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Le 150e anniversaire de la naissance de Claude Debussy
Héraut de la musique « française » à l'époque où s'imposait sa rivale germanique, Claude Debussy a été quelque peu oublié par les générations suivantes mais l'occasion du cent-cinquantième anniversaire de sa naissance permettra de rendre justice à l'auteur de Pelléas et Mélisande.

Né à Saint Germain en Laye le 22 août 1862, il est issu d'une famille modeste. Son père tient alors une petite boutique de faïences, avant de déménager à Paris pour y occuper un emploi de comptable. C'est grâce aux générosités de son parrain et de sa marraine, le riche banquier Achille Arosa et sa maîtresse Clémentine Debussy, la propre tante du petit Claude, que celui-ci peut s'échapper très tôt du milieu familial pour découvrir un monde plus intéressant. Les cadeaux de sa marraine et les vacances à Cannes favorisent l'éveil du jeune garçon à qui Clémentine fait donner ses premières leçons de musique. Quand il a neuf ans, c'est la belle-mère de Verlaine, une ancienne élève de Chopin, qui le prend en charge et parvient à convaincre ses parents de l'orienter vers la carrière musicale. Après avoir suivi durant une quinzaine de mois ses leçons, il est admis, à dix ans, au Conservatoire. Il y sera un élève difficile dont l'esprit d'indépendance agacera certains de ses professeurs mais en séduira d'autres, même si l'élève dénonce une école « où l'on apprend la façon la plus solennellement ridicule d'assembler les sons ».

L'attitude critique qu'il cultive n'empêche pas ses maîtres de reconnaître son talent et, en 1884, il reçoit le prix de Rome. Il a entre temps profité de sa rencontre avec Madame von Meck, une amie de Tchaikovski, qui l'a embauché comme pianiste pour l'accompagner dans ses voyages en Europe. Il visite ainsi la Suisse, l'Italie du nord et la Russie. C'est l'occasion pour lui de voir Wagner à Venise, d'écouter Tristan et Isolde à Vienne et de découvrir les œuvres des grands musiciens russes.

Sa liaison avec la femme d'un architecte, de quatorze ans son aînée, lui permet aussi de combler les lacunes d'une culture générale défaillante, Claude n'ayant jamais fréquenté l'école ou le collège. Installé à la Villa Médicis en janvier 1885, le lauréat du prix de Rome va passer deux ans dans la capitale italienne, au cours desquels il regrette vivement Paris. Quand il rejoint les rives de la Seine, c'est pour mener, après avoir rompu avec son ancienne maîtresse, une vie de bohême à travers laquelle il se lie avec Villiers de l'Isle Adam, Mallarmé, Maurice Denis, Toulouse-Lautrec, Paul Dukas, Erik Satie et Pierre Louys. Il se rend à Bayreuth en 1888 et 1889 mais son admiration initiale pour l'auteur de Parsifal trouvera rapidement ses limites.

Les pièces qu'il compose ne rencontrent encore que peu d'écho et sa production le satisfait rarement car il cherche avant tout à ouvrir des voies nouvelles, à rompre avec l'académisme cher à ses professeurs du Conservatoire. C'est en décembre 1894, quand il présente au public son Prélude à l'après-midi d'un faune, que le musicien accède à une véritable notoriété. La mélodie entièrement libérée, son chromatisme continu, son indépendance rythmique et l'autonomie de ses différents éléments thématiques imposent un langage nouveau, qui va séduire le public.

Créées aux Concerts Lamoureux en décembre 1900, les Nocturnes constituent les pages les plus importantes et les plus séduisantes de la musique de Debussy entre Le Prélude et Pélleas et Mélisande, l'œuvre majeure créée en 1902. C'est à ce moment que la critique interprète ces Nocturnes comme la manifestation d'un « impressionnisme » musical faisant écho à celui de Monet et de ses amis. Le terme a fait débat mais il demeure juste. Dans son Histoire de la musique, Lucien Rebatet constate ainsi que «...Dans cet art de fixer les images et les émotions fugaces, changeantes , le Baudelaire des Tableaux parisiens, le Verlaine de la Bonne Chanson, Sisley, Pissarro, Renoir, Monet durant toute sa carrière, le Debussy des années les plus fécondes sont bien les uns et les autres en affinité. Pour exclure Debussy, il faudrait révoquer tous les textes où il enjoint aux musiciens d'aller voir se lever le soleil plutôt que d'écouter la Symphonie pastorale de Beethoven, d'être attentif aux conseils du vent qui passe, de se pénétrer des gammes de couleurs que jouent les saisons, il faudrait rejeter son propre commentaire des Nocturnes : « Il ne s'agit pas de la forme habituelle du Nocturne, mais de tout ce que ce mot contient d'impressions et de lumières.. » On constate en tout cas que l'écriture de ses poèmes d'orchestre, procédant par succession de petits motifs mélodiques et rythmiques répartis entre des timbres isolés – clarinette, basson, cor anglais, hautbois, violon solo dès les premières mesures des Nuages – transfère exactement dans le langage musical la juxtaposition des taches colorées chère à Monet et à ses amis, qu'elle rompt l'ancien développement symphonique de même que les peintres impressionnistes éludent les contours du dessin traditionnel.

Devenu critique musical à la Revue blanche, Debussy connaît un triomphe lors de la création, sous la direction d'André Messager, de Pelléas et Mélisande et ce malgré les manœuvres de l'auteur du livret, Maurice Maeterlinck, furieux que le musicien n'ait pas confié à sa maîtresse – la cantatrice Georgette Leblanc, sœur de l'auteur d'Arsène Lupin – le rôle de Mélisande. Tentatives dérisoires, qui se retournent contre leur auteur puisque les seules critiques porteront sur la qualité du livret... Alors qu'il est désormais au faîte de sa gloire, une vie sentimentale troublée - il quitte son épouse pour la femme d'un banquier – l'éloigne de certains de ses fidèles amis, dont Pierre Louys.

En novembre 1905, la création de La Mer reçoit un accueil mitigé. La sève créatrice s'épuise et quand le musicien se tourne vers l'Espagne pour y chercher une nouvelle source d'inspiration, Debussy doit compter, en la personne de Maurice Ravel, avec un rival qui rencontre rapidement les faveurs du public. Créé au Châtelet en 1911, Le Martyre de Saint Sébastien - qui apparaît comme une rétrospective de son art - connaît un échec honorable car on reproche à la musique d'être éclipsée par le spectacle et la rhétorique de Gabriele d'Annunzio, le célèbre poète italien auquel Debussy s'était associé dans cette aventure Il souffre, dès 1913, du cancer qui l'emportera en mars 1918 alors que, accablé par la poursuite d'une guerre devenue interminable, il a livré avec ses Etudes pour piano et ses Sonates son testament musical.
 
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