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L'église Narga Sellassé
Le choix de la reine et la concurrence des monastères du lac Tana
Le choix d’un îlot sauvage au cœur du lac Tana

L’Histoire de Narga, conservée aujourd’hui en plusieurs exemplaires à Narga même, mais aussi dans les bibliothèques de Paris et de Berlin, relate la fondation d’une grande église royale par la reine Mentewwab sur le petit îlot de Narga au cœur du lac Tana. Elle raconte comment Mentewwab et son fils, le roi Iyasu II (1730-1755), devisaient, se demandant comment rendre grâce à Dieu des bienfaits qu’il leur avait accordés et comment la reine décida de lui construire une nouvelle église. En cette huitième année du règne de Iyasu, alors âgé d’une quinzaine d’années, la capitale de son royaume, Gondar, était agitée de troubles violents qui retenaient l’attention du souverain. La reine quitta alors la ville seule pour trouver le lieu adéquat pour son nouveau projet. Elle longea la rive occidentale du lac traversant la région mal connue du Qwara, un itinéraire tout à fait inhabituel pour les souverains sauf pour cette reine qui en était originaire. Elle parvint au sud du lac, passa la péninsule de Zagué jusqu’à l’endroit où le petit Abbay se jette dans le lac. De là, regardant vers le nord, elle se rendit en tankwa, ou pirogue de papyrus, sur l’un des petits îlots centraux, inhabités, conduite par les anges – dit le texte – comme ceux-ci auraient guidé au XIVe siècle son père spirituel, le saint moine éthiopien Ewostatewos, à travers la Méditerranée vers sa destination ultime, l’Arménie. Arrivée à Narga, elle ordonna aux charpentiers et aux maçons de construire une église en l’honneur de la Trinité (Sellassé).

Concurrences entre les monastères

Le texte fait allusion à la consécration de l’église, mais décrit surtout longuement sa dotation en terres, objets liturgiques, ornements et livres. Les souverains confièrent les offices religieux de l’église à des prêtres et des moines du courant religieux eustathéen qu’ils soutenaient et, de manière générale, attribuèrent les revenus des terres données à l’église aux membres de la famille élargie de même qu’à leurs alliés. Mais ces nouvelles répartitions foncières spolièrent en partie le monastère voisin de Daga Estifanos qui n’eut de cesse dans les décennies qui suivirent d’essayer de récupérer les terres de la grande île centrale de Daq, se présentant comme le cimetière des rois et arguant d’abriter la dépouille du grand roi du XVe siècle, Zara Yaqob, pour retrouver la faveur royale après la mort de Mentewwab.
Si la fondation d’une église permet donc des redistributions foncières à une large échelle, celle de Narga montre aussi comment le parti de la reine Mentewwab s’implanta dans un lieu, le lac Tana, occupé par des monastères anciens tenants d’une doctrine et d’une politique religieuse concurrente, pour contrebalancer leur pouvoir. La reine tenta ainsi d’étendre son emprise sur cette région tout en y enracinant la légitimité de son pouvoir, elle qui n’était reine que par la décision de son fils et n’exerçait qu’une régence de fait. La concurrence entre les églises des îles du lac Tana était donc tout autant économique que symbolique.

La construction de l’ensemble ecclésial (1737-1747 ?)

Si la première pierre fut posée pendant l’année 1737-1738, la construction s’échelonna sur plusieurs années et la consécration n’eut pas lieu avant 1745. La reine elle-même ne sembla pas retourner sur place avant 1747. Elle confia en tout cas le projet à des proches et le chantier fut mené par un certain Atsma Giyorgis dit « Teku ».
L’église, de plan circulaire, construite de pierres de taille maçonnées, restaurée au cours du XXe siècle, est située au centre d’une enceinte de pierres sèches ponctuée de plusieurs tours. Aujourd’hui en ruine, un bâtiment plus important, dans l’enceinte-même, a sans doute servi d’habitation pour les desservants de l’église tout autant que de trésor. L’une des tours aurait servi de cachot et, de fait, les chroniques des rois de Gondar mentionnent à l’occasion le rôle de prison des îles du lac. Il s’agit d’une église de très grande taille (25 mètres de diamètre), même si ses dimensions sont standard pour une église royale de cette époque. En revanche, le dispositif de soutènement du toit conique a évolué depuis le XVIIe siècle, par rapport à l’église de Kebran Gabriel – par exemple – sur un îlot au sud du lac : les piliers intermédiaires ne sont plus nécessaires, ce qui dégage l’espace intérieur.

La copie de l’église de Qwesqwam à Gondar

L’église de Qwesqwam à Gondar, fondée par cette même reine quelques années auparavant, a servi de modèle à plus d’un titre pour la construction de Narga Sellassé. Toutefois, les matériaux choisis ici sont plus simples : à Qwesqwam, la décoration de l’église s’était faite par l’incrustation de matériaux, tels des carreaux de faïence hollandais, qui sont à Narga reproduits en peinture. Les peintres qui travaillent à Narga utilisèrent aussi différents livres de gravures européens pour renouveler l’illustration de la vie et de la Passion du Christ.

Si cette fondation royale semble perdre assez vite sa prééminence foncière après la mort de Mentewwab dans la décennie 1770, l’église sert ensuite de modèle pour la décoration des églises de la région, et, notamment, pour celles de la péninsule de Zagé, tout au long du XIXe et au début du XXe siècle.
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