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Prix spécial du jury : Dominique Parayre
Tell al-Nasriyah et ses morts (Syrie)
Le contexte difficile que connaît aujourd'hui la Syrie ne doit pas nous faire oublier la place éminente qu'a occupée ce pays dans l'histoire du ¨Proche Orient ancien et le rôle majeur qu'y jouent, en liaison avec leurs homologues locaux, les archéologues français dans la résurrection d'un passé multimillénaire. Outre les sites fameux de Mari, d'Ebla ou d'Ugarit, les fouilles réalisées en Syrie ont révélé, au fil des recherches les plus récentes, des pans entiers d'une Antiquité longtemps méconnue, contemporaine de la transition qui a vu le passage du Néolithique aux Ages du Bronze et du Fer.

Professeur à l'université de Lille III et responsable de la Mission archéologique syro-française de l'Oronte, Dominique Parayre - dont le jury du prix Clio vient de couronner les travaux en lui attribuant son Prix Spécial - s'est intéressée à la zone correspondant à la rive droite de la moyenne vallée de l'Oronte, limitée à l'ouest par le fleuve et à l'est par un désert steppique peu propice aux installations humaines. Cette région, située au nord-ouest de Hama, est connue pour avoir vu se développer au Bronze moyen une forme originale d'urbanisation, caractérisée par un plan quadrangulaire identifié initialement à Qatna, la moderne Mishrifeh. La mission syro-française a mis au jour deux nouveaux sites de plan quadrangulaire, Tell al Nasriyah et Tell Massin.

Le premier, établi au bord du fleuve, est aussi étendu que Qatna (70 hectares) alors que le second, implanté sur le plateau voisin, ne s'étend que sur quatre hectares. Après une campagne de prospection effectuée en 2007, les fouilles ont commencé à Tell al Nasriyah en 2008 et ont d'ores et déjà permis de reconstituer le plan de l'ancienne agglomération urbaine et son évolution. Détruite au Bronze ancien, la ville a été « refondée » au début du IIème millénaire, pour devenir une cité importante, qui nous a laissé d'impressionnants vestiges, mis au jour par les fouilles. Les archéologues ont surtout mis en lumière l'évolution des pratiques funéraires et analysé leurs caractéristiques tout à fait originales.

A l'écart des quartiers d'habitation, un cimetière abritant une cinquantaine d'urnes cinéraires et contemporain du passage de l'Age du Bronze à l'Age du Fer a pu être étudié de manière très complète. Les vestiges osseux ont ainsi permis de déterminer le sexe et l'âge de défunts et les perles de faïence ou le anneaux de bronze qui accompagnaient les restes ouvrent des perspectives nouvelles pour l'interprétation des rituels mortuaires. Une dalle à cupules conduit à penser que les libations qui avaient lieu au cours des funérailles revêtaient une importance particulière. Outre le premier cimetière découvert à flanc de tell, un complexe mortuaire était aménagé hors les murs de la cité et a fonctionné du Bronze ancien à l'Age du Fer. Installé sur une éminence naturelle cet ensemble remonte au Bronze ancien, c'est à dire à la fin du IIIe millénaire et a connu plusieurs phases d'utilisation auxquelles ont correspondu des aménagements successifs. C'est ce complexe de Zour al Nasriyah qui apparaît aujourd'hui le plus prometteur, notamment pour l'étude des pratiques funéraires qui avaient cours dans la Syrie de cette époque. D'ores et déjà, il est possible d'affirmer que la présence des morts y était un élément structurant du paysage et des croyances propres à la société de ce temps.
 
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