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Doura-Europos sur l'Euphrate
Pierre Leriche
Directeur de recherche au CNRS
 
 

Les ruines de la ville antique de Doura-Europos se dressent en bordure du plateau steppique qui domine la rive droite du moyen Euphrate près du village de Salhiyé, entre Deir ez Zor et Abou Kemal. Du haut de la citadelle, qui contrôlait la route de l'Euphrate à l'endroit où celle-ci descendait du plateau pour rejoindre la rive du fleuve, le regard embrasse la vallée verdoyante. Les vestiges des constructions de la ville sont limités au nord et au sud par deux ravins profonds et à l'ouest par muraille protégée par un épais remblai. Pierre Leriche nous entraîne à la découverte de cette cité et de la civilisation riche et complexe qui s'y épanouit, née du contact du monde gréco-romain avec l'Orient sémitique et iranien.

L'histoire d'une découverte

Le 30 mars 1920, les troupes britanniques du capitaine Murphy, chassées de Deir ez Zor par la révolte arabe qui suivit la fin de la première guerre mondiale, vinrent se réfugier dans les vestiges de cette partie de l'enceinte de Doura-Europos. Le creusement d'un retranchement au pied de la tour nord provoqua l'écroulement d'une paroi de terre. Alors apparut un mur peint de couleurs vives, représentant des personnages plus grands que nature, vêtus de longues robes blanches et coiffés de hauts bonnets pointus, occupés à célébrer un sacrifice. Murphy percevant qu'il avait fait une découverte majeure, alerta l'état-major qui fit venir l'archéologue américain J. Breasted en mission dans la région de Bagdad. Bien que ne disposant que d'une journée pour travailler, ce dernier put relever les peintures et comprit que celles-ci ornaient les parois d'un temple antique et constituaient un témoin privilégié de la civilisation née de la conquête de l'Orient par Alexandre.

La publication de cette découverte fit sensation. En juillet 1922, le calme étant revenu dans la région, l'Académie des inscriptions et belles lettres décida de créer une mission de fouille sous la direction de Frantz Cumont, spécialiste des religions orientales dans l'empire romain. Deux campagnes eurent lieu, en 1922 et 1923. Appuyé par un détachement militaire, Cumont put dégager l'ensemble du temple ainsi que d'autres monuments et ainsi identifier le site avec la ville de Doura-Europos, évoquée par les Anciens. Toutefois, en 1924, la reprise des hostilités devait mettre un terme à sa mission. Il fallut attendre le retour du calme, quatre ans plus tard, pour voir une nouvelle mission organisée à l'initiative du célèbre savant russe émigré Michel Rostovtzeff et patronnée par l'université américaine de Yale associée à l'Académie des inscriptions. Elle conduisit chaque année une campagne de près de six mois, avec des effectifs allant jusqu'à trois cents ouvriers ; plus du quart de la surface du site fut ainsi exploré. Malheureusement en 1937, les travaux durent à nouveau être interrompus, faute d'argent. Deux ans plus tard, le déclenchement de la deuxième guerre mondiale interdit leur reprise ; le site fut donc laissé à l'abandon et seule une partie des recherches publiée.

Il fallut attendre cinquante ans pour que soit créée une troisième mission, placée cette fois sous le patronage du CNRS, du ministère français des Affaires étrangères et de la Direction générale des antiquités et musées de Syrie et dirigée par l'auteur de ces lignes associé au Dr A. Al-Mahmoud, directeur du musée de Deir ez Zor. Depuis 1986, la nouvelle mission travaille deux mois par an, généralement au printemps, avec pour objectif de mener de front l'étude archéologique, la préservation et la présentation du site qui s'était fortement dégradé.

Au cours des différentes missions, plus d'une centaine de parchemins, de papyri ainsi que de très nombreuses inscriptions ont été découverts. Ils sont rédigés non seulement en grec et en latin, mais aussi en palmyrénien, en hébreu, en hatréen, en safaïtique et en pehlevi. Leur diversité même nous montre la multiplicité des groupes qui, progressivement constitués à Doura, coexistaient apparemment sans problème, avec cependant une nette prédominance de l'élément macédonien, issu des premiers colons, qui constitua l'aristocratie locale et garda toujours le contrôle des institutions.

Grâce aux recherches et aux nombreuses publications, Doura-Europos est aujourd'hui l'une des villes les mieux connues de l'Orient grec, parthe et romain et constitue la référence obligée de tout historien travaillant sur l'Orient hellénistique, parthe et romain.

Une cité hellénistique exemplaire

On sait par les textes, que la colonie macédonienne d'Europos – du nom du village natal de Séleucos Ier, le fondateur de la dynastie séleucide – fut fondée en 303 avant notre ère afin de contrôler la route qui reliait les deux capitales de l'empire qu'il venait de créer, Antioche et Séleucie du Tigre. Comme l'indique une tablette cunéiforme retrouvée sur le site, cette position avait d'ailleurs été mise à profit dès le milieu du IIe millénaire avec l'édification de la citadelle de Dawara – qui a contribué à donner son nom au site, Dawara venant de Dura qui signifie forteresse.

Il s'agissait au départ d'une simple colonie militaire qui n'acquit les dimensions d'une ville qu'après un siècle et demi d'existence. Avec ses remparts, son espace divisé en îlots rectangulaires identiques organisés autour d'une vaste agora et séparés par des rues disposées à angle droit, Doura Europos offre aujourd'hui un visage remontant, pour ses éléments les plus anciens, au milieu du IIe siècle. Plus de la moitié de cet ensemble a d'ailleurs disparu dans l'effondrement de la falaise qui a aussi emporté pratiquement tout le rempart oriental.

Au sud et au nord, le long des abrupts de deux ravins perpendiculaires au fleuve et distants d'un kilomètre environ, court l'enceinte de la ville ; elle forme de nombreux décrochements et se trouve renforcée par des tours irrégulièrement réparties. À l'ouest, sur le plateau, la muraille adopte un tracé rectiligne défendu par des tours quadrangulaires régulièrement espacées. Dans cette zone, les fortifications ont été remarquablement préservées grâce au grand glacis romain qui les a englobées à la veille de l'attaque sassanide et qui n'a ensuite pas été modifié. À l'est, s'élève l'imposante citadelle de pierre de taille longue de trois cents mètres avec, en son centre, le palais du commandement militaire de la place. Des quatre portes dont la ville était probablement dotée, deux seules subsistent : la porte monumentale de l'ouest à plan carré, dite « porte de Palmyre », et la porte sud, tout aussi large mais conçue selon un plan dit « en entonnoir ». Les autres portes – la porte du fleuve et celle s'ouvrant dans une partie écroulée du rempart nord – ont disparu.

Le plan de Doura Europos s'inspire des principes de l'urbanisme hellénistique ; il est l'une des plus belles illustrations du système dit « hippodamien » fondé sur le principe de la répartition d'îlots tous identiques de cent pieds sur deux cents – soit trente-cinq sur soixante-dix mètres – représentant la surface de huit maisons de trois cents mètres carrés chacune. Ces îlots sont séparés par des rues orthogonales de cinq à douze mètres de largeur pour la rue principale. Tous les édifices publics ou privés s'intègrent dans ce schéma ; on sait toutefois qu'à l'arrivée des Parthes, seule une petite partie de l'espace circonscrit par les murailles était construite. Ainsi, au centre de la ville, le projet d'une large agora – s'étendant sur l'emplacement de huit îlots – n'a été réalisé que dans sa partie septentrionale.

Hormis les fortifications de la ville et la citadelle, les monuments l'époque hellénistique ont pour la plupart été largement modifiés au fil du temps et offrent un visage datant le plus souvent de l'époque romaine. Il en est ainsi des deux principaux temples de la ville – l'un dédié à Zeus Megistos, l'autre à Artémis – dont ne subsistent que des tambours de colonnes doriques ou ioniques remployés dans des états postérieurs. Le palais de la citadelle – laissé inachevé en raison de l'effondrement de la falaise – et le palais du Stratège – qui surplombe la route intérieure face à la citadelle – sont les deux seuls bâtiments non militaires ayant conservé une partie de leur aspect originel. Le premier, dont l'étude a été reprise récemment, était de dimensions modestes – environ un demi-îlot – et sa conception ne différait guère de celle des maisons patriciennes. Organisé autour d'une cour centrale bordée sur deux côtés par des colonnes à facettes, il est construit en briques crues sur un haut soubassement de pierre de taille dont les orthostates étaient ornés, sur trois côtés, d'un décor en table ou d'un bossage bombé. Au nord, le soubassement de la façade, qui surplombe la dépression intérieure, est décoré de bossages en coussinet du plus bel effet.

En ce qui concerne les arts figuratifs, nous ne possédons malheureusement aucune représentation sculptée ou peinte qui nous permette de juger de l'art qui prévalait dans la cité.

L'apogée parthe

Au IIe siècle, les Parthes, venus des régions proches de la Caspienne, s'emparent des satrapies iraniennes puis de la Mésopotamie. En 113 avant J.-C., Europos est prise. À l'exception d'une courte période – de 115 à 117 après J.-C. – où la cité tombe aux mains de Trajan, elle est incorporée pour près de trois siècles à l'Empire parthe. Le nom grec tombe en désuétude ; désormais, c'est le vieux nom de Doura qui est utilisé dans les inscriptions et les textes antiques.

La cité connaît alors une phase de prospérité et de paix sans précédent qui contraste avec l'image négative que les Romains ont donné des Parthes. Doura-Europos établit des relations commerciales avec des villes de la vallée de l'Euphrate et de la Syrie occidentale. La population s'accroît ; les remparts de la ville, laissés à l'abandon – à l'exception de la porte de Palmyre qui connaît divers aménagements destinés à en faciliter le fonctionnement – sont en partie occupés par des installations civiles ou des édifices religieux érigés en grand nombre. Tout en respectant strictement le parcellaire de l'époque grecque – hormis l'agora qui est envahie de maisons – les constructions nouvelles occupent l'ensemble de l'espace disponible à l'intérieur de l'enceinte.

À l'exception des demeures palatiales, qui occupent la moitié voire la totalité d'un îlot, les maisons de Doura-Europos, qu'elles soient riches ou modestes, présentent une très grande unité de conception. L'édifice, fermé vers l'extérieur, n'est le plus souvent accessible que par une porte unique donnant sur un long couloir qui débouche à angle droit sur une cour centrale parfois ornée de colonnes mais jamais d'un péristyle. Une ou deux rangées de pièces, fréquemment pourvues de banquettes, bordent la cour. La pièce de réception – andron – est en général située au sud de la cour, à l'abri du soleil. Les maisons comportent un étage qui ne couvre souvent qu'une partie de la surface bâtie. Les terrasses servaient à la vie familiale, en particulier à la saison chaude.

Avec l'afflux d'habitants de toutes origines, de nombreuses divinités sémitiques sont introduites à Doura-Europos et associées aux dieux grecs : Zeus Megistos à Arsu, Artémis à Nanaia. Les diverses communautés élèvent des temples dans lesquels elles se reconnaissent : temples de Bêl – dont l'un découvert récemment – d'Aphlad-Haddad, d'Azzanathkona-Artémis, d'Atargatis – fille de Haddad et sœur-épouse d'Adonis – des Gaddé – fortunes de Séleucos Ier et de la ville – de Zeus Théos-Bêl, de Zeus Kyrios-Baal-Shamin ou d'Adonis. Le culte était célébré sur un ou plusieurs autels à degrés, face à l'entrée du temple où dans une cour particulière. Parfois, une salle à gradins servait à l'organisation de cérémonies réservées aux initiés. Tous ces temples se conforment à un même type paraissant relever d'une tradition mésopotamienne préhellénistique réélaborée. Chaque sanctuaire est entouré d'un mur aveugle avec une porte d'entrée principale, fréquemment unique, donnant sur une cour ornée d'une colonnade et bordée de petites salles périphériques, le plus souvent des chapelles offertes et entretenues par des donateurs. Le temple lui-même est placé au fond de la cour, face à l'entrée, sur un podium à deux ou trois degrés. Il est parfois appuyé au mur de fond et, dans ce cas, un corridor sépare la cella du mur de la cour. Son plan est carré, avec un pronaos large et un naos en général entouré de deux chapelles ou sacristies. L'image de culte est soit peinte sur le mur de fond, soit sculptée sur un bas-relief fixé sur un piédestal ou dans une niche couverte d'un arcosolium supporté par des colonnettes.

Les œuvres sculptées ou les fresques des édifices religieux de Doura – tout en reflétant la diversité d'origine de la population – nous révèlent une caractéristique commune appelée la « frontalité parthe », propre aux arts figuratifs de la Mésopotamie de cette époque.

Si l'on excepte la statue d'Aphrodite du temple d'Artémis – importée d'Antioche ou de Pergame – et les deux stèles en haut-relief dédiées par Hairan au temple des Gaddé – sans doute dues à un artiste palmyrénien – les œuvres sculptées découvertes à Doura ont été exécutées par des artistes ou artisans de la région. Il s'agit généralement de bas-reliefs religieux représentant une ou deux divinités – reliefs d'Arsu ou de Iarhibol, relief d'Atargatis et Haddad – entourées de leurs attributs et parfois accompagnées de la représentation du donateur sous les traits d'un officiant du culte, ainsi les reliefs d'Aphlad, de Zeus Kyrios-Baal Shamin, le bas-relief de Bêl du temple de la rue principale. La faiblesse des volumes et le caractère souvent fruste de l'exécution ne s'expliquent pas uniquement par la nature gypseuse de la pierre. Quant à la représentation des personnages, elle est toujours frontale. Ce sont aussi probablement des artistes douréens qui ont exécuté les nombreuses fresques des édifices religieux remarquablement préservées grâce au remblai intérieur du rempart.

Ces peintures datent de l'époque parthe pour les plus anciennes, comme celle du sacrifice de Conon au temple de Bêl. L'art qui s'y révèle est héritier de l'Ancien Orient par sa platitude, son vérisme et son hiératisme, et de la Grèce par son décor architectural et ses références iconographiques. Quelle que soit leur date, ces compositions s'adressent, par la frontalité de tous leurs personnages, directement au spectateur. En cela, on peut considérer que les peintures et bas-reliefs de Doura-Europos figurent parmi les monuments les plus représentatifs de « l'art parthe » et peuvent être regardés, selon l'expression de Breasted, comme les « précurseurs de l'art byzantin ».

De l'époque romaine à la conquête sassanide

En 165 apr. J.-C., la cité est conquise par les troupes romaines. Le quart nord de la ville est transformé en camp romain ; Doura constitue l'un des points d'appui de la frontière face à l'Empire parthe et Palmyre y exerce une influence prédominante. Un certain nombre d'édifices y sont érigés. Au centre du camp romain s'élèvent les principia, – jusque-là dénommés prétoire – à l'est desquels est construit le palais du Dux ripae – le commandant de la frontière. Ils sont associés à un temple dédié à Jupiter Dolichenius et à des thermes. Le sanctuaire principal du camp est le vieux temple de Bêl qui est alors embelli tandis qu'un mithraeum est édifié à proximité des remparts. Enfin, en limite du camp, est érigé un amphithéâtre.

Dans la ville elle-même, la construction d'un temple militaire, de trois thermes et d'un marché fermé peuvent être également attribuées à l'armée romaine. À la même période, apparaissent une synagogue peinte et une maison privée de deux pièces, réservée à la célébration du culte chrétien persécuté.

Les édifices proprement religieux y sont bâtis selon une conception originale ne s'inscrivant ni dans la tradition grecque ou romaine, ni dans celle de l'architecture de l'époque précédente. Ainsi, le « temple militaire » a la forme d'une simple salle à quatre piliers précédée d'une colonnade. Le dolicheneum apparaît comme un ensemble de petites chapelles consacrées à plusieurs divinités différentes réparties autour d'une cour fermée à colonnade. Le plan de la synagogue dérive directement de celui de la maison qu'elle a remplacée. Seul, le mithraeum a un plan identique à celui des autres temples de ce type du monde méditerranéen – vestibule à deux colonnes, cella allongée avec banquettes et naos avec bas-reliefs cultuels dans une niche – à ceci près qu'il est surélevé et non souterrain. À l'extérieur de la ville, des tombeaux tours, semblables à tous ceux de la région, parsèment la nécropole.

Dans les arts figurés, la sculpture tient une place réduite ; pour cette période seuls les bas-reliefs de Mithra reproduisent un schéma absolument semblable à tous ceux qu'on connaît dans l'espace méditerranéen à cette époque. La peinture est en revanche très largement représentée, par des œuvres de qualité variable. Certaines sont de grande valeur ; ainsi les figures encadrant les reliefs cultuels du temple de Zeus Théos – Baribonea – du Mithraeum, celles représentant le sacrifice du tribun Terentius dans le temple de Bêl et surtout le remarquable ensemble de la synagogue. D'autres au contraire, sont médiocres, telles les scènes des Évangiles de la maison chrétienne. Toutes continuent à porter la marque de la frontalité parthe à laquelle il faut ajouter une influence certaine – au mithraeum et dans deux maisons privées – de l'art sassanide.

En 227, les Sassanides succèdent aux Parthes dans leur lutte contre l'Empire romain au nom de la restauration de l'empire achéménide. Les murailles sont alors renforcées de nouvelles tours, puis, devant l'imminence d'une grande offensive sassanide, les fortifications de Doura – qui est en première ligne – sont surélevées et renforcées par un imposant glacis de briques crues. À l'intérieur, le rempart est contrebuté par un épais remblai qui ennoie les constructions situées le long de l'enceinte occidentale, ce qui a permis leur conservation jusqu'à nos jours.

En 256, le roi sassanide Châpour Ier attaque la ville et engage plusieurs opérations dont les traces, découvertes par la mission de Yale – sapes, rampes d'assaut – ou par la mission franco-syrienne – incendie sur le champ de bataille, accumulation de matériel de guerre dans un arsenal provisoire – témoignent à la fois de la durée du siège et de l'acharnement des combats. La ville prise, sa population est entièrement déportée tandis que demeure sur le site un détachement sassanide.

Un siècle plus tard, l'empereur Julien descendant l'Euphrate, ne trouve qu'une ville fantôme où les bêtes sauvages viennent se réfugier. Peu après, l'ermite Benjamin s'installe dans les ruines de la cité. Ce n'est qu'au Moyen Âge qu'un village arabe s'établira dans la citadelle.

Par la diversité des cultures qui s'y sont rencontrées et fondues, par le caractère grandiose du site et de certaines de ses constructions, par les richesses qu'elle conserve encore secrètement enfouies, Doura-Europos apparaît bien comme l'un des hauts lieux de la Syrie antique. Tout voyageur prenant la peine de monter à la citadelle, de longer les ravins qui bordent les remparts, de contempler le plan de la ville du haut de la muraille de l'ouest, pourra alors mesurer la beauté sévère mais grandiose du site dans son isolement préservé où la vallée résonne du chant des milliers d'oiseaux des îles de l'Euphrate mêlé au bruit régulier des pompes de la riche plaine verdoyante qui s'étend au-delà du fleuve et où les nuits sont encore ponctuées par les hurlements des chacals et des hyènes. Il comprendra alors que, lorsqu'en 1937, M. I. Rostovtzeff dut interrompre les fouilles de Doura-Europos, il ait pu déclarer à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres : « Doura est aussi fascinante et aussi pleine de promesses en 1937 qu'en 1928 ».

Pierre Leriche
Janvier 1994
 
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