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Des origines au grand empire centrasiatique


La préhistoire tibétaine demeure, dans une large mesure, une terra incognita. Les sites identifiés comme les plus anciens ont livré des vestiges remontant au Paléolithique supérieur. Le Néolithique est également représenté, notamment sur le site de Kharo, dans l’est du pays, où une trentaine d’habitations, des milliers d’outils de pierre et des poteries ont été mis au jour. Des menhirs, isolés ou alignés, témoignent de l’existence d’une culture mégalithique. De nombreuses tombes, analogues à nos tumuli à allée couverte et et utilisées du premier millénaire avant J.-C. jusqu’à l’an mil de notre ère ont également été identifiées. Aucune trace d’art pariétal n’a été reconnue et les gravures rupestres découvertes dans l’ouest sont protohistoriques, avec des représentations d’animaux, de chasseurs, de symboles divers tels que la roue solaire ou la swastika. Le bronze, puis le fer apparaissent avec un décalage d’un millénaire si l’on considère les dates de leur première utilisation en Asie occidentale, en Europe et en Chine.


Les origines de la population indigène du Tibet demeurent très obscures, d’autant qu’aucune enquête anthropologique n’a pu être menée pendant longtemps, du fait de l’isolement et des traditions funéraires du pays. Si l’on s’en remet à la cosmogonie traditionnelle, qui s’est imposée à l’époque où le Tibet est passé au bouddhisme, le bodhisattva Avalokiteshvara se manifesta sous la forme d’un singe sur cette terre désolée et peuplée de démons. Il s’y accoupla avec une démone présentée parfois comme un bodhisattva de Tara, la libératrice de tous les maux. Six singes naquirent de cette union et ils furent à l’origine de six tribus différentes. Quand l’hominisation de ces animaux fut réalisée, un roi descendit du ciel ou apparut au sommet d’une montagne sacrée. D’autres récits mythiques font référence au Mahabharata, la grande épopée indienne, et veulent que la royauté tibétaine soit issue d’un chef Pandava vaincu, réfugié au nord de la chaîne himalayenne. Un prince bouddhiste indien aurait, selon d’autres traditions, été accueilli dans le pays pour y fonder la lignée royale. Si l’on se réfère à une histoire plus solidement fondée, certains attribuent au clan indien des Lichavi, apparenté à Gautame Siddartha, le Bouddha lui-même, la fondation de la royauté tibétaine mais, si la dynastie qui a régné sur le Népal du IIe au VIIe siècle de notre ère a bien cette origine, il n’en est rien pour ce qui concerne le Tibet où le bouddhisme n’intervient que tardivement, sans doute pas avant le VIIIe siècle après J.-C.


Des rois mythiques descendus du ciel – et qui y remontaient à leur mort – auraient régné sur le Tibet aux époques les plus reculées de son histoire. Le centre de leur pouvoir se situait dans la vallée du Yarlung, un affluent de la rive droite du Tsang po, au sud de l’actuelle Lhassa, où la découverte d’un palais ancien semble témoigner de l’apparition d’un premier pouvoir central. Pour les historiens bouddhistes ultérieurs, le premier de ces souverains, Nyatri Tsenpo, serait apparu en 127 avant notre ère, l’an I du calendrier « royal ». Pour les chercheurs occidentaux, qui cherchent à concilier les enseignements traditionnels et les données archéologiques, cet épisode fondateur pourrait être placé vers le IIIe siècle avant J.-C.


VIe siècle : Le roi Tagba Nyazig, puis son fils Namri Leuntsen, imposent leur autorité à une dizaine de seigneurs locaux, puis à l’ensemble du Tibet central.


Vers 609 : Première ambassade tibétaine en Chine.


629 : Mort de Namri Leuntsen à l’occasion d’une révolte seigneuriale. Avènement, la même année, de Songtsen Gampo qui va faire du Tibet un grand empire asiatique. Accédant au pouvoir dans les pires conditions (son père vient de mourir empoisonné, les seigneurs insurgés plongent le pays dans le chaos) il réagit vigoureusement, écrase et fait exécuter les rebelles. Il entame ensuite une ambitieuse politique d’expansion.


632 : Par son mariage avec la fille du fondateur de la dynastie népalaise des Thakuri, Songtsen Gampo s’assure la paix vers le sud.


630-635 : Soumission du Shangshoun, la partie occidentale du Tibet actuel. Le roi impose également son autorité au pays Soumpa, dans la région du Koukou Nor (au nord-est du plateau tibétain).


vers 635 : Introduction de l’écriture au Tibet central.


638 : Les Tibétains s’avancent dans le Sichuan, défiant ainsi l’Empire chinois des Tang. Le nord du Yunnan et la Birmanie sont également envahis.


640 : Les Tibétains envahissent le Népal.


641 : « L‘empereur » (tsenpo) du Tibet obtient la main d’une princesse chinoise.


641-645 : Règne bref de Goungson Goungtsen, fils de Songtsen qui lui abandonne le pouvoir mais qui le reprend quand il meurt. Maître d’un État féodal, Songtsen affirme son autorité et organise solidement l’armée, principal outil de sa puissance. Il délègue ses pouvoirs en matière de justice mais impose une loi commune. Souverain de droit divin, il garantit le maintien de l’ordre du monde. Sous son règne, les relations se développent avec la Chine et l’Inde, ce qui enrichit considérablement la culture tibétaine.


650 : Mort de Songtsen Gampo. Il laisse un empire qui s’étend des sources du Brahmapoutre aux plaines du Sichuan et du Népal au bassin du Tsaïdam.


650-676 : Règne de Mangsong Mangtsen, petit-fils du fondateur de l’empire. L’homme fort est alors son ministre, Gar Tongtsen, qui organise en 654 un recensement permettant de distinguer entre les sujets de l’empire, ceux qui pourront être recrutés pour l’armée, et les autres, considérés comme « sauvages ».


660-670 : Les oasis entourant le désert de Taklamakan sont conquises, puis les régions plus occidentales des contreforts du Pamir et du Karakorum. Les Tibétains s’installent ainsi sur la route de la Soie, sur l’axe reliant la Chine à l’Inde ainsi qu’à la Transoxiane et à la Perse.


667 : Mort de Gar Tongtsen, remplacé par son fils, Gar Tsenya Dombou.


676-703 : Règne de Tri Dusong qui n‘a que deux ans lors de son avènement. Au nord, les Tibétains s’emparent de Dun Huang, l’une des étapes majeures de la route de la Soie, aux portes de la Chine.


685 : Mort de Gar Tsenya ; son frère Gar Tridin prend la direction des affaires.


692-787 : Les armées chinoises des Tang reconquièrent progressivement les oasis de la route de la Soie, privant ainsi le Tibet d’un atout qui eût pu s’avérer pour lui décisif.


695 : Gar Tridin bat les Chinois dans le Gansu mais l’empereur tibétain se méfie maintenant de la dynastie ministérielle et Gar Tridin, disgâcié après une défaite subie en 698 dans le Koukou Nor contre les Chinois, se suicide. Écartés de la route de la Soie, les Tibétains ne sont plus en mesure que d’y lancer de simples razzias.


703-704 : Tri Dusong soumet le royaume de Nanzhao (au nord du Yunnan) mais meurt au cours de cette campagne.


704-705 : Règne éphémère du prince Lha, écarté par Trimaleu, l’impérarice douairière, la mère du défunt Tri Dusong, qui installe sur le trône un enfant d'un an, Tridé Tsougtsen, appelé à régner de 705 à 755. Dans le même temps, les Tibétains brisent une révolte du Népal et reprennent aux Chinois le Ferghana.


710 : Trimaleu organise le mariage du jeune Tsougtsen, son petit-fils, avec une princesse chinoise Tang, fille adoptive de l’empereur Zhongzong.


712 : Mort de Trimaleu. Tridé Tsougtsen accède au trône à l’âge de huit ans.


712-756 : Règne de l’empereur chinois Xuanzong qui s’allie aux Turcs ouïghours et reprend le Ferghana auxTibétains. Le nord du Tibet passe sous domination chinoise.


727 : Tridé Tsougtsen s’empare d’Anxi dans le Gansu. C’est un succès certain dans la lutte sino-tibétaine pour le contrôle de la route de la Soie. Les Tibétains échouent en revanche conte les oasis du Tarim.


730 : Paix de statu quo tibéto-chinoise.


747 : Le Tibet perd le contrôle du royaume himalayen de Gilgit.


751 : Victoire des Arabes sur les Chinois sur les rives de la rivière Talas, au Turkestan. Le bassin du Tarim s’ouvre à la conquête musulmane. Les bouddhistes de ces régions viennent pour nombre d’entre eux se réfugie rau Tibet, y renforçant ainsi la présence de cette religion d’origine indienne.


755 : Assassinat de Tridé Tsougtsen à la suite d’une révolution de palais.


755-797 : Règne de Trisong Détsen, fils cadet de l’empereur défunt. Il porte à son apogée la puissance tibétaine.


755-763 : Révolte d’An Lushan en Chine. L’Empire chinois est alors confronté à ses divisions internes, à la menace venue des steppes du nord et à la progression musulmane à l’ouest. Le Tibet a profité de cet état de faiblesse.


763 : Alliance des Tibétains et des Ouïghours qui mettent à sac Chang’an (Xian), la capitale chinoise de l’empereur Daizong. Au Xinjiang (bassin du Tarim), Turfan et Hami sont pris, Dun huang est de nouveau pris en 787, malgré un traité de 783 qui n’a établi qu’une paix éphémère.


789 : Prise de Bershbalik au nord du Tarim, bientôt suivie de celle de Khotan.


794 : Les Chinois récupèrent au sud-ouest le royaume de Nanzhao.


794 : L’empereur tibétain réunit à Samyé les tenants du bouddhisme d’inspiration indienne et ceux du bouddhisme d’inspiration chinoise. L’Indien Kamalashila s’étant imposé au cours de la controverse, le souverain choisit le modèle indien et le sanscrit est adopté comme langue sacrée du bouddhisme tibétain.


797 : Trisong Dètsen abandonne le pouvoir et meurt un an plus tard. Son tumulus funéraire, une pyramide à trois degrés de 180 m de côté, la plus imposante des tombes de la vallée de Tchong-gyé, rappelle la puissance acquise alors par l’Empire tibétain. Le souverain a été, comme son père, un protecteur du bouddhisme et s’y serait converti malgré l’opposition des tenants de la tradition bon (beun) qui font valoir la dimension divine de la souveraineté terrestre (étrangère au bouddhisme). Il fait taire les opposants et fait venir d’Inde Santarakshita et, surtout, Padmasambhava qui l’emporte, en triomphant dans les controverses et en réalisant des miracles, sur les adversaires de la nouvelle religion. Dès 779, Trisong Détsen ordonne la construction du monastère de Samyé. Le bouddhisme devient la religion officielle du Tibet en 791 mais il y hérita de nombreuses traditions antérieures.


797-799 : Règne éphémère de Mouné Tsenpo, fils cadet de Trisong Détsen ; il sera assassiné par sa mère. Le trône revient alors à Sénaleg qui favorise l’essor du bouddhisme.


809 : Les Tibétains et les Qarluqs turco-mongols assiègent Samarcande et le souverain abbasside Al Mamun doit traiter avec les Tibétains.


810 : Les troupes abbassides prennent Gilgit sans susciter de réaction tibétaine, peut-être en raison de l’idéal de non-violence propre au bouddhisme.


815-838 : Règne de Tritsoug Détsen. L’implantation du bouddhisme se confirme. Les monastères sont favorisés. Les traductions de textes bouddhiques indiens se multiplient.


821-823 : Traités de paix avec la Chine. Les frontières des deux empires sont fixées. Le « grand Tibet » d’alors englobe le Qinghai, une partie du Gansu et une partie de l’ouest du Sichuan.


838 : Assassinat de l’empereur Tritsoug Détsen, étranglé par des partisans de la tradition bon et hostiles au bouddhisme.


838-842 : Règne Tri Oudoumtsen Darma. Persécution des bouddhistes, destruction des temples, les moines doivent se défroquer.


842 : L’empereur est assassiné par un moine bouddhiste. Les deux princes héritiers, Eusoung et Youmten, se disputent le pouvoir, ce qui entraîne un morcellement progressif du pays en principautés rivales.


849 : Les Chinois chassent les Tibétains des oasis du nord.


860 : Les possessions tibétaines du Turkestan sont perdues.


879 : Le Népal échappe au contrôle du Tibet. L’empire édifié au cours des deux siècles précédents part en lambeaux. Trop vaste, sa durée dépendait du maintien d’une supériorité militaire aléatoire et de l’existence d’un pouvoir suffisamment fort et centralisé. Il n’était pas à la mesure des ressources humaines que pouvait engager le Tibet face aux Empires chinois et abbsaside ou face aux populations nomades de la steppe dont la soumission ne pouvait être qu’éphémère.

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