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Le siècle de la colonisation française

29 août 1842 : Traité de Nankin par lequel, à l’issue de la guerre de l’opium, la Chine cède à l’Angleterre l’île de Hong Kong, à proximité de Macao et de Canton, le grand port du sud chinois désormais ouvert au commerce britannique (les ports de Amoy, Foutchéou, Ning Po et Shanghaï le sont également). Le 24 octobre 1844, la France obtient, par la convention de Wham Poa négociée par Lagrené, des privilèges analogues dans les mêmes ports, ainsi qu’un droit de protection des missions catholiques menacées par les réactions xénophobes suscitées par certains mandarins. Cette ouverture de la Chine donne automatiquement à l’Indochine voisine une grande importance, dans la perspective du développement des échanges et de l’affirmation de l’influence française dans les régions méridionales de l’Empire du Milieu. Préoccupations commerciales et défense des intérêts catholiques commandent ensuite la politique de Napolén III en Extrême-Orient.
1848-1883 : Règne de Tu Duc. Il est hostile aux étrangers et aux missionnaires chrétiens et entend s’appuyer sur la Chine sans mesurer l’extrême faiblesse de celle-ci.
1858 : À la suite du martyre de l’abbé Chapdelaine au Kouangsi et de celui de plusieurs dominicains espagnols au Tonkin, la France et l'Angleterre décident d’agir contre la Chine et, en mai, un corps expéditionnaire allié s’empare des forts défendant le Pei Ho (la rivière qui se jette dans le golfe du Petchili) et ouvre ainsi la route de Pékin. L’empereur chinois préfère traiter et les forces du contre-amiral Rigault de Genouilly devenues disponibles sont dirigées vers les côtes d’Annam. Formée de treize bâtiments français et d’un aviso espagnol venu des Philippines, la flotte arrive devant Tourane (Danang) le 31 août 1858. Contrairement à ce qui s’était passé en Chine, l’amiral ne peut remonter la rivière de Hué et se refuse, en raison de la faiblesse relative de ses effectifs, à prendre le risque d’une marche par voie de terre contre la capitale annamite.
Février 1859 :Profitant de la mousson d’hiver, l’amiral Rigault de Genouilly dirige sa flotte vers la Cochinchine, remonte la rivière de Saigon et prend d’assaut la citadelle le 17 février.
Novembre 1859 : L’amiral Page, qui remplace Rigault de Genouilly, propose à la cour de Hué une paix n’impliquant aucune cession territoriale mais la simple installation d’un chargé d’affaires et de trois consuls. Convaincu que ces demandes modérées ne faisaient que témoigner de la faiblesse des envahisseurs, le souverain annamite refuse les propositions françaises.
1860 : Alors que l’amiral Page est parti rejoindre l’expédition franco-anglaise engagée contre la Chine – qui aboutira à la prise de Pékin et au sac du Palais d’été – la garnison de Saigon résiste victorieusement aux assauts vietnamiens.
Février 1860 : L’amiral Charner, de retour de Chine, entre en rade de Saigon avec soixante-dix bâtiments, une brigade d’infanterie, douze compagnies de marins et des chasseurs d’Afrique, le tout appuyé par une puissante artillerie. Il disperse ainsi sans difficultés, les 24 et 25 février, les troupes vietnamiennes du maréchal Nguyen Tri Phuong.
1862 : Alors que ses forces sont dispersées et détruites en Cochinchine, l’empereur Tu Duc doit faire face au Tonkin à une révolte qui le contraint à traiter avec les Français. Un accord est conclu à Saigon le 5 juillet 1862. Le souverain annamite reconnaît aux missionnaires la liberté de prêcher la religion catholique et autorise l’ouverture de trois ports au commerce français. Il abandonne par ailleurs en pleine propriété au vainqueur les provinces de Bien Hoa, Gia Dinh et Vinh Tuong, c’est-à-dire toute la moitié orientale de la Cochinchine, ainsi que l’île de Poulo Condore. Il était ainsi contraint d’accepter des conditions autrement dures que celles qu’il avait refusées en 1860. Conclu le 14 avril 1863, le traité de Hué confirme l’accord de Saigon de l’année précédente.
1862-1879 : Période dite du « gouvernement des amiraux », ceux-ci se trouvant durant cette période investis du gouvernement de la Cochinchine française. La Marine joue alors un rôle déterminant dans les débuts de la colonie. Dès 1862, c’est autour d’un missionnaire, le père Legrand de La Liraye, responsable d’un Bureau de renseignement sur les coutumes et les institutions indigènes, que se réunissent de jeunes officiers qui apprennent la langue locale, se consacrent à la pacification du pays en luttant contre les pirates et s’efforcent d’administrer le territoire sous autorité française. Ils font fonction d’officiers des affaires indigènes et recrutent des auxiliaires autochtones dont ils contrôlent l’action. À partir de 1873, la Marine établit un collège de stagiaires où ces officiers sont formés à leurs nouvelles fonctions, sous l'autorité du lieutenant de vaisseau Luro, chargé d’un cours « d’administration annamite ».
Mai 1863-avril 1868 : L’amiral de La Grandière exerce les fonctions de gouverneur de la Cochinchine et l’étend vers l’ouest avec l’annexion, en juin 1867, des trois provinces de Vinh Long, Soc Trang et Chau Doc occupées dès mars 1866.
1863 : Établissement du protectorat français sur le Cambodge.
Juin 1863 : Arrivée en France d’une ambassade annamite conduite par le mandarin Phan Tanh Gian. Il est très bien reçu par Napoléon III, d’autant que l’un des officiers du corps expéditionnaire, le lieutenant de vaisseau Aubaret, fait valoir l’intérêt pour la France de respecter l’intégrité territoriale du Vietnam et de se contenter du contrôle de quelques ports et d’un protectorat très souple.
Mai 1864 : Nommé consul à Bangkok, Aubaret se rend à Hué pour négocier avec Tu Duc, le souverain annamite, une éventuelle rétrocession des provinces cochinchinoises mais, une fois de plus, son interlocuteur interprète comme un aveu de faiblesse les propositions françaises et ne les retient pas ; comme dans le même temps tout un courant se développait en France en faveur d’une exploitation coloniale du sud de l’Indochine (il s’exprime à travers la publication par le lieutenant de vaisseau Rieunier – sous le pseudonyme d’Abel – de La question de la Cochinchine du point de vue des intérêts français), il apparut que l’opposition de la cour de Hué rendait impossible toute présence limitée.
4 novembre 1864 : Le ministre de la Marine Chasseloup-Laubat remet à Napolén III un rapport qui conclut à la nécessité de conserver la Cochinchine. Les perspectives d’une rétocession s’éloignent ainsi définitivement.
Janvier 1865 : Ratification par la France du traité de Hué.
Juin 1866 : Doudart de Lagrée et Francis Garnier quittent Saigon pour entamer la remontée du Mékong, dans l’espoir de trouver ainsi une voie d’accès vers la Chine du Sud, que les Anglais cherchent dans le même temps à atteindre à partir de la Birmanie. Doudart de Lagrée meurt en mars 1868 après être arrivé à deux jours de marche du Yang tsé Kiang que son second pourra descendre jusqu’à Shanghaï. Ce remarquable voyage d'exploration a cependant montré que la véritable voie d’accès à la Chine à partir de l’Indochine n’est pas le Mékong mais le fleuve Rouge, ce qui va conduire les Français à tourner leurs regards vers le Tonkin. Sous le Second Empire et au début de la IIIe République, la France semble cependant se satisfaire du contrôle de la Cochinchine et du Cambodge – qui correspondent aux régions indochinoises les plus riches et les moins peuplées – et les consignes envoyées depuis Paris aux amiraux-gouverneurs leur interdisent toute entreprise contre la monarchie annamite visant à la conquête du nord du pays.
1871 : Le commerçant et trafiquant d’armes français Jean Dupuis pénètre au Tonkin en venant du Yunnan, s’installe à Hanoi et y fait flotter le drapeau français sur ses canonnières, ce qui entraîne les protestations de la cour de Hué. L’amiral-gouverneur Dupré décide alors, pour trouver une solution de compromis, d’envoyer sur place Francis Garnier, simplement accompagné d’une force modeste (de l’importance d’une compagnie).
20 novembre 1873 : Inquiet des préparatifs guerriers mis en œuvre par les forces annamites commandés par Nguyen Tri Phuong, Francis Garnier prend l’initiative des hostilités et s’empare de la citadelle de Hanoi avant d’entamer la conquête du delta tonkinois mais il est tué dans une embuscade en janvier 1874.
15 mars 1874 : Un traité est conclu entre la France et l’Annam. Il est signé à Saigon par le lieutenant de vaisseau Philastre. Les Français renoncent à leurs conquêtes du Tonkin et Dupuis doit évacuer Hanoi mais l’Annam reconnaît en contrepartie la pleine souveraineté de la France sur les trois provinces de Cochinchine conquises par l’amiral de La Grandière en 1867. Les ports de Hanoi, Haïphong et Qui Nonh sont ouverts au commerce français et des consuls y sont installés. L’empire d’Annam accepte enfin de conformer sa politique extérieure à celle de la France. Le 31 août suivant, un traité de commerce est signé par l’amiral Krantz.
Mars 1882 : Le gouverneur Le Myre de Vilers, premier gouverneur civil de Cochinchine, constate l’inéxécution du traité de 1874 et décide d’établir à Hanoi une petite garnison forte de trois compagnies et placée sous les ordres du commandant Rivière qui s’empare de la ville le 27 avril.
19 mai 1883 : Encerclé par les forces chinoises infiltrées dans le bassin du fleuve Rouge, le commandant Rivière trouve la mort au cours d’une tentative de sortie. C’est un casus belli pour la France et Jules Ferry décide de l’envoi en Indochine d’un corps expéditionnaire appelé à agir en Annam et au Tonkin.
17 juillet 1883 : Mort de l’empereur d’Annam Tu Duc. Son successeur, le prince Hiep Hoa, suspect de sympathies profrançaises, est contraint de s’empoisonner en 1884. Il est remplacé par Kien Phuoc dont le règne est tout aussi éphémère. Le pouvoir appartient en réalité à deux régents, Ton That Tuyet (très hostile aux Français) et Nguyen Van Tuong.
25 août 1883 : Le gouvernement annamite signe avec la France le traité Harmand reconnaissant son protectorat.
11 mai 1884 : Après une campagne qui a permis d’obtenir la reddition des places du delta tonkinois (dont Sontay, Bac Ninh et Thai Nguyen), le traité de Tien Tsin oblige les Chinois à se retirer complètement du Tonkin.
6 juin 1884 : Le traité Patenôtre signé à Hué précise les conditions d’application du protectorat et le rôle du résident français en Annam.
31 juillet 1884 : C’est un enfant de douze ans, Ham Nghi, qui accède au trône mais ce sont les régents qui conservent la réalité du pouvoir.
1885 : L’incident de Bac Lé survenu en juin 1884, consécutif au retrait incomplet des troupes chinoises, conduit Jules Ferry à exiger du gouvernement de Pékin, sous la forme d’un ultimatum, une lourde imdemnité. Une fois expiré le délai fixé, la flotte de l’amiral Courbet bombarde Fou Tchéou alors que le corps expéditionnaire du général Brière de l’Isle marchant vers le nord s’empare de Langson, sur la frontière chinoise, le 13 février 1885. Pendant qu’une partie des forces françaises se porte au secours du commandant Dominé assiégé dans Tuyen Quang, le général de Négrier est grièvement blessé lors du combat de Hoa, ce qui conduit son subordonné, le colonel Herbinger, à ordonner une retraite totalement injustifiée. Quand la nouvelle arrive à Paris, cet épisode mineur est transformé par la presse et l’opposition parlementaire en « désastre de Langson » et se révèle fatal, le 30 mars, au cabinet Jules Ferry. En fait, rien n’était compromis au Tonkin et les victoires remportées par l’amiral Courbet à Formose et aux iles Pescadores obligent le gouvernement de Pékin à traiter rapidement.
9 juin 1885 : Deuxième traité franco-chinois de Tien Tsin. Il reconnaît le protectorat français sur l’Annam et le Tonkin.
5 juillet 1885
: Le régent Ton That Thuyet fait attaquer sans succès la concession française de Hué, défendue par le général de Courcy ; le régent et le jeune empereur prennent alors le maquis mais le premier gagne rapidement la Chine, dans l’espoir d’y trouver des soutiens. Les Français en profitent pour installer sur le trône en 1886 un autre prince de la lignée royale, Dong Khanh.
1886 : Paul Bert remplace le général de Courcy comme résident général de l’Annam et du Tonkin. Soucieux de réussir la pacification, il crée un conseil des notables et cherche à rétablir les structures administratives locales, passées désormais sous contrôle français. Il obtient de la cour de Hué la nomination d’un vice-roi au Tonkin. Vaincu et arrêté en 1888, l’ex-empereur Ham Nghi est exilé en Algérie. La résistance cesse alors en Annam mais la pacification sera plus longue à obtenir au Tonkin où les bandes des Pavillons Noirs ajoutent le banditisme aux manifestations de résistance nationale. La mise en valeur du pays et l’installation d’infrastructures modernes (télégraphe, voie ferrée) – combinées avec les opérations proprement militaires – permettent cependant à une pléiade de grands chefs tels que Pennequin, Gallieni et Lyautey d’accomplir efficacement leur mission.
1887 : Constitution administrative de l’Union indochinoise par le rattachement au ministère de la Marine et des Colonies de l’Annam et du Tonkin, qui dépendaient jusque là des Affaires étrangères. Ces deux pays sont alors placés, avec la Cochinchine et le Cambodge, sous l’autorité d’un gouverneur dépendant du ministère des Colonies. Un cinquième territoire, le Laos, sera rattaché à cet ensemble en 1897, à l’issue des voyages d’exploration menés par Auguste Pavie dans cette région centrale et longtemps inconnue de la péninsule indochinoise.
1887 : Mise en exploitation des mines de charbon ciel ouvert de Hongay, au Tonkin.
1889-1907 : Règne de Thanh Thai, qui est finalement destitué et exilé à la Réunion. Son successeur, Duy Tan, connaîtra le même sort en 1916.
1891-1894 : De Lanessan exerce les fonctions de gouverneur général.
1892-1897 : Les dernières résistances armées sont vaincues au Tonkin, d’abord dans le delta, puis dans les périphéries montagneuses.
1897-1902 : Gouvernement de Paul Doumer. Il se consacre au développement économique de l’Indochine mais substitue l’administration directe au système de protectorat prévu par les traités.
1897 : Le pharmacien de Marine Raoul rapporte de Malaisie à Saigon deux mille plants d’hévéa qui seront à l’origine de la production locale de caoutchouc, entamée en 1898 par le planteur Berland qui réalise sa première récolte dès 1905. Du fait de la demande mondiale, la nouvelle culture connaîtra un essor très rapide au cours des années 1920.
26 juillet 1897 : Disparition de la fonction de vice-roi du Tonkin qui maintenait l’illusion d’une souveraineté de l’empereur d’Annam. Il est remplacé par un résident français au Tonkin qui prend le contrôle de toute l’adminsitration locale. Le pouvoir traditionnel des mandarins est progressivement annihilé.
Octobre 1897 : Le gouverneur décide la disparition du conseil impérial traditionnel, remplacé par un conseil des ministres présidé par le résident supérieur français en Annam.
1898 : Le gouvernement de Hué perd le pouvoir de percevoir l’impôt, désormais levé par l’administration française. Une liste civile est accordé à l’empereur Thanh Thai, désormais privé de tout pouvoir réel. Des fonctionnaires français du Corps des services civils de l’Indochine sont investis des diverses responsabilités administratives. Des services généraux chargés des douanes, de l’agriculture, des grands travaux ou du commerce sont créés pour l’ensemble de l’Indochine qui se voit également attribuer un budget propre, alimenté par les régies de l’alcool et du sel ainsi que par diverses taxes et droits de douane. Le bilan économique se révèle positif, d’autant que sont entrepris de grands travaux d’infrastructure : pont Paul-Doumer de Hanoi, Transindochinois et ligne de chemin de fer du Yunnan, aménagement des ports, grands travaux d’urbanisme à Hanoi, grandes entreprises d’aménagement hydraulique dans le sud…) L’œuvre culturelle du gouverneur Paul Doumer n’est pas moindre, marquée par l’institution de grands services chargés de différents domaines (géographie, météorologie, géologie...), par la création d’une faculté de médecine et par celle de l’Institut français d’Extrême-Orient.
1904-1905 : Guerre russo-japonaise. La victoire nippone sur l’Empire russe contribue à l’éveil d’une réaction nationaliste dans tous les pays d’Asie orientale. Au Vietnam, quelques lettrés occidentalisés font le choix de partir au Japon pour y appeler au réveil de l’Asie. Ils emmènent avec eux le prince Cuong Dê, un descendant de l’empereur Gia Long.
1906 : Création près de Hanoi d’une école où des professeurs vietnamiens enseignent le français et les sciences. En 1907, le gouverneur général Beau fonde la première Université indochinoise qui doit contribuer à la diffusion de la culture française dans les élites indigènes.
1908 : Un mouvement de rébellion mêlant lutte nationale et banditisme affecte l’ensemble du Tonkin.
1911 : Nomination d’Albert Sarraut comme gouverneur général. Il exerce ces fonctions jusqu’en 1914, multiplie écoles et hôpitaux, développe le réseau routier et ouvre aux indigènes l’enseignement secondaire. Il abolit dans le même temps les concours littéraires propres à la culture mandarinale (le dernier a lieu à Nam Dinh en 1915).
1914-1918 : La France fait venir en métropole environ cent mille Vietnamiens qui, dans le cadre de l’effort de guerre, sont surtout employés comme ouvriers. 1916 : Albert Sarraut occupe de nouveau le poste de gouverneur général. Complot du roi Duy Tham monté sur le trône en 1907, qui est déposé et exilé à la Réunion.
1916-1925 : Règne de l’empereur Khai Dinh.
1918 : Création à Hanoi de l’Université indochinoise.
1925-1928 : Alexandre Varenne exerce les fonctions de gouverneur général. Il crée une chambre des représentants du peuple en Annam et au Tonkin et recrute des Vietnamiens comme cadres dans la fonction publique. Il prend des mesures sociales de protection de la main d’œuvre des plantations et institue en 1926 un Crédit populaire agricole visant à mettre fin aux pratiques usuraires qui ruinaient les petits paysans. Ces réformes suscitent l’hostilité des tenants de la colonisation et cette politique ne connaît pas le développement espéré par son initiateur.
1925 : Bui Quang Chieu et Nguyen Phan Long fondent le parti constitutionnaliste en Cochinchine et adressent au gouverneur Varenne le Cahier des vœux annamites. Leurs revendications sont modérées, tout comme celles formulées par deux journalistes tonkinois, Pham Quynh et Nguyen Van Vinh. Ces opposants réclament des réformes et demandent qu’une plus grande place soit faite aux élites indigènes et que soient appliqués honnêtement les traités de protectorat.
1930 : Fondateur du parti national du Vietnam en 1927, Nguyen Thai Hoc déclenche dans la nuit du 10 février, dans la haute vallée du fleuve Rouge, l’insurrection de la garnison de Yen-bai. Quelques attentats sont également perpétrés à Hanoi et des grèves éclatent dans les plantations de coton et d’hévéa. Ce mouvement est rapidement réprimé. L’administration française n’eut pas à faire face à d’autres soulèvements jusqu’à la seconde guerre mondiale. À cette époque, c’est en URSS et en France, dans le cadre du Parti communiste, que sont formés les futurs cadres révolutionnaires. C’est notamment le cas de Nguyen Ai Quoc, le futur Ho Chi Minh, né en 1890 dans une famille de lettrés et parti en 1911 pour s’employer sur des paquebots ;  il est ainsi passé en de nombreux pays dont les USA et l’Angleterre où il séjourne avant de s’installer à Paris en 1919. Présent au congrés de Tours en décembre 1920, il représentera le Parti communiste au congrès de l’Internationale paysanne de Moscou en 1923 avant de gagner Canton où le leader nationaliste Phan Boi Chau avait attiré de nombreux intellectuels vietnamiens hostiles à la colonisation française. Communiste et proche de Borodine, le représentant de la IIIe Internationale, il y fonde, en 1925, avec Pham Van Dong un parti nationaliste, l’Association de la jeunesse révolutionnaire vietnamienne (Thanh Nien) proche des communistes. En février 1930, après avoir quitté la Chine où les nationalistes se sont retournés contre les communistes, il sera le fondateur à Hong Kong du Parti communiste vietnamien, qui prendra quelques mois plus tard le nom de Parti communiste indochinois.
1930 : Création de l’Office indochinois du riz, qui développe la recherche agronomique et permet ainsi l’augmentation des rendements.
1932 : Avènement du jeune empereur Bao Dai, après une régence de sept ans. Il appelle à la commission des réformes un jeune ministre, Ngo Dinh Diem, issu d’une famille mandarinale convertie au catholicisme, mais celui-ci renonce en 1933 devant l’hostilité des autorités coloniales.
1936 : La victoire remportée en France par le Front populaire permet au Parti communiste indochinois de sortir de la clandestinité et des hommes tels que Vo Nguyen Giap et Pham Van Dong, qui compteront parmi les principaux acteurs de la lutte d’indépendance engagée en 1945, peuvent alors s’exprimer dans la presse. À la veille de la seconde guerre mondiale, le bilan de la colonisation française présente des aspects incontestablement positifs sur le plan économique, bien que le Vietnam ait subi alors les effets de la crise mondiale des années trente. En Cochinchine, la superficie des espaces cultivés en riz est passée de 522 000 hectares en 1880 à 2 200 000 hectares en 1937. Elle a donc plus que quadruplé en une soixantaine d’années et permis l’autosuffisance alimentaire du Sud mais également d’importantes exportations. Les gains de surface agricole sont moins importants au Tonkin ou en Annam faute de nouveaux espaces disponibles dans des régions densément peuplées et exploitées depuis longtemps. La culture de l’hévéa, qui s’est installée sur les espaces antérieurement forestiers, est un succès incontestable ainsi que l’exploitation des ressources charbonnières du Tonkin. La période coloniale correspond au début de la révolution démographique, conséquence de l’augmentation des ressources alimentaires et de la révolution médicale marquée par le développement des campagnes de vaccination et par la lutte contre la lèpre et la malaria. Le population a triplé en un demi-siècle, ce qui n’est pas sans conséquence au Tonkin où, faute de pouvoir développer dans les mêmes proportions les ressources alimentaires, la misère paysanne persiste. Les cadres sociaux traditionnels sont également bouleversés alors que s’accroît rapidement la masse des salariés qui, chassés par l’exode rural, sont venus s’employer sur les plantations d’hévéa, dans les grandes propriétés agricoles qui se constituent alors ou dans les mines et les usines qui commencent à apparaître.

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