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Le Rajasthan, "terre des rois"
Gérard Busquet
Diplômé de Sciences Politiques, ancien correspondant de l’AFP et du Figaro en Inde, accompagne des voyages pour Clio depuis 1994.

Entre le désert du Thar, le bassin du Gange et les steppes du Punjab, le Rajasthan est l'un des États les plus fascinants de l'Inde, avec ses citadelles et palais, ses clans de chevaliers qui descendraient du Soleil, de la Lune ou du Feu, avec ses arts raffinés et l'extraordinaire présence de son peuple… Laissons le soin à Gérard Busquet qui a consacré de nombreux ouvrages à l'Asie du Sud – citons notamment Le Ladakh et Les Aborigènes de l'Inde, mais aussi La Vie en Inde, écrit en collaboration avec Carisse Beaune.

Le Rajasthan est la « terre des rois », élite chevaleresque qui, à partir des VIe-VIIe siècles, donna à ce vaste territoire semi-désertique d'environ 400 000 kilomètres carrés une organisation sociale et politique particulière, un art et une architecture uniques en Inde. Ces Rajpoutes sont en fait les descendants des Huns Hephtalites et des populations aborigènes qui, de par leurs hauts faits de guerre, acquirent le rang de guerriers ou kshatriya, adoptèrent une organisation clanique complexe et dotèrent l'ouest de l'Inde de multiples palais-forteresses, les garh, dont chacun possède son originalité propre. Dès le XIIIe siècle, et jusqu'au milieu du XVIe siècle, le Rajasthan devint terre de résistance face au déferlement des armées musulmanes des Turcs, des Afghans puis des Moghols, devenant ainsi un bastion de l'hindouisme. Un art de cour fondé sur un strict code de l'honneur, un système patriarcal lié à un féodalisme encore très présent, mais aussi une tradition de la miniature qui se diversifia en autant d'écoles stylistiques que de fiefs caractérisent cette culture rajpoute. Le Rajasthan est une grande fresque médiévale inscrite dans la pierre et les arts plastiques.

Les citadelles du désert : Bikaner et Jaisalmer

Parmi la constellation de cités oasis qui émaillaient le grand désert du Thar, Bikaner, fondée en 1485 par Rao Bikaji, occupait une position prédominante car elle était située sur la route des caravanes menant de l'Inde du Nord aux riches ports du Goujerat. Le joyau architectural de Bikaner est le palais-forteresse de Junagarh qui occupe le centre de la ville. Ce fort massif était protégé par des douves et des hauts murs crénelés flanqués de trente-sept bastions. Construit par Rai Singh (1571-1611) puis embelli et agrandi par ses successeurs, il témoigne du raffinement de cette dynastie proche du pouvoir impérial moghol.

Ce palais est un véritable dédale de cours dallées, de galeries et de halls immenses, de pavillons et de temples. Après avoir franchi la Suraj Pol ou porte du Soleil, on accède par une longue rampe à éléphants aux appartements privés.

Les salles du Phool Mahal et Chandra Mahal – Palais des Fleurs et de la Lune – faisaient partie des anciens appartements de Rai Singh, ordonnés autour d'une grande cour de grès rouge. Elles furent redécorées un siècle plus tard par Anup Singh (1674-98) qui les orna d'entrelacs de motifs floraux et géométriques d'inspiration moghole.

Le Karan Mahal (1690), qui était la salle des audiences publiques, est orné de très jolies peintures exécutées sur plâtre. L'Anup Mahal et le Gaj Mahal, conçus par Gaj Singh au XVIIIe siècle, reflètent ce baroquisme, manifeste dans l'ornementation et le foisonnement chromatique.

Le bazar animé du vieux Bikaner, encore traversé par des trains de chameaux, a conservé le charme désuet des anciennes villes caravanières, tandis que les vastes avenues ombragées ornées de fontaines aux carrefours témoignent du souci de modernité de Ganga Singh, le dernier grand Maharajah qui fit de Bikaner, à l'époque coloniale, un État princier modèle.

Le vieux Bikaner, ceinturé par sept kilomètres de murailles crénelées édifiées au XVIIIe siècle, possède quelques belles et riches demeures de marchands, les haveli, et les superbes temples jains de Bhandasar et Neminath (XIVe siècle).

Aux alentours de Bikaner se trouve le célèbre temple de Deshnok dédié à la déesse hindoue Karna Mata. Ce sanctuaire, embelli et rénové par Ganga Singh au XXe siècle, est surtout célèbre pour ses rats sacrés.

Bâtie sur un éperon rocheux surplombant le désert, la forteresse de Jaisalmer évoque un navire, voiles déployées, figé pour l'éternité dans sa coque de grès blond. Située comme Bikaner sur de grands axes caravaniers, Jaisalmer, fondée au milieu du XIIe siècle par la dynastie rajpoute des Bhatti, vécut longtemps de négoce et de… rapines. Car ses rois, les rawal, avaient une double réputation de soldats valeureux et de pillards invétérés, détroussant les caravanes qui traversaient le désert du Thar. Ils s'assagirent à partir de l'époque moghole et transformèrent leur nid d'aigle en grand entrepôt de négoce.

L'attrait principal de Jaisalmer réside dans l'extraordinaire beauté des maisons de la vieille ville, aux façades entièrement sculptées, et dans leur homogénéité – due à la fois au matériau utilisé, un grès jaune pâle, et aux techniques de construction.

La plupart des habitants désireux de construire une nouvelle maison se rendaient dans les ateliers des tailleurs de pierre musulmans, les silawat, et y choisissaient différents éléments de même style et de dimensions uniformes. Ces portes, balcons, fenêtres ajourées, piliers et étais sculptés étaient ensuite incorporés aux bâtiments par les maçons. Jaisalmer fut donc l'une des premières cités dans le monde à utiliser des éléments préfabriqués. Toutefois, les richissimes marchands, les bania, qui bâtirent les extraordinaires haveli n'utilisèrent pas ces techniques, mais firent appel aux silawat les plus réputés pour créer des demeures uniques dans leur conception et leur ornementation.

La Patwon-ki-Haveli, ensemble de cinq bâtiments reliés les uns aux autres, est un chef-d'œuvre de l'art des tailleurs de pierre. Il fallut cinquante ans aux silawat (1800-1850) pour la terminer. Sa façade est une véritable marqueterie de grès. La Salim Singh-ki-Haveli représente une construction très originale avec ses étages supérieurs bâtis en surplomb. La Nathmal-ki-Haveli (XIXe siècle) est l'une des plus belles de Jaisalmer. Sa façade, œuvre de deux frères, Hathu et Lallu, est à la fois d'une grande symétrie et d'une extraordinaire diversité dans le détail.

Le fort, situé à quatre-vingts mètres au-dessus de la vieille ville fortifiée, est ceinturé d'un double rempart crénelé de grès jaune. Les divers appartements princiers construits entre le XIVe et le XVIIIe siècles s'organisent autour d'une grande cour dallée à ciel ouvert, délimitée par des façades ouvragées, ornées de balcons en surplomb.

Sur l'acropole s'élèvent les deux superbes temples jains de Rishabdev et de Sambhavnath, (XVe-XVIe siècles). Ces édifices de marbre, très ornés, sont couverts d'une profusion de divinités jains et hindoues.

En dehors de la ville s'étendent le réservoir de Gadi Sar, avec ses vieux temples et sa porte monumentale, et la nécropole royale de Bada Bagh, auréolée d'une atmosphère poignante avec ses cénotaphes dont les stèles évoquent le sacrifice barbare des princesses immolées sur le bûcher funéraii domina tout l'ouest du Rajasthan dès la fin du XIIe siècle. À Jodhpur, les maisons bleues et blanches de l'ancienne ville fortifiée semblent encore se blottir à l'abri de la gigantesque et austère forteresse de grès rouge de Mehrengarh bâtie à la fin du XVe siècle par Rao Jodha. Il s'agit d'un vaste complexe de palais construits sur trois étages, un dédale de cours et de salles reliées par des couloirs étroits et des volées d'escaliers.

Mehrengarh est l'un des monuments les plus achevés de l'architecture militaire rajpoute. Ses murs très épais s'élèvent à plus de trente mètres au-dessus du socle rocheux. Après avoir franchi sept portes massives, on accède à l'enceinte du fort transformé en un vaste musée. Dès la première cour, appelée Moti Mahal, l'extraordinaire dextérité des sculpteurs sur pierre qui ont ciselé la multitude de balcons en saillie, de larges auvents, de fenêtres ajourées et de corniches frappe le regard. Sous leurs mains, des ailes telles que le Zenana Mahal (XVIe-XVIIe siècles) se sont métamorphosées en une véritable dentelle de pierre. Dans les palais plus récents tels que le Chandan Mahal, le Shish Mahal, l'Ajit Vilas, (XVIIIe-XIXe siècles), aux styles purement rajpoutes se mêle une inspiration moghole ou même une influence de l'Angleterre victorienne. Parmi les salles les plus intéressantes figurent le Jhanki Mahal avec son étonnante collection de berceaux royaux, l'Umaid Vilas qui renferme quelques belles miniatures, le Takhat Vilas décoré de fresques aux thèmes religieux et le Maan Vilas possédant une très belle collection d'armes.

Mandore, à dix kilomètres de Jodhpur, est l'ancienne capitale des Rajpoutes Pratihara et de leurs successeurs Rathore. Ses monuments les plus remarquables sont les cénotaphes royaux, particulièrement ceux de Jaswant Singh et d'Ajit Singh (XVIIe-XVIIIe siècles).

Mewar : archipel de palais et forteresses

De la région semi-désertique du Marwar, on passe ensuite dans le Mewar, patrie des Sisodia, le plus prestigieux des clans rajpoutes. Région très vallonnée avec des oasis verdoyantes dominées de collines arides, plantées d'arbustes chétifs qui évoquent le décor des célèbres miniatures de l'école rajpoute du Mewar.

Ranakpur

Au creux d'une combe ombragée s'élève un temple jain exceptionnel, le plus grand de toute l'Inde : le Chaumukha ou « Quatre Têtes », dédié à Adinath, le premier thirtankara, le « Passeur de gué ». Bâti au XVe siècle, il couvre une superficie de 3 600 mètres carrés. Cet immense ensemble religieux ne compte pas moins de 29 salles, 1 440 piliers dont aucun n'est sculpté de façon identique et quelque 80 coupoles. De plan cruciforme, il s'ouvre par trois entrées principales qui mènent à une véritable forêt sculptée, dédale fascinant et onirique où s'imbriquent divinités, flore et arabesques d'une extraordinaire légèreté. Dans ce même vallon s'élèvent deux autres temples jains de dimensions plus modestes, dédiés à Parsvanath et Neminath.

Udaipur

Udaipur, ceinturée de collines verdoyantes et lovée autour de ses lacs, symbolise la douceur de vivre, le luxe et les fastes de la vie princière. La ville entière semble avoir été conçue pour la contemplation et le délassement. Cette orgueilleuse capitale des Ranas du Mewar ne fut jamais assiégée ni conquise et ne se soumit qu'avec réticence aux suzerains moghols puis anglais.

L'ensemble monumental du City Palace, adossé à une paroi rocheuse surplombant le lac Pichola, est en granit et en marbre. Il s'étire majestueusement sur près d'un demi-kilomètre, hérissé de tours octogonales, de balcons, de coupoles et de créneaux. Dans la lumière incandescente, ce gigantesque palais d'une blancheur éblouissante semble flotter au-dessus du lac. Il est constitué d'une multitude de pavillons, de jardins intérieurs, de terrasses, de corridors étroits et de kiosques. Les appartements princiers furent construits, transformés, embellis à maintes reprises par les maharana du XVIIe au XIXe siècle.

Parmi les plus belles salles, citons le Krishna Vilas qui possède des peintures murales du XIXe siècle, le Bada Mahal, sorte de jardin suspendu de style moghol, le Manik Mahal, entièrement décoré de miroirs enchâssés. Mais ce sont dans celles qui entourent le Lakshmi Chowk, transformées en musée, que l'on peut voir les plus belles miniatures de l'école du Mewar.

Face au City Palace, dans une île de stuc et de marbre, s'élève un ravissant palais d'agrément, le Jag Niwas, aujourd'hui transformé en hôtel. À l'ombre des anciens remparts de la ville fortifiée s'étendent les pittoresques Bara et Bapu Bazars.

Chittorgarh

Symbole de l'héroïsme et de la résistance rajpoutes face aux conquérants musulmans, cette citadelle cyclopéenne – dix kilomètres de long – couronne un éperon rocheux qui domine abruptement les plaines arides. Cette ville-forteresse fondée par Bappa Rawal au VIIIe siècle devint la capitale des Sisodia. L'acropole, imprenable à première vue, fut en fait prise et saccagée à trois reprises en 1303, 1535 et 1567 ; chaque conquête fut suivie d'épouvantables massacres se déroulant selon un immuable et tragique rituel. Après le jauhar, suicide collectif de milliers de femmes parées de fleurs et de bijoux, les survivants, vêtus d'habits couleur safran et ivres d'opium, attaquaient leurs assiégeants, mourant jusqu'au dernier dans cet assaut suicidaire. La ville fut abandonnée après la dernière conquête d'Akbar, mais de nombreux monuments, dispersés sur ce vaste plateau, témoignent de sa gloire passée.

Le plus étonnant est le Vijaya Stambh ou tour de la Victoire, édifié par Rana Kumbha au XVe siècle, dont les neuf étages sont entièrement ornés de motifs sculptés. Ce grand bâtisseur construisit également un vaste palais à demi ruiné et le superbe Kumbha Shyam, dédié à une incarnation de Vishnou. Parmi les glorieux vestiges figurent le temple de Mira Bhai, la grande poétesse et mystique rajpoute, le Kirti Stambh ou tour de la Renommée, dédié à Adinath, le premier tirthankar jaïn, et le sanctuaire de Kalika Mata.

Jaipur : la ville du prince astronome

Jai Singh II (1699-1743), fut un souverain éclairé, à la fois architecte, poète, astronome. Il conçut entièrement Jaipur, la « cité de corail », qui obéit à un strict plan en damier : de larges avenues ombragées se coupent à angles droits – la plus éblouissante réussite urbanistique de l'Inde du Nord.

Le City Palace qui occupe le centre nord de la ville est un immense complexe palatial d'une conception originale : chaque corps de bâtiment est enserré au milieu d'une cour délimitée par de hauts murs ocre.

Le Mubarak Mahal (XIXe siècle) est transformé en un musée qui possède de somptueux costumes royaux et des instruments de musique. À proximité se trouve la salle des armes qui contient l'une des plus belles collections de dagues et mousquetons de toute l'Inde. Le Diwan-i-Am (salle des audiences publiques) est devenu le Sawai Man Singh Museum. Il renferme de gigantesques tapis du XVIIe siècle provenant des manufactures impériales, ainsi que de superbes collections de miniatures rajpoutes et mogholes. Les appartements privés sont situés dans le Chandra Mahal, vaste édifice de sept étages qui demeure la propriété privée du maharajah de Jaipur.

Jai Singh II, passionné de mathématiques et d'astronomie, fit construire le Jantar Mantar, un observatoire en plein air, près du City Palace. Les cubes et blocs de pierre massifs, qui ont la beauté austère de sculptures abstraites, permettent de déterminer l'heure solaire, de calculer les latitudes et la position des astres.

Situé à une extrémité du palais, le Hawa Mahal (palais des Vents – 1799) aux cinq étages de grès rouge agrémentés de balcons alvéolés était utilisé par les princesses royales pour observer sans être vues les cortèges et processions empruntant les artères de la ville.

Amber

Cette ancienne capitale du clan rajpoute des Kacchwaha (XIIe-XVIIIe siècles) accrochée aux pentes abruptes d'un étroit défilé, comprend le fort de Jaigarh et le palais d'Amber qui se reflète dans les eaux du lac Maota. Par une chaussée dallée, que l'on gravit à dos d'éléphant, on accède au palais construit par Man Singh Ier et Jai Singh Ier (XVIe-XVIIe siècles). Il est constitué de quatre cours étagées autour desquelles s'organisent les bâtiments royaux semi-publics et privés. Le magnifique Diwan-i-Am, construit dans le style moghol, occupe la seconde de ces cours. Puis on pénètre par la Ganesh Pol, porte ornée de motifs floraux et géométriques, dans les appartements privés du Sukh Niwas et du Jag Mandir. L'art rajpoute, synthèse des apports persans et hindous, atteint là l'un de ses sommets : murs et plafonds, incrustés de miroirs, sont entièrement couverts de peintures et de décorations finement exécutées. Le Diwan-i-Khas possède de belles fresques ; le Shish Mahal est tapissé de minuscules miroirs.

Shikhavati : un désert constellé de palais

Au nord-ouest de Jaipur s'étend le Shikhavati ; cette zone semi-aride de 30 000 kilomètres carrés est émaillée de petites villes fortifiées, anciens fiefs princiers et relais caravaniers. Le flot des caravanes qui allaient du nord de l'Inde aux ports de la côte du Goujerat se tarit graduellement dans la seconde moitié du XIXe siècle, lorsque les Britanniques développèrent les chemins de fer.

Dans ces bourgades aujourd'hui délaissées, balayées par les vents de sable, les haveli semblent aussi nombreux que les paons qui arpentent majestueusement les ruelles de terre battue et les jardins à l'abandon. À Mandawa, Fatehpur, Nawalgarh, Dundlodh ou Jhunjhunu, anciens fiefs des « barons » Shekhawat du clan rajpoute, les haveli, demeures des richissimes marchands marwari, se comptent par dizaines. Datant de la seconde moitié du XIXe siècle, leurs murs sont littéralement tapissés de peintures, à l'extérieur comme à l'intérieur. Ces manoirs du désert comportent parfois jusqu'à quatre étages et une cinquantaine de pièces.

Les peintures aux tons bleus, rouges ou ocre illustrent des scènes de la mythologie et des épopées hindoues, et représentent également les grandes divinités brahmaniques telles que Shiva, Vishnou et ses multiples avatars. Mais elles mettent aussi en scène des sujets profanes, tels que des processions de cavaliers et d'éléphants, des soldats, des belles à leur toilette, d'élégantes Anglaises en crinoline ainsi que les « merveilleuses » inventions du siècle que sont les bicyclettes, les bateaux à vapeur, les voitures et les trains. Un puissant sentiment de nostalgie se dégage de ces demeures à l'abandon, de ces peintures qui se décolorent au fil des moussons.

Pushkar

Les dieux ont marqué de leur sceau l'espace de cette ville sainte, depuis le lac né d'un lotus jeté par Brahma jusqu'aux collines habitées par Savitri et Gayatri, déesses gardiennes de cette étroite vallée située en bordure du désert. C'est ici que Brahma aurait accompli le grand vagna, sacrifice du feu, avant la création du monde. Chaque année, en octobre-novembre, un grand mela, terme qui signifie à la fois rassemblement religieux et foire, commémore cet événement.

Cette petite ville ensommeillée, rythmée par les puia, les ofrandes, et les baignades quotidiennes dans les innombrables sanctuaires et les cinquante-deux ghats qui ceinturent le lac, connaît douze jours durant une activité frénétique.

Des dizaines de milliers de pèlerins venus de tout le Rajasthan viennent rendre hommage à Brahma ainsi qu'à Vishnou en ses multiples temples. Sons et couleurs vibrent et se déploient à l'unisson dans les ruelles étroites de Pushkar. Ce pèlerinage rassemble aussi les maquignons rajasthanis qui viennent vendre quelque quinze mille chameaux. Ils campent à même les collines de sable qui ondulent à l'horizon. Les turbans aux couleurs éclatantes des hommes rivalisent avec le chatoiement des jupes des nomades aux bras et au cou couverts de bracelets et de colliers.

La foule oscille constamment entre la foire où l'on marchande longuement l'achat d'une chamelle, d'une faucille ou d'un harnais décoré et le périmètre sacré des temples et des ghats. Car le but ultime d'un voyage à Pushkar, au-delà des plaisirs et des gains matériels éphémères, est avant tout d'ordre religieux. Après le départ des chameaux, lors des nuits de pleine lune de Kartik, considérées comme particulièrement propices, les pèlerins convergent par dizaines de milliers vers les ghats de Varaha, Brahma et Gau et s'immergent dans les eaux purificatrices du lac pour obtenir l'absolution de leurs péchés.

Gérard Busquet
Juillet 1997
 
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