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L'année Klimt à Vienne
La capitale de l'Autriche célèbre cette année le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Gustav Klimt, le peintre le plus en vue de la Vienne 1900, et de nombreuses manifestations sont programmées pour l'occasion. Le musée du Belvédère (avec Le baiser), le Kunsthistorisches Museum (avec le décor de son Grand Escalier), le musée Léopold, l'Albertina, le musée des Arts appliqués (pour les cartons de la frise du palais Stoclet) et le musée de Vienne (avec l'admirable portrait d'Emilie Flöge) offrent ainsi au visiteur un panorama complet de l'œuvre de Klimt, des dessins aux tableaux et aux grands ensembles décoratifs.

Fils d'un graveur et promis initialement à une carrière d'orfèvre, le jeune Gustav Klimt révèle très tôt de tels dons pour le dessin qu'il est admis dès 1876 à l'école des Arts décoratifs de Vienne où il va demeurer pendant sept ans. D'abord spécialisé dans les décors de théâtre, il s'éloigne progressivement de la tradition académique pour révéler des talents de portraitiste qui lui valent une rapide notoriété, au même titre que les travaux de décoration réalisés au Kunsthistorisches Museum. En 1897, il compte parmi les fondateurs de la Sécession et en devient le premier président. Contre l'art académique, il affirme le droit à l'innovation et s'exprime dans le magazine Ver Sacrum créé l'année suivante, qui voit la première exposition du groupe dissident et dans laquelle Klimt présente son impressionnante Pallas Athénée.

1902 voit la réalisation de la frise Beethoven dont la géométrie des formes, les contrastes de couleur et la profusion de l'or déconcertent le public, une œuvre jugée « tragique et divine » par Auguste Rodin. Klimt prend ensuite ses distances avec la Sécession et la réalisation du Baiser lui vaut de rencontrer un immense succès auprès du public. La « période dorée » s'achève en 1909 et le peintre revient alors vers des teintes plus sombres, comme dans son étonnante Femme avec chapeau et boa de plumes.

Plus tardivement, Klimt s'intéresse au paysage, dont il donne des interprétations toutes personnelles, ainsi dans son Champ de coquelicots de 1907 ou dans son Allée dans le parc du château Kammer de 1912. C'est après avoir réalisé une œuvre profondément originale qu'il meurt à cinquante-six ans, à Vienne, en 1918.

Les ruptures mises en œuvre par cette personnalité hors du commun s'inscrivent dans un contexte plus large, celui d'une Vienne qui apparaît alors, au tournant du siècle, comme l'une des capitales culturelles les plus dynamiques du vieux monde, comme le pôle magnétique autour duquel se cristallise l'identité d'une MittelEuropa danubienne distincte de l'espace germanique rassemblé autour de Berlin. François-Joseph règne depuis 1848 et le sort s'est acharné sur la dynastie, avec le suicide de son fils Rodolphe et la mort de Sissi, assassinée par un anarchiste en 1898. Le grand âge qu'il a déjà atteint pourrait laisser penser que la double monarchie austro-hongroise est condamnée à un immobilisme mortifère, dans un monde où l'éveil des nationalités et leur rébellion contre la « prison des peuples » semble devoir condamner le vieil Etat dynastique établi par les Habsbourg. Il n'en est rien, car l'Empire est prospère, la croissance économique spectaculaire et les spasmes révolutionnaires du « printemps des peuples » quarante-huitard paraissent bien lointains, même si les minorités slaves supportent mal la position dominante dont bénéficient Austro-Allemands et Magyars.

Le meilleur témoignage de la vitalité de l'Empire réside sans doute dans le dynamisme culturel qui se manifeste dans sa capitale, mais aussi à Prague ou à Budapest. Bruckner, Brahms et Johann Strauss ont disparu au cours de la décennie 1890, mais Mahler, Richard Strauss et Arnold Schönberg ont pris le relais pour révolutionner le langage musical avant de laisser la place à Alban Berg et Anton Webern. Auteur du Chant de l'amour et de la mort du cornette Christophe Rilke et de l'Elégie de Duino, Rainer Maria Rilke (1875-1926) s'impose comme l'un des grands poètes de son temps mais va s'éloigner progressivement de la sphère habsbourgeoise. Hugo von Hofmannstahl (1874-1929) manifeste une précocité fulgurante, notamment dans les livrets d'opéra qu'il écrit pour Richard Strauss. C'est lui qui définira l'Autriche-Hongrie comme un « concept spirituel » et qui, en pleine guerre, persistera à défendre « la mission européenne » qui lui est impartie. Les poètes Georg Trakl et Hermann Bahr se mobilisent en faveur de Klimt et de la Sécession. Le théâtre et l'art de la nouvelle sont illustrés par Arthur Schnitzler, alors que Robert von Musil formule, dans Les Désarrois de l'élève Törless et dans L'Homme sans qualités, une critique radicale de la modernité.

C'est à Vienne où est installée une forte communauté juive que Theodor Herzl conçoit à cette époque L'Etat juif qui sera l'acte de naissance du sionisme. Les intellectuels autrichiens de l'époque ne négligent pas l'économie et Josef Schumpeter va bientôt donner ses lettres de noblesse à l'école de Vienne alors que, dans son cabinet, Sigmund Freud décrypte les rêves et jette les fondements de la psychanalyse. Ludwig Josef Wittgenstein et Rudolf Carnap sont encore bien jeunes en 1900 mais ils seront ultérieurement les fondateurs de l'empirisme logique et les maîtres du Wiener Kreis. Cette belle vitalité intellectuelle ne sera plus qu'un souvenir quelques années plus tard quand la défaite aura conduit au démembrement de l'Empire que Joseph Roth pleurera dans sa Marche de Radetzky et dans sa Crypte des Capucins.
Deux conférences de Clio sur Klimt
Gustav Klimt à l'occasion de Klimt 2012 à Vienne
par Audrey Liénard le mercredi 4 avril 2012 à 15h00

Gustav Klimt aurait 150 ans en 2012 : . Saisissant l’opportunité de cet anniversaire, Vienne place l’année 2012 sous le thème : « Gustav Klimt et la naissance de la modernité à Vienne ». Le Baiser de... Accéder à la conférence
Gustav Klimt à l'occasion de Klimt 2012 à Vienne
par Charlotte de Malet le mercredi 23 mai 2012 à 15h00

Gustav Klimt aurait 150 ans en 2012 : . Saisissant l’opportunité de cet anniversaire, Vienne place l’année 2012 sous le thème : « Gustav Klimt et la naissance de la modernité à Vienne ». Le Baiser de... Accéder à la conférence
Un article de la bibliothèque de Clio
Klimt et les femmes à Vienne
par Marie-Annick Sékaly

Le mouvement de la Sécession se développa à Vienne au cœur d’une Europe en crise, sur fond de délitement de l’Empire austro-hongrois. Pourtant la vie culturelle de la capitale autrichienne fut... Lire l'article