Rubens, Van Dyck, Jordaens
Du 17 septembre 2011 au 15 juin 1012, à Amsterdam
C'est une sélection d'œuvres de la collection d'art flamand du Musée de l'Ermitage que présente l'antenne néerlandaise de la prestigieuse institution pétersbourgeoise. L'exposition rassemble soixante-quinze tableaux et une vingtaine de dessins parmi lesquels dix-sept tableaux de Pierre Paul Rubens, dont sa célèbre Descente de Croix, qui fait écho à celle conservée à Anvers et qui sort à cette occasion pour la première fois de Russie depuis qu'elle a été achetée, à la fin du XVIIIe siècle, par l'impératrice Catherine II. Celle-ci a en effet acquis en bloc les collections de Pierre Crozat et d'Heinrich von Brühl, pour assurer à la cour de Saint-Pétersbourg et aux splendides palais de Peterhof ou de Tsarskoïé Sélo un prestige comparable à celui dont jouissaient alors Versailles ou Schönbrunn. Des œuvres réalisées dans le contexte bien particulier de la Contre-Réforme catholique quand, à l'issue de la longue guerre d'indépendance qui a opposé les Pays-Bas protestants à l'Espagne, l'Eglise a entrepris de reconquérir les esprits et les âmes dans la partie méridionale de l'espace néerlandais demeurée sous la domination des souverains de Madrid. Contre l'iconoclasme propre aux réformés, la cour des vice-rois établis à Bruxelles, la hiérarchie épiscopale, les ordres monastiques ou les particuliers vont multiplier les commandes d'œuvres religieuses mais l'intense activité artistique ainsi entretenue va aussi entraîner l'essor du portrait et de nouveaux genres tels que la nature morte, le paysage, les tableaux de fleurs ou les représentations de scènes de la vie quotidienne, appelés à connaître, quelques décennies plus tard, dans la Hollande du Siècle d'Or, les brillants développements que l'on sait. C'est donc cette vitalité de l'art flamand du tout premier XVIIe siècle que l'exposition organisée à Amsterdam nous permet de découvrir.
Alors que va bientôt se conclure l'interminable guerre qui a opposé les Huguenots rebelles aux tercios du duc d'Albe, le pays flamand bénéficie de nouveau d'une belle prospérité. Les difficultés nées du conflit sont peu à peu oubliées et Anvers retrouve, par son intense activité commerciale de redistribution dans toute l'Europe du nord des produits issus des terres nouvelles colonisées par le Portugal et l'Espagne son rôle de « ville-monde » défini naguère par Fernand Braudel. La richesse qui est alors accumulée ne peut que concourir à l'essor des arts et fait du grand port flamand une capitale économique propre à attirer les jeunes artistes les plus ambitieux et les maîtres les plus réputés, en même temps que s'affirme sur les bords de l'Escaut l'influence italienne notamment celle du Caravage. La demande est considérable et les ateliers employant de nombreux peintres se multiplient, mais cette activité s'inscrit dans une continuité car, dès le siècle précédent, Quentin Metsys, Joos van Cleve, Pietr Coecke von Aelst, Joachim Patinir, Pieter Aertsen ou Frans Floris ont déjà donné, en ce domaine, ses lettres de noblesse à la cité scaldienne. Tout cet héritage ne peut que favoriser l'éclosion de la grande école flamande du XVIIe siècle, celle qui se développe après 1585, qui voit la reprise d'Anvers par les forces catholiques. La protestante Amsterdam, principal foyer économique des Pays-Bas du Nord va progressivement se substituer à la ville de Rubens mais celle-ci n'en continue pas moins à jouir d'une aisance propice au maintien d'une brillante activité artistique. Rubens va imposer alors, après avoir assimilé les leçons de l'Italie, un style grandiose propre aux œuvres d'inspiration religieuse ou mythologique et à la peinture d'histoire, mais il se consacre aussi au portrait et forme de nombreux disciples dont certains, comme Frans Snijders, répandront son influence en Hollande voisine. Le disciple le plus célèbre de Rubens demeure Antoine Van Dyck, qui s'est émancipé de la tutelle du maître en allant faire carrière en Europe, d'abord au service de l'aristocratie génoise avant de travailler à la cour d'Angleterre comme premier peintre de Charles Ier Stuart. Il faut ajouter à cet admirable portraitiste Cornelis de Vos dont l'exposition présente une magnifique représentation de sa famille. Le XVIIe siècle flamand ne se résume pas aux deux noms de Rubens et de Van Dyck et l'ensemble présenté à Amsterdam fait une place significative à Jacob Jordaens, Gerard et Daniel Seghers ou Brueghel le Jeune qui contribuent également à la définition d'une école flamande, d'un « baroque du Nord » constituant un moment privilégié dans l'Histoire de la grande peinture européenne.
Une conférence de Pascal Bonafoux sur Rubens