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Découvrir le Sahara
Jean Bisson
Professeur honoraire des universités

Le Sahara est si vaste, sa variété est si grande, qu'il faut choisir. Soit l'on mettra l'accent sur un itinéraire qui verra se succéder des paysages exclusivement minéraux. Soit l'on cherchera à mieux connaître les civilisations sahariennes, celles qui ont laissé des traces dès la préhistoire, mais aussi les civilisations actuelles, rurales, urbaines, paysannes, nomades… Et combiner les diverses facettes, c'est atteindre une certaine perfection… Tel est le défi que relève pour nous aujourd'hui Jean Bisson qui a effectué une trentaine de missions au Sahara, et dont les publications ont su faire connaître à un large public un désert trop souvent déshumanisé.

S'il est un trait qui donne sa tonalité au Sahara, c'est bien l'aridité. La rareté des pluies entraîne la faiblesse du couvert végétal, voire sa disparition. L'impression dominante est celle du « nu topographique » : faute de « terre », la roche est toujours visible. Avec les dunes mobiles et les reliefs hardis qui tranchent à l'emporte-pièce sur les plaines environnantes, c'est l'une des caractéristiques majeures du paysage. Ces critères permettent au scientifique de définir ce qui relève du milieu saharien. Le voyageur, lui, sera plus sensible à l'immensité de l'espace, à la somptuosité des couchers de soleil, à ce ciel constellé d'étoiles qui donnent un éclat électrique à la voûte céleste, à ce silence qui incite à croire que l'on est seul : bref, un envoûtement auquel personne ne demeure insensible ! Et pourtant, les traces d'une gerbille découvertes au petit matin autour de son sac de couchage ou encore ce scarabée qui trottine sur la dune attestent que l'immensité saharienne n'est pas synonyme d'absence de vie. Il ne faut d'ailleurs pas croire que le désert soit monotone. Ce sont en effet des paysages variés qu'offre le Sahara : paysage exclusivement minéral ou paysage humanisé, c'est-à-dire construit par l'homme, avec une habileté qui témoigne de l'extraordinaire pouvoir d'adaptation des Sahariens aux conditions extrêmes du milieu. En somme, sous l'uniformité due aux contraintes climatiques, se cache un Sahara aux multiples facettes. Tout d'abord, sur une étendue aussi grande, l'armature du relief varie d'une région à l'autre, traduisant une histoire géologique mouvementée. L'aridité, au demeurant, n'a pas toujours prévalu. En témoigne l'abondance des gravures et peintures rupestres qui nous montrent que le Sahara fut, voici quelques millénaires, fort différent de celui que nous connaissons. Les points d'ancrage que sont les oasis signifient que les hommes ont su développer des trésors d'ingéniosité pour capter l'eau, la distribuer et la conduire vers les terroirs de culture. Chaque région du Sahara a mis au point une technique qui lui est propre. En outre, la qualité architecturale des villes, dont certaines comptent parmi les plus belles du Maghreb, traduit l'épanouissement d'une civilisation urbaine saharienne, fruit de l'intensité des échanges qui, à certains moments de l'histoire, ont relié les deux rives du désert. Enfin, dans le cadre d'une politique de maîtrise de l'espace, chacun des États riverains tient à imprimer sa marque sur « son » morceau de Sahara, ce qui se traduit par des réalisations qui viennent accentuer les différenciations régionales.

Bref, parcourir le désert, c'est aller de surprise en surprise, au point que l'on en vient à oublier que les distances sont grandes, à la mesure d'un Sahara qui couvre dix fois la superficie de la France. Mais les moyens de déplacement sont adaptés : les transferts en avion sur les grands axes, l'autocar sur certains itinéraires, le 4 x 4 partout, quand ce n'est pas tout bonnement la randonnée chamelière qui permet de savourer la plénitude désertique. Ils offrent tous la possibilité de moduler des itinéraires aux centres d'intérêt variés. Ces itinéraires sont ponctués de bivouacs toujours changeants, ici au milieu de l'infini moutonnement des dunes, là dans un cirque de rochers, plus loin sur la terrasse d'un oued ombragée d'acacias. Au moment où le crépuscule s'enflamme, l'attention est retenue par le chant d'une bouilloire qui prélude au rituel du thé à la menthe, ou encore par les coups sourds annonçant la préparation d'une galette de blé mise à cuire dans la braise enfouie dans le sable et que l'on savourera toute chaude quelques minutes plus tard sous un ciel merveilleusement étoilé. C'est que la nuit tombe vite sous ces latitudes. Qui pourrait alors oublier ces instants d'un rare bonheur que le désert peut apporter, que seuls d'authentiques Sahariens peuvent offrir ? Alors flotte sur la petite communauté, que les hasards du voyage ont regroupée, un silence à la mesure de l'intensité du moment…

Un Sahara minéral

Ce sont généralement les montagnes et les massifs dunaires qui attirent en priorité les amoureux du désert. Au sommet de la hiérarchie le Hoggar, avec ses pointements granitiques, ses crêtes de roches métamorphiques, et plus encore son volcanisme, donne les topographies les plus hardies du Sahara. On connaît le panorama grandiose que l'on découvre depuis l'Assekrem, où le père Charles de Foucauld avait bâti son ermitage. Parmi les massifs volcaniques, loin vers le sud, aux confins de la Libye et du Tchad, le fantastique Tibesti est à lui seul un musée de formes. Mais le massif de l'Aïr, au Niger, est d'accès plus facile. Il constitue un bel exemple de plateaux de roches anciennes, de coulées basaltiques, de cônes de scories, le tout lacéré de vallées où vivent des paysanneries plus sahéliennes que sahariennes.

D'autres massifs, les plateaux de grès, méritent l'intérêt. Ils sont limités par de hautes corniches et parcourus par des vallées dont l'encaissement peut atteindre des centaines de mètres. L'érosion en profita pleinement, sculptant un dédale de buttes, de tourelles, de pinacles, d'arches… Ainsi se présentent l'Adrar mauritanien ou le Tassili n'Ajjer (Algérie), avec son prolongement côté libyen, la Tadrat-Akakus et plus à l'est, le Messak. Les vallées de cette région recèlent des gravures et des peintures rupestres – lesquelles attestent de périodes humides qui, voici quelques millénaires, ont permis le développement de civilisations pastorales, aujourd'hui disparues. Les anciens pasteurs ont peint des scènes de chasse, des tableaux de la vie quotidienne, ou gravé dans le rocher des animaux domestiques ou sauvages, voire mythiques. Ainsi l'on découvre un fantastique art pariétal avec émerveillement, de site en site. Ici le « minéral » se combine harmonieusement avec l'art de la préhistoire, et c'est précisément ce qui fait l'intérêt majeur de ce massif.

Quant aux ergs – ces immenses massifs dunaires dont certains s'étendent sur plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés – seuls des chauffeurs de véhicules 4 x 4 experts dans la conduite sur sable et le franchissement des dunes peuvent les parcourir. Si l'on préfère, il est souhaitable que les participants soient de bons marcheurs. Mais le dépaysement est garanti, à la hauteur de l'effort physique consenti !

Les paysans des sables

L'une des autres originalités du désert, celle à laquelle on l'associe le plus dans l'imaginaire occidental, c'est évidemment l'oasis, généralement inséparable de la palmeraie.Encore faut-il éviter le cliché présentant quelque jardin censé illustrer la luxuriance de l'oasis considérée comme la composante d'un écosystème en harmonie parfaite avec le milieu. C'est là un des mythes les plus tenaces de la littérature saharienne ! Mieux vaut aller découvrir, par exemple aux confins du Grand Erg occidental, en Algérie, l'ingénieux système de partage de l'eau au débouché de l'un de ces longs tunnels qui vont chercher le précieux liquide dans la nappe et l'amènent par gravité sur les terroirs de culture. Ou bien, au Sahara marocain, l'on peut repérer tel petit barrage qui détourne l'eau d'une crue et la conduit vers les planches de céréales ou les palmeraies. En fait, chaque morceau de Sahara a été le champ d'application d'une certaine forme de « civilisation hydraulique », dont on peut repérer la survivance ou l'effondrement, à la seule lecture de l'aspect du terroir oasien. En somme, la palmeraie est un authentique « monument historique », à la charnière de l'évolution des techniques, du maintien ou de l'éclatement des hiérarchies sociales, des modifications des courants d'échange. Elle nous propose en définitive une leçon d'économie.

Citadins au désert

On attribue une telle valeur au palmier, donc à l'oasis, que l'on en arrive à oublier que la ville, lieu d'échange par excellence, a toujours été l'autre volet de la vie au désert : relais caravanier, marché, carrefour… Aussi, de l'importance de certaines cités dans les siècles passés, il est resté un patrimoine architectural d'une rare qualité dont des villes comme Ghadamès en Libye, Ghardaïa au Mzab algérien, Agadez au Niger constituent de vibrants témoignages. Il faut circuler dans les ruelles de ces villes, en visiter le marché. En faisant la part de ce qui relève de l'adaptation au climat désertique et de ce qui est spécifique de la structure urbaine islamique, on apprend à distinguer la ville des « vieux » citadins – authentique médina projetée au désert – de la « ville nomade » de création généralement récente. Dans cette dernière, on peut lire, au seul agencement des quartiers, comment les pasteurs sahariens organisent l'espace. Voilà qui permet de remonter les siècles et de comprendre la genèse des cités du désert : belle leçon de civilisation urbaine !

Comprendre pourquoi l'on continue à vivre au désert…

Rien ne prête plus à la mystification que l'espace saharien. Il est vrai que vendre du rêve est le plus sûr moyen d'attirer les foules. Mais n'est-il pas préférable de tenter de saisir les raisons qui ont fait que les hommes ont su maîtriser le milieu désertique, qu'ils ont su y développer des trésors d'adaptation. Ne vaut-il pas mieux, aujourd'hui, chercher à comprendre pourquoi l'on continue à vivre au désert ? En ce sens, il y a place au Sahara pour un authentique tourisme culturel.

Jean Bisson
Juin 2000
 
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