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Debussy
La musique et les arts
Du 22 février au 11 juin 2012, au musée de l'Orangerie
L'exposition Debussy et les arts présentée au musée de l'Orangerie nous plonge de façon particulièrement vivante au sein de l'univers artistique en illustrant les choix esthétiques qui ont directement influencé sa musique. Elle exploite brillamment des pièces provenant souvent du musée d'Orsay ou du Petit-Palais, pour mettre en lumière les influences croisées entre les grands peintres, poètes, musiciens et créateurs qui firent partie de son entourage.
Nous découvrons tout d'abord comment cet enfant pauvre qui n'était jamais allé à l'école et dont le père, communard, avait été emprisonné, se retrouva à 19 ans au cœur d'une brillante vie de salon intellectuelle et bourgeoise. Et comment ce mauvais élève qui enchaîna une série de désespérants échecs dans ses études au Conservatoire devint pensionnaire de la villa Médicis à Rome. Les bonnes fées qui contribuèrent à ces miracles s'appellent Natacha Von Meck et Marie-Blanche Vasnier. La première, veuve richissime, éprise de Tchaïkovski, lui offrit un emploi en 1880 pour l'accompagner et faire de la musique lors de ses villégiatures estivales. Il rencontra l'année suivante Marie-Blanche Vasnier, une « belle rousse aux yeux verts » qui lui confia l'éducation musicale de ses enfants : il en fut très épris et c'est pour l'éloigner de son épouse que M. Vasnier l'encouragea à postuler à la villa Médicis… Ces deux rencontres le propulsèrent dans un monde de mécènes ouverts à l'innovation qui lui permit de rencontrer les peintres et les musiciens qui étaient, comme lui, en rébellion contre l'académisme : poètes et peintres du mouvement symboliste en France et en Belgique et préraphaélites en Angleterre.
La première partie de l'exposition associe photographies et tableaux pour nous montrer Debussy au sein des trois familles amies qui lui passèrent, dès ses débuts, d'importantes commandes : celles du peintre Henry Lerolle, du compositeur Ernest Chausson et le grand industriel Arthur Fontaine. La richesse et le foisonnement des liens amicaux, artistiques et familiaux entre Debussy, ces trois foyers de la bourgeoisie éclairée et la myriade de talents qui gravitent autour d'eux sont magnifiquement illustrés par les œuvres de Manet, de Maurice Denis, de Renoir ou de Camille Claudel qui sont ici rassemblées. Une lettre du poète Henry Jammes, bien dans le style de l'époque, peut donner une idée du pays de cocagne au sein duquel nous embarque l'exposition. Parlant d'Arthur Fontaine, Henry Jammes raconte : « Je fus, durant des années, enveloppé, grâce à Fontaine, des fleurs, des météores, des cimetières de corail d'Odilon Redon, des figures embrumées de larmes d'Eugène Carrière, des paysages bienheureux de Charles Lacoste, des images de communiantes flottant dans le séraphique azur de Maurice Denis. Claude Debussy, pauvre encore et méconnu, tissait au piano, autour de mes jeunes poésies, la soie pure et discrète des mélodies de Raymond Bonheur. Déodat de Séverac nous grisait de ses bleus vins du Sud que transportaient, à travers les monts orageux, ses mules aux cloches grondantes. Albert Samain chantait son chant de cygne et il neigeait sur nous. Puis, en réaction, le génie impérieux et éruptif de Claudel, venu en pèlerin, de Chine, nous rendait la rumeur de l'océan Indien et le long murmure de Dieu. »
Nous retrouvons Christine et Yvonne Lerolle, les filles du peintre, dans le double portrait de Renoir ou les farandoles de Maurice Denis et sur les photographies où elles entourent Debussy au piano. Les rapprochements opérés entre les œuvres picturales et les photographies, parfois spectaculairement agrandies pour nous envelopper de leur charme, est particulièrement intéressant, car il reflète, lui aussi, les entrelacs infinis des relations intimes entre les protagonistes de la scène artistique où évoluait le compositeur. Degas photographie Debussy, mais aussi Emile Blanche faisant le portrait de la sulfureuse Marie de Régnier, égérie de Pierre Louÿs dont Debussy met en musique les chansons de Bilitys.
Debussy, Eric Satie et Stravinsky se photographient mutuellement dans le décor de son appartement évoqué à l'exposition par les meubles Arts and craft dessinés pour lui par ses amis, les œuvres offertes, telle l'admirable Valse de Camille Claudel, ou les objets auxquels il tenait et qui témoignent de son goût pour l'Asie.
Les œuvres de Debussy sont évoquées au fil des salles à travers les tableaux qu'elles ont inspirés, les portraits des auteurs auxquels elles sont liées ou les courants esthétiques qui les ont influencées. La chevelure de la Damozelle élue flamboie dans le tableau de Rossetti, comme étincelle le célèbre petit portrait de Mallarmé par Manet. La Mélisande de Marianne Stokes rêve au bord du puits. La vague de Hokusai déferle sur la partition de La Mer. Les figures des vases grecs, admirées par Debussy et ses amis lors de l'exposition du Louvre sur les fouilles de Delphes en 1890, sont mises en parallèle avec l'étrange chorégraphie de Nijinski pour le Faune. Les décors de Bonnard sont présentés pour Jeux, ceux de Léon Bakst pour l'inclassable Saint Sébastien de d'Annunzio. Ce déploiement, hétéroclite et raffiné, installe au fil des salles un climat unique à l'unisson de la musique de Claude de France dont la vie et l'œuvre apparaissent déterminées par la quête d'une beauté idéale à la fois mystique et sensuelle, éthérée et voluptueuse. Les images qu'il aimait courent à travers toute l'exposition, superposant les silhouettes élégantes des femmes qui l'entourent, les représentations sublimées qu'en donnent ses peintres favoris et les accents voluptueux des mélodies de l'auteur qui dédia à Marie Vasnier une pièce intitulée « Aimons-nous et dormons »...
 
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