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La littérature grecque chrétienne
des quatre premiers siècles de notre ère
Anne-Marie Malingrey
Professeur émérite à l'université Charles De Gaulle Lille-III

Qui furent ces Pères de l'Église qui, du Ier au IVe siècle, rédigèrent en grec les textes fondateurs de l'Église ? Quelles furent leurs œuvres essentielles ? Quel est leur intérêt spécifique dans le développement du christianisme ? Comment leur prédication et leurs écrits ont influencé les développements de la doctrine chrétienne et contribué à la formation des chrétiens de leur époque ? Autant de questions que nous avons posé à Anne-Marie Malingrey, auteur de La littérature grecque chrétienne (Le Cerf, 1996) et traductrice de l'œuvre de Jean Chrysostome.

De précieux témoignages de la première diaspora chrétienne

Lorsque le christianisme se répandit jusqu'aux limites du monde habité, vaste était alors le monde hellénisé. L'héritage de Jésus, de son exemple, de sa pensée, fut recueilli par ses disciples. L'unité se fit donc autour de la personne de Jésus lui-même : c'est pourquoi les œuvres des Pères de l'Église ne doivent pas être considérées comme un objet de pure curiosité littéraire mais aussi comme le témoignage de la vie de Jésus parmi les hommes. Or ces hommes ont vécu dans des pays différents, d'une part en Palestine et d'autre part dans tous les pays où leurs intérêts les avaient entraînés. Cette diaspora, – en grec, dispersion – avait déjà assimilé une partie de la pensée grecque, si bien que le développement de la littérature grecque chrétienne pose de multiples problèmes dans le domaine des idées, des genres littéraires et de la langue.

La première œuvre importante que nous rencontrons dans la littérature grecque chrétienne, après les vingt-sept textes que constituent les Épîtres de Paul et les quatre Évangiles, est la Didachè, – du grec didaskô, j'enseigne. Elle est anonyme mais présente un grand intérêt, car elle nous renseigne sur la vie d'une communauté chrétienne primitive et sur l'influence grandissante de Paul. Les Sept Lettres d'Ignace d'Antioche, écrites pendant le voyage au bout duquel il devait mourir martyrisé à Rome, si elles sont un témoignage bouleversant d'amour pour le Christ, nous renseignent aussi sur la vie de l'Église à son époque, au début du IIe siècle.

La défense de l'orthodoxie

Le christianisme naissant eut à faire face à deux sortes d'ennemis : ceux de l'extérieur et ceux de l'intérieur. Pour faire face aux « ennemis du dehors », le christianisme dut créer un genre spécial de littérature : le genre apologétique. Dès le IIe siècle, ceux qui le pratiquèrent furent nommés les apologistes. Parmi leurs œuvres, on trouve l'apologie d'Aristide, celle de Tatien et les deux apologies de Justin. Ces deux dernières sont écrites dans un esprit d'ouverture bien différent de celles d'Aristide et de Tatien. De même, l'Épître à Diognète, ouvrage anonyme, est remarquable par son attitude accueillante. Dans leur diversité, les apologistes offrent donc une documentation nuancée et variée sur la manière de défendre le christianisme contre les ennemis de l'extérieur. Parmi les ennemis les plus redoutables que le christianisme eut à combattre au-dedans, il faut citer l'arianisme. Cette déviation du christianisme s'est développée aux IVe et Ve siècles autour d'Arius, ordonné prêtre à Alexandrie ; elle prétend arriver, par le seul exercice de la raison, à connaître les plus profonds mystères. Cette doctrine conduit ainsi, par exemple, à éliminer le mystère de La Trinité.

Au IVe siècle, le défenseur acharné de l'orthodoxie fut Athanase, auteur du Discours contre les Ariens, du Discours contre les Gentils, du Discours sur l'Incarnation du Verbe et de lettres écrites pendant son exil, dans lesquelles il ne se lasse pas de répéter que l'essentiel des dogmes chrétiens n'est pas un système philosophique à comprendre, mais un mystère à croire.

D'Alexandrie…

La ville d'Alexandrie, avec sa riche et célèbre bibliothèque, fut de bonne heure un foyer de culture. La Bible y fut traduite en grec – c'est « la Septante » –, puis commentée avec toutes les ressources de la technique alors en usage. Le représentant le plus autorisé de ce travail est Philon qui vécut dans la première moitié du Ier siècle après J.-C. Sa vaste culture fait de lui un homme de transition lié à la fois à la tradition juive et à la tradition chrétienne. Son témoignage a donc un grand prix. Les deux principaux représentants de l'École d'Alexandrie, les « Alexandrins », sont Clément d'Alexandrie et Origène, aux IIe et IIIe siècles après J.-C. Clément d'Alexandrie s'efforce de distinguer le vrai gnostique du faux gnostique. Le vrai gnostique, digne d'être appelé ainsi, est celui qui recherche Dieu sous la conduite du Christ, dans un esprit d'humble soumission au mystère qui le dépasse par opposition au gnosticisme qui développe une mauvaise gnose fondée sur des élucubrations et des révélations fantaisistes tardives. Les œuvres de Clément d'Alexandrie sont le Protreptique qui tire son nom d'une œuvre d'Aristote, du grec protrepein, orienter, tourner vers, et les Stromates, le grec strôma désignant tout ce qu'on étend et, par là même, la diversité des propos contenus dans l'ouvrage.

Origène dépasse tous ses contemporains par l'ampleur, la richesse et la variété de son œuvre : écrits apologétiques comme le Contre Celsius, écrits dogmatiques comme le De principiis, commentaires de la Bible destinés à instruire les fidèles, comme le traité Sur la Prière. Pour Origène, il n'y a que deux sens possibles à l'Écriture : le sens littéral et le sens spirituel auquel il fait de préférence appel. Sa méditation est alimentée à la fois par sa culture profane et sa culture religieuse, ce qui fait l'extraordinaire richesse de son œuvre.

… à la Cappadoce

Au IVe siècle, apparaissent dans des familles chrétiennes de Cappadoce ceux qu'on appelle les « pères Cappadociens » : Basile, Grégoire de Nysse et Grégoire de Nazianze. Le milieu dans lequel ils ont vécu les rattache les uns aux autres. Basile est le grand frère du second et le modèle plein d'autorité, l'ami très proche du troisième. Après la mort de leur sœur Macrine, Grégoire de Nysse composa deux œuvres où il épancha son cœur et qui sont comme un avant-goût de nos poètes du XIXe siècle. Par ailleurs, La Grande Catéchèse permet de mesurer l'ampleur dogmatique de ce Cappadocien en ce qu'il y expose les principaux dogmes du christianisme. Son œuvre ne se borne pas là. Il reste un pasteur attentif aux besoins de son peuple et prononce en 386 un sermon sur l'introduction de la fête de Noël dans la liturgie orientale. Basile, avec Grégoire de Nazianze, composa une anthologie d'œuvres d'Origène, ce qui prouve combien l'influence du grand Alexandrin restait vivante dans ce milieu chrétien. Basile a aussi écrit deux séries de Règles qui donnent des directives précises pour la vie quotidienne d'une communauté monastique ; traduites en latin, elles ont inspiré Benoît, le grand législateur du monachisme au VIe siècle. Ainsi les trois Cappadociens nous sont parvenus toujours unis et chacun différent dans l'originalité de leur caractère.

Jean Chrysostome

Si l'on franchit la chaîne du Taurus et de l'Antitaurus, on se trouve à Antioche dans la plaine où coule l'Oronte. C'est là que naquit Jean, surnommé Chrysostome, c'est-à-dire « Bouche d'or », à cause de son éloquence. C'est très probablement auprès de l'illustre sophiste Libanios qu'il avait étudié la rhétorique. Désireux d'une vie ascétique, il se retira dans une grotte du Silpios, cette chaîne de montagne au pied de laquelle est bâtie Antioche. Épuisé par des mortifications qui dépassaient ses forces, il redescendit en ville. C'est alors qu'il fut baptisé, puis nommé lecteur et ordonné prêtre en 386. La plus grande partie des œuvres de Jean Chrysostome qui nous sont parvenues sont des homélies exégétiques sur l'Ancien et le Nouveau Testament. C'est de ces années qu'il faut dater les Homélies sur l'Incompréhensibilité de Dieu. On doit y ajouter le petit Traité sur la vaine gloire et l'éducation des enfants qui contient des conseils sur la meilleure manière d'élever les enfants dans une famille chrétienne.

À la mort de Nectaire, évêque de Constantinople, Jean Chrysostome fut choisi pour lui succéder. Cette dernière partie de sa vie est chargée de responsabilités et d'épreuves. Avec Olympias, grande dame de Constantinople, il organisa des œuvres de bienfaisance. Les exigences du nouvel évêque qui voulait inciter les chrétiens à vivre selon les préceptes de l'Évangile soulevèrent l'opposition de la Cour et, à la Pentecôte 407, il reçut l'ordre de quitter Constantinople. Après un voyage éprouvant de soixante-dix jours environ, Jean atteignit enfin Cucuse, le lieu de son exil. Il écrivit de là plus de deux cents lettres, tout particulièrement à Olympias, dont dix-sept ont été conservées ; elles sont aujourd'hui publiées dans la collection « Sources Chrétiennes » des éditions du Cerf. Jean Chrysostome mourut en 407 sur la route d'un nouvel exil, vers un lieu plus lointain encore, des souffrances et des mauvais traitements auxquels ses ennemis l'avaient condamné.

La période qui s'étend entre le IVe siècle et le VIIIe siècle, n'offrira plus de personnalités aussi puissantes que celle de Jean Chrysostome et de ces prédécesseurs.

Anne-Marie Malingrey
Novembre 2002
 
Bibliographie
Platonisme et théologie mystique Platonisme et théologie mystique
Jean Daniélou
Paris, Réédition en 1953

L'Idéal religieux des Grecs et l'Évangile L'Idéal religieux des Grecs et l'Évangile
A.-J. Festugière
Paris, 1981

Philosophia. Étude d'un groupe de mots dans la littérature grecque, des Présocratiques au IVe siècle après J. C. Philosophia. Étude d'un groupe de mots dans la littérature grecque, des Présocratiques au IVe siècle après J. C.
Anne-Marie Malingrey
Paris, 1961

La littérature grecque chrétienne La littérature grecque chrétienne
Anne-Marie Malingrey
Le Cerf, Paris, 1996

Les œuvres de Jean Chrysostome Les œuvres de Jean Chrysostome
Anne-Marie Malingrey
Le Cerf, Paris

Le Stoïcisme des Pères de l'Église Le Stoïcisme des Pères de l'Église
M. Spanneut
Paris, 1969

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