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Copan, l'Athènes du Nouveau Monde
Carmen Bernand
Membre de l'Institut universitaire de France.
Professeur à l'université de Paris X-Nanterre

Parmi la grande diversité des sites mayas, celui de Copan est l'un des plus beaux et des plus originaux. Il se trouve au Honduras, dans une petite vallée entourée de pins et de chênes, près de la frontière du Guatemala. Aujourd'hui, seule une partie des trente-neuf kilomètres carrés d'origine est dégagée – dimensions qui font de Copan la cité la plus importante du monde maya méridional, au sud de la province de Yucatan, après Tikal. Carmen Bernand nous invite à visiter en sa compagnie cette métropole fascinante, à la lueur des dernières découvertes archéologiques.

Les ruines des kues – terme utilisé toujours par les paysans pour désigner les temples et sanctuaires antiques – étaient connues dès le XVIe siècle. On trouve en effet, en 1576, une description de Copan dans la relation adressée à Philippe II par Diego Garcia Palacio, membre du tribunal de Guatemala, la Real Audiencia. Le juge signale l'existence de « ruines et de vestiges d'une grande ville, dont les édifices superbes ont été si habilement et si somptueusement construits qu'on a peine à croire qu'ils ont été fabriqués par les naturels de cette province ». Les statues attirent notamment son attention. Représentent-elles des prêtres, des évêques ou des rois ? Dans les décennies qui suivent, la végétation recouvre en partie les monuments. Il faudra attendre les années 1830 pour que les Européens les redécouvrent, à leur grand émerveillement. Le premier homme moderne qui en fit le relevé fut un aventurier anglais descendant d'Espagnols, John Galindo, gouverneur du Peten et passionné d'archéologie maya. Après Palenque, Galindo s'enthousiasme pour Copan. C'est en prenant connaissance de ses dessins que Lloyd Stephens, accompagné de l'artiste Frederick Catherwood, se rend au Honduras. Copan est le premier site maya qu'ils visitent ; ébloui par ce qu'il entrevoit, Stephens achète le terrain pour la somme de cinquante dollars, afin de pouvoir mener ses recherches sans entraves.

En fait, les premières fouilles archéologiques modernes ne commencent qu'en 1885, sous la direction d'Alfred Maudslay. À partir de cette date, Copan est visitée par les meilleurs spécialistes des peuples mayas. Dès 1930, des travaux considérables de restauration sont entrepris par le Carnegie Institute, qui parviennent à détourner le cours du rio Copan pour mettre fin à l'érosion de la base de l'Acropole. Aujourd'hui, le site est classé par l'Unesco et déclaré patrimoine de l'humanité.

Des sculptures intégrées à l'architecture, comme nulle part ailleurs dans le monde maya

En quoi consiste l'originalité de Copan ? Elle réside probablement dans son style « baroque » et foisonnant, qui s'exprime dans l'art de la sculpture. Contrairement à ce que l'on trouve ailleurs, les stèles sont traitées en trois dimensions. Les sculptures représentent des hommes et des femmes richement habillés et parés, avec les emblèmes de leur rang, de face et non de profil, comme dans la plupart des pierres gravées du monde maya. On n'y décèle pas de symboles guerriers ni d'allusions à une quelconque violence, du moins dans les hauts-reliefs. Les sculptures sont intégrées à l'architecture, comme nulle part ailleurs dans le monde maya. Le noyau urbain est constitué par un centre politique et religieux entouré de six quartiers périphériques. Cette structure principale se développe autour de cinq places, dont la célèbre Plaza Mayor (Grande Place) et l'Acropole, désignation trompeuse qui rapproche abusivement deux cités antiques, Athènes et Copan, très différentes dans leur structure et leur fonction. Vers la grande place convergent les deux chaussées principales de la ville.

Il est vraisemblable que le grand espace central servait de lieu de rassemblement lors de la célébration des rites et des fêtes, mais nous ignorons le détail de la vie urbaine. Nous savons que les paysans et les gens du commun vivaient en périphérie, dans des maisons bâties avec des matériaux périssables, que nous pouvons identifier grâce aux vestiges matériels – ustensiles, traces de foyer, empreintes sur le sol… Les grandes demeures sculptées, en revanche, étaient les résidences des lignages dirigeants. Sur le côté nord de la Grande Place, des gradins s'élevaient à la manière de ceux des théâtres antiques, mais leur fonction n'est pas connue. Quoi qu'il en soit, l'espace central permettait de regrouper plusieurs milliers de personnes. À l'extrémité sud, donc à l'opposé, des escaliers montent vers l'Acropole et surplombent le « jeu de balle ». Il s'agit là d'un élément omniprésent dans toute la Méso-Amérique, même si certains détails, comme les dimensions ou les emplacements des anneaux, varient selon les régions. Deux zones résidentielles se dégagent, reliées à la Grande Place par une chaussée : El Bosque, au sud ouest et Sepulturas. Le nombre important de sépultures féminines à cet endroit semble confirmer la polygamie des seigneurs.

Par contraste avec l'espace public de la place, l'Acropole était le lieu où se concentrait le pouvoir. Des pyramides, des terrasses et des temples témoignent de sa sacralité. Parmi les édifices, il faut mentionner celui que les archéologues appellent temple 11, érigé pour commémorer une importante découverte faite par les astronomes de Copan qui calculèrent avec exactitude les intervalles de temps s'écoulant entre les éclipses. Le rayonnement scientifique de Copan a fait dire à Sylvanus Morley que cette cité était « l'Alexandrie du Nouveau Monde ». Le temple 22 fut consacré en 771 à Vénus. Une autre construction remarquable est le grand escalier qui mène à l'Acropole. Large d'une dizaine de mètres, il comporte soixante-trois marches entièrement recouvertes de glyphes. Nous avons là l'inscription épigraphique la plus longue du monde maya, puisqu'elle comporte plus de deux mille signes. Toutes les douze marches se dresse, au milieu, une statue anthropomorphe représentant un personnage de haut rang, couvert de bijoux et richement coiffé.

Le déchiffrement des glyphes apporte des débuts d'explication…

À quelle date fut construite Copan ? Les vestiges les plus anciens remontent à environ 1400 ans avant notre ère et prouvent que le site était déjà habité à une époque lointaine. Cependant les restes qui ont pu être dégagés montrent que les habitations étaient de facture très humble. En tout état de cause, les habitants de la région avaient des liens commerciaux avec des peuples du sud du territoire maya, comme l'attestent les vestiges matériels. Lorsque commence l'essor des peuples mayas, entre 300 avant notre ère et 100 après J.-C., Copan occupe encore une situation périphérique. Heureusement, le déchiffrement progressif des glyphes apporte un début d'explication sur l'émergence de la cité. Les inscriptions qui permettent de retracer l'histoire de la fondation de Copan ont été gravées sur un autel. Elles signalent que, vers 776, un seigneur nommé Yax Pasah en commanda l'érection. Sur les parois étaient représentés tous ses ancêtres, chacun avec son glyphe distinctif. Les reliefs montrent Yax Pasah recevant le sceptre ou le bâton de commandement des mains du fondateur de la dynastie, appelé Kinich Yax Kuk Mo. En 1966, on parvint à déchiffrer le texte inscrit dans la partie supérieure de l'autel, qui précise que l'ancêtre arriva à Copan en 426. Cet étranger, dont on ignore le lieu d'origine, inaugura une dynastie de quinze générations de gouverneurs qui régna plus de trois cents ans.

Le tombeau présumé de Kinich Yax Kuk Mo se trouve sur l'Acropole. Sa facture a un style architectural que l'on peut associer à celui de Teotihuacan. On comprend l'importance de fonder une installation durable dans une région très riche en coton et en cacao, dont les grains servaient également de monnaie dans le monde méso-américain. La poursuite d'échanges commerciaux avec le sud de l'Amérique centrale est attestée par les deux fragments d'une figurine en or, rapportés par Morley, les seules pièces de ce métal que l'on ait trouvées dans un site classique maya. Les recherches archéologiques ont montré que l'incorporation, dans les années 400 de notre ère, de divers groupes lignagers dans une société unifiée par le lignage dirigeant coïncida avec l'introduction de l'écriture glyphique. Dans le même temps, la construction architecturale et la sculpture connurent un développement sans précédent.

Vers l'an 1000 de notre ère, la croissance démographique eut pour conséquence une exploitation intensive du sol, ce qui provoqua à terme sa dégradation. En outre, la déforestation massive entraîna une forte sécheresse. Les squelettes révèlent d'ailleurs des indices de malnutrition et de maladies. On remarque également un accroissement de la mortalité infantile. Après l'effondrement du gouvernement seigneurial, la population paysanne continua à habiter autour de la Grande Place, mais sa pauvreté explique que les Espagnols du XVIe siècle ne la considérèrent pas comme héritière d'une cité somptueuse et ruinée.

 

Carmen Bernand
Septembre 2000
 
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