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La Cité interdite
Itinéraires et symboles
Pierre Colombel
Chercheur au CNRS

Centre de Pékin, centre symbolique de la Chine et du monde, le palais impérial – Cité interdite – fut durant des siècles le sanctuaire inviolé de la puissance du céleste empereur. Son ordonnancement reflète la structure politique de l'empire du Milieu, mais aussi l'organisation de la cour impériale. Pierre Colombel nous convie à un véritable chemin initiatique à travers ses palais, pavillons et jardins.


Souvenirs des dynasties Ming et Qing


À l'heure où les toitures vernissées de la Cité interdite s'enflamment sous les derniers rayons du soleil couchant, les visiteurs, par milliers, semblent jaillir des salles d'audience, des appartements, des galeries et des jardins, déferlant vers les cinq ponts qui enjambent la rivière aux Eaux d'or, avant de s'engouffrer dans le gigantesque portail du palais impérial de Pékin, la porte du Midi, et se répandre en foule innombrable sur la place Tien an Men.


Chargés, dans leur mémoire muette, des fastes du pouvoir suprême, mais aussi des joies et intrigues des impératrices, des concubines impériales, ainsi que des servantes et des eunuques par milliers, seuls, derniers témoins comme imprégnés de messages d'antan, les palais exhalent les souvenirs impalpables de la vie de ces demeures closes. Souvenirs feutrés de la vie nocturne des fils du Ciel des deux dernières dynasties et de l'histoire intime des nombreuses femmes du harem.


C'est sous les Ming (1368-1644) que l'empereur Yongle, troisième empereur de cette dynastie – dont la capitale était alors Nankin, dans le sud de la Chine – décide de la transférer à Pékin pour des raisons stratégiques. Les travaux de construction, qui ont mobilisé des centaines de milliers d'artisans et d'ouvriers, débuteront en 1406 pour s'achever en 1420 et, en 1421, l'empereur des Ming inaugure son palais impérial et sa demeure principale de Pékin. Durant cinq siècles la Cité interdite sera le centre politique chinois où régneront les quatorze empereurs de la dynastie des Ming et les dix empereurs de la dynastie des Qing, jusqu'à Pu Yi, le « dernier empereur », déchu en 1911 à l'instauration de la république.


Lorsque les Mandchous, peuple de nomades localisés au nord-est de la grande muraille, donc n'ayant pas une architecture très élaborée, envahissent la Chine et prennent le pouvoir en 1644, le nouvel empereur des Qing, Shun Zhi, s'installe avec sa cour dans la Cité interdite, à l'inverse du passé où, lorsqu'une dynastie était renversée, le palais impérial était généralement détruit par le nouveau pouvoir.


Du haut de la colline de Charbon située juste à l'extérieur de la porte nord du palais, le visiteur a une vue panoramique de l'ensemble de cette immense cité de 720 000 m2 de superficie. D'un seul regard on embrasse les deux grands ensembles qui composent la Cité interdite, sur un axe nord-sud : la partie consacrée à la vie politique, au sud, et celle réservée à la vie privée, au nord. Le tout comptant 9 999 salles, nombre symbolique – le chiffre 9 représentant la puissance du Yang à son maximum – tout comme les portes des bâtiments impériaux sont décorées de 9 rangées de 9 clous dorés. La Cité interdite est entourée d'une muraille haute de dix mètres formant une enceinte rectangulaire de neuf cent soixante sur sept cent soixante mètres, doublée d'un large fossé extérieur rempli d'eau. C'est la terre de remblai de ce fossé qui a été utilisée pour créer la colline de Charbon au nord, obéissant aux exigences géomantiques traditionnelles et qui protège également le palais des vents du nord qui apportent les courants froids de Sibérie. De même, les fossés remplis d'eau et la rivière aux Eaux d'or artificielle permettent de faire circuler le Qi – l'énergie – enfoui dans le sol.


Le sud, témoin de la puissance de l'empire du Milieu


La partie politique de la Cité interdite, les « palais du Devant », formée de trois palais et de l'ensemble des bâtiments méridionaux, était consacrée aux cérémonies solennelles à caractère étatique, présidées par l'empereur en personne, et aux principaux services civils à l'est et militaires à l'ouest. Le palais de l'Harmonie suprême domine une vaste esplanade de plus de 30 000 m2, où se rassemblaient, selon l'ordre hiérarchique, plusieurs milliers de dignitaires civils et militaires lors des cérémonies telles que l'Audience matinale, l'Intronisation, le mariage de l'empereur... dans un apparat grandiose et selon un rituel immuable. Haut de trente-cinq mètres, ce palais rehaussé par une triple terrasse en marbre blanc est, avec une superficie de 2 377 m2, le plus spacieux, le plus richement orné de la Cité interdite. Dix-huit grands brûle-parfums de bronze ornent les différents niveaux de la terrasse : ils représentent les dix-huit provinces que comptait alors l'empire du Milieu. C'est ici, au centre symbolique de l'empire et de l'univers, que s'élève une pyramide de sept marches d'où s'élancent six colonnes dorées, ornées de dragons, qui supportent un plafond somptueusement décoré, et que se dresse le trône impérial finement sculpté de dragons et resplendissant d'ors. Au plafond, juste à l'aplomb du trône, est sculpté le symbole du « fils du Ciel » : un dragon enroulé, tenant une perle géante, symbole du pouvoir suprême. Pour atteindre le trône, l'empereur monte les nombreuses marches, symbolisant l'ascension de la montagne sacrée. Il préside ainsi, au sommet de la montagne sacrée du Centre, d'où émanent toutes les activités de son empire. Le trône, comme tous ceux situés dans chacun des palais, est tourné face au sud, à l'énergie Yang, afin que l'empereur reçoive le souffle vital du soleil. Les deux autres palais de la partie politique sont le palais de l'Harmonie du Milieu où se reposait l'empereur avant de présider les cérémonies, et le palais de l'Harmonie préservée où, chaque année, l'empereur offrait un grand festin auquel étaient conviés les dignitaires de l'empire ainsi que les vassaux. Tous les trois ans, l'empereur y recevait les lauréats du concours impérial afin de les soumettre à une dernière épreuve orale avant de les nommer à un poste important dans le gouvernement.


Les couleurs dominantes de la Cité interdite sont le pourpre, qui couvre tous les murs – sous l'empire, le palais impérial de Pékin était appelé Cité pourpre interdite et, dans la tradition chinoise, le pourpre est la couleur symbolisant la suprématie – et le « jaune radieux », couleur du soleil à son zénith, que l'empereur seul avait le droit de porter ; c'est aussi la couleur des tuiles vernissées des toits de toutes les constructions, si modestes soient-elles, de caractère impérial. Passés les trois palais du Devant, une dernière cour est entièrement fermée de murs pourpres. Au nord, au milieu du mur, se dresse la porte de la Pureté céleste, au-delà de laquelle s'élèvent les nombreux « palais intérieurs » entourés l'entourage impérial n'avait le droit de pénétrer.


Au nord, la vie privée des empereurs


Sur l'axe central se dressent trois palais qui sont les lieux rituels réservés à l'empereur et à l'impératrice. Le premier, le palais de la Pureté céleste, est le plus important de cette partie. Jusqu'en 1723, les empereurs y vivaient, travaillaient à la lecture des rapports et recevaient individuellement ambassadeurs et dignitaires. Dans le prolongement de ces trois palais, le jardin impérial précède la porte du Nord de la Cité interdite – porte de sortie privée de la cour. De part et d'autre de cet axe central se trouvent les « six palais de l'Est » et les « six palais de l'Ouest » qui abritent les appartements où vivaient l'impératrice, les concubines impériales et leurs suivantes. Chacun de ces palais compte vingt-deux pièces, l'ensemble comprenant des pavillons, des galeries, des jardins et des temples bouddhistes et taoïstes, ainsi que les bureaux des gardes et les locaux où s'activent les servantes et les eunuques. Ainsi, l'impératrice avait dix servantes personnelles attachées au service de son appartement, les concubines de dernier rang devant se contenter de deux servantes chacune.


Dans la partie nord-est, l'ensemble du palais de la Longévité et de la Tranquillité est une Cité interdite en réduction que l'empereur Quian Long s'est fait aménager et où il vécut, après avoir laissé le pouvoir à son fils à l'issue d'un règne de soixante ans. Le palais est précédé d'un magnifique mur des Neuf Dragons, en céramique vernissée, qui protège l'entrée de la demeure de l'empereur.


Un art de vivre, tout de luxe et de délicatesse


Cet ensemble architectural, que l'on peut visiter, abrite de remarquables collections du trésor de la Cité interdite, tout comme les palais de l'Est où sont présentés des objets exceptionnels qui évoquent le luxe et le raffinement de la vie impériale, et le goût des empereurs pour les collections de peinture, de calligraphies... et d'objets exotiques, comme les horloges précieuses, les automates, les boîtes à musique, offerts par les diplomates et missionnaires occidentaux, avant d'être fabriqués en Chine dans les ateliers impériaux. C'est le missionnaire jésuite italien Matteo Ricci qui, en 1600, offrit à l'empereur Wen Li, de la dynastie des Ming, les premières horloges mécaniques, à une époque où les Chinois en étaient encore à l'usage des clepsydres.


De même, les six palais de l'Ouest sont devenus un musée. Certains appartements ont été transformés en salles d'exposition qui présentent les objets de la vie quotidienne impériale. Cependant quelques-uns ont conservé en partie leur âme en gardant la disposition des meubles richement ouvragés et des objets précieux. Le visiteur peut encore, à travers les vitres de plusieurs demeures, en particulier au palais de l'Élégance accumulée, laisser flâner son regard et son imagination, déceler quelques souvenirs ou percevoir les ombres parfumées de l'impératrice douairière Ci Xi et les nombreuses jeunes femmes qui s'activaient autour d'elle.


Le jardin impérial, à l'extrémité nord de la Cité interdite, est un espace vert qui contient les essences, les plantes et les roches les plus précieuses de l'empire. Support pour l'éveil de la sensibilité de l'homme, il l'aide à progresser dans sa recherche spirituelle. Il a été conçu, dès l'origine, sur un plan symétrique, style équilibré conforme à son rang de premier jardin de l'empire. Les cent soixante vieux arbres qui apportent leur fraîcheur ont entre 350 et 500 ans d'âge. Un temple taoïste, le palais de la Paix impériale, entouré d'un mur bas, forme un jardin dans le jardin. Les fins bambous plantés tout le long du mur pourpre contrastent avec la minéralité des stalagmites. Une promenade conduit de kiosques en bassins d'eau en empruntant d'agréables allées pavées de nombreux motifs champêtres réalisés en petits galets, pour aboutir, près de la porte du Nord, au curieux kiosque dit Panorama impérial qui permettait à la famille impériale de contempler le paysage jusqu'à l'horizon.

Pierre Colombel
Juillet 2001
 
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Bibliographie
Catalogue de l'exposition "La Cité interdite. Vie publique et privée des empereurs de Chine (1644-1991)" Catalogue de l'exposition "La Cité interdite. Vie publique et privée des empereurs de Chine (1644-1991)"
Sous la direction de Gilles Beguin
Musée du Petit Palais, Paris, 1996

La Chine impériale La Chine impériale
Denys Lombard
Que sais-je ?
PUF, Paris, 7e édition 2001

La Cité interdite des Fils du Ciel La Cité interdite des Fils du Ciel
Gilles Béguin et Dominique Morel
Découvertes
Gallimard, Paris, 1996

L'ABCdaire de la Cité interdite L'ABCdaire de la Cité interdite
Gilles Béguin et Dominique Morel
Les ABCdaires
Flammarion, Paris, 2001

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