Logo Clio
Gaulois
Une expo renversante
Jusqu'au 2 septembre 2012, à la Cité de Sciences et de l'Industrie de La Villette
On sait ce qu'est l'image convenue que les Français ont longtemps adoptée à propos de leurs « ancêtres les Gaulois ». Camille Jullian et l'épopée de Vercingétorix, le petit Lavisse, qui donnait à la nation républicaine de farouches ascendants alliant la bravoure au goût de la liberté, Gocsinny et Uderzo enfin, quand ils installèrent dans l'imaginare commun Astérix, Obélix et Assurancetourix, sont évidemment passés par là... Vivant au milieu des forêts dans des maisons de bois couvertes de chaume, grands chasseurs et consommateurs de sangliers, fidèles aux druides coupant le gui sacré avec leur serpe d'or, « nos Gaulois » n'ont en fait guère à voir avec ceux qui ont réellement occupé le territoire défini comme celui des Gaules par les auteurs anciens dont Jules César, le conquérant du pays.

La rareté des textes et le fait qu'ils soient exclusivement grecs ou romains a contribué à maintenir un halo de mystère sur ces guerriers incapables de construire un ensemble politique unitaire et attachés aux inquiétantes croyances dont témoignaient les têtes coupées de Roquepertuse, d'Entremont ou de Gournay sur Aronde. Fernand Benoît puis Jean Jacques Hatt en leur temps, Christian Goudineau ou Jean Louis Brunaux plus récemment ont contribué à une meilleure connaissance de ce passé trop souvent résumé à quelques trouvailles archéologiques spectaculaires telles que celle de Vix ou au récit que César a fait de la guerre qu'il conduisit contre Helvètes, Eburons ou Arvernes. C'est tout le mérite de l'exposition présentée à la Cité des Sciences de La Villette de remettre les pendules à l'heure et de nous révéler une Gaule qui n'a guère à voir avec les représentations que les Français s'en font le plus souvent. Obélix et ses menhirs relèvent d'un anachronisme lourd de plusieurs millénaires et les résistants du petit village gaulois, rétifs à toute présence étrangère, ne correspondent pas aux Gaulois réels qui, au moment de la conquête romaine, commerçaient depuis longtemps avec le monde méditerranéen.

La nouvelle vision de la Gaule qui s'impose aujourd'hui et que va contribuer à populariser l'exposition de La Villette est le fruit des très nombreuses fouilles effectuées au cours des trente dernières années, notamment dans le cadre des recherches d'archéologie préventive mises en œuvre à l'occasion de la réalisation de grandes infrastructures telles que les autoroutes ou les voies du TGV. Et ce n'est pas un hasard si l'un des deux commissaires de l'exposition, François Malrain est archéologue à l'Institut National des Recherches Archéologiques Préventives (INRP), alors que son alter ego, Matthieu Poux, est le chercheur qui, depuis une dizaine d'années, a ressuscité la ville gauloise de Corent qui fut sans doute, non loin du plateau de Gergovie, la capitale du peuple arverne.

Conçue pour intéresser tous les publics, du plus novice au plus passionné en passant par les plus jeunes, la manifestation organisée pour près d'une année à La Villette établit un état des lieux de la recherche et se déploie en cinq séquences : "Un chantier de fouille", "Sanctuaires et pratiques cultuelles", "De la campagne à la ville", "Productions artisans et commerce", "Pratiques funéraires").

Elle confirme d'abord l'étonnante densité de peuplement de l'espace gaulois, riche de ses terroirs agricoles aussi variés que fertiles. Contrairement à l'idée reçue qui faisait de la Gaule dite « chevelue » par César un monde couvert de forêts, les zones cultivées y étaient beaucoup plus étendues qu'on ne l'a longtemps pensé. Les Gaulois des deux derniers siècles avant l'ère chrétienne étaient d'habiles artisans, créateurs d'un outillage qui demeurera quasiment inchangé jusqu'à la révolution industrielle. Ils entretenaient d'intenses relations commerciales avec leurs voisins du monde méditerranéen et utilisaient pour cela une monnaie qui circulait en abondance.

L'exposition ambitionne également de montrer au public quelles sont les techniques utilisées aujourd'hui par la recherche. Certains objets exceptionnels sont de plus présentés pour la première fois. C'est le cas des pièces découvertes en Limousin dans le fabuleux dépôt de Tintignac, qui a livré des carnyx - ces étonnantes trompettes antiques - et des casques présentant la forme d'un oiseau. Moins spectaculaires, des fouilles comme celles de Corent dans le Puy de Dôme ou de Moulay en Mayenne ont, pour leur part, permis de reconstituer ce qu'était la vie dans les agglomérations urbaines de l'époque gauloise, trop longtemps réduites, à travers le terme d'oppida au statut de simples forteresses. Image d'un barde intemporel la statuette à la lyre découverte à Paule, dans les Côtes d'Armor, nous renvoie enfin au mystère qui continue à entourer les croyances et les représentations des hommes de ces temps lointains.
 
Mentions légales Conditions de vente Comment s'inscrire Vos assurances Qui sommes-nous ? Clio recrute Nous contacter ou nous visiter