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L'art du Laos
Madeleine Giteau
Ancien conservateur du musée des Beaux-Arts de Phnom-Penh.
Professeur émérite de l’université Paris III-Sorbonne
Tout visiteur perçoit l'art du Laos comme un art aimable, élégant, coloré. S'il est un peu déconcerté par l'aspect moderne de Vientiane, l'exquise ville de Luang Prabang le séduit. Ses monastères abritent des édifices couverts de larges toitures aux lignes courbes surmontant des frontons en bois sculptés et dorés, chatoyant de verroteries, émaillés d'argent, de turquoise, de grenat. Dans l'atmosphère recueillie du sanctuaire, son œil est attiré par la grande image dorée du Bouddha assis dans la pose de la méditation, ou dans celle qui symbolise l'Acquisition de l'Éveil à la Connaissance. S'il évoque le souvenir des sanctuaires de Thaïlande, il doit reconnaître qu'ici l'atmosphère est bien différente, plus proche du peuple lao. Nous avons demandé à Madeleine Giteau de nous initier à cet art qu'elle connaît si bien.

Un art original sous influence

Au Laos, un art original n'apparaît qu'au XIVe siècle, avec la fondation du Royaume du Lan Xang. Cependant, après une riche préhistoire, des œuvres d'art avaient été réalisées dans le pays, lorsqu'il dépendait de l'Empire khmer qui, à la fin du XIe siècle s'étendait jusque dans la région de Vientiane. Bien qu'ils reconnaissent que les vestiges préangkoriens et angkoriens ne sont pas des œuvres de leurs ancêtres, les Lao ont une vénération pour les temples khmers qui, actuellement, font partie du patrimoine artistique de leur sol ; chaque année, les fêtes qu'ils célèbrent à Vat Phu témoignent de leur attachement à ce grand temple khmer, fondé par une des plus anciennes dynasties du Cambodge, sur une montagne dans la région de Champassak, au Sud-Laos.

Lorsque le roi lao Fa Ngum établit le royaume du Lan Xang, au XIVe siècle, il fut aidé par le roi khmer, son beau-père, qui souhaitait intervenir contre les Thaïs. C'est le souverain angkorien qui, lors d'une mission bouddhique, fit don à son gendre d'une image sacrée du Bouddha, le Phra Bang, devenu le palladium du nouveau royaume. Comme le Cambodge, le Laos avait alors adhéré au bouddhisme du Theravâda, la « Doctrine des Anciens », resté proche de l'enseignement du Bouddha.

Pourtant, malgré des contacts avec les arts voisins, khmer, thaï, éventuellement vietnamien – contacts qui n'ont cessé de s'exercer tout au long de l'histoire du pays – l'art du Laos témoigne d'une réelle originalité, tant dans l'architecture que dans les arts plastiques.

Les temples

L'art lao est essentiellement religieux. Des œuvres d'art ont été accumulées dans les monastères, les vat. On y a multiplié les constructions, toutes enrichies d'admirables décors architecturaux. On désigne habituellement le sanctuaire sous le nom très imprécis de « pagode ». C'est le plus souvent une salle rectangulaire ouverte à l'est par un porche et prolongée parfois, à l'ouest, par un second porche. À l'intérieur, la salle peut être divisée en trois ou en cinq nefs par des rangs de colonnes : au fond s'élève l'autel bouddhique chargé d'innombrables statues du Bouddha en maçonnerie, en bois, en bronze ; sur les murs se déroulent parfois des fresques, tandis que le sanctuaire reçoit un mobilier précieux.

Il existe une parenté entre les temples du nord du Laos et ceux du Lan Na, au nord de la Thaïlande ; il ne faut pas oublier que le Lan Na et le Lan Xang furent unis sous le roi Pothisarath et se séparèrent sous son fils, Setthatthirath, qui déplaça la capitale de Luang Prabang à Vientiane (1563).

Les temples du Nord, particulièrement ceux de la région de Xieng Khuang – Muong Phuen – sont des édifices d'assez petite taille, enfouis sous d'immenses toitures les protégeant contre le climat assez froid en hiver. Presque tous ces sanctuaires, aux lignes d'une réelle perfection, ont malheureusement disparu.

À Luang Prabang, les architectures ont conservé les volumes harmonieux des temples de Xieng Khuang ; mais les monastères ont connu un plus grand développement et, autour du sanctuaire, s'élèvent des chapelles ainsi que des tours-reliquaires et des stupa, désignés ici sous le nom de that.

Sensiblement différents des stupa indiens, les that lao présentent une grande variété de formes. Les that hémisphériques sont rares. La forme en cloche posée sur un soubassement rappelle les stupa de Thaïlande et de Birmanie. La forme la plus typique du Laos comprend, au-dessus d'un soubassement mouluré, un bulbe galbé, appelé parfois « bulbe en carafe ». C'est cette forme qui a été reconstituée au sommet du That Luang de Vientiane.

Le plus grand des monastères de Luang Prabang est le Vat Xieng Thong élevé là où, à l'origine de la ville de Luang Prabang, deux ermites s'établirent, émerveillés par la beauté du site, au confluent de la Nam Khan et du Mékong.

Les temples du Sud, plus élevés – comme ceux de la région de Bangkok – sont entourés d'une galerie sur colonnes qui s'élargit à l'entrée du sanctuaire, pour former un vaste porche. On peut supposer qu'en 1641, le roi Suryavongsa reçut, dans un tel monastère près du That Luang, le voyageur hollandais Van Wuysthof, qui nous a laissé le récit de cette audience et une description de Vientiane à cette époque.


L'art décoratif

De riches décors, d'une grande élégance, ajoutent à la beauté des édifices. Leur rôle n'est pas seulement esthétique, ils doivent contribuer à la protection du sanctuaire. Les vantaux sont sculptés de figures gardiennes ; les toits sont bordés de nâga, serpents polycéphales, protecteurs des trésors ; des divinités auspicieuses ornent les frontons des façades. Les décors végétaux ont également un rôle bénéfique, ils évoquent la liane, ou l'arbre, « qui exauce les désirs ». De tels éléments de décor enrichissent également le mobilier des sanctuaires.

À côté des armoires et des chaires à prêcher, il existe des pièces propres au Laos, porte-luminaires et meubles d'ondoiement. Sur les porte-luminaires, la barre de fer – support des bougies – est fixée en avant d'un écran sculpté. Sur les pièces les plus anciennes, figure le Mont Méru, axe du Monde, entouré des sept montagnes cosmiques, selon le monde bouddhique. Des porte-luminaires du début du XXe siècle sont sculptés de scènes épiques tirées du Ramakerti, la version du Râmâyana en Asie du Sud-Est. Lors des fêtes du Nouvel An, particulièrement dans la région de Luang-Prabang, on installe devant les sanctuaires un mobilier pour l'aspersion des statues du Bouddha : un pavillon abritant une ou plusieurs images du Bienheureux et un canal d'ondoiement constitué d'un long corps de saurien dont la queue supporte un oiseau formant entonnoir et dont la gueule crache un nâga, déversoir de l'eau.


Le Bouddha

Sur l'autel du sanctuaire, selon l'iconographie du Theravâda, on ne place que des images du Bouddha. Les plus anciennes statues lao du Bienheureux sont encore dans la tradition khmère. Au cours de l'évolution de l'art lao, les artistes ont cherché à figurer le Bouddha avec les caractères supra-humains exposés dans les textes.

Le Bouddha lao classique a un visage ovale aux arcades sourcilières fortement incurvées ; l'œil au regard méditatif est souvent incrusté de nacre ou d'argent ; le nez busqué prend, au XVIIIe siècle, une forme en bec d'aigle ; l'oreille au lobe étiré est extrêmement stylisée. L'usnisa - protubérance au sommet de la tête - couvert de boucles comme le crâne, est surmonté d'une flamme ou d'une pointe. Le costume monastique couvre tout le corps ou découvre une épaule selon l'attitude du Bienheureux.

Dans ces représentations, les artistes n'ont pas cherché le naturalisme, mais la figuration des caractères fixés par les textes ; ils n'ont pas craint la stylisation à l'extrême de ce corps si lumineux que le buste et le vêtement inférieur transparaissent sous le manteau monastique. Une école de sculpture s'est attachée à modeler le corps du Bouddha idéalisé, long et mince, d'une parfaite harmonie de lignes. Aux XVIIIe et au XIXe siècles, les statues nous surprennent par leur extrême hiératisme. Toutefois certaines images sont d'une sensibilité humaine émouvante, propre à l'art lao ; citons simplement un petit bronze de la collection du Palais Royal de Luang Prabang figurant le Bouddha lorsqu'il entre dans le Nirvana, tendant la main vers un de ses disciples en pleurs pour le consoler.

Madeleine Giteau
Février 2002
 
Bibliographie
Art et archéologie du Laos Art et archéologie du Laos
Madeleine Giteau
Picard, Paris, 2001

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