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Urumtsi
Au pied des Monts célestes
La porte de Dzoungarie
Dans les limites de son territoire actuel, le relief de la Chine peut schématiquement se diviser en trois zones majeures. Le Sud-Ouest est occupé par les hauts plateaux tibétains, frangés des chaînes de l'Himalaya, du Karakoram et des Kouen Loun, d'où descendent les trois grands fleuves, le Hoang Ho, le Yang Tsé et le Hsi Yang. Le cœur historique du pays, à l'est, est constitué de hautes collines, de plateaux lœssiques et de vastes plaines alluviales. En revanche, le Nord-Ouest est occupé par deux vastes bassins désertiques séparés par la chaîne des Tian Chan, les « Montagnes célestes », qui culmine à près de 7 500 mètres. Au sud, le bassin du Tarim est occupé par le désert de Takla Makan, tandis qu'au nord, entre les Tian Shan et la chaîne de l'Altaï, se trouve le bassin sédimentaire de Dzoungarie, plus froid et moins aride que les déserts de l'Ouest chinois, domaine de la steppe et des prairies chères aux peuples nomades. S'il s'ouvre à l'ouest vers l'Asie centrale par la vallée de l'Irtych, il ne communique à l'est vers le désert de Gobi, la dépression de Tourfan et, au-delà, vers le corridor du Kan Su et la vallée du fleuve Jaune, le Hoang Ho, que par un ensellement dans la chaîne des Tian Chan. Durant des millénaires, la « porte de Dzoungarie » fut le point de passage obligé des caravanes entre l'Asie centrale et les confins occidentaux de la Chine, la province actuelle du Sin Kiang. C'est en ce point stratégique s'il en est que fut fondée, en 1767, la ville de Dihua, aujourd'hui appelée Urumtsi, ou Urumqi, soit « belle pâture » en mongol.

L'Ouest barbare
Aujourd'hui partie intégrante de la république populaire de Chine, la province du Sin Kiang fut longtemps considérée par les Chinois comme une marge lointaine peuplée de « barbares » étrangers à la civilisation de l'empire du Milieu et toujours tentés de l'envahir. De fait, à la fin du Néolithique, la Dzoungarie était occupée par une population clairsemée de chasseurs cueilleurs et, éventuellement, d'agriculteurs d'oasis, organisés en petites alliances tribales. Ce ne fut qu'en 60 av. J.-C. que, pour la première fois, la Chine des Han s'aventura dans « l'Ouest barbare ». A cette époque, de relais en relais, la route des caravanes acheminait la soie vers Ta T'sin, le lointain occident de l'Empire romain. Pour contrôler ces échanges, mais aussi pour tenter d'empêcher les incursions des féroces Hioung Nou – nomades d'origine ouralo-altaïque, proches cousins des Huns qui menacèrent plus tard l'Empire romain déclinant –, les Han établirent le poste militaire de Wulei (aujourd'hui Luntai), à la limite du désert du Tarim et de la porte de Dzoungarie. Le déclin des Han, au IIe siècle, rendit la région aux peuples des steppes, majoritairement Ouïghours, mais ne remit pas en cause les contacts culturels : les bouddhistes y côtoyèrent les manichéens, puis les musulmans aussi bien que les chrétiens nestoriens. Au VIIe siècle, la dynastie Tang qui venait de restaurer le pouvoir impérial en Chine, reprit de manière éphémère le contrôle de la région et fonda, non loin d'Urumtsi, le comptoir caravanier de Luntai. Mais, en 751, les Tang subirent à la bataille de Talas une cinglante défaite face aux armées musulmanes composées d'Arabes, de Kazakhs, de Tibétains et d’Ouïgours.

L'intégration
A l'exception de l'époque où la dynastie des Yuan, héritière de Gengis Khan, domina, au XIIIe siècle, l'ensemble du territoire chinois et fit régner la « paix mongole » sur les routes d'Asie centrale, les territoires de l'Ouest appartinrent au royaume ouïghour du Turkestan oriental. Marquée par l'influence arabe, peuplée majoritairement par des populations turcophones dans les oasis ou d'origine tibétaine dans les steppes et, surtout, dominée par la religion musulmane, la région ne fut réintégrée dans l'Empire chinois que lors de la conquête mandchoue en 1759, et prit alors le nom de « nouvelle frontière », Sin Kiang en chinois. La résistance des tribus rebelles fut annihilée par l'installation d'un flot de colons musulmans loyalistes venus du Kan Su et de Chinois de souche han. Urumtsi devint la capitale de la nouvelle province et le centre majeur de commerce en Asie centrale. Son importance crut encore lorsque le passage de la porte de Dzoungarie devint l'enjeu de luttes d'influences entre les Russes et les Anglais, et son rôle stratégique n'échappa pas au nouveau régime communiste qui, dès1949, fit de gros efforts de mise en valeur de la région. La découverte d'importants gisements de pétrole puis de veines de charbon transforma Urumtsi en cité industrielle.

Aujourd'hui, la ville qui compte plus de deux millions d'habitants est devenue une cité très moderne dont les fleurons architecturaux sont le grand bazar du Sin Kiang et la mosquée tartare Yanghang. Comme toute grande métropole, ses habitants la désertent le week-end pour retrouver les majestueux sites naturels préservés dans les alentours, ainsi la verdoyante vallée du lac Céleste Tian Shi, dans les contreforts des Tian Chan, ou la montagne de Nanshan où les Kazakhs pratiquent encore la semi-transhumance et vivent sous la yourte.

Un monde multiethnique
L'afflux de la population han, en passe de supplanter le fond ethnique ouïgour, ne va pas toujours sans heurts, parfois violents, mais c'est lors de la visite du musée national du Sin Kiang qu'apparaît la foisonnante diversité qui fit la richesse culturelle des oasis de la Chine occidentale. A côté des salles ethnologiques qui retracent les modes de vie traditionnels des Ouïgours, des Kirghizes, des Hui musulmans ou des Shibo de Mandchourie, des objets de l'art des steppes, on peut aussi y voir des faïences « trois couleurs », des écrits bouddhiques de l'époque Tang et des textes nestoriens du VIIe siècle. Le plus passionnant réside surtout dans les corps momifiés que l'on rattache à la culture tokharienne, découverts à Loulan dans le bassin du Lop Nor et dans le bassin de Tourfan, et qui attestent de manière irréfutable la présence de peuples de type indo-européen dans le Sin Kiang au début de notre ère. Mais, la politique s'en mêlant, ces momies sont parfois présentées comme ouïgoures ou même chinoise han, quand leur visage, trop caractéristique, n'est pas simplement couvert d'un linceul...
 

 
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