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Le triptyque du Colporteur de Bosch
L'exposition du cinquième centenaire de Jérôme Bosch (1450-1516) rend hommage à un artiste qui connut, dès son époque, un succès exceptionnel, mais dont il ne nous reste qu'une vingtaine de panneaux peints et autant de dessins. Toutes ses œuvres répondaient à des préoccupations religieuses, qu'il s'agisse de commandes de particuliers ou d'institutions ecclésiastiques. A l'origine destinées au culte ou à la dévotion personnelle, elles firent bientôt l'objet d'une admiration esthétique, et les collectionneurs, cédant à ce que Daniel Arasse appelait « le plaisir coupable du dépeçage », n'hésitèrent pas à séparer, scier, raccourcir et recadrer les morceaux des retables pour en faire des « tableaux ». Ce fut notamment le cas du triptyque du Colporteur dont les parties subsistantes, bien que dispersées à travers le monde, furent peu à peu identifiées comme appartenant au même retable et qui sont réunies exceptionnellement à l’occasion de cette exposition. Comme on retrouve le personnage du colporteur sur les volets extérieurs d'une autre œuvre de Jérôme Bosch, Le Chariot de foin, qui nous est intégralement parvenue, certains spécialistes ont fait l'hypothèse que le thème du panneau central était peut-être identique, mais cela reste hypothétique : Jérôme Bosch a plus d'une fois réutilisé dans des tableaux très différents des figures ou des motifs particulièrement réussis qu'il fait ainsi entrer dans son répertoire.

Le retable fermé : le colporteur
Ce panneau constitue l'un des trésors du musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam. A l’origine, il constituait les revers des volets gauche et droit qui s’ouvraient dans l’axe du cercle. Ils ont été sciés dans l'épaisseur pour les désolidariser de l'autre face du volet. Durant les jours ordinaires, sans fête liturgique particulière, c'est donc cette image que proposait le retable au regard des fidèles : un colporteur ou un vagabond ? Il porte à la ceinture une bourse garnie et un poignard, une patte de chevreuil dépasse de son habit. Sur son dos, une hotte d’osier où sont accrochées une cuillère en bois et une peau de chat, ce qui peut laisser croire qu’il colporte des chapeaux, d’autant qu’il en a un à la main dans lequel est piqué un outil de chapelier.
Il tient en respect avec son bâton un chien qui veut le mordre. Son manteau est effrangé, son pantalon est déchiré et il a un pansement de fortune à la jambe gauche. Il n’est pas nu-pieds, mais porte une bottine à la jambe droite et une pantoufle à la jambe blessée.
Il est sur le point de quitter la cour d’une auberge délabrée, au toit percé, aux vitres brisées, sur le seuil de laquelle un soldat importune une servante. Il jette un regard en arrière, mais marche vers la barrière qu’il doit franchir pour quitter le lieu. Au-delà de la barrière, un bœuf est couché sur le chemin.
L’originalité de Bosch réside ici dans le choix de mettre en vedette un homme du peuple, à cette échelle, dans ce rôle et avec une aussi grande qualité picturale. L’ensemble est une magnifique harmonie de gris et de bruns raffinés où se détache sur l’horizon le portrait soigné d’un homme émacié, au regard inquiet, aux cheveux blancs. Il porte une barbe de trois jours et des mèches s’échappent de son chaperon troué. Perchée dans l’arbre au-dessus de lui, une chouette, animal de prédilection de Bosch, le regarde.
L’interprétation du tableau comme Le Retour du fils prodigue quittant l'auberge où il gardait les pourceaux avant de retourner chez son père est maintenant écartée par les spécialistes. Le sens le plus communément admis est celui du voyageur sur le chemin de la vie, c’est-à-dire la destinée de l’homme confronté à ses choix.

Le volet gauche : luxure, musique et gourmandise
Ce volet comprend deux fragments : La Nef des fous (du musée du Louvre) et l’Allégorie de la Débauche de la Yale University Art Gallery de New Haven. Leur appartenance originelle au même panneau ne fait aucun doute, car ils se raccordent parfaitement ainsi qu'en témoigne le bout de l'entonnoir pointant du tableau du dessous vers le bord inférieur de La Nef des fous.
Ces illustrations de la luxure et de la gourmandise toujours associées à la musique sont un des thèmes majeurs de l'œuvre de Bosch qui fait ici référence explicitement à La Nef des fous du Strasbourgeois Sébastien Brant, publié en 1494. Ce texte satirique eut un immense succès, tout comme L’Eloge de la Folie d’Erasme (publié en 1511) qui dénonçait surtout, au-delà du péché, l’incohérence des actions humaines. Dans cette optique, rappelons l'ambiguïté du personnage du bouffon, que nous voyons ici perché dans l'arbre, car la vérité sort de sa bouche, de même qu’elle parle, chez Erasme, par la bouche de dame Folie.
La mise en scène est, comme toujours chez Jérôme Bosch, extrêmement dynamique, ici dans une veine de comique populaire faisant allusion aux fêtes villageoises. On voit, au premier plan, un vêtement, une chemise, des chapeaux, une ceinture et des pantoufles qui ont été abandonnés par le couple qui s’est retiré dans la tente.
Dans l’eau, un homme nage avec un pâté de canard sur la tête, d’autres essaient de monter dans la barque ou poussent un tonneau sur lequel un gros homme à califourchon, un entonnoir en couvre-chef, souffle dans une trompe. Il participe ainsi au concert qui se déroule dans la barque où sont entassés dix personnages. Trois d’entre eux, dont une nonne qui joue du luth et un moine, essaient de mordre dans une sorte de jambon suspendu à une corde. Une femme s’apprête à remplir une cruche. Un homme vomit par dessus bord en s’agrippant à un arbre qui semble pousser dans la barque. Le mât de la barque fait office de mât de cocagne et un homme se propose de décrocher le poulet qui est à son sommet.
A la proue, un poisson ensanglanté est suspendu à une branche. Grimpé un peu plus haut, un bouffon, reconnaissable à son costume et à sa marotte sur l’épaule, tourne le dos à la scène et regarde le poisson.

Volet droit : la mort de l’avare
Ce panneau est actuellement à la National Gallery of Art de Washington. Il est impressionnant par son originalité graphique, Bosch ayant utilisé une palette de bruns et rouges sourds où, avec une grande liberté, il laisse transparaître les hachures du dessin sous-jacent.
Le thème de l'ensemble du retable était sans doute les péchés capitaux et, si l'on ignore ce que représentait le panneau central, le dernier que Bosch a représenté est l'avarice ou, plutôt, comme il le fait souvent pour illustrer ce thème, l'amour de l'argent.
La composition verticale est inscrite dans une vue en perspective du palais de l’avare à travers une haute porte en arc brisé entre deux colonnes. Les différents plans du tableau évoquent plusieurs épisodes de sa vie. Devant le seuil du palais, une nature morte représentant casque, lance, épée, bouclier et gantelet, illustre la carrière passée du futur défunt. Sur le seuil de marbre, sont jetés son pourpoint brodé et son élégant manteau désormais inutiles. Un petit démon philosophe et pensif s’y accoude pour méditer sans doute sur la vanité de la gloire.
A l’intérieur de la chambre, le vieillard, courbé par l’âge, continue, à la grande joie des démons qui l’aident, à remplir son coffre. Il porte à la ceinture un chapelet avec une croix et l’énorme clé du coffre. Au troisième plan, il est assis sur son lit de mort à l’heure dernière.
La Mort entre dans la chambre, prête à le transpercer de sa flèche. Il a encore le choix entre Salut et damnation. Un ange, agenouillé près de lui, montre en haut du mur le crucifix suspendu devant une fenêtre qui lance vers lui ses rayons lumineux. Mais il a la main tendue vers un dernier sac d’or que lui offre un démon, encouragé par son compère perché en haut du baldaquin. Celui-ci porte une torche où brûle le feu infernal qui s’oppose à la lumière émanant de la fenêtre.


Cinq « tableaux » qui ne seront plus réunis de sitôt et où s'exprime dans toute sa variété le génie de Jérôme Bosch : une raison supplémentaire de se rendre à Madrid pour visiter l'exposition du cinquième centenaire.
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