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La conquête égyptienne et l’époque coloniale

Le Soudan est incorporé dans l’Empire ottoman de 1820 à 1885 mais, contrairement à la tradition hitoriographique qui évoque à ce propos la période « turque », il est plus exact de rendre compte d’une occupation « égypto-ottomane » dans la mesure où l’élément proprement turc ne prit qu’une part très modeste à l’histoire que connut alors cette région africaine bien marginale dans l’empire des sultans de Constantinople, à l’époque où celui-ci est déjà « l’homme malade » dont les puissances surveillent l’agonie jugée inéluctable.


Muhammad Ali, l’officier rouméliote commandant un corps albanais devenu vice-roi d’Égypte en 1805, songe dès 1812 à la conquête du Soudan. La Nubie paie tribut depuis 1813 quand il envoie à Sennar (sur le Nil bleu) une ambassade qui exige du souverain local qu’il chasse un parti de Mameluks rescapés du massacre perpétré en 1811 dans la citadelle du Caire et de la bataille du Wadi Kostammé livrée au sud d’Assouan en 1813. Le pacha d’Égypte espère également qu’il sera possible d’exploiter des mines d’or et d’émeraudes mais les expéditions du minéralogiste français Frédéric Cailliaud organisées en 1816-1817 et en 1817-1818 se révèlent sur ce point décevantes. Il apparaissait en revanche que le Soudan pouvait constituer un réservoir d’esclaves du plus haut intérêt, d’autant que Muhammad Ali espérait former ainsi, avec des troupes noires, une armée nouvelle, plus disciplinée que celle dont il disposait. C’est un officier français demeuré en Égypte, Anthelme Sève, qui fut chargé de cette mission et qui put renseigner le vice-roi sur l’état de décomposition du royaume funj, qui avait dominé deux siècles plus tôt presque tout le Soudan, de Dongola aux limites du pays dinka et du Kordofan au cours de l’Atbara. Au début du XIXe siècle, ce royaume n’était plus réduit qu’à la région de Sennar – correspondant à peu près à l’actuelle province du Nil bleu – ce qui laissait présager une conquête facile.


Octobre 1820 : Placée sous les ordres d’Ismaïl, l’un des fils du vice-roi, une armée égyptienne comptant près de six mille hommes et disposant de douze pièces d’artillerie quitte Wadi Halfa pour entamer la conquête du Soudan. Les petits royaumes rencontrés dans la vallée du Nil se soumettent ainsi que les derniers groupes mameluks partis se réfugier au sud de la deuxième cataracte.


4 novembre et 2 décembre 1820 : Les Égyptiens doivent livrer bataille aux Shayqiya à Korti et au mont Dager. Les indigènes sont écrasés et Cailliaud, qui accompagne l’expédition, rapporte que « la soldatesque effrénée se répandit comme un torrent et porta de tous côtés l’incendie, la désolation et le massacre », au point que Muhammad-Ali désavoua ses excès. Berber se rend en mars 1821 et Shendi en mai. Cailliaud visite alors Dongola et Méroé. Letorzec et Linant de Bellefonds atteignent le site la même année


11 juin 1821 : Reddition de Sennar où Ibrahim Pacha, le frère aîné d’Ismaïl rejoint l’expédition à la fin de l’année pour préparer l’avance vers le sud mais la maladie l’oblige à regagner rapidement Le Caire en laissant le commandement de son armée à Toussoum Bey qui s’avance jusqu’au pays dinka alors qu’Ismaïl pousse sans succès au sud-est, à la recherche de l’or, jusqu’en février 1822.


16 août 1822 : Une autre armée égyptienne, formée au lendemain de la victoire sur les Shayqiya et commandée par un gendre du vice-roi, bat le gouverneur du Kordofan et s’empare du pays mais ne continue pas en direction du Darfour car l’intervention en Grèce du pacha d’Égypte lui interdit de pousser plus avant. Dans le Soudan conquis par les Égyptiens, quatre gouverneurs sont installés à Dongola, à Berber, à Sennar et au Kordofan.


octobre 1822 : Parce qu’il exige des impôts beaucoup trop lourds, Ismaïl pousse à la révolte le prince de Shendi laissé en place après la conquête et il est assassiné. C’est le signal d’une révolte qui touche une partie de la Nubie, la région de Sennar et celle de la Gezira (région située entre Nil blanc et Nil bleu en amont de leur confluent).


septembre 1823 : Les rebelles sont écrasés à Makdur par le gouverneur du Kordofan et les régions insurgées connaissent une impitoyable répression.


septembre 1824 : Jarkas Bey prend le commandement des troupes égyptiennes et s’installe à l’emplacement de la future Khartoum, au confluent des deux Nil.


1825 : Alors que Jarkas Bey a poursuivi la répression, son successeur, Mahu Bey, met en œuvre une politique conciliatrice et fait baisser les impôts.


mars 1826 : Muhammad-Ali nomme Ali Khurchid Agha gouverneur de Sennar et l’administration née de la conquête prend, sur le modèle ottoman, son allure définitive. L’historien Hervé Bleuchot la caractérise ainsi : « D’énormes défauts : incompétence, corruption, féodalisme, instabilité. Son objectif était d’abord de prélever l’impôt (et le fonctionnaire se payait sur l’impôt). Et comme on se souvient des mobiles de Muhammad Ali, on comprend que l’administration de cette époque ait saigné les forces vives du pays. L’argent, certes, mais surtout les hommes libres se firent rares. La probité plus encore, quoiqu’elle ne fût pas inexistante. À l’avantage de ce système demeure le fait que c’est une administration indirecte, qui laisse subsister les structures sociales et les civilisations locales. De plus, l’administration ottomane permet facilement aux autochtones de participer aux responsabilités et de parvenir aux hautes fonctions : il suffit d’avoir la confiance des maîtres du moment, peu importe la race ou la nationalité. En ce qui concerne la religion, c’était une autre affaire. Si Muhammad Ali a nommé des chrétiens à de hauts postes, ceux-ci n’ont jamais exercé de commandement direct et le Français Sève dut se convertir pour exercer un commandement… »


1826-1838 : Ali Khurchid, qui se voit progressivement confier l’administration de l’ensemble du pays, gouverne le Soudan depuis Khartoum. Il ne trouve pas d’or et rencontre des difficultés quand il entreprend de razzier des esclaves chez les Nouba, les Dinka ou les Shillouk. Il implante par ailleurs la culture de l’indigo, de la canne à sucre et du coton qui viennent s’ajouter aux productions locales telles que l’ivoire, le bétail, les peaux, la gomme arabique, les plumes d’autruche… et les esclaves.


1836-1837 : Guerre contre les Éthiopiens qui battent les troupes égyptiennes au combat de Wad Qaltabu en avril 1837.


1838-1843 : Ahmed Abu Adhan est gouverneur du Soudan et reçoit, de novembre 1838 à mars 1839, la visite du vice-roi, la première depuis la conquête du pays. Il interdit la chasse aux esclaves mais cette mesure demeure inappliquée.


1840 : Fin des monopoles commerciaux dont jouissait l’administration égyptienne (en 1849 pour l’ivoire) Des trafiquants et des aventuriers étrangers viennent s’établir au Soudan en assez grand nombre.


1842-1845 : Expédition en Égypte et en Nubie du Prussien Karl Richard Lepsius.


1843-1845 : Gouvernement d’Ahmed Manikli. Khalid Khusraw lui succède ensuite jusqu’en 1850.


1846 : Le gouvernement de Constantinople rattache à l’Égypte Souakin et Massawa qui, sur la côte de la mer Rouge, dépendaient jusque-là du gouverneur turc de Djeddah (sur la côte du Hedjaz). Cette mesure n’est effective que pour trois ans mais prépare les décisions ultérieures.


1849 : Mort de Muhammad Ali. Abbas devient vice-roi d’Égypte jusqu’en 1854. De nombreux gouverneurs se succèdent alors à Khartoum où l’influence des Européens et de leurs consuls grandit régulièrement.


1850 : Les premiers navires à vapeur circulent sur le Nil. Des services de transbordement sont installés à hauteur des cataractes pour les marchandises et les passagers. Une société de poste est créée, qui sera nationalisée en 1865 sous le règne du khédive Ismaïl.


1854 : Le consul sarde Vaudey et ses neveux sont tués dans un combat avec les Bari, lors d’une expédition destinée à l’achat d’esclaves. Les trafiquants européens sont vite écartés ensuite de ce commerce, qui devient rapidement le monopole des Arabes.


1854-1863 : Saïd est vice-roi d’Égypte. Il nomme à Khartoum Ali Jarkas Pacha, qui demeure en poste jusqu’en 1856.


1854 : Le vice-roi renouvelle l’interdiction de l’esclavage. Le marché aux esclaves de Khartoum est fermé mais le décret suscite des résistances, la religion autorisant l’esclavage. Le trafic se poursuit en fait de manière plus ou moins clandestine, même après que l’interdiction a été étendue en 1857 à tout l’Empire ottoman, car la demande reste très forte, surtout quand l’Égypte connaît le boom cotonnier.


hiver 1856-1857 : Visite au Soudan de Saïd, qui constate l’extrême misère du pays et songe même à l’évacuer. Il se contente de réformes administratives, substitue l’arabe au turc et fait davantage appel aux indigènes pour leur confier des pouvoirs locaux, au détriment des coptes et des juifs, nombreux jusque-là dans l’administration égyptienne du Soudan.


1861-1862 : La persistance du trafic d’esclaves entraîne la révolte des Dinka et les gouverneurs des provinces de Sennar et du Nil blanc sont sanctionnés par le gouvernement du Caire pour ne pas les avoir protégés.


1862 : Construction à Khartoum d’une digue chargée de protéger l’agglomération des inondations et installation d’une chambre de commerce.


1863 : Le gouverneur général Mousa Pacha Hamdi occupe Fachoda pour en finir avec le trafiquant d’esclaves Muhammad al-Arqawi, tué l’année suivante.


1863-1879 : Règne en Égypte du khédive Ismaïl Pacha qui souhaite « développer » le Soudan en y introduisant les bienfaits de la « modernisation ».


1865-1871 : Jaffar Mahzar Pacha gouverneur général. Il organise le corps des Ulémas dont la présidence est confiée à un Soudanais alors que le gouverneur de la province de Khartoum est également un indigène. Des efforts sont accomplis en matière de budget et de santé publique.


1866 : Par un firman ottoman, Souakin et Massawa sont rattachées au Soudan afin qu’il puisse mieux lutter contre le trafic des esclaves.


1869 : Le khédive confie la province équatoriale du sud du Soudan à un Européen, l’explorateur Samuel White Baker, le découvreur du lac Albert.


1869 : Ouverture du canal de Suez.


1871 : Installation du télégraphe entre Khartoum et Le Caire.


1873 : Le gouvernement égyptien est contraint de nommer gouverneur du Bahr al-Ghazal le trafiquant d’esclaves Zubayr Rahma qui y exerce de fait le pouvoir.


février 1874 : Arrivée au Caire de Charles George Gordon, un colonel du génie britannique qui s’est illustré en Chine contre les Taï Pings et qui est appelé à succéder à Baker pour en finir avec l’esclavage. Il est à Khartoum en mars, rétablit le monopole d’État du commerce de l’ivoire, interdit la constitution de milices privées et l’importation d’armes ou de munitions et soumet à autorisation le droit d’aller commercer dans le sud du pays. Il inaugure ainsi la politique du closed district reprise par l’Angleterre après la première guerre mondiale pour protéger les populations du sud. Une série de postes est établie de la Sobat au lac Albert pour veiller à l’exécution de ces décisions ; le Bunyoro est annexé mais Gordon ne peut obtenir la soumission du roi du Buganda, ce qui fixe au lac Albert la limite méridionale du Soudan égyptien.


octobre 1874 : Zubayr bat et tue le sultan du Darfour à la bataille de Manawashi.


novembre 1875 : Échec complet, à Gundet, de l’attaque menée conte l’Éthiopie par les forces égyptiennes commandées par le Danois Arendrup Pacha. Une autre armée égyptienne connaît le même sort à Adoua.


1876-1879 : Gordon est fait gouverneur général du Soudan.


1877 : Le khédive Ismaïl signe avec les Anglais une convention contre l’esclavage. Celui-ci doit avoir complètement disparu en Égypte en 1884 et au Soudan en 1889.


1877-1889 : Édouard Schnitzer, un juif de Silésie alors prussienne, devenu Emin Pacha pour la circonstance, se retrouve gouverneur de l’Equatoria pour le compte du khédive. Il acquerra une grande notoriété en Europe quand, isolé par la révolte mahdiste, il sera secouru par le célèbre explorateur Henry Morton Stanley venu du Congo qu’il avait donné quelques années plus tôt au roi des Belges Léopold II.


1878 : Gordon engage une répression méthodique de la traite esclavagiste et fait arrêter près de sept cents trafiquants en deux mois, en même temps qu’il épure l’administration égyptienne du Soudan des éléments complices.


juin 1879 : Le gouverneur nommé au Bahr al-Ghazal, Romolo Gessi, brise la révolte du fils de Zubayr Rahma.


1879-1892 : Règne du khédive Tewfik.


1880 : Gordon quitte le service du khédive égyptien sans avoir pu rétablir la paix avec l’Éthiopie du Négus Jean. Muhammad Ra’uf Pacha lui succède à Khartoum de 1880 à 1882.


mars 1881 : Muhammad Ahmad Abdallah se proclame le Mahdi et prend les armes en mai. Sur une terre où l’influence des sectes soufies a été très importante, il entend restaurer l’islam authentique et chasser les « Turcs », c’est-à-dire les Égyptiens. En août 1881, les mahdistes détruisent une petite troupe envoyée par le gouverneur général, puis battent les forces du gouverneur de Fachoda, ce qui suscite un vaste mouvement d’adhésion de tous ceux qui avaient à se plaindre de l’administration égyptienne.


1882 : Les affaires relatives au Soudan sont regroupées au Caire au sein d’un seul ministère.


7 juin 1882 : Tout un corps égyptien de 4 000 hommes est détruit par les mahdistes au djebel Qadir. La rébellion prend alors toute son ampleur et marque le terme de la première période de domination égyptienne. Compromise par la corruption et une pression fiscale immodérée, cette domination a tout de même permis le rassemblement de l’essentiel des terres de l’actuel Soudan en réunissant le Sennar et le Kordofan, en donnant au pays une façade sur la mer Rouge et en lui rattachant les régions nilotiques du sud.


19 janvier 1883 : Les troupes mahdistes s’emparent d’El-Obeid, la capitale du Kordofan. Sept jours plus tard, le Mahdi désigne l’un de ses lieutenants, Abdallah, comme le futur « calife », son successeur.


5 novembre 1883 : L’armée égyptienne marchant sur El-Obeid sous le commandement de l’Anglais Hicks Pacha est surprise et massacrée près de Shaykhan. Le Kordofan apparaît complètement perdu pour les Égyptiens. Le Darfour s’est rallié à l’insurrection. La Gezira et le Sennar sont menacés et, dans l’est, Kassala est assiégée.


18 février 1884 : Retour de Gordon Pacha à Khartoum mais sa proposition d’octroyer au Mahdi le titre de sultan du Kordofan est rejetée avec hauteur par l’intéressé. La condamnation du mahdisme par les ulémas de Khartoum et par l’université Al-Azhar du Caire ne limite en rien son succès. Khartoum se retrouve isolée et les renforts qui sont dépêchés sont détruits sur le Nil.


26 janvier 1885 : Chute de Khartoum et meurtre de Gordon. Le mahdisme triomphe et impose une version rigoriste de la tradition musulmane, analogue au wahhabisme d’Arabie ou au senoussisme de Libye.


16 juin 1885 : Mort du Mahdi. Abd Allahi lui succède comme calife et réussit à imposer son autorité en battant les Kababish rebelles en 1887 et en reprenant le contrôle du Darfour en 1889.


avril 1887 : Des parlementaires mahdistes se présentent à Wadi Halfa pour remettre aux représentants du khédive d’Égypte, du sultan de Constantinople et de la reine d’Angleterre des sommations leur ordonnant de se convertir au mahdisme, faute de quoi la guerre sainte serait lancée contre eux.


janvier 1888 : Victorieuse des Éthiopiens à Debra Sin, l’armée mahdiste prend et dévaste Gondar en Éthiopie mais les mahdistes doivent abandonner en décembre le siège de Souakin.


1889 : Les victoires remportées en Éthiopie (dont le négus Jean, allié de l’Angleterre, a été tué au combat) marquent l’apogée du pouvoir mahdiste mais, dès l’été, le déclin commence en raison d’une famine consécutive à une invasion de sauterelles et du fait de la rébellion de certains proches du Mahdi et de l’échec subi par une force d’invasion dans le sud de l’Égypte. L’État mahdiste est alors constitué, appuyé sur une armée de près de cinquante mille hommes comptant cinq mille cavaliers et quatre-vingt pièces d’artillerie, toute entière tournée vers le jihad. Les ressources de l’État mahdiste sont fournies par la capitation, la dîme correspondant aux obligations du croyant, le butin et le produit de certains monopoles commerciaux tels que celui de la gomme arabique.


février 1891 : La province de la mer Rouge échappe complètement à la pression des Mahdistes qui doivent reculer jusqu’à Kassala.


juillet 1894 : Le général italien Baratieri s’empare de Kassala et les Mahdistes doivent se replier sur le cours de l’Atbara.


décembre 1894 : Les mahdistes sont battus par une colonne belge dans l’Equatoria.


mars 1896 : Les Anglais (Lord Salisbury) décident la conquête du Soudan, sur le conseil d’Evelyn Baring, leur représentant au Caire, le futur Lord Cromer. Le gouvernement de Londres prétend s’inquiéter de la défaite subie par les Italiens à Adoua devant les troupes du négus Ménélik, défaite qui pourrait préluder à une alliance entre le royaume éthiopien et l’État mahdiste – alliance bien improbable puisqu’ils étaient adversaires juste auparavant. En fait, les Anglais craignent surtout les ambitions françaises dans la vallée du Nil et entendent contrecarrer, au sud du Soudan, les éventuelles initiatives de la mission Marchand, chargée de joindre les côtes atlantiques de l’Afrique française à celles de la mer Rouge. Dès la fin de 1896, le corps expéditionnaire anglo-égyptien de Kitchener atteint Méroé et la quatrième cataracte mais le général anglais prend son temps, soucieux qu’il est de ne pas connaître les mêmes mécomptes que Hicks Pacha. Il donne la priorité aux approvisionnements et aux transports et attend la construction de la voie ferrée allant de Wadi Halfa à Abu Hamad prise le 7 août, un mois avant que Berber ne chute à son tour. En avril 1898, Kitchener contrôle le confluent du Nil et de l’Atbara.


2 septembre 1898 : Horatio Herbert Kitchener écrase les forces mahdistes à Omdurman, à côté de Khartoum (plus de dix mille morts et seize mille blessés du côté mahdiste, 48 tués et 386 blessés dans le camp anglo-égyptien). Maître d’Omdurman, Kitchener ordonne de faire sauter le tombeau du Mahdi et de disperser ses restes dans le fleuve.


8 septembre : Les troupes de Kitchener et l’expédition Marchand sont face à face à Fachoda. La crise se dénoue le 5 novembre quand Delcassé donne à Marchand l’ordre d’évacuer la position.


4 janvier 1899 : Lord Cromer (Baring) fait un discours à Khartoum pour affirmer que l’Angleterre ne remettra pas en cause la religion musulmane et la loi islamique. Les nouveaux maîtres du pays sont en revanche hostiles aux « sectes » et aux confréries, la reconquête du Soudan ayant été justifiée, pour les Égyptiens, par la nécessité de lutter contre « l’hérésie » mahdiste, dénoncée par les autorités religieuses sunnites de la mosquée Al-Azhar du Caire. Les Britanniques ne s’en étaient pas moins appuyés cependant sur la confrérie Khatmiya, hostile à la Mahdiya.


19 janvier 1899 : Le traité anglo-égyptien établit un condominium sur le Soudan dont Kitchener est nommé gouverneur général. Appelé en Afrique du Sud où commençait alors la guerre du Transvaal, il est remplacé en cours d’année par Reginald Wingate.


21 mars 1899 : Une déclaration franco-anglaise confirme la renonciation de la France à ses ambitions sur le Soudan. En avril 1904, la conclusion de l’Entente Cordiale mettra fin au contentieux opposant les deux pays à propos de l’Égypte.


24 novembre 1899 : Défaite d’Abdallah au combat d’Umm Debiqat. Sa mort marque la fin de l’État mahdiste.


L’époque qui s’ouvre en 1898-1899, au moment où disparaît l’Empire mahdiste, ne correspond pas au retour pur et simple de l’autorité égyptienne telle qu’elle s’était exercée après la conquête réalisée sous Muhammad Ali. C’est désormais l’Angleterre qui est la véritable maîtresse du pays. L’accord de janvier 1899 prévoit ainsi que le gouverneur général est un officier (qui sera toujours de fait un Anglais) choisi par le gouvernement de Londres et nommé officiellement par un décret du khédive d’Égypte. La totalité des pouvoirs revient en fait à l’administration anglaise. Des accords sont conclus avec l’Italie et l’Éthiopie pour fixer les frontières orientales du pays, avec la Belgique, maîtresse de « l’État indépendant du Congo », pour établir ses limites au sud-ouest. À l’ouest, le Darfour, moyennant le paiement d’un tribut, demeure sous l’autorité d’Ali Dinar et préservera son autonomie jusqu’en 1916.


Au sud, les nouveaux maîtres du pays doivent faire face à des révoltes des Azandé, des Dinka, des Nuer et des Nouba. Ils en viennent à bout en mettant en œuvre une répression féroce mais l’insécurité persiste dans ces régions bien au-delà de la première guerre mondiale. Jouant de l’opposition du nord et du sud du pays, les Anglais autorisent et encouragent les missions chrétiennes à s’installer au sud où l’enseignement en arabe et le prosélytisme musulman sont interdits et où un Equatorial Corps, composé uniquement de recrues issues des ethnies locales, est constitué en 1910 pour remplacer les troupes égyptiennes. C’est le début de la Southern Policy qui sera développée ultérieurement.


1898-1905 : Les autorités britanniques font établir par E.A. Wallis Budge, conservateur des antiquités égyptiennes au British Museum, un répertoire de l’ensemble des monuments égyptiens anciens du Soudan où les Anglais créent en 1902 le Service des Antiquités.


1902 : Ordonnance établissant l’administration civile britannique. Création du Gordon College, école secondaire chargée de former les fonctionnaires locaux.


1906 : L’Oriental Institute de Chicago envoie au Soudan une expédition archéologique dirigée par J.H. Breasted.


1908 : Révolte mahdiste dans la Gezira, suivie d’une autre dans le Sennar en 1911 (consécutive au passage de la comète de Halley). Il ne s’agit que de mouvements locaux (d’autres éclateront jusqu’en 1921) qui ne rencontrent que peu d’échos.


1909 : La ligne de chemin de fer dont la construction a été entamée en 1896 à Wadi Halfa atteint Khartoum et Sennar avant de connaître un prolongement vers l’oust jusqu’à El-Obeid en 1911. Une autre ligne reliera, par Kassala, Sennar à Port Soudan sur la côte de la mer Rouge en 1924.


1910 : Le gouverneur Wingate installe un conseil qui sera l’organe essentiel du gouvernement pendant plus de trente ans.


1913-1935 : Envoyé par l’université de Harvard et le musée de Boston, G.A. Reisner découvre et identifie la civilisation de Kerma, étudie les temples du djebel Barkal et reconstitue l’histoire des royaumes de Napata et de Méroé. A.J. Arkell prend la suite et étudie plus spécialement la préhistoire ; son successeur, PL. Shinnie, fait éditer Koush, première revue du Service des Antiquités soudanaises.


1914 : Les Anglais déposent le khédive d’Égypte Abbas II et font du pays un protectorat confié jusqu’en 1917 au sultan Hussein Kamel. Les Britanniques s’assurent au Soudan de la loyauté des confréries et le pays reste calme.


23 mai 1916 : Le major Kelly bat Ali Dinar qui s’est allié aux Senoussis de Libye et s’empare d’El-Fasher. Le Darfour devient province soudanaise.


1917 : Lee Stack succède au Soudan à Reginald Wingate, devenu haut-commissaire britannique au Caire.


23 avril 1919 : Déclaration des notables musulmans se désolidarisant des nationalistes égyptiens qui revendiquent le rattachement du Soudan à la future Égypte indépendante, mais des tracts anonymes témoignant d’une position inverse circulent à Khartoum.


1918 : Les jeunes diplômés du Soudan fondent le Graduate’s Club, attentif à l’évolution des événements en Égypte et en Inde.


1920 : Envoyé en mission au Caire, Lord Milner conseille le self-government pour l’Égypte et un « développement indépendant » pour le Soudan.


février 1922 : L’Angleterre concède une « indépendance » toute relative à l’Égypte, la question du Soudan étant reportée à des négociations ultérieures.


1922 : Formation d’une société secrète nationaliste, la Ligue de l’union soudanaise.


1922 : La loi « sur les zones fermées » (Close District Order) autorise les gouverneurs du sud du pays à interdire la libre circulation entre nord et sud et à se rapprocher de l’Ouganda et du Kenya voisins. Il s’agit, en mettant en œuvre cette Southern Policy, de préserver l’autonomie du sud et de faire barrage à la poussée musulmane dans cette direction. Cette politique sera méthodiquement appliquée dans les années trente par le secrétaire civil du Soudan et bras droit du gouverneur général, Sir Harold MacMichael, qui occupera ces fonctions de 1919 à 1934.


10 janvier 1924 : Un accord franco-anglais fixe les frontières du Soudan et du Tchad à hauteur de la ligne de partage des eaux entre le bassin du Nil et celui du Tchad.


juin 1924 : Des manifestations favorables à l’union avec l’Égypte ont lieu à Khartoum, quelques mois après la victoire électorale du parti Wafd, porte-parole du nationalisme égyptien.


19 novembre 1924 : Lee Stack, gouverneur général du Soudan, est assassiné au Caire. Le haut-commissaire britannique, le général Allenby, exige alors le retrait de toutes les troupes égyptiennes du Soudan et annonce que ce pays développera librement ses zones d’irrigation, ce qui pouvait porter atteinte aux intérêts égyptiens.


27 novembre 1924 : La rébellion d’un bataillon soudanais est écrasée à Khartoum.


janvier 1925 : Arrivée à Khartoum de Sir Geoffrey Archer, successeur de Lee Stack. Il est rappelé dès juillet 1926 en raison de sa méconnaissance du pays où les militaires mettent alors en œuvre une politique de « gouvernement indirect » dont les principaux aspects sont la déségyptianisation du nord, la désislamisation du sud et le recours aux élites locales traditionnelles.


1926-1934 : John Maffay occupe le poste de gouverneur général. Il élargit le fossé entre le Soudan et l’Égypte et limite le développement de l’enseignement moderne au profit des indigènes pour favoriser les écoles coraniques et les écoles chrétiennes dans le sud.


1926 : Lancement de la mise en valeur de la Gezira où sont développées l’irrigation et la culture du coton mais ces efforts sont compromis par les effets de la crise mondiale du début des années trente. L’investissement privé demeure cependant à peu près inexistant et les ressources limitées de l’administration coloniale font que le pays demeure largement sous-développé. C’est durant cette période en revanche que l’administration britannique parvient à mettre un terme (momentané) à la pratique de l’esclavage.


1935 : Le déclenchement de la guerre d’Éthiopie (qui aboutit à l’annexion du pays par l’Italie le 5 mai 1936) inquiète les autorités anglaises de Khartoum au moment où le nationalisme formulé par les jeunes générations éduquées met en cause la native administration (l’administration indigène) cherchant à s’appuyer sur les notables traditionnels.


1936 : Mort en Égypte du roi Fouad, qui avait accédé au sultanat en 1917. Le jeune roi Farouk lui succède et règnera jusqu’en 1952.


26 août 1936 : Le traité conclu entre l’Angleterre et l’Égypte précisant les conditions de l’indépendance de ce dernier pays maintient le condominium anglo-égyptien sur le Soudan établi en 1899. Les nationalistes soudanais, pro ou anti-égyptiens sont tous déçus et s’indignent que le Soudan n’ait pas été consulté.


1937 : Des ordonnances sur le gouvernement local reviennent sur la politique « indigéniste » antérieure et un plan de développement de l’enseignement secondaire montre que les Anglais ne s’opposent plus à la formation d’une élite indigène cultivée. Des écoles techniques sont créées à la fin des années trente


février 1937 : Création du Congrès des diplômés.


été 1940 : Le duc d’Aoste, vice-roi de l’Afrique orientale italienne, s’empare de Kassala et de diverses villes de l’est soudanais mais se garde de pousser plus avant pour s’attaquer à Khartoum. Dès 1941, les forces anglo-françaises font sauter le verrou de Keren et une armée anglaise venue du Kenya s’empare d’Addis Abeba. Les dernières forces italiennes d’Éthiopie cesseront le combat le 27 novembre, ce qui écartera tout danger pour le Soudan.


avril 1942 : Les représentants du Congrès des diplômés rédigent un memorandum présentant diverses revendications. Ils réclament le self-government et « le droit à l’autodétermination du Soudan après la guerre en même temps que la liberté d’expression et le droit des Soudanais à préciser par traité leurs droits naturels vis-à-vis de l’Égypte… »


septembre 1942 : Le secrétaire civil du gouvernement général, Douglas Newbold, présente le projet d’un Conseil consultatif pour le nord du Soudan, ce qui est approuvé en mars 1943. Une ordonnance sur le gouvernement local crée alors des conseils consultatifs provinciaux dont la moitié des membres devaient être élus. Le Conseil consultatif du Nord Soudan est officiellement institué en août 1943 et peut voter des recommandations.


1944 : Création du Parti unioniste, favorable à une union du Soudan et de l’Égypte et du Parti national favorable à l’indépendance totale du Soudan mais ce dernier sera absorbé par le parti Umma fondé en 1945 et issu du courant mahdiste.


1946 : Formation du Parti communiste soudanais, sous le nom de Mouvement soudanais de libération nationale. Apparition la même année au Soudan des Frères musulmans qui demeurent étroitement liés à l’organisation égyptienne fondée en 1927 par Hassan al-Banna. D’abord alliés au parti Umma au lendemain de l’indépendance, ils seront interdits et pourchassés sous le régime de Nimeiri, qui se rapprochera d’eux à partir de 1977 et s’appuiera même sur eux quand il entendra restaurer la charia avec les lois de septembre 1983. Ils auront, en la personne de Hassan al-Turabi, un leader charismatique.


1946-1951 : Mise en œuvre du programme de développement relayé par un second de 1951 à 1956. Ils permettent le progrès de l’irrigation et un début de mécanisation agricole mais négligent le développement industriel.


octobre 1946 : Les accords anglo-égyptiens (Bevin-Sidqi Pacha) reconnaissent le droit au Soudan de choisir son futur statut. Le traité mécontente tout le monde et ne sera ratifié ni à Londres ni au Caire où le nouveau premier ministre égyptien Nuqrachi Pacha menace de porter la question devant l’ONU.


juin 1947 : Lors d’une conférence réunie à Juba, le secrétaire civil James Robertson annonce la fin de la Southern Policy qui visait à isoler le sud du nord.


octobre 1947 : Le nouveau gouverneur général Robert Howe (1947-1955) fait savoir aux gouverneurs de provinces que la Grande-Bretagne va jouer l’autonomie du Soudan contre l’Égypte.


novembre 1948 : Les élections à l’Assemblée législative prévue par la loi du 19 juin précédent donnent une large majorité aux partisans de l’indépendance, les tenants de l’union avec l’Égypte ayant appelé à boycotter le scrutin.


mars 1950 : L’Égypte décide d’abroger unilatéralement les traités conclus en 1899 et 1936 avec la Grande-Bretagne et le roi Farouk proclame même, en octobre 1951, sa royauté sur les deux pays, ce qui suscite l’hostilité des Soudanais qui n’ont pas été consultés.


1950 : Création de la Sudan Worker’s Trade Union Federation, dominée par les communistes.


avril 1952 : Adoption d’un projet de constitution par l’Assemblée soudanaise. Échec en juin des négociations avec le cabinet égyptien qui voudrait voir reconnue la souveraineté au moins formelle de l’Égypte sur le Soudan.


12 octobre 1952 : Le général Naguib qui, avec l’appui des « officiers libres », a pris le pouvoir au Caire le 23 juillet s’entend avec les nationalistes soudanais. Une période transitoire d’autonomie est prévue, pendant laquelle une commission internationale comprenant le gouverneur général, un autre Anglais, deux Soudanais élus par le Parlement, un Égyptien et un étranger, préparerait des élections générales à l’issue desquelles le Soudan choisirait librement son destin.


12 février 1953 : L’Angleterre et l’Égypte s’accordent pour accepter la solution prévue par les négociateurs égyptiens et soudanais.


novembre-décembre 1953 : Les élections donnent la victoire au National Unionist Party et voient la défaite de l’Umma mais il s’agit surtout d’un vote contre les mahdistes suspectés de vouloir rétablir le califat et contre une monarchie qui demeurerait sous l’influence anglaise plutôt que d’un ralliement à la nouvelle Égypte de Naguib. La mise à l’écart de ce dernier dès l’année suivante par Nasser et l’orientation nationaliste laïque du nouveau régime vont de toute manière écarter les Soudanais de l’Égypte car Naguib, qui était en partie d’origine soudanaise était très populaire à Khartoum.


16 août 1955 : Le Parlement unanime exige l’indépendance immédiate et l’évacuation des troupes anglaises et décide le 29 un plébiscite sur la question de l’indépendance.


17 décembre 1955 : Le dernier gouverneur général britannique, Sir Knox Helm, quitte Khartoum.


19 décembre 1955 : Le Parlement vote l’indépendance du Soudan sans recourir à un plébiscite devenu inutile. Le 31 décembre, une constitution provisoire est adoptée.


1er janvier 1956 : Le Soudan devient officiellement indépendant.

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