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Bellapaïs
L'abbaye de la paix
Fleuron gothique de Chypre, l'abbaye de Bellapaïs doit son nom à l'appellation «de la pais» en ancien français. Un simple regard sur les lieux suffit à l'expliquer. Située au cœur des montagnes de la partie nord de l'île, dressée sur un escarpement rocheux, sa majesté est soulignée par son environnement luxuriant d'oliviers, d'orangers et de caroubiers. Ce contraste tout chypriote charma comme tant d'autres l'écrivain Lawrence Durrell, vantant « la solennelle carcasse de l’abbaye, tel un grand navire venu mystérieusement s’échouer là, dans la verdure.» Mais c'est avec un autre naufrage que son histoire débuta.

L'héritage des croisés
En 1191, Chypre est byzantine depuis neuf siècles quand une tempête déroute sur ses côtes l’armée de Richard Cœur de Lion partie en croisade et navigant vers la Terre Sainte. Facilement conquise, l'île est cédée à l’ordre des Templiers puis à Guy de Lusignan, roi déchu de Jérusalem dont s'est emparé Saladin en 1187. Sous la domination de la dynastie franque, le royaume de Chypre prospère en devenant un avant-poste de l’Occident en Orient et une précieuse base de ravitaillement pour les armées de Terre Sainte. Mais pour en faire une authentique terre occidentale , il fallait y créer une Église latine qui devait coexister avec les institutions grecques en place. Deux premiers grands chantiers manifestent cette volonté : celui de la cathédrale de Nicosie et celui de l’abbaye de Bellapaïs.

Sous la tutelle des Lusignan
Le site de Bellapais, ancienne possession des évêques grecs de Kyrénia et vraisemblablement leur refuge lors des raids arabes des VIIe et VIIIe siècles, fut concédé en 1205 par le roi Hugues Ier à une communauté de chanoines réguliers de saint Augustin, réfugiés à Chypre après la chute de Jérusalem. Peu de temps après les religieux furent agrégés à l’ordre des Prémontrés. La forme de vie monastique des Prémontrés convenait particulièrement au contexte prévalant en Chypre : ces chanoines menaient une vie commune ayant valeur d’exemple, restant toutefois disponibles pour l’encadrement spirituel des fidèles. Leur formation théologique était capitale pour la terre de mission de l’Église latine que constituait alors l’île, où les fonctions paroissiales restaient à développer.
Dédiée à Sainte Marie de la Montagne, l'abbaye s’accroît sous la protection des Lusignan. Les différentes parties de l'édifice sont progressivement bâties entre le XIIIe et le XIVe siècle. Son rayonnement dépasse les rives de Chypre à partir de 1246, lorsqu'un riche chevalier lègue à l'abbaye un fragment de la vraie croix. Les pèlerins affluent alors pour vénérer la relique, passer quelques temps en retraite à Bellapaïs, sans oublier de lui faire un généreux don à la fin de leur séjour. Et pour consacrer le prestige de l'abbaye, Hugues III (1267 - 1284) accorde divers privilèges aux religieux, dont le droit pour l'abbé de porter non seulement la mitre mais aussi, insignes des princes, une épée et des éperons d’or.

Le raffinement gothique
Passée la porte fortifiée de l’entrée, l'abbaye se déploie en une gamme harmonieusement graduée de toutes les phases du style gothique. Premier bâtiment en date, l'église abbatiale est dominée par un clocher mur percé de quatre ouvertures. Constituée d'une abside, d'un transept non saillant et d'une courte nef à trois vaisseaux sur deux travées, la simplicité du plan et la sobriété de la silhouette de cet édifice de petites dimensions (long de 27m et haut de 11m) se réfère essentiellement à l’architecture cistercienne. Mais son toit en terrasse, comme celui des autres bâtiments, est une caractéristique des constructions de Terre Sainte. De plus son ossature du XIIIe siècle a été enrichie au cours des deux siècles suivants par l'ajout d'une chaire finement sculptée, de médaillons peints dans le chœur et son porche est orné de fresques italiennes du XVe siècle.
Construites pour l'essentiel sous le règne d'Hugues IV (1324-1359), les autres parties de l'édifice témoignent de l'enrichissement ornemental alors en vogue. Le réfectoire, considéré comme le joyau de l'abbaye, est aussi la pièce la mieux conservée. On y admire les blasons des Lusignan, de Jérusalem et de Chypre sculptés au-dessus de la porte, des voûtes intactes soutenues par sept colonnes, une chaire de pierre dure en saillie, mais aussi la vue imprenable sur la campagne et la mer qu'offrent ses six fenêtres ouvertes au nord. Dans le cloître, seules les arches de trois côtés sont encore debout. La salle capitulaire et le dortoir sont également délabrés, mais en dépit des dommages du temps, quelques détails insolites révèlent encore le raffinement d'une architecture parfois comparée à celle d'un palais. A l'entrée du cloître, un sarcophage romain en marbre sculpté datant de la fin du IIe siècle sert de lavabo. Dans la salle capitulaire, d'excentriques consoles représentent des sirènes, un singe et un chat dans le feuillage d'un poirier, ou encore une femme avec un chapelet. Son unique colonne en marbre provient vraisemblablement des ruines d’une église byzantine.

Après un premier pillage par les Génois en 1373, le XVe siècle et l'occupation vénitienne à partir de 1489 marquent le déclin matériel et moral de l'abbaye. Au moment de la conquête ottomane en 1570, la règle stricte des Prémontrés a pratiquement été abandonnée. Les moines sont alors définitivement chassés, et l'abbaye est cédée à l’église orthodoxe pour être utilisée jusqu'au début du XXe siècle comme église paroissiale du village qui a grandi autour d'elle.

Devant l'abbaye se trouve un vieil olivier appelé «arbre de la paresse». La tradition veut qu'il ôte à toute personne s'asseyant sous son ombre l’envie de travailler, si bien que les habitants de Bellapaïs passent pour les plus paresseux de l’île. Nul doute que ce sortilège ne tient pas seulement à l’arbre, mais aussi à la magie du lieu, imprégné par une tranquillité et une paix si puissantes qu'elles sont presque tangibles.
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CHY 31 - 8 jours

Chypre offre les charmes d’une île ensoleillée, dont les dieux eux-mêmes ont reconnu la beauté : Aphrodite n’a-t-elle pas choisi d’y naître de l’écume des flots ? Intégrée à la longue histoire du Proche ... Découvrir ce voyage
 

 
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