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Trogir
Bateau de pierre sur l'Adriatique
Qu'elle apparaisse progressivement depuis la mer, au rythme de l'avancée d'un navire de croisière, ou brusquement, à un détour de la route côtière qui relie Zadar à Split, Trogir fait émerger toujours la même impression. Celle d'une nef de pierre qui serait venue s'amarrer aux rivages escarpés de l'Adriatique. Telle l'ont voulue les hommes qui fortifièrent cet îlot minuscule, havre séculaire des nefs byzantines et vénitiennes, bien réelles celles-là.

Des pirates illyriens à la Croatie indépendante

Trogir est fondée au début du IIIe s. av. J.-C. par des colons grecs venus de l'île de Vis, l'antique Issa. La ville était alors connue sous le nom de Tragurion, l'île de la Chèvre. Rapidement, elle devient le repère de pirates illyriens que Rome mettra au pas avec beaucoup de mal. En 395, quand l'Empire romain, trop vaste, est définitivement scindé en deux à l'initiative de Théodose, elle appartient à l'Occident mais passe bientôt sous l'autorité des basileus de Constantinople. Trogir demeure byzantine jusqu'au Xe siècle, en dépit de l'installation des Slaves (Croates) dans les campagnes de l'arrière-pays. Jusqu'au XVe siècle, les souverains se succèdent : suzerains croates, byzantins de nouveau, puis rois de Hongrie et de Croatie. La ville jouit pourtant d'une large autonomie, élisant son propre gouvernement. Puis vient Venise qui la fait sienne de 1420 à 1797 ! Relais essentiel vers la Méditerranée, Trogir suit l'apogée puis le lent déclin de la Sérénissime, jusqu'au traité de Campo Formio qui la donne à l'Autriche. Napoléon en fait une base navale des Provinces illyriennes, éphémères entités qui disparaissent avec l'empereur. Autrichienne encore, puis Yougoslave de 1918 à 1991, la cité est aujourd'hui un des joyaux de la Dalmatie croate.

La cathédrale Saint-Laurent

La Porte de Terre ferme, au nom révélateur, constitue l'entrée monumentale de la vieille cité, massée sur son étroit îlot, baignée de toute part par les eaux limpides de l'Adriatique. Celles-ci semblent songer à caresser les pierres de la cathédrale, dédiée au martyr Laurent. C'est une merveille, bâtie du XIIIe au XVIIe siècle, longue période qui lui a fait arborer successivement les styles roman, gothique et Renaissance. Elle accueille le visiteur par un somptueux portail roman. Edifié à partir de 1240 par un architecte local, Radovan, il est orné de sculptures qui comptent parmi les plus grandes œuvres de la plastique médiévale. Les scènes représentées sont d'une étonnante diversité. On y trouve des sujets bibliques, comme Adam et Eve posés sur des lions, mais aussi, aux voussures, l'illustration de la vie du Christ, dominée par une impressionnante Crucifixion et une émouvante Nativité, avec rois mages et bergers. Certains morceaux s'inspirent de la vie quotidienne au Moyen Âge, décrivant les travaux des mois dans les campagnes. Au fond du porche d'entrée, le baptistère, du XVe siècle, est renommé pour ses voûtes à caissons sculptés. Alessio y a représenté saint Jérôme au désert, surnommé le « grand camée de Trogir » en raison de la curieuse polychromie naturelle de la pierre. Les trois nefs de la cathédrale regorgent d'ornements variés – ciborium, chaire, stalles gothiques –, mais tous, en dépit de leur qualité, sont éclipsés par la chapelle funéraire de saint Jean de Trogir. C'est le chef-d'œuvre incontesté de l'architecture et de la sculpture dalmate de la Renaissance. Ses auteurs, Nicolas le Florentin et Andrea Alessio, y ont travaillé une trentaine d'années, de 1468 à 1497. Son décor est tout en symboles. Au niveau inférieur des murs, de fausses portes entrebaillées laissent entrevoir des chérubins portant des torches, signe du passage de la vie à la mort. Plus haut, apôtres et saints représentent le niveau terrestre tandis que, au sommet de la voûte à caissons, la Vierge couronnée et le Christ Pantocrator dominent les sphères célestes. Tous gardent pieusement le sarcophage gothique de saint Jean de Trogir, beau morceau de bravoure en marbre rouge de l'artiste Jean le Dalmate. Le gisant du saint, évêque de la ville au XIe siècle, porte une mitre festonnée et est ganté d'argent : ultime magnificence proclamée par-delà la mort.

Murailles et ruelles

La cathédrale est sombre. Le contraste n'en est que plus violent quand on retrouve, au dehors, la lumière qui baigne la vieille ville. Au hasard des ruelles étroites, bordées de hautes façades portant blasons, on bute sur l'hôtel de ville, sur une loggia Renaissance adossée à un petit beffroi qui prend un air vénitien, plus loin sur diverses églises, de toutes les époques et de toutes les tailles, écrins discrets de tombeaux ouvragés. Inévitablement, on débouche soudain sur un quai veillé par une forteresse si petite qu'elle semble un château miniature, avec ses courtines et son chemin de ronde panoramique. De là, il ne reste plus qu'à suivre la ligne des remparts, de poterne en poterne, dans la blancheur des quais qu'effleurent les vaguelettes de la mer, dans le cri des mouettes et des goélands qui font écho aux sirènes rauques des navires croisant au large. Le charme médiéval et méditerranéen de Trogir n'en finit pas d'agir, restituant parfaitement l'ambiance des fières cités dalmates d'autrefois.
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CM 78 - 8 jours

Peuplés dès le IIe millénaire avant notre ère par les Illyriens, les rivages de l’Adriatique jouèrent à de nombreuses reprises le rôle de trait d’union entre les sphères culturelles occidentale et orientale ... Découvrir ce voyage
 

 
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