil ou luisant sous les rares ondées. Étrange impression que de glisser sur ce long ruban poli comme un miroir par des millions de pas, entre les façades de maisons blasonnées du lion de Saint-Marc. Il mène jusqu'à une placette ombragée, où une noble demeure sert de refuge à une boutique d'antiquités qui étale ses trésors sur les marches donnant accès à un antre sombre et mystérieux. En chemin, on découvre un jardin préservé derrière un mur de pierre où des lézards se chauffent au soleil, un chat qui paresse à l'ombre d'une treille, une dame vénérable, noire silhouette toute en contraste avec l'atmosphère éblouissante, qui nous salue d'un « kalimera » hospitalier. Et tout le charme de la Grèce opère en un instant...

Le temps de rejoindre le rivage et, déjà, le bateau s'éloigne, longeant une ligne d'impressionnantes falaises qui seront l'ultime vision que nous emporterons de Naxos. Alors nous reviendrons peut-être en mémoire les vers de Racine, pleurant sur le destin malheureux d'Ariane, abandonnée par Thésée à Naxos :

« Ariane, ma sœur ! De quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissées ! »
 

 
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