La réouverture de la Fondation Barnes
Dix-sept ans après la rénovation du bâtiment de Merion confiée à l'architecte Robert Venturi, la plus célèbre collection privée américaine va être, le 19 mai prochain, transférée dans un nouveau bâtiment conçu Tod Williams et Billie Stein, une équipe d'architectes de Philadelphie.
Pour respecter les volontés des créateurs de cet ensemble unique d'œuvres impressionnistes et post-impressionnistes – auxquels s'ajoutent des tableaux de toutes époques ainsi que des sculptures et des pièces d'art primitif - le musée édifié pour l'occasion respecte l'échelle et la configuration des galeries originelles.
Il fallu pour cela réaliser un parcours d'obstacles qui n'avait rien de bien nouveau pour la justice de l'Etat de Pennsylvanie. Les jours et horaires d'ouverture, la limitation du nombre des visiteurs, la possibilité de prêter des œuvres, voire d'en vendre certaines, les droits d'entrée demandés ont déjà fait l'objet de nombreux affrontements judiciaires au cours des dernières décennies car un agrément judiciaire a été à plusieurs reprises exigé pour pouvoir passer outre aux dispositions testamentaires très restrictives des époux Barnes.
L'extraordinaire richesse de cette collection, constituée il y a siècle par le docteur Albert C. Barnes (1872-1951) et son épouse Laura Leighton Leggett, explique les débats qu'elle a suscités. Issu d'une famille pauvre originaire de la banlieue de Philadelphie, Albert Barnes, boursier au Central High College dans la grande métropole de la côte est, a rapidement amassé une fortune considérable en mettant au point - avec un étudiant en chimie de Heidelberg - l'argyrol, un composé de sels d'argent. Proche, durant ses études, de jeunes gens s'adonnant à la peinture et appelés à jouer un rôle important dans l'évolutuion de l'art américain de leur temps (Sloan, Preston, Glackens) il l'a lui-même pratiquée en amateur et ses premiers achats de collectionneur concernent des œuvres de Corot ou Millet.
En 1912, il envoie à Paris, avec mission d'y acheter des tableaux, son ami Glackens qui lui ramènè une vingtaine d'œuvres de Renoir, Monet, Degas, Pissarro, Cézanne et Van Gogh. Enthousiasmé par les impressionnistes, Barnes se rend lui-même à Paris en 1913 pour y acheter quatorze Cézanne, un Renoir et un Matisse. Il prend alors l'habitude d'effecftuer en Europe deux séjours annuels. Attaché aux impressionnistes, il découvre également, grâce à ses amis Gertrude et Léo Stein, le post-impressionnisme et le cubisme. Il fait régulièrement sa « tournée » des marchands de tableaux – Durand-Ruel, Vollard ou Bernheim - qui lui vendent des chefs-d'œuvre de Renoir, Sisley, Cézanne ou Van Gogh.
Pour abriter les trésors ainsi accumulés, il fait construire en 1922 par Philippe Cret, un architecte d'origine française, le musée de Merion, dans la banlieue de Phildelphie. La fondation ainsi installée est d'emblée d'un accès très difficile, réservé initialement à une poignée d'étudiants et interdite à la presse, Barnes entendant ainsi lui faire payer les critiques formulées lors de l'exposition présentée en 1923 à la Pennsylvania Academy, des Soutine et des Modigliani qu'il avait rapportés de Paris lors de l'un de ses voyages dans la capitale des avant-gardes.
Ce sont les chefs-d'œuvre impressionnistes qui constituent cependant le cœur de la collection, de la première version des Joueurs de cartes de Cézanne – représenté également par une Montagne Sainte Victoire, le Village de l'Estaque, les Grandes Baigneuses et le Garçon au gilet rouge - au Bateau-lavoir de Monet, au Canal du Loing de Sisley à Rosa la Rouge de Toulouse-Lautrec, sans oublier les Van Gogh et les Gauguin.
Mais c'est Renoir - avec plus de cent cinquante toiles - qui est le plus présent avec, notamment, ses Pêcheuses de moules à Berneval et les portraits de famille mettant en scène le jeune Jean, qui comptent parmi les principaux chefs-d'œuvre du peintre du Déjeuner des Canotiers et du Moulin de la Galette, des tableaux que le public parisien avait pu admirer, dans les années 1990, lors d'une « rare » exposition exceptionnellement organisée au Musée d'Orsay après une longue bataille juridique livrée en Pennsylvanie...
Visiter la Fondation Barnes à Philadelphie avec Clio
US 34 - 12 jours
A la fin du XIX
e et au début du XX
e siècle, des magnats de l’acier comme Frick, ou de l’industrie pharmaceutique comme le docteur Barnes consacrèrent leur fortune à acquérir des ...
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