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Cuenca
Une cité coloniale de la Nouvelle Grenade
Troisième ville de l'Equateur par sa population de 450 000 habitants, chef-lieu de la province d'Azuay, Cuenca, fondée en 1557 par les conquistadores espagnols, est l'héritière de la seconde capitale de l'Empire inca. Située sur l'altiplano andin, à 300 kilomètres au sud de Quito et à 2 500 mètres d'altitude, elle est considérée, du fait de son riche héritage architectural contemporain de l'époque coloniale, comme la plus belle cité du pays, ce qui lui a valu, en 1999, d'être classée par l'Unesco dans le patrimoine mondial de l'humanité.

Un passé plus que millénaire

L'histoire de la ville remonte à une époque très lointaine. Née au creux d'une large vallée traversée par quatre rivières – ce qui lui a valu son nom de « cuenca » désignant en castillan un bassin drainé par des cours d'eau –, Santa Ana de los Cuatro Rios de Cuenca est installée dans un admirable décor naturel et bénéficie, du fait de l'altitude, d'un climat particulièrement favorable, loin de la chaleur étouffante des basses terres de la côte pacifique ou du bassin amazonien.

Le lieu fut occupé à l'origine par un village canari nommé Guapondeleg – ce qui signifie « terre aussi grande que le Paradis » – dont les vestiges identifiés remontent au VIe siècle de notre ère. L'agglomération établie là fut ensuite soumise par les Incas qui baptisèrent l'endroit Tumi Pampa, « la plaine du couteau », nom hispanisé ultérieurement en Tomebamba. Les conquérants voulurent transformer la ville en une deuxième Cuzco, en faire une capitale-bis de leur empire. L'Inca Tupac Yupanqui y fit, dans cette intention, édifier de nombreux monuments, et son fils Huayna Capac y résida, dans un palais nommé Puma Punku, la « porte du Puma » que les Espagnols rebaptisèrent Pumapungo.

C'est en 1532 qu'apparaissent les conquistadores, en la personne de Sébastien de Belalcazar qui, parti de la côte péruvienne, s'avançait vers Quito. Il s'arrête à Tumi Pampa pour y conclure, contre les Incas de Quito, une alliance avec les autochtones canaris, mais ce n'est que vingt-cinq ans plus tard que les Espagnols Diego Hurtado de Mendoza et Gil Ramirez Davalos fondent la ville coloniale qu'ils baptisent de son nom actuel.

Un patrimoine précolombien ramené au jour

Ruinée lors de la conquête, la ville indienne sombra dans l'oubli, mais l'un des chroniqueurs de la Conquista, Pedro Cieza de Leon, en a donné une description qui suggérait ce qu'avait pu être sa richesse : « Le temple du Soleil était fait de pierres assemblées avec l'art le plus ingénieux, les unes grandes, noires et rugueuses, les autres d'une roche semblable au jaspe... Nombre de façades étaient belles et richement décorées, incrustées d'émeraudes et autres pierres précieuses ; les murs du temple du Soleil et des palais des seigneurs incas étaient recouverts de feuilles d'or fin et ornés de nombreuses statues du même métal. » Une description qui avait de quoi susciter les rêves fous des chercheurs d'Eldorado...

Il ne reste presque rien de la splendeur passée de la cité précolombienne. Les ruines dites « de Todos los Santos », proches de la chapelle portant ce nom, témoignent cependant de ce que fut la ville en ces époques lointaines. Quelques modestes structures architecturales ont survécu et l'on a pu identifier des matériaux de réemploi qui, utilisés à l'époque coloniale, remontent en fait à la période antérieure. Les fouilles ont permis d'exhumer des céramiques contemporaines des XIVe et XVe siècles et il est probable que le sous-sol de la ville recèle encore de nombreux vestiges de ce type. Des tombeaux abritant, outre des squelettes, des objets d'or et d'argent ainsi que de la céramique ont été fouillés et le produit de ces recherches est conservé au musée de la Banque centrale. Ce même musée abrite également une collection originale, réunie par le père Crespi, un prêtre salésien du siècle dernier, qui a rassemblé de nombreux objets remontant à diverses époques, avec l'intention pour le moins surprenante de montrer que Cuenca avait été fondée par… des Phéniciens qui, après avoir traversé l'Atlantique, auraient remonté l'Amazone à la voile...

Le musée municipal Remigio Crespo Toral conserve pour sa part une riche collection de céramique et d'orfèvrerie remontant aux cultures canari et chordeleg, antérieures à la conquête inca.


Une ville coloniale de la Hispanidad

Comme toutes les villes du Nouveau Monde hispanique, Cuenca a été dotée de monuments qui manifestaient son intégration au nouvel espace religieux et culturel né de la conquête. La première pierre de la vieille cathédrale, dite aussi « Sagrario », a été posée dès 1557, l'année même de la fondation de la ville. On retiendra surtout de ce classique édifice colonial que le Français Charles-Marie de La Condamine (1701-1774) utilisa sa tour comme point de triangulation au cours de ses travaux de mesure de l'arc du méridien terrestre, engagés lors de l'expédition qui le conduisit au Pérou de 1735 à 1744.

Le XVIIe siècle avait vu se multiplier les fondations religieuses, tel le couvent de Las Conceptas, construit avec son cloître de 1682 à 1729 et transformé récemment en musée. Outre une riche série de pierres tombales du XVIIe siècle, on peut y découvrir une collection d'art religieux et, notamment, une admirable Nativité réalisée en argent et un retable de bois ciselé et doré à la feuille, œuvre du sculpteur Manuel Machina.

Cette époque nous a aussi laissé la belle façade de pierre sculptée du Carmel de l'Assomption. Fondé à la fin du XVIIe siècle, il abrite une chaire au décor luxuriant, alors que les murs du cloître sont décorés de fresques. L'essor de la cité fait que les sanctuaires de la période coloniale se révèlent, au XIXe siècle, trop petits pour accueillir les fidèles, ce qui entraîne la construction de la nouvelle cathédrale, mise en chantier à partir de 1880. Dédiée à l'Immaculée Conception de la Vierge, l'église, qui peut accueillir dix mille fidèles, marie heureusement les décors de marbre et l'albâtre des murs. De dimensions impressionnantes (42 m de largeur sur 105 m de hauteur), cette cathédrale de style néogothique devait être alors la plus grande d'Amérique du Sud, mais ce gigantisme mettait en cause l'équilibre général de l'édifice, qui ne fut jamais complètement terminé. Ce qui ne remet pas en cause la belle unité monumentale de cette ville équatorienne, dont la découverte demeure toujours une heureuse surprise pour le voyageur européen.
 

 
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