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Les grandes périodes d'une histoire plurimillénaire
Jean-Pierre Corteggiani
Directeur des relations scientifiques de l'Institut français d'archéologie orientale

Nous remercions le journal Le Monde de nous avoir autorisé à publier cette chronologie égyptienne établie par Jean-Pierre Corteggiani, directeur des relations scientifiques de l'Institut français d'archéologie orientale.


Les Égyptiens anciens avaient mis au point un calendrier fondé sur des observations astronomiques, en particulier le lever héliaque de l'étoile Sothis, ce qui permit à nos astronomes modernes de déterminer avec précision quelques dates qui servent d'ancrage à la chronologie de l'Égypte ancienne.


Préhistoire (environ 120000 à 4000)


L'outillage lithique recueilli sur les terrasses qui dominent la vallée du Nil ou le Fayoum atteste que, pendant les phases successives du Paléolithique, jusque vers 5000, les premiers hommes qui vivaient dans la zone géographique qui allait devenir l'Égypte ont pratiqué la chasse, la pêche et la cueillette.
Avec
le Néolithique, environ vers 5000, apparaissent des sociétés qui, aussi bien dans le Sud (Badari, Nagada) que dans le Nord (Mérimdé, El-Omari, Fayoum), ont une économie productrice, maîtrisant l'agriculture céréalière tout autant que l'art de la vannerie ou du textile.

Époque pré et protodynastique (environ 4000 à 3000/ 2950)

Au quatrième millénaire avant notre ère, la population se développe et l'on voit apparaître les premières communautés urbaines ; c'est ce qu'on appelle la civilisation de Nagada, du nom d'un site de Haute-Égypte qui a livré un matériel funéraire abondant : celui-ci, par la forme et le décor des vases retrouvés dans les tombes, permet de distinguer deux phases distinctes de développement, le Nagada I ou Amratien (entre 4000 et 3600), caractérisé par une certaine abstraction géométrique, et le Nagada II ou Gerzéen (entre 3600 et 3200), reconnaissable, entre autres, par le réalisme des représentations d'animaux. Entre 3200 et 3000/2950, la période de Nagada III, que l'on qualifie de protodynastique, voit les balbutiements de l'écriture et l'apparition des premiers rois identifiables.


Époque thinite (environ 3000/2950 à 2635)


On appelle ainsi la période qui débute avec l'unification de l'Égypte et comprend les deux premières dynasties dont les rois, originaires de la ville de This, furent inhumés en Abydos. Qu'il faille identifier Ménès à Nârmer ou à Aha, la tradition fait du mythique fondateur de Memphis, le premier souverain de la première dynastie (de 3000/2950 à 2780), qui compte aussi les règnes de Djer, Djet, Den-ndjib, Semerkhet et Qaâ.
Une période de troubles et de violences accompagne l'apparition de la IIe dynastie (de 2780 à 2635), au cours de laquelle le pays a probablement été divisé en deux royaumes, certains rois régnant à Memphis, d'autres dans le Sud, avant qu'une nouvelle unification soit faite sous l'autorité de Khâsekhemouy. L'époque thinite, qualifiée à juste titre « d'adolescence du monde pharaonique », a vu se constituer un État puissamment centré sur la personne du roi.


Amcien Empire (environ 2635 à 2140)


Les quatre dynasties suivantes, qui totalisent un demi-millénaire, constituent ce qu'on appelle l'Ancien Empire, c'est-à-dire la première des trois grandes époques d'épanouissement de la civilisation égyptienne, qui atteint ici un de ses sommets.
De la IIIe dynastie (de 2635 à 2560), on retiendra surtout le nom de Djéser (2617-2599), dont l'immense complexe funéraire, construit par le fameux Imhotep à Saqqara, est le premier monument de pierre de l'histoire du monde.
La IVe dynastie (de 2560 à 2450) est celle de Chéops (2538-2516), de Chéphren (2509-2484) et de Mykérinos (2484-2467), constructeurs des grandes pyramides de Giza, qui, entourées des mastabas de fonctionnaires soigneusement rangés à leur pied, donnent une image parfaite de la société de l'époque, dominée par l'institution pharaonique.
C'est à partir de la Ve dynastie (2450 à 2320) qu'apparaît le titre de « fils de Rê », que tous les rois portent désormais devant leur second cartouche. Avec Pépi II (2241-2148), la VIe dynastie (2320 à 2140) connaît le plus long règne de l'histoire. Une femme, Nitokris (2148-2140), est le dernier pharaon de l'Ancien Empire.

Première période intermédiaire (environ 2140 à 2022)

On appelle ainsi la période marquée par de profonds troubles sociaux et politiques qui va de la chute de la VIe dynastie à la réunification de l'Égypte par Montouhotep II, vers 2022, dans la seconde moitié de la XIe dynastie.
Elle se divise en deux parties : la première comprend deux dynasties régnant depuis Memphis ; la seconde correspond à un partage du pays avec, dans le Nord, le royaume d'Héracléopolis, tandis que le Sud est sous l'autorité des monarques thébains.
Moyen Empire (environ 2022 à 1784)

La seconde grande période d'épanouissement de la civilisation égyptienne commence lorsque Montouhotep II, qui règne à Thèbes depuis déjà presque quarante ans, réunifie le pays vers 2022.
La puissante XIIe dynastie (1991 à 1784) fait de l'Égypte un pays prospère et bien administré depuis Licht, une nouvelle résidence royale, dont l'emplacement, entre le Fayoum et Memphis, a été choisi pour mieux gouverner la totalité du pays. C'est une époque de conquêtes, aussi bien vers la Nubie que vers la Syrie ou la Palestine. C'est aussi une époque qui brille par la perfection de ses arts (sobre élégance de l'architecture, technique éblouissante de l'orfèvrerie, force de la statuaire royale...) tout autant que par la qualité littéraire des écrits qu'elle a laissés : contes, sagesses, enseignements...


Deuxième période intermédiaire (environ 1784 à 1543)


La deuxième période intermédiaire débute par la conquête du delta puis de toute la partie nord de l'Égypte par les envahisseurs Hyksôs, venus du nord-est, dont la supériorité militaire repose essentiellement sur l'utilisation de chars de combat. Cette période comprend cinq dynasties, qui sont souvent parallèles. La lutte contre l'occupation hyksôs et la reconquête du pays restent les épisodes les mieux connus de cette époque confuse.


Nouvel Empire (environ 1543 à 1069)


Après l'expulsion des Hyksôs par Amosis, les XVIIIe, XIXe et XXe dynasties constituent le Nouvel Empire, la troisième de ces grandes époques de plénitude de la civilisation égyptienne.
La XVIIIe dynastie (1543 à 1292) compte plusieurs fortes personnalités : Hatchepsout (1479-1457), probablement la plus connue des femmes qui furent « rois » à part entière ; son neveu Thoutmosis III (1479-1424), qui mena dix-sept campagnes victorieuses en Asie et étendit sa domination jusqu'à la quatrième cataracte ; le fastueux Aménophis III (1387-1348) qui fut un des plus grands constructeurs de l'Égypte ; son fils, le mystique Akhenaton (1348-1331) à jamais célèbre pour sa réforme religieuse.
La XIXe dynastie (1292 à 1187) est dominée par le long règne de Ramsès II (1279-1213), qui lutte contre les Hittites, avec lesquels il signe le premier traité de l'histoire après la bataille de Qadech.
Tous les successeurs de Sethnakht, le fondateur de la XXe dynastie (1187 à 1069), portent le nom du grand roi de la dynastie précédente. Ramsès III (1185-1153) est le dernier grand pharaon du Nouvel Empire, et son règne est le plus long de la dynastie. De Ramsès IV (1153-1146) à Ramsès XI (1095-1069), l'autorité de l'État et le prestige des rois se dégradent et la dynastie se termine par la prise du pouvoir par Hérihor, le premier prophète d'Amon. 

Troisième période intermédiaire (environ 1069 à 664)

Comme les deux premières époques dites « intermédiaires », c'est une période de confusion et d'anarchie qui voit des dynasties parallèles régner dans un pays divisé.
Au cours de la XXIe dynastie (1069 à 945), le pouvoir est partagé entre des rois installés à Tanis et les grands prêtres thébains qui dominent le Sud.
La XXIIe dynastie bubastite (945 à 730) marque l'apogée de souverains d'origine libyenne, mais, à la mort d'Osorkon II (874-850), le pays connaît « l'anarchie libyenne » avec une nouvelle division du pays, la XXIIIe dynastie (808 à 715) régnant à Thèbes et plusieurs roitelets se disputant le pouvoir dans le delta, où la XXIVe dynastie (725 à 712) établit une principauté éphémère à Saïs.
La XXVe dynastie est dite « kouchite » ou « éthiopienne » (712 à 664), car elle est originaire de Napata, au Soudan. En 664, le sac de Thèbes par les Assyriens met un terme à cette dynastie étrangère.


Basse Époque (de 664 à 332)


L'expression s'applique mal à la XXVIe dynastie saïte (664 à 525), avec laquelle elle commence, puisqu'il s'agit au contraire d'une époque de « renaissance », pendant laquelle le pays connaît la paix et la prospérité économique.
Avec la conquête de l'Égypte par Cambyse, en 525, commence la première domination perse, qui constitue en fait la XXVIIe dynastie (525 à 404), car les rois perses, en particulier Darius Ier (522-485), se comportent comme de vrais pharaons et sont acceptés comme tels.
La XXVIIIe dynastie saïte, la XXIXe dynastie mendésienne (399-378) et la XXXe dynastie sébennytique (378-343) sont celles des derniers pharaons indigènes qui tentent de renouer avec un passé brillant, comme l'attestent les restaurations de temples et les magnifiques constructions entreprises par Nectanebo Ier et Nectanebo II, le dernier pharaon égyptien.
En 343, Artaxerxès III fait à nouveau de l'Égypte une satrapie ; à cause de cette seconde domination perse, parfois considérée comme une XXXIe dynastie, Alexandre le Grand sera accueilli en libérateur après sa victoire sur Darius III Codoman.


Époque ptolémaïque (de 332 à 30)


Elle dure trois siècles, entre la conquête de l'Égypte par Alexandre le Grand et la mort de Cléopâtre VII, après la victoire d'Octave à Actium.
On distingue la courte dynastie macédonienne et la dynastie lagide. C'est en 305 que le satrape Ptolémée, fils de Lagos, qui avait jusque-là administré le pays au nom d'Alexandre et de ses successeurs, monte sur le trône en prenant le nom de Ptolémée Sôter (le « sauveur »). Sous son règne et sous celui de son fils Ptolémée II Philadelphe (285-246), la civilisation grecque atteint son apogée en Égypte : c'est l'époque de la construction du Phare d'Alexandrie, pendant laquelle sont aussi fondés le Musée et la Bibliothèque, qui témoignent du rayonnement d'Alexandrie.
Comme les deux premiers rois de la dynastie, les autres Ptolémées seront à la fois des rois alexandrins, souvent en conflit avec les autres princes hellénistiques, et des pharaons, qui feront élever de nombreux temples, construits dans le plus pur style égyptien, comme Edfou, Philae ou Dendara. La dynastie s'achève avec le personnage shakespearien de la grande Cléopâtre, septième du nom.


Époque romaine (de 30 av. J.-C. à 395 ap. J.-C.)


Après la mort d'Antoine et de Cléopâtre, l'Égypte, envahie par les légions d'Octave, est intégrée à l'Empire romain. Comme les Ptolémées, les empereurs ceignent la double couronne des pharaons, achevant souvent la construction de temples commencés par leurs prédécesseurs.
Dans les dernières années du IVe siècle, les édits de Théodose interdisant le paganisme consacrent le triomphe du christianisme et, à la mort de l'empereur qui a imposé la fermeture des temples, l'Égypte est rattachée au monde chrétien de l'empire d'Orient, bien que certaines zones reculées du pays soient restées païennes jusqu'à la conquête arabe.



Époque byzantine (de 395 à 642)


Pendant les deux siècles et demi qui suivent la mort de Théodose, l'Égypte fait partie de l'Empire byzantin. Le pays est secoué par des querelles religieuses. Dans le dernier quart du VIe siècle, le regroupement des monophysites donne naissance à une église nationale, l'Église copte, mais à peine une soixantaine d'années plus tard, en 639, Amr fait un premier raid qui précède de très peu la conquête du pays par les armées arabes...

Jean-Pierre Corteggiani
Décembre 2005
 
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