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Le chemin de Saint-Jacques
Philippe Conrad
Historien, rédacteur en chef de la Nouvelle Revue d'Histoire

L'archéologie a fourni sur le développement du sanctuaire compostellan des informations assez sûres, notamment grâce aux fouilles effectuées en 1878 puis, au lendemain de la seconde guerre mondiale, en 1946 et de 1951 à 1953. En combinant les données de l'archéologie et celles des archives de l'Église compostellane, on peut retracer l'évolution du sanctuaire à partir du IXe siècle.

Ce sanctuaire s'est développé sur un site très ancien, chargé depuis longtemps d'une forte sacralité : on a découvert à proximité des nécropoles protohistoriques ainsi que des vestiges architecturaux de l'époque romaine, une nécropole contemporaine de l'Antiquité tardive. On a trouvé là le fameux tombeau de marbre daté des Ier ou IIe siècles, supposé être celui de l'apôtre. L'étymologie du mot « Compostelle » en dériverait, issue, selon certaines hypothèses, du Campus stellae, le « champ de l'étoile », allusion à l'astre qui aurait indiqué l'emplacement de la sépulture. Cette interprétation ne fait pas l'unanimité aujourd'hui : ce mot viendrait du latin compostum désignant le cimetière ou la nécropole, ce qui correspond à la réalité locale.

Lorsque la tombe est redécouverte, l'évêque Téodomir, d'Iria Flavia, le siège épiscopal le plus proche, prévient le roi des Asturies Alphonse II le Chaste qui, dès 830, va faire établir une première église. Étant donné le succès du culte rendu à l'apôtre et l'afflux des pèlerins, celle-ci va bien vite paraître insuffisante. À la fin du IXe siècle, entre 872 et 899, une deuxième église plus importante est construite par Alphonse III, roi des Asturies, avec un plan basilical à trois nefs. Dès lors, l'importance du lieu ne va cesser de grandir. En 900, le siège épiscopal est transféré d'Iria Flavia à Santiago et, tout au long du Xe siècle, le sanctuaire accueille des visiteurs toujours plus nombreux et plus notoires.

Le fameux raid d'Al Mansûr prouve aussi qu'il s'agit là d'un lieu stratégique : le fait que ce combattant musulman s'en prenne ainsi à Compostelle et pousse jusqu'à l'extrémité nord-ouest de la péninsule prend une dimension politique et symbolique : il s'agit de frapper un sanctuaire qui a acquis pour le camp chrétien une importance considérable. Al Mansûr a souvent pratiqué de la sorte en Catalogne, où il a dévasté le grand monastère de San Cugat del Vallès voisin de Barcelone pour briser le courage de l'adversaire chrétien.

La restauration du sanctuaire par l'évêque Pedro de Mezonz effacera les dommages de ce raid dévastateur. En 1075, une troisième basilique est érigée. Le roi des Asturies et l'évêque doivent alors s'entendre avec le monastère voisin : celui-ci sera détruit pour faciliter l'extension du sanctuaire. C'est la Concordia de Antealtares, du nom de ce monastère, source précieuse de renseignements.

Les travaux s'étalent tout au long du XIe siècle. Commençant par le chevet de l'édifice, ils se prolongent par la chapelle axiale de l'abside et les chapelles voisines. Puis les croisillons du transept sont réalisés progressivement. Pendant ce temps-là, jusqu'en 1112, la deuxième église continue à fonctionner. Il y a quelques périodes d'interruption liées aux rapports difficiles entre l'évêque de Compostelle et le roi de Castille Alphonse VI, mais l'épiscopat compostellan s'arrange pour ne dépendre que de Rome. À partir de 1120, Compostelle est même érigée en archevêché : l'évêque Diego Gelmirez aurait eu, dit-on, l'ambition de surpasser le siège primatial de Tolède.

Entre temps, on a réalisé le portail du transept, dit de France ou du Paradis, sur la façade nord, et le portail des Orfèvres, au sud. Mais les travaux sont de nouveau interrompus à plusieurs reprises au cours du XIIe siècle. C'est donc une cathédrale encore incomplète que visite Aymeri Picaud, l'auteur du Guide du pèlerin, au cours des années 1130. Dans la dernière phase du XIIe siècle sont réalisés les travaux ultimes, notamment le fameux Portique de la Gloire, sur la façade de l'église, et les deux tours de la façade. L'ensemble sera consacré en 1221. Le sanctuaire est alors l'un des plus vastes de la chrétienté romane.

Il connaîtra ensuite transformations, puisque la façade actuelle date du XVIIIe siècle. Cet apport baroque témoigne de la poursuite et du succès du pèlerinage à une époque beaucoup plus récente, aux XVIIe et XVIIIe siècles.


Questions et débats autour du développement du pèlerinage

Les chemins de Saint-Jacques et l'extension de l'art roman

Les « églises de pèlerinage »

Certains édifices présentant plusieurs caractéristiques communes, on a pu penser qu'elles reproduisaient un modèle lié au pèlerinage de Compostelle. D'où le terme d'« église de pèlerinage » fréquemment utilisé il y a quelques décennies.

Au cours du XIXe siècle, les historiens de l'art redécouvrent l'art médiéval à la faveur de l'époque romantique et du travail de Mérimée et de Viollet-le-Duc. Ces études, notamment sur l'époque romane (XIe – XIIe siècles), les amènent à distinguer des écoles régionales. Ils définissent ainsi les écoles romanes de Bourgogne, du Poitou, de Provence, d'Auvergne, et pensent identifier une école présentant des caractéristiques communes, qui ne serait pas attachée à une région, avec des édifices situés en des endroits divers et assez éloignés. Le lien va être rapidement établi entre ces édifices et le pèlerinage de Compostelle. Parmi ces principaux monuments, on citera l'église de Santiago, bien sûr ; Saint-Martin de Tours, détruite en 1798 en sa majeure partie ; Sainte-Croix d'Orléans, dont on a perdu la plupart des éléments remontant à cette époque ; Saint-Martial de Limoges, qui a disparu ; Saint-Sernin de Toulouse et Sainte-Foy de Conques, très bien conservées.

Forts de cette observation, ces historiens ont appliqué à l'architecture romane une hypothèse qui avait connu son heure de gloire, sur le plan littéraire, avec Joseph Bédier : de même que ce dernier attribuait l'essor de l'épopée médiévale, notamment de la Chanson de Roland, au rôle joué par les routes de pèlerinage, de même un certain nombre d'historiens de l'art vont prétendre que les routes de pèlerinage ont déterminé un certain type d'édifices, parce que c'est là que circulaient les influences, que se transmettaient les modèles.

Quelles sont les caractéristiques communes de ces édifices romans ? Ils disposent tous d'une longue nef voûtée en berceau, de bas-côtés, de collatéraux dominés par une tribune, d'un ample transept, d'un chœur particulier avec un grand déambulatoire et des absides secondaires tout autour du chevet. Effectivement, à Santiago, à Saint-Martin, à Saint-Sernin, le plan des églises est très proche, et leur élévation semble comparable : dans les trois cas, la hauteur de voûte est identique – 21 mètres de haut. Les autres édifices peuvent présenter certaines différences. Saint-Martial de Limoges, par exemple, a un transept plus ne dispose que d'un bas-côté au lieu de deux. Sainte-Foy de Conques a une tribune un peu plus haute au-dessus des collatéraux, sa nef et son transept sont un peu plus courts, mais on pourrait expliquer ces différences : le manque de moyens a pu freiner l'extension cette église rurale, perdue sur les Causses du Rouergue.

L'hypothèse était donc viable. Mais il fallait encore étudier la question de la chronologie : si l'un des édifices avait servi de modèle à l'autre, cela impliquait l'existence d'une antériorité suffisamment marquée. Cette approche portera un coup sévère à cette théorie de l'école des églises de pèlerinage. On se rendit compte en effet qu'elles étaient toutes contemporaines, de la fin du XIe siècle : Saint-Martin de Tours ; la troisième église de Compostelle, commencée dans le dernier quart du XIe siècle ; Saint-Sernin de Toulouse, consacrée en 1096 par le pape Urbain II venu en France prêcher la Croisade ; Saint-Martial de Limoges, consacrée en 1095 par le même Urbain II. Quant à Sainte-Foy de Conques, elle fut commencée un peu plus tôt, vers 1035, et son élévation fut réalisée aux alentours de 1100. Aucune antériorité significative, en conséquence, qui pourrait prouver que l'un de ces édifices aurait servi de modèle aux autres.

Il n'y a donc pas à proprement parler d'école des églises de pèlerinage, mais simplement un certain nombre de traits fonctionnels communs à plusieurs de ces sanctuaires. Ces édifices, devant accueillir et protéger des reliques prestigieuses, allaient en effet attirer des masses considérables de pèlerins ; ce qui explique l'importance du déambulatoire, le nombre des chapelles rayonnantes, multipliant les lieux de piété. À l'inverse, si certaines églises de pèlerinage présentent ces caractéristiques, d'autres sont très différentes. C'est le cas de Notre-Dame du Puy, point de départ pour Compostelle, où le plan a été largement déterminé par la nature du terrain, où des coupoles vont remplacer ensuite les voûtes, et où la déclivité du terrain vers l'ouest impose l'aménagement d'un narthex inférieur particulier. C'est aussi le cas de San Michele de la Chiusa, situé à hauteur de Suse, au passage des Alpes, qu'honoraient les pèlerins venant d'Italie ; là aussi, le plan, déterminé par le terrain, est très éloigné des caractéristiques évoquées précédemment.

L'influence des routes de pèlerinage sur la sculpture romane

On a voulu appliquer au domaine de la sculpture des analyses comparables. On a pensé que le chemin de Compostelle avait été un axe autour duquel s'était défini un certain style de sculpture romane, des données particulières sur le plan plastique. Là aussi, nous aboutirons à des conclusions très en retrait par rapport à ce que l'on avait avancé il y a quelques dizaines d'années.

Des rapports avaient été établis entre la sculpture toulousaine (à Saint-Sernin et au Musée des Augustins), les portails de Saint-Jacques de Compostelle et de San Isidro de León. Un historien de l'art du début du siècle, Émile Berteaux, avait également fait valoir que le portail nord de Compostelle était appelé le Portail français, la Porta francigena, ce qui semblait indiquer une influence d'outre-Pyrénées.

Un autre historien de l'art, anglo-saxon, Arthur-Kingsley Porter, à l'origine d'une étude très innovante sur les routes de pèlerinage, tiendra des propos à peu près identiques quant aux influences s'exerçant sur les chemins de Compostelle, tout en les inversant : selon lui, c'est l'Espagne qui aurait influencé la France. Les édifices espagnols auraient servi de modèles aux sanctuaires français. Émile Mâle, le grand historien de l'art médiéval, essaiera de concilier ces deux hypothèses en faisant état d'influences bilatérales. Il souligne notamment le rôle central joué par le chemin de Compostelle dans l'essor des formes artistiques à l'époque, et remarque des phénomènes analogues entre l'Italie et la France : c'est une statue équestre de Marc-Aurèle située à Rome qui aurait servi de modèle au cavalier trônant sur certaines façades d'édifices romans de l'ouest de la France, comme à Angoulême ou à Melle. Il explique aussi que la représentation de saint Pierre sculptée à cette époque, avec ses clés et sa tonsure si particulière, est venue d'Italie. De même, c'est la nouvelle image michaëlique donnée au sanctuaire du Gargano en Italie qui aurait été transmise en France, où l'on voit le saint terrassant le dragon avec une lance. Et il avance que si ces échanges ont eu lieu entre l'Italie et la France, ils ont pu se produire aussi entre l'Espagne et la France ou la France et l'Espagne, selon la direction retenue.

Georges Gaillard, un autre grand historien de l'art, constate que cette notion d'art du pèlerinage est très discutable. Du Languedoc méditerranéen (Saint-Gilles du Gard par exemple) au Haut-Languedoc (Saint-Sernin de Toulouse), de très grandes différences séparent le décor et les sculptures. Il en va de même sur la Via Podiensis, entre le Puy, Conques, Moissac, où l'on observe des inspirations très différentes, un traitement de la matière très diversifié. L'observation peut aussi se vérifier sur la Via Lemovinensis, entre la sculpture du portail de la Pentecôte de Vézelay, celle de Saint-Léonard de Noblat, et celle de Périgueux. De même, sur la Via Turonensis, l'art de Tours n'est pas celui de Saint-Hilaire de Poitiers ni celui de Sainte-Eutrope de Saintes.

Bien sûr, tout au long du camino francés, en Espagne, on trouve un certain nombre de correspondances troublantes entre Saint-Jacques de Compostelle, San Isidro de León, San Martin de Fromista, les cathédrales de Pampelune et de Jaca. Mais on remarque aussi des analogies avec des sanctuaires hors du chemin de Compostelle. À San Juan de la Peña, par exemple, nécropole royale des rois d'Aragon, ou dans la chapelle du château aragonais de Loarre.

On ne peut donc dégager une direction unique sur ce chemin de Compostelle qui aurait engendré un art d'un type particulier. Certains décors peuvent être comparables : par exemple, la représentation de palmettes issues de la décomposition de la fleur de la feuille d'acanthe antique. Des influences mozarabes, venant notamment des miniatures mozarabes, ont pu inspirer certains tympans de l'Apocalypse, comme celui de Moissac. Dans d'autres endroits, ce sont des ivoires plus anciens qui ont servi de modèles aux sculpteurs. Des modèles romains ont également été utilisés, notamment en Espagne : à San Martin de Fromista, certains thèmes iconographiques se sont inspirés de sarcophages ibéro-romains retrouvés à une vingtaine de kilomètres de là – ils sont aujourd'hui au Musée archéologique de Madrid. En se penchant sur la chronologie, on a également constaté qu'il n'y avait pas là non plus de phénomène d'antériorité susceptible de déterminer l'exercice d'influences ou la définition d'un modèle particulier ensuite reproduit. En fait, certaines œuvres sont très comparables, comme les portails de France ou des Orfèvres à Compostelle, la porte Miégeville à Saint-Sernin de Toulouse ou la porte de l'Agneau à San Isidro de León, mais cette ressemblance correspond à des recherches et à des goûts communs, d'origines très diverses. Ce développement artistique s'exprime dans un espace uni sur le plan culturel, depuis la Provence, les rives du Rhône, jusqu'à la Galice, en passant par le Languedoc et la Navarre.

Cette hypothèse d'un art du pèlerinage, développée pendant plusieurs décennies, est donc aujourd'hui largement remise en cause.

Les chemins de Saint-Jacques et l'Ordre de Cluny

La question du rôle joué par Cluny dans le développement du pèlerinage de Compostelle a également fait l'objet de nombreux commentaires. L'Espagne chrétienne du Nord avait des liens anciens avec la France : dès le début du IXe siècle, les Carolingiens s'installent dans la région qui deviendra la Marche d'Espagne, puis la Catalogne. L'Église carolingienne entretient alors des relations avec le royaume asturien. Et au Xe siècle, les premiers pèlerins français prennent le départ vers Compostelle. À la même époque, entre le Xe siècle et le XIIe siècle, l'Ordre de Cluny devient une puissance majeure au sein de l'Occident chrétien, donnant plusieurs papes à l'Église, réformant en profondeur le réseau des abbayes bénédictines. Sous la direction d'abbés prestigieux, Odon, Mayeul, Odilon, Hugues, Pierre le Vénérable, cet ordre va entretenir des rapports étroits avec l'Espagne. Ces relations s'inscrivent dans la politique de réforme grégorienne de la fin du XIe siècle, visant à introduire au-delà des Pyrénées le rite romain dans une Église qui avait conservé l'influence du rituel wisigothique, et à étendre partout la réforme bénédictine entreprise par Cluny. En effet, la réforme de Benoît d'Aniane de 817 avait concerné l'Empire carolingien sans atteindre l'Espagne.

Les Clunisiens établissent des contacts avec de nombreuses personnalités, notamment le roi de Navarre Sanche le Grand, qui sera le premier à libérer son territoire pour rendre possible l'ouverture de la route de Compostelle. Ils développent des relations privilégiées avec Ferdinand Ier de Castille, puis avec son fils Alphonse VI, qui sera le reconquérant de Tolède. Ils vont même entretenir des liens familiaux avec les souverains d'Espagne, et notamment de Castille. C'est ainsi que des princes bourguignons vont épouser des filles d'Alphonse VI : Raymond de Bourgogne, qui fortifiera Avila, épouse Urraca, la première fille d'Alphonse VI ; Henri de Bourgogne épouse Téresa, et sera à l'origine de la naissance du royaume portugais. Raymond de Bourgogne est aussi le frère de Guy de Bourgogne qui, évêque de Vienne, deviendra le pape Calixte II, à qui on attribue la préface du fameux Livre de Saint-Jacques ou Codex Calixtinus du XIIe siècle. Ces liens particuliers entre les royaumes espagnols et Cluny auront évidemment des conséquences au profit de l'ordre clunisien. Alphonse VI de Castille donne à Cluny le monastère de Najera, puis celui de Sainte-Colombe de Burgos, de Sainte-Isidore de Palencia, de Sahagun, l'un des hauts lieux de la chrétienté ibérique. Il y eut ensuite un répit à la mort d'Alphonse VI. Sa fille Urraca avait été mariée, après la mort de son premier mari Raymond de Bourgogne, avec Alphonse le Batailleur, Alphonse Ier, le roi d'Aragon. Or c'était un mariage politique, destiné à unifier les forces de la Castille et de l'Aragon. Très vite, les époux entrent en conflit, soutenus chacun par leurs propres sujets. Pendant cette période, Alphonse le Batailleur ne manifeste aucune libéralité vis-à-vis de Cluny. À l'inverse, son ancienne épouse, Urraca, donne un certain nombre de monastères à Cluny.

Les prélats de Compostelle, de Braga, d'Orense entretiennent des relations étroites avec Cluny. Le grand évêque puis archevêque de Compostelle, Diego Gelmirez, devra même la montée en puissance de son siège métropolitain à ces relations privilégiées avec les Clunisiens, et notamment avec le futur pape Calixte II. D'autres églises sont ainsi octroyées à Cluny : Fromista, Villafranca del Bierzo, San Miguel de la Escalada. Au XIIe siècle, Pierre le Vénérable rencontre le roi de Castille et récupère d'autres fondations.

Ainsi, tout au long du chemin de Saint-Jacques, et bien au-delà, entre les Pyrénées et la Galice, un ensemble de donations est réalisée, et les Clunisiens disposent d'un réseau serré qui augmente leur influence. Mais cette présence n'est pas liée exclusivement au chemin de Compostelle. Les Clunisiens jouent certes un rôle important en Espagne, en encourageant notamment beaucoup de chevaliers bourguignons à aller livrer bataille aux musulmans aux côtés des Castillans ; mais Compostelle ne semble pas être leur centre d'intérêt principal. Hugues de Semur, le grand abbé de Cluny, effectue deux voyages en Espagne, en 1072 et 1080, sans passer par Compostelle. Pierre le Vénérable se rend également deux fois dans ce pays ; en 1142, il va à Estella, à Najera, à Salamanque, à Carrión de los Condes, à Burgos, rencontre le roi de Castille à Salamanque ; mais nous n'avons aucune trace de visite à Compostelle.

Le rôle de Cluny en Espagne est donc certain : dans le cadre de la Reconquête, de la réforme de l'Église espagnole, cet ordre a contribué à l'exaltation de l'Église de Compostelle, à la promotion du pèlerinage. Dès 1095, il y avait un autel consacré à saint Jacques dans la grande abbaye de Cluny, dont il ne reste malheureusement aujourd'hui que quelques vestiges. Mais cet intérêt pour Saint-Jacques paraît limité. Les Clunisiens ont favorisé le siège épiscopal puis le siège métropolitain de Saint-Jacques pour des raisons politiques mais le chemin de Saint-Jacques lui-même ne semble pas avoir mobilisé leur intérêt. D'ailleurs, ils ne bénéficiaient pas sur cette route d'une situation exclusive. À la fin du XIIe siècle, le roi de Castille confie aux cisterciens du monastère de Las Huelgas l'Hospital del Rey de Burgos, c'est-à-dire l'hôpital pour les pèlerins le plus important parmi la douzaine qui existaient à Burgos.

Cluny a donc sans doute joué un rôle très important dans la Reconquista et fut très présent dans les royaumes ibériques à cette époque, principalement en Castille. Mais envers le pèlerinage, cet ordre ne semble pas avoir joué un rôle prioritaire, en dehors des relations excellentes qui existaient avec les titulaires des sièges épiscopal ou métropolitain de Compostelle.


Le pèlerinage de Compostelle

Ses caractéristiques

Ce pèlerinage, effectué par ceux qu'on appelle les « jacquets » en France ou les Jacobsbrüder dans les pays germaniques, présente deux caractéristiques principales. La première est l'éloignement du lieu à atteindre : ce Finisterre ibérique, à l'extrême pointe de la Galice, est l'endroit le plus lointain en pays chrétien. La seconde est la continuité du pèlerinage, dans la mémoire de ceux qui l'ont accompli, et la naissance d'une piété jacquaire très particulière qui va perdurer au-delà du pèlerinage, à travers les confréries d'anciens pèlerins, le développement de cultes jacquaires, la présence des édifices, hôpitaux, hospices, construits en fonction du pèlerinage.

Les pèlerins sont hautement considérés à cette époque, à commencer par les autorités ecclésiastiques. Dans le sermon Venerandia Dies, figurant dans la première partie du Livre de saint Jacques, on les définit comme « un lignage élu, une nation sainte, le peuple de Dieu, la fleur des nations, le fruit de l'œuvre apostolique, l'effet de la nouvelle grâce, la récolte de l'Église ». On comprend qu'une telle vision des choses ait pu susciter des vocations… Les pèlerins de Compostelle sont plus encore valorisés, considérés comme des pèlerins particuliers. Voici ce qu'en dit Dante dans sa Vita Nuova : « On peut discerner deux sortes de pèlerins, au sens large ou étroit. Au sens large, est pèlerin quiconque est hors de sa patrie ; au sens étroit, on entend par pèlerin celui qui va vers la maison de saint Jacques ou en revient. Mais il faut savoir qu'il y a trois façons de nommer proprement les gens qui sont au service du Très-Haut : les palmieri, ceux qui vont outre-mer, là d'où maintes fois ils rapportent le palmier ; les pèlerins qui vont à la maison de Galice, même si la sépulture de saint Jacques est plus lointaine de leur patrie que celle d'un autre apôtre ; les romei, les pèlerins qui vont à Rome. » Au XIIIe siècle, voici ce que nous dit le roi de Castille Alphonse X Le Sage, à propos des pèlerins, dans son recueil juridique des Siete Partidas : « Pour servir Dieu et honorer les saints, et pour la satisfaction de le faire, en quittant leur village et leurs épouses, leur maison et tout ce qu'ils ont, ils partent vers les terres étrangères en soumettant leurs corps aux mortifications et en abandonnant leurs biens à la recherche de la sainteté. » D'emblée, les pèlerins entrent donc dans une communauté particulière dès qu'ils entament ce fameux pèlerinage.

Les motivations des pèlerins

La première motivation de ces « marcheurs de Dieu », qu'on a aussi appelés « voyageurs du sacré », c'est le vœu : ils accomplissent alors une peregrinatio pro voto. Ce vœu a été fait dans des circonstances exceptionnelles : pour éviter de périr noyé lors d'un naufrage ou de mourir lors d'une maladie, pour être délivré d'une captivité. Lorsque le vœu est satisfait, pour remercier le saint de son intervention, on prend la route de Galice.

Une deuxième motivation, c'est le pèlerinage de pénitence, accompli pour le pardon des péchés ou pour le salut de l'âme. Il peut s'agir là d'une décision personnelle : le pécheur a pris conscience de ses fautes et veut les expier, pour purifier son âme et obtenir les indulgences nécessaires à son salut. Mais il peut aussi s'agir d'une décision canonique rendue par l'autorité ecclésiastique ou civile destinée à punir un délinquant ou un criminel : cette formule est très répandue à la fin du Moyen Âge, notamment dans les pays flamands ou germaniques. À Bruges, par exemple, une jurisprudence concerne la peine infligée aux délinquants ou criminels, les obligeant à faire un pèlerinage dont l'éloignement de la destination va être fonction de la gravité de la faute. Quand on les oriente vers Compostelle, il s'agit de grands délinquants. Beaucoup sont envoyés à Rocamadour, voyage qui représente une pénitence intermédiaire.

Les dispositions testamentaires constituent un autre motif de départ : c'est là un pèlerinage de remplacement, peregrinatio per commissione. Le pèlerin dit « professionnel » est missionné pour effectuer le pèlerinage pour le compte d'un autre, par exemple pour une personne qui sent ses derniers jours arriver et veut se réconcilier avec Dieu. Cette coutume est assez répandue dans l'Europe du Nord. Il existe une tarification de ces pèlerinages de remplacement : 5 marks à Lübeck au début du XIVe siècle, 16 florins à Pistoïa en Italie au XIVe siècle, à peu près le même tarif en Ombrie à la même époque.

Contrairement à d'autres pèlerinages, le voyage vers Compostelle a rarement vocation thaumaturgique. On ne va pas à Compostelle pour guérir d'une maladie : d'abord parce que pour y aller, il faut être en bonne santé, ensuite parce que dans l'imagerie jacquaire, le miracle concernant les malades est rare. Dans le Codex Calixtinus, dans l'une des cinq parties consacrée aux miracles réalisés par saint Jacques, trois seulement sur vingt-deux concernent des malades. Cette fonction thaumaturgique, donnée à la fin du Moyen Âge, est due, sur le plan iconographique, à l'assimilation avec saint Roch, lui aussi représenté en pèlerin, avec la pèlerine et le bourdon.

L'une des raisons qui poussent au pèlerinage est simplement la dévotion à saint Jacques, la peregrinatio devotionis causa : on va à Compostelle pour établir un lien personnel avec le saint perçu comme protecteur, avec sa « Maison », dit-on. Parfois, cette dévotion amène les pèlerins à rester sur place. On a le cas d'un évêque grec qui, au terme de son pèlerinage à Saint-Jacques, est entré au couvent. Cette motivation pousse souvent à multiplier les expériences pérégrines : l'Italien Fazio de Crémone, qui est allé dix-huit fois à Rome, a accompli dix-huit pèlerinages à Compostelle. Des saints vont également se rendre en pèlerinage à Saint-Jacques : saint François d'Assise, sainte Isabelle de Portugal, sainte Brigitte de Suède.

Dans ce cas, saint Jacques est invoqué comme bienheureux apôtre – l'un des tout premiers – mais aussi comme avocat, intercesseur auprès de Dieu, protecteur des pèlerins : il est le « bienfaisant patron Jacques, pasteur, guide, père resplendissant ». Une de ses caractéristiques contribue au caractère populaire de cette dévotion. Dans l'iconographie, il apparaît très vite sous l'allure de ses fidèles : il a l'habit et les attributs de ceux qui se rendent en Galice au pied de son autel ; seuls le Livre de l'évangélisateur et l'auréole rappellent qu'il est saint. C'est là un cas très particulier dans l'hagiographie.

Un autre aspect vaut la peine d'être évoqué, même s'il s'agit là de témoignages assez tardifs : c'est le plaisir du voyage. L'Italien Bartolomeo Fontana, auteur d'un véritable itinéraire de voyage de Venise à Rome et ensuite à Saint-Jacques de Galice, explique ainsi les motivations de son départ : « Étant moi-même désireux soit de visiter de nombreuses dévotions et un nombre infini de reliques des dormants en Jésus-Christ, soit de voir des terres étrangères et variées de l'univers, je décidai, dans l'année 1538 de l'incarnation de Notre-Seigneur, d'aller dans la fameuse Galice. » Il y a bien sûr un souci de dévotion dans ce départ, mais il s'agit aussi d'aller découvrir le vaste monde. Un autre Italien, Domenico Laffi, écrit dans son Voyage au Ponant, à Saint-Jacques de Galice et en Finistère : « Poussé soit par inclination à la curiosité de voir de nouvelles choses, soit par esprit de piété envers le glorieux apôtre saint Jacques, je me rendis en Galice pour adorer ses cendres sacrées, semence vivante d'éternité. » On retrouve des remarques comparables chez certains pèlerins allemands, dont on peut considérer qu'ils ont fait un véritable « Tour » : de la même manière que les jeunes nobles anglais au XVIIIe siècle se formaient au vaste monde en faisant leur « Tour d'Europe », des chevaliers allemands, à la fin du Moyen Âge ou au XVIe siècle, entreprennent un périple qui les amène en Orient, jusqu'au Sinaï, d'où ils reviennent par Venise, et Compostelle. C'est l'état d'esprit d'Arnold Von Harff, qui écrit : « En vue de la consolation et du salut de mon âme, moi, Arnold von Harff, j'ai décidé d'accomplir un pèlerinage pour mon propre bienfait mais aussi pour connaître les villes, les pays et les coutumes des peuples. » Cette motivation suscitera d'ailleurs certaines inquiétudes. Bernardin de Sienne déplore ainsi que « d'autres sont poussés à faire des pèlerinages non pas tant par dévotion que par la curiosité de voir certaines choses remarquables ».

Le départ

Le pèlerinage est une quête individuelle, quête du salut à travers un certain nombre d'épreuves. C'est pourquoi le départ va bénéficier d'une mise en scène qui n'est pas sans rappeler l'initiation chevaleresque, les rituels d'adoubement du chevalier.

La vêture du pèlerin, conclue par une bénédiction du prêtre, notamment, peut correspondre à la remise des armes au chevalier lors de son adoubement. Nous connaissons ce rituel de vêture par des textes du Haut Moyen Âge : un missel de Vich, en Catalogne, vers l'An Mil, renferme des prières pour ceux qui font le voyage, « pro fratribus in via dirigendis », « pour les frères qui se dirigent sur le chemin » ; un rituel de Lerida concerne ceux qui partent en pèlerinage. Dans le Livre de Saint-Jacques, les textes du Veneranda dies constituent un sermon évoquant toutes les conditions du départ, avec notamment la bénédiction des besaces, des bourdons, de la coquille, signum peregrinationis, « symbole du pèlerinage ». Un rituel bien précis encadre cette cérémonie. Voici ce que dit notamment le prêtre : « Reçois cette besace comme un signe extérieur de ton pèlerinage afin que, bien corrigé et sans défaut, tu mérites de parvenir près de Saint-Jacques. » Cette besace symbolise la générosité dans l'aumône et la mortification de la chair. C'est un petit sac étroit, fait de la peau d'un animal mort, l'ouverture étant la bouche et ne comportant pas de lacet. L'étroitesse de la besace montre que le pèlerin, confiant dans le Seigneur, n'a sur lui que peu d'argent. La peau de l'animal mort exprime que le pèlerin doit mortifier ses vices et la concupiscence de sa chair par la faim, la soif, de nombreux jeûnes, le froid, la nudité, les souffrances et le travail. L'absence de lacets et l'ouverture par la bouche enseigne que le pèlerin doit avant tout partager ce qu'il possède avec les pauvres et qu'il doit être prêt à donner et à recevoir. Et nous retrouvons des préoccupations comparables à propos du « bourdon », ce bâton du pèlerin : « Reçois ce bourdon qui te soutiendra dans la peine et sur les chemins du pèlerinage, afin que tu aies la force de vaincre les pièges de l'ennemi et de parvenir sans danger auprès de Saint-Jacques. Ce bourdon, à partir du moment où le suppléant le reçoit, tel un troisième pied pour le soutenir, symbolise la foi dans la Très Sainte Trinité dans laquelle il doit persévérer. Le bâton est la défense de l'homme contre les chiens et les loups. Le chien aboie après l'homme et le loup dévore les brebis. Le chien et le loup désignent le diable, tentateur du genre humain. Le démon aboie après l'homme quand il incite son esprit à pécher en aboyant ses suggestions. Il mord comme le loup quand il pousse ses membres au péché et habitue à vivre dans la faute. Il dévore son âme goulûment. Ainsi devons-nous exhorter le pèlerin, en lui donnant le bourdon, à laver ses fautes par la confession et à renforcer fréquemment son cœur et ses membres avec le symbole de la Très Sainte Trinité face aux illusions et aux fantasmes diaboliques. »

Le pèlerin, encadré dès le départ dans un univers mental, celui de la lutte contre le Démon, contre le péché, vit donc ce rituel comme une initiation, une forme de rupture avec le monde. Avant de partir, le pèlerin doit encore se confesser, rédiger son testament, symbolisant ainsi concrètement la coupure des liens matériels avec le monde, le fait qu'il entre dans un espace-temps nouveau. Pendant toute la durée du voyage, il apparaît comme l'homo viator, l'homme voyageur qui traverse l'existence pour aller vers la vie éternelle. C'est en ce sens qu'il coud sur son habit une coquille.

Quelques formalités resteront encore à accomplir avant le départ : demander un certain nombre d'autorisations du prêtre, du curé de la paroisse, recevoir l'autorisation de sa femme, mettre ses comptes en ordre, placer ses biens sous la protection de l'Église. Toutes ces formalités sont codifiées. Une bulle du pape Eugène III aborde ce sujet au milieu du XIIe siècle ; et la plupart des souverains ont également légiféré sur ces questions. Tout cela étant réglé, le pèlerin est prêt à partir.

Les conditions du voyage

Le pèlerin part le plus souvent à pied. C'est ainsi qu'est représenté saint Jacques pèlerin, à la différence d'autres saints, comme saint Martin ou saint Georges qui sont des saints cavaliers. Quand on évoque le pèlerin marchant « pieds nus », cela signifie souvent qu'il a des sandales, on dirait aujourd'hui des « nus-pieds ». Il peut cependant être réellement pieds nus pendant la phase finale du parcours, avant l'arrivée au sanctuaire.

Les grands personnages, souverains, princes, ou évêques, se déplaçant accompagnés d'une suite nombreuse, possèdent souvent des montures, mules ou chevaux. Mais ils sont une minorité. Et même dans ce cas, le départ et l'arrivée doivent être accomplis à pied.

Le bateau est un autre moyen de transport utilisé. Pour les habitants de Flandre ou des villes hanséatiques à la fin du Moyen Âge, pour les Anglais qui viennent très nombreux à Saint-Jacques à partir du XIVe siècle, le bateau est le moyen de transport le plus pratique. Les navigateurs accostent soit directement sur le littoral galicien, soit sur les côtes cantabriques ou les côtes des Asturies, ce qui leur permet de faire un détour pour aller à San Salvador de Oviedo, lieu de pèlerinage réputé qu'il est bon d'avoir visité. Le bateau est également utilisé pour traverser ou remonter les fleuves. Les pèlerins qui passaient par Saintes arrivaient sur la rive nord de l'estuaire de la Gironde. Certains, plutôt que d'aller à Bordeaux à pied, remontaient l'estuaire jusqu'à cette ville, empruntant parfois la Garonne jusqu'à La Réole. Il fallait également prendre une embarcation pour franchir certaines rivières au sortir des Landes de Gascogne, à l'approche des régions farouches du Pays basque.

Ces pèlerins voyagent généralement en groupe, voire en troupes. Celles-ci peuvent être organisées dès le départ, lorsque plusieurs pèlerins d'une même ville ou d'un même quartier décident de faire ensemble le chemin ; ou elles se constituent au hasard des rencontres sur la route et dans les hospices où le pèlerin marque l'étape.

Ces pèlerins sont inégaux devant le pèlerinage. Nobles et riches se déplacent en troupe avec une escorte, une suite nombreuse voire brillante. Par exemple le duc Guillaume X d'Aquitaine, qui va à Compostelle en 1137 ; il y laissera sa vie. C'est aussi le cas du roi de France Louis VII, qui se rend à Saint-Jacques en 1154. Au XVe siècle, le noble bohémien Léon de Rosmital fait un véritable circuit touristique en Europe avec une suite nombreuse et se rend entre autres à Compostelle.

Ces pèlerins disposent d'un certain nombre de garanties : libre circulation, exemption des péages, des tonlieux. Mais ces privilèges sont parfois très théoriques. Par exemple, pour franchir le Rhône à Tarascon, seuls les Provençaux sont exemptés du péage. Par ailleurs, les cavaliers doivent parfois s'acquitter d'un péage plus important que les piétons.

Les pèlerins bénéficient de la protection royale, en France et dans les royaumes espagnols, notamment en Castille : Alphonse X, dans son Libro de Siete partidas, précise les garanties qu'il leur accorde.

Progressivement, le statut de pèlerin se heurte à un certain nombre d'ambiguïtés. Des vagabonds professionnels, des personnages « de sac et de corde », sous couvert de ce statut, en profiteront pour fomenter quelque mauvais coup. La réglementation se durcit donc. En Castille, au cours des années 1520, les Cortes de Valladolid, de Tolède, de Madrid, abordent ces questions et exigent une bonne police du pèlerinage.

Les pèlerins sont unis par leur vénération envers saint Jacques, par le fait de se déplacer vers son sanctuaire, et par leur statut particulier. Ils honorent cet état par de nombreuses dévotions tout au long de la route, considérées comme indispensables à leur progrès spirituel. Ces dévotions vont être rendues aux reliques de différents saints visités au long du voyage. Il y a en effet une géographie précise de lieux sacrés sur l'itinéraire : et le terme visitandum est, « on doit visiter » revient fréquemment dans le Livre de Saint-Jacques, notamment dans le Guide du pèlerin d'Aymeri Picaud. En-dehors de ces visites aux lieux saints, le jacquet respecte diverses dévotions : messe matinale quotidienne, cantiques sur le chemin ou dans les sanctuaires, prières collectives, plantations de croix et, à l'arrivée, remise d'une offrande – même modeste – au sanctuaire. Telle est la dimension religieuse qui accompagne la piété pèlerine.

Les délais du voyage, dépendant du lieu de départ et du moyen de transport, sont très variables. Le pèlerin qui vient du midi aquitain met environ deux mois pour arriver à Compostelle. À la fin du XVe siècle, le Flamand Jean de Tournai, qui rentre de Terre sainte, est à Otrante en Italie mi-octobre, passe par Saint-Nicolas de Bari, puis par Rome, et décide d'aller à Santiago. Il se trouve en décembre 1488 en Provence. Le 12, il est à Marseille, le 14 à Tarascon sur le Rhône, passe à Nîmes, à Béziers pour Noël, puis à Carcassonne, quitte Toulouse le 31 décembre, franchit le col de Roncevaux, est à Pampelune le 7 janvier (sans doute était-il à cheval sur cette portion du parcours), à Oviedo le 19 janvier et arrive à Compostelle le 25 janvier. Il aura mis un peu moins de deux mois pour aller de la Provence jusqu'à Santiago.

Certains tiennent un rythme plus soutenu : en 1374, un pèlerin « professionnel » quitte Paris le 19 février et revient le 20 mai. Il a fait l'aller-retour en trois mois.

Le choix de la date est déterminé par le calendrier liturgique. Le 25 juillet, lors de la fête de saint Jacques, l'affluence sera évidemment beaucoup plus grande. Mais il faut tenir compte aussi, vues les difficultés et la longueur du parcours, des conditions météorologiques. Franchir les Pyrénées durant l'hiver, même dans leur partie occidentale, est une épreuve difficile. Le climat est rigoureux en Navarre. En été, à l'inverse, dès que l'on a franchi les Pyrénées et que l'on s'engage sur le camino, la chaleur peut devenir très pénible. Le printemps est donc la saison idéale ; au XIVe siècle, Geoffroy Chaucer, le célèbre poète anglais, écrit dans ses Contes de Canterbury : « Quand Avril, de ses douces averses, a percé la sécheresse de mars, alors les gens ont désir d'aller en pèlerinage. »

Le pèlerin doit effectuer des étapes d'une trentaine de kilomètres par jour : la fatigue liée à la marche est l'une des premières difficultés du voyage. Il y a ensuite les obstacles liés au terrain. Le franchissement de la barrière pyrénéenne est un écueil sérieux. Le passage le plus fréquenté est le col du Somport, avec l'hospice de Sainte-Christine d'Aspe, qui conduit vers Jaca. Mais ce col, situé à 1640 mètres d'altitude, est redoutable à certaines saisons. Les cols de Cize, dont celui d'Ibañeta, qui donnent sur Roncevaux, d'une altitude d'environ 1000 mètres, sont un peu moins élevés. Plus à l'ouest, entre Bayonne et Pampelune, se situe le col de Velate, à 700 mètres d'altitude ; mais pendant longtemps, cette route fut très dangereuse car infestée de pirates scandinaves.

Certaines routes de France traversent également des régions inhospitalières. Partant du Puy, les pèlerins rencontreront sur le plateau de l'Aubrac des brouillards très denses risquant de les égarer ; d'où l'importance des cloches de la dômerie d'Aubrac pour leur indiquer le chemin. Dans la charte de fondation de l'hospice de Roncevaux, au XIIe siècle, on fait également état de plusieurs milliers de pèlerins morts sur la route, « les uns perdus dans les bourrasques de neige, d'autres encore plus nombreux dévorés par les loups féroces ».

D'autres régions traversées ne sont pas a priori hostiles par leur altitude ou leur climat mais sont désolées. Telles, comme le rappelle le guide d'Aymeri Picaud, les Landes de Gascogne, au sud de Bordeaux, qui ne sont pas encore plantées de forêts. Il s'agit de landes sablonneuses et arides, vides de villages et d'habitants. La traversée de cette contrée jusqu'aux régions plus souriantes du Béarn et de la vallée de l'Adour était donc une rude épreuve. Ainsi nous la décrit le Guide : « Pays désolé où l'on manque de tout, il n'y a ni pain, ni vin, ni viande, ni poisson, ni eau, ni source. Les villages sont rares dans cette plaine sablonneuse. » En été, signale le Guide, cette région est infestée de mouches, de guêpes, de taons, qui s'en prennent aux pèlerins. L'eau, rare, est parfois malsaine et les rend malades.

Le voyageur, malgré les protections ecclésiastiques ou royales, doit aussi compter avec les hommes rencontrés. Les bateliers basques, qui font franchir les cours d'eau, sont réputés pour voler les pèlerins. Pires sont les Navarrais, que le Poitevin Aymeri Picaud – qui par ailleurs dit beaucoup de bien des habitants de sa région – décrit comme l'exacte antithèse des Poitevins : alors que ces derniers sont « sympathiques, accueillants, travailleurs », les Navarrais sont « perfides, déloyaux, méchants, impies, cruels, féroces, faux, querelleurs, en un mot inaptes à tout bon sentiment ».

Nombreux sont aussi les brigands qui écument le chemin de Compostelle. C'est ainsi que le comte de Rouergue est assassiné lors de son retour vers 1160. Jusqu'au premier tiers du XIe siècle, des partis de Sarrasins poussent des razzias très loin au nord, menaçant de fondre sur une colonne de pèlerins pour les tuer, les voler, ou les emmener en esclavage ; après cette époque, le péril musulman est refoulé vers le sud.

Enfin, un accident peut survenir en cours de route, et le pèlerin sait que la mort est une hypothèse avec laquelle il doit compter quand il entreprend son voyage. Une noble dame, sur le chemin du retour, meurt d'une chute de cheval. Il y a aussi des accidents par noyades. Plusieurs hauts personnages ont ainsi laissé leur vie sur les routes de Compostelle : en 1065, le comte Thibaut de Chalons ; treize ans plus tard, son fils Hugues II ; en 1137, Guillaume X d'Aquitaine, père d'Aliénor, la future épouse de Louis VII, qui va mourir le Vendredi saint à Compostelle, ce qui lui vaudra d'être inhumé dans la basilique au pied de l'autel majeur. Les femmes sont tout spécialement soumises à ces dangers. On leur conseille donc de racheter leur vœu. Blanche de Castille, sur le point de partir, ayant réuni une suite importante, se vit exhortée par l'évêque de Paris, Guillaume, à consacrer tout cet argent aux frères prêcheurs parisiens ; elle fut relevée de son vœu par l'évêque et n'alla pas à Compostelle. Le premier cas apparemment connu de pèlerinage féminin concerne une certaine Pétronille, qui serait partie à Compostelle vers le milieu du XIe siècle, accompagnée d'une escorte.

Les pèlerins étaient soutenus tout au long de leur parcours par de nombreuses institutions, hospices ou hôpitaux, chargées de mettre en œuvre les préceptes de l'Évangile de Mathieu : « Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire. J'étais étranger et vous m'avez accueilli. J'étais nu et vous m'avez vêtu. J'étais malade et vous m'avez visité. » Les pèlerins doivent donc être bien reçus, aidés et secourus. Cependant, à cette époque, il y avait un a priori de méfiance et d'hostilité vis-à-vis de l'étranger et de l'errant ; et plus il venait de loin, plus il était suspect.

Cet essor des structures hospitalières a donné naissance à une architecture particulière, en grande partie disparue aujourd'hui. Les hôpitaux comprenaient à la fois une chapelle et un bâtiment hospitalier pour accueillir les voyageurs. Souvent, les deux bâtiments étaient reliés par une voûte sous laquelle passait le chemin. De très rares exemples subsistent, comme à Pons en Charente.

Certains ordres religieux vont se spécialiser dans ces fonctions hospitalières. Les Croisades d'Orient ont déjà vu œuvrer les Templiers et les Hospitaliers, à la fois ordres militaires et ordres chargés de la protection et de l'accueil des pèlerins. Les Templiers sont aussi sur le chemin de Saint-Jacques : à Ponferrada, à l'arrivée en Galice. Les Hospitaliers de Saint-Jean sont également très présents, à Puente la Reina, à Itero de la Vega, à Orbigo, enfin à Portomarin, à proximité de la destination finale. D'autres ordres vont remplir ces fonctions. Les Antonins, originaires de Saint-Antoine en Dauphiné, s'installent à Castrojeriz. Les Augustins fondent Roncevaux en 1127, et tiennent le monastère de Saint-Christine d'Aspe à la descente du Somport. Les maisons de l'ordre de Roncevaux essaimeront ensuite dans tout le midi de la France.

L'arrivée à Compostelle

Des témoignages italiens tardifs, du XVIe siècle, nous instruisent sur l'arrivée à Compostelle. Voici ce que dit Domenico Laffi : « Partis de cette source, nous montâmes sur une distance d'une demi-lieue, arrivant au sommet d'une petite montagne qui s'appelle le Mont du Gaudio, où nous découvrîmes Saint-Jacques, tant soupiré et désiré, distant d'une demi-lieue environ. À peine l'avions-nous découvert en nous mettant à genoux et avec une grande joie que les larmes se mirent à couler de nos yeux et nous commençâmes à chanter le Te Deum. Mais après avoir dit deux ou trois versets et pas davantage, nous ne pouvions pas prononcer de paroles à cause de la quantité de larmes qui jaillissaient en abondance de nos yeux avec tant de compassion que le cœur nous liait et que les sanglots continus nous empêchaient de chanter jusqu'à ce que, après avoir pleuré tout notre soûl, nous nous mîmes de nouveau à prononcer le Te Deum et ainsi en chantant, nous continuâmes à descendre jusqu'au bourg qui est grand et beau et qui se construit sans cesse. Nous arrivâmes ainsi à la porte. » Un autre Italien, Nicolas Albani, nous apporte un témoignage comparable : « Je commençai à découvrir les clochers et aussitôt m'agenouillai par terre et mille fois je baisai la terre, me déchaussant, chantant la sainte litanie. Promptement, j'avançai le pas vers la cité sainte et arrivé à la porte je n'eus de cesse que de demander l'aide de saint Jacques. Et arrivé grâce à son aide, une fois entré, j'eus aussitôt le cœur illuminé et perdant mes esprits, j'eus l'impression d'être entré au Paradis au point que mes jambes et ma personne entière tremblaient. J'avais la tête qui tournait deci-delà, mes yeux regardaient partout pour retrouver la chapelle mystérieuse du glorieux saint et après avoir retrouvé la chapelle majeure, je m'agenouillai et là, le visage sur le sol adoré, je le remerciai extrêmement. »

Ces témoignages, reflétant une spiritualité très latine, suggèrent l'impression des jacquets à leur arrivée à Compostelle. Le pèlerin allait ensuite toucher la statue de saint Jacques, au Portique de la Gloire, puis embrasser celle qui est située sur le grand autel de la cathédrale.


Le réseau des chemins

Les quatre chemins

Le Guide du pèlerin d'Aymeri Picaud nous a laissé une image un peu réductrice des itinéraires en direction de Saint-Jacques. Il décrit en effet quatre chemins ponctués par un certain nombre de stations et d'arrêts dans des sanctuaires abritant des saintes reliques.
Le premier est la Via Tolosana, le chemin de Toulouse. Partant d'Arles, où il faut vénérer les reliques de saint Trophime et de saint Césaire, il passe par Saint-Gilles du Gard ; puis Saint-Guilhem-le-Désert, l'ancienne abbaye de Gellone où on allait honorer les reliques de saint Guillaume ; Saint-Tibéry, où résident celles des martyrs Tibère, Modeste et Florence ; Saint-Sernin de Toulouse et Sainte-Christine du Somport pour retrouver le chemin en Espagne. La Via Podiensis passe essentiellement par trois sanctuaires. Son point de départ est Notre-Dame du Puy où la Vierge Noire, très vénérée et tôt connue en Occident, patronne de la ville d'Estella en Navarre, valait au titulaire du siège épiscopal un prestige considérable. Puis le chemin passe par Sainte-Foy de Conques, également objet d'une très grande piété, et Saint-Pierre de Moissac, sommet de l'art roman. Il faudrait ajouter, à proximité de cette voie du Puy, mais nécessitant un détour, Notre-Dame de Rocamadour, grand pèlerinage marial à partir des XIIe et XIIIe siècles, qui conservera une importance considérable pendant tout le Moyen Âge et bien au-delà. L'autre voie déterminée par Aymeri Picaud est la Via Lemovinensis, passant par Limoges. Là aussi, trois grands sanctuaires retiennent l'attention de notre auteur : la Madeleine de Vézelay, avec les reliques de Marie-Madeleine disputées à la Sainte-Baume de Provence, Saint-Léonard de Noblat, très visité à partir des XIe et XIIe siècles parce qu'on prêtait à ce saint le pouvoir de faciliter la libération des captifs. Notre guide n'insiste pas sur Saint-Martial de Limoges : il nous entraîne directement vers Saint-Front de Périgueux. Enfin, la Via Turonensis, le chemin de Tours, part d'Orléans, où il faut honorer, à la basilique Sainte-Croix, les restes de la Vraie Croix, passe par Tours, lieu de pèlerinage très important durant le Haut Moyen Âge ; puis par Saint-Hilaire de Poitiers, Saint-Jean d'Angély, qui abritait le chef de saint Jean (depuis 1124, disait-on), Saint-Eutrope de Saintes et Saint-Seurin de Bordeaux, où était conservé l'olifant de Roland, le héros de Roncevaux. En traversant Saint-Romain de Blaye, on avait pu visiter aussi le tombeau de ce bienheureux Roland, alors que celui de son compagnon Olivier se trouvait un peu plus loin, à Belin, dans les Landes.
Trois de ces quatre Viae Francigenae, les plus occidentales, se réunissent à Ostabat, au pied des Pyrénées ; le chemin passe ensuite par Valcarlos, Roncevaux, et par Pampelune gagne Puente la Reina. La quatrième voie, qui vient d'Arles par Toulouse, franchit le Somport et passe par Jaca en Aragon, par le monastère de Leyre, et rejoint Puente la Reina. À partir de là, le camino francés est le chemin unique qui conduit vers Compostelle.

Un réseau plus dense

La réalité est en fait beaucoup plus complexe. D'autres sources ont offert une vision plus complète de la matière compostellane. Divers itinéraires, flamands, allemands, italiens, généralement assez tardifs (des XIVe, XVe, voire XVIe siècles), fournissent de précieuses indications sur les chemins. Depuis une trentaine d'années, on a par ailleurs recueilli de nombreuses informations sur les vestiges jacquaires jalonnant l'ensemble des territoires traversés, en France comme en Espagne. Ce travail minutieux, effectué dans les Archives départementales, et par les archéologues et les historiens d'art, permet de dessiner un réseau de voies beaucoup plus dense que celui que nous décrit Aymeri Picaud.

Il y a bien sûr des pèlerins qui partent bien en amont des quatre têtes de départ énumérées dans le Guide. Ceux qui venaient des Flandres descendaient sur Paris, après un certain nombre d'étapes obligées : Saint-Amand, Arras, Clermont en Beauvaisis, Saint-Denis. Arrivant de l'est, ils passaient par Reims, de l'ouest par Caen. Ils pouvaient aussi faire un détour par le Mont-Saint-Michel. Ensuite, ils descendaient par Rennes et Nantes pour rattraper la route à hauteur de Saintes. Ils pouvaient partir de Paris vers Chartres également.

Pour l'Espagne, on a de même retenu le chemin classique qui, depuis Pampelune ou Puente la Reina, continue jusqu'à Compostelle. Cet itinéraire ne s'est pourtant imposé qu'à partir du début du XIe siècle : auparavant, il était trop dangereux, à la portée de raids musulmans mettant en cause la sécurité des pèlerins. Les jacquets passaient alors par la côte. Les pèlerins maritimes arrivaient sur la côte cantabrique, faisaient étape à San Salvador de Oviedo, dans la capitale du royaume asturien, célèbre pour sa Camara Santa riche en reliques. Lorsque la capitale du royaume asturien s'est déplacée d'Oviedo à León, la route située plus au sud est devenue la plus classique. Mais même après cette époque, beaucoup de pèlerins utilisent d'autres itinéraires. Par exemple, aux XIVe et XVe siècles, les Anglais débarquent à Santander, sur la côte cantabrique, puis prennent la route de la côte pour se rendre à Compostelle.

Il faut aussi tenir compte des jacquets espagnols : on a reconstitué un certain nombre d'itinéraires, d'abord en Castille, à partir de Valladolid, de Zamora. Les nombreux pèlerins venant de Catalogne passent par Saragosse, lieu d'une dévotion particulière à la Virgen del Pilar, culte lié à celui de saint Jacques.

Conclusion

Dans la longue durée historique, il s'agit là d'un phénomène de piété très étonnant, vers un lieu chargé d'une sacralité particulière. Depuis une trentaine d'années, ce pèlerinage a repris une importance nouvelle. Ce renouveau est dû en grande partie au travail réalisé par les spécialistes, notamment par le Centre d'études compostellanes qui, depuis les années soixante, réalise de nombreuses manifestations, expositions, et recherches très méthodiques. Par ailleurs, si nous connaissons aussi bien aujourd'hui cette question, c'est aussi grâce au travail considérable accompli par les grands historiens comme Yves Bottineau ou Bartolomé Bennassar, grâce au travail de fourmi réalisé dans les archives, et aux collections de vestiges dans toutes les provinces de France et d'Espagne.

Philippe Conrad
Février 2001
 
Bibliographie
Pélerinages: Compostelle, Jérusalem, Rome Pélerinages: Compostelle, Jérusalem, Rome
Paolo Caucci von Saucken (sous la direction de)
Zodiaque/ Desclée de Brouwer (Présence de l'art), 1999

Priez pour nous à Compostelle. La vie des pèlerins sur les chemins de Saint Jacques Priez pour nous à Compostelle. La vie des pèlerins sur les chemins de Saint Jacques
Pierre Barret et Jean-Noël Gurgand
Hachette, Paris, 1999

Les Chemins de Saint Jacques Les Chemins de Saint Jacques
Yves Bottineau
Arthaud, Paris, 1993

Les Chemins de Compostelle Les Chemins de Compostelle
Raymond Oursel, Jean-Claude Nesmy
Zodiaque (Les Travaux des mois), 1989

Sur les chemins de Saint Jacques Sur les chemins de Saint Jacques
René de La Coste-Messelière
Perrin, 1999

Saint Jacques de Compostelle. Mille ans de pélerinages en Europe Saint Jacques de Compostelle. Mille ans de pélerinages en Europe
René de La Coste-Messelière
Desclée de Brouwer, Paris, 1993

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