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Le musée Guggenheim Bilbao
Phare de la création artistique contemporaine en Espagne, le musée Guggenheim Bilbao illumine depuis quatorze ans le Pays basque des feux miroitants de ses volumes audacieux. Il brille aussi depuis cette année au firmament des musées espagnols les plus fréquentés aux côtés du Prado et de Reina Sofia. Comment expliquer ce succès ? Le bilan présenté par le musée à la fin de l'année 2011 montre que l'intérêt du public pour la splendide création de l'architecte O. Gehry, dont la célébrité ne fait que croître, ne se dément pas. Malgré la crise, nombreux sont les visiteurs qui viennent à Bilbao pour contempler les jeux de la lumière et de l'ombre sur les volutes immenses de ses façades et les jeux infinis de leurs reflets dans la ria de Bilbao. L'espace extérieur du musée et son environnement sont en effet à la fois partie intégrante de l'architecture et de la collection.
Les commandes propres du musée auprès des plus grands artistes contemporains pour métamorphoser régulièrement ses abords ont permis à la collection de conquérir un large public séduit par cette vitrine à ciel ouvert : fidèles sentinelles du musée, le gigantesque Puppy fleuri de Jeff Koons, qui pousse au fil des saisons, et la monumentale araignée Maman de Louise Bourgeois sont devenus des mascottes de la ville tandis que les fontaines de feu d'Yves Klein, l'arc rouge triomphal de Buren sur le pont de la Salve ou la tour de miroirs sphériques d'Anish Kapoor, participent au feu d'artifice qui a embelli la ville au point de changer radicalement son destin. De l'autre côté du miroir, dans les espaces intérieurs du musée, Willem de Kooning, Marc Rothko ou Yves Klein côtoient les grands représentants incontestés de l'art d'aujourd'hui qui sont déjà (presque) tous au rendez-vous du Pays basque. Citons entre autres Anselm Kieffer, Cy Twombly, Francesco Clemente, Miquel Barcelo ou Gerhard Richter… Axel Katz, le pape américain de la figuration actuelle, les rejoindra cette année avec onze portraits monumentaux de "Femmes souriantes", mannequins, modèles ou amies du peintre que le musée vient d'acquérir pour 11 millions de dollars. Si le Guggenheim de Bilbao, comme les autres musées de la Fondation Solomon Guggenheim, a pour ambition de jouer un rôle de catalyseur de la création contemporaine en commanditant des artistes majeurs, il a aussi pour vocation de valoriser l'art basque et espagnol et de faire émerger de jeunes talents, c'est pourquoi les sculptures puissantes de Chillida, icône du Pays basque, y voisinent avec, par exemple, les dessins étonnants de la jeune Abigail Lazkoz.
Les échanges systématiques avec les grandes collections historiques du Guggenheim de New-York ou de la fondation Peggy Guggenheim de Venise et avec le fond de commande du Deutsche Guggenheim de Berlin permettent aussi au musée de présenter dans la durée des chefs d'œuvres qu'ils n'auraient jamais les moyens d'acquérir seul. Cet afflux régulier de sang neuf a sans doute contribué à conforter le succès du musée et à renouveler l'intérêt du public international dont la fréquentation ne cesse d'augmenter.

La spirale vertueuse initiée par le pari gagné de 1997 continue de bénéficier à toute la région : les amateurs d'art attirés par le musée découvre l'intérêt touristique du Pays Basque. Et, alors que s'atténue peu à peu le souvenir des drames liés à l'action de l'Eta, le développement de ce tourisme de qualité sur la côte Cantabrique, entre Fontarabie, Pampelune et Saint-Sébastien, contribue en retour au succès du musée.

C'est dans cette ambiance optimiste, sinon triomphale, que la Direction du Guggenheim Bilbao vient de dévoiler les grandes expositions temporaires qui seront ses chevaux de bataille en 2012.

A la remarquable confrontation Brancusi-Serra qui se poursuit jusqu'au mois d'avril, s'ajoute notamment "Le miroir inversé" dont le titre reprend bien sur un des thèmes fondateurs de l'identité du lieu. Fruit d'un accord d'échange historique signé avec le MACBA et la Caixa de Barcelone, l'exposition rassemble 93 œuvres venues de ces musées : sculptures, installations et photographies de Tapiés, Jeff Wall, Pistolletto ou Saura autour du paysage, du portrait, de l'autoportrait, du miroir monumental, de la légèreté et de la gravité…

Egon Schiele, Maria Garcia Rodero et Claes Oldenbourg se succèderont en fin d'année. Mais c'est l'exposition David Hockney, "Une plus grande image", inaugurée en mai, qui constituera le projet star de l'année : plus de 200 paysages grand format réalisés au cours de ces dernières années et une sélection d'œuvres datées de 1956 à 2000. L'ensemble sera présenté dans la perspective de la relation de David Hockney aux maîtres anciens qui le fascinent autant que les nouvelles technologies.

C'est donc une année dynamique et très riche qui s'annonce pour la séduisante tête de pont de la Fondation Guggenheim en Europe. La création d'un nouveau Guggenheim à Helsinki, qui serait consacré au design et à l'art scandinave, ne devrait pas lui porter ombrage. Bien que les responsables espagnols se fassent un peu prier pour signifier leur accord, il y a peu de chances qu'ils utilisent leur droit de veto pour repousser un projet supporté par l'état finlandais dans l'espoir que la capitale bénéficie des mêmes effets enchanteurs que Bilbao …
 
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