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Au cœur de l’Autriche


1273-1278 : Rodolphe de Habsbourg, élu empereur en 1273, entreprend avec l’approbation de la Diète impériale la reconquête de la Carniole, de la Carinthie et de la Styrie. En 1278, ses troupes écrasent celles d’Ottokar II qui meurt au combat.


Le destin des terres slovènes est désormais attaché à celui de la dynastie des Habsbourg. Elles constituent une part des possessions héréditaires de la lignée à partir du XIVe siècle. Les pays peuplés de Slovènes ne sont ainsi plus morcelés ou dispersés, mais en contrepartie l’affirmation du pouvoir central à Vienne entraîne l’affaiblissement de l’autonomie des provinces slovènes. Dans le même temps, la germanisation des terres est entreprise : l’allemand s’affirme comme langue des élites, tandis que le slovène est progressivement relégué au rang de dialecte parlé par la paysannerie.


 


1342 : Composition par le cistercien Janez Vertrinski du Liber certarum historiarum, dans lequel il rapporte les événements survenus en Carinthie entre 1217 et 1339 et décrit le cérémonial traditionnel du couronnement des ducs de Carantanie.


 


Sous Rodolphe IV (1355-1365) la Carinthie, la Styrie et la Carniole deviennent États patrimoniaux et fiefs indivisibles tenus par la dynastie des Habsbourg.


 


25 septembre 1379 : partage de Neuberg. Les terres patrimoniales des Habsbourg sont partagées entre les deux branches de la dynastie. Léopold III de Habsbourg (premier membre de la branche cadette, dite léopoldine, des Habsbourg) reçoit la Styrie, la Carniole et la Carinthie. Le morcellement de l’autorité habsbourgeoise permet la montée en puissance d’une lignée de leurs grands vassaux de Carniole, les comtes de Celje.


 


1380 : Composition du « manuscrit de Celovec » (Klagenfurt), fragment de texte de piété comprenant un Pater et un Credo en slovène, composés par oral vraisemblablement au IXe siècle.


 


 


XIVe siècle : installation de colons allemands à Gotschee (Kocevje) ; la communauté allemande s’y maintient jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale.


 


Fin du XIVe-XVIe siècles : Les Turcs multiplient les raids et les pillages sur les terres peuplées de Slovènes, au contact de leurs conquêtes : les chroniques rapportent l’importance de leurs méfaits sur la région de Metlika en 1408 ; environ trente incursions en Carinthie sont dénombrées entre 1468 et 1483, tandis que la Carniole en subit autant entre 1473 et 1508. Quant à la Styrie, elle est ravagée aux alentours de 1480. Les dévastations sont notamment rapportées par Jakob Unrest, curé de Saint-Martin, sur les bords du lac de Vrba, qui écrit, en allemand, deux ouvrages qui portent des titres latins, la Chronicon carinthiacum et la Chronicum austriacum.


 


18 mars 1414 : Frédéric III est le dernier souverain à recevoir le titre de voïvode (duc) de Carantanie et à être couronné selon l’antique rituel en slovène, une langue que les élites ne parlent et ne comprennent plus mais dont le maintien lors de cette cérémonie est le reflet du respect porté au particularisme slovène. Ce rituel a été décrit par plusieurs contemporains et également au XVIe siècle par Jean Bodin dans les Six Livres de la République : l’intronisateur est le plus âgé des paysans riches d’un village des environs de Klagenfurt qui dialogue avec le futur duc, habillé en paysan. L’intronisation symbolique a lieu après que le duc s’est engagé à respecter le bien et la justice du duché de Carantanie.


 


1436-1442 : L’autorité des Habsbourg dans les duchés de Styrie, Carinthie et Carniole est combattue par les puissants comtes de Celje, qui deviennent princes du Saint Empire en 1432 après une union avec les Luxembourg. Ils se soustraient à la vassalité des Habsbourg en 1436 mais se réconcilient avec eux en 1442 en signant une convention d’héritage. Propriétaires de vastes domaines allant jusqu’à la Croatie, forts d’une clientèle et d’une parentèle dont les ramifications s’étendent en Bosnie et en Serbie, les Celje se heurtent aux seigneurs de Hongrie et à la puissante dynastie croate des Frankopan.


 


1456 : Jean Hunyade, homme de guerre hongrois, régent de Hongrie durant la minorité de Ladislas V, puis capitaine général de l’armée, champion de la lutte contre les Turcs, prend la tête d’une expédition de la noblesse hongroise contre Ulrich II, comte de Celje qui trouve la mort dans ces combats. La lignée est éteinte et les terres des Celje reviennent par héritage aux Habsbourg.


 


1461 : Fondation de l’évêché de Ljubljana.


 


1478 : Grande révolte des paysans de Carinthie du fait des trop lourdes redevances prélevées par les propriétaires terriens et d’un changement monétaire effectué à leur détriment : la parité entre le pfennig autrichien et la monnaie traditionnelle, émise par le patriarcat d’Aquilée, est supprimée.


 


1479 : En l’absence de défense contre les Turcs organisée depuis Vienne, Mathias Corvin – fils de Jean Hunyade, élu roi de Hongrie en 1458 après la mort de Ladislas V–apparaît comme le seul recours devant le péril : fort de ses succès, il s’empare de la Styrie, de la Carinthie et de la Carniole. Après sa mort en 1490, ces conquêtes reviennent aux Habsbourg.


 


1515 : Réunion des délégués de la paysannerie, organisés en une Union paysanne, à Konjice, pour demander la diminution de leurs charges aux représentants de l’empereur. Après l’échec de l’entrevue, l’Union est interdite par Vienne. S’ensuivent d’importants et violents soulèvements dans toutes les régions slovènes, réprimés sévèrement, notamment à Celje où 2 000 paysans sont tués par les troupes de l’empereur.


 


Décennie 1520-30 : Les idées de Luther se répandent très rapidement sur les terres slovènes, et des communautés réformées, pour une bonne part constituées de petits nobles et de membres des bourgeoisies urbaines, s’implantent à Graz et à Ljubljana.


 


1550 : Primoz Trubar (1508-1586) prêtre, dont les sermons en slovène à la cathédrale de Ljubljana lui valent une grande renommée, converti au protestantisme, publie un catéchisme et une grammaire élémentaire du slovène, célèbre en son temps, redécouverte à la fin du XVIIIe siècle, devenue ouvrage de référence au XIXe siècle lors de l’éveil de la langue littéraire slovène. Grand réformateur, pleinement conscient des besoins du peuple, il multiplie les publications à son intention : les premières sont un abécédaire et un catéchisme. En 1564, il publie le Slovenska cerkovna ordninga, premier règlement ecclésiastique protestant en slovène.


 


Deuxième moitié du XVIe siècle : transcription écrite par Trubar ou par des membres de son entourage de « kyrieleison », chants de louange en slovène mêlant récits bibliques, éléments du culte populaire et histoire locale (l’un d’eux évoque le couronnement du duc de Carantanie). Les plus anciens remontent à la fin du VIIIe siècle.


 


1566 : Publication par Sebastijan Krelj, influencé par Trubar, d’une Bible enfantine en slovène.


 


1584 : Parution de la Bible traduite en slovène par Jurij Dalmatin (1547-1589), publiée en 1 500 exemplaires. Elle a été employée plus de deux siècles durant, y compris par le clergé catholique au temps de la Contre-Réforme. La même année, un autre auteur protestant, Adam Bohoric (1520-1600), publie la première grammaire de la langue slovène : elle est rééditée jusqu’en 1758.


 


1701 : Fondation à Ljubljana de l’Academia Philarmonicum, association d’amateurs de musique fondée à l’initiative de l’aristocratie locale.


 


1713 : Promulgation de la Pragmatique Sanction, règle de succession édictée par Charles VI pour ce qui concerne les possessions héréditaires des Habsbourg, désormais transmissibles aux femmes. En vertu de ces nouvelles dispositions, Marie-Thérèse est désignée comme héritière par son père en 1717. La diète de Ljubljana ratifie cette décision en 1720.


 


Vers 1750 : Recensement ordonné par Marie-Thérèse : les Slovènes de Carinthie, Carniole et Styrie sont évalués à un peu moins d’un million de sujets.


 


1740-1780 : Règne de Marie-Thérèse : Développement du réseau routier entre Vienne et Trieste via Maribor Celje et Ljubljana. Parallèlement, l’enseignement élémentaire en slovène est encouragé.


 


1768 : Parution de la Kraynska Grammatika (grammaire carnolienne) écrite par M. Pohlin (1735-1801), moine augustin.


 


Fin du XVIIIe siècle : L’influence de la physiocratie se fait sentir sur les terres slovènes. Des fermes modèles se développent, de même que des sociétés d’agriculture, tandis que l’institut agronomique de Ljubljana est fondé en 1771.


 


1780-1790 : Règne de Joseph II : Recul de l’enseignement en slovène car l’empereur tente d’imposer l’allemand à tous ses sujets.


 


1772-1787 :K J Herberstein, évêque de Ljubljana, proche du jansénisme, encourage l’élaboration d’une nouvelle traduction de la Bible en slovène. Elle est réalisée par J. Jalpelj et publiée en 1804. Dans le même cercle jansénisant, d’autres auteurs publient des livres pieux en langue slovène, notamment des ouvrages d’Antoine Arnauld.


 


1781 : L’Academia Operosorum, une société savante « éclairée » est fondée à Ljubljana.


 


Vers 1785 : publication de l’Histoire des Slovènes d’Anton Linhart (1756-1795), écrite en allemand. Il traite du duché de Carantanie et des temps carolingiens.


 


1797 : Valentin Vodnik (1758-1819), prêtre, plus tard professeur au lycée de Ljubljana, poète et littérateur, fonde le premier journal slovène, Lublanske novice (Les Nouvelles de Ljubljana). Elles paraissent jusqu’en 1800. Vodnik est par ailleurs l’auteur du premier livre de cuisine publié en slovène (1799) et d’un manuel d’obstétrique paru en 1818.


 


3 avril 1797 : Après leurs victoires en Italie, les troupes françaises franchissent l’Isonzo et entrent dans Ljubljana où Bernadotte fait afficher des proclamations en slovène affirmant le respect des traditions de la Carniole. Les Français quittent les terres slovènes quinze jours plus tard, après la signature de l’armistice de Leoben.


 


Début du XIXe siècle : Avec l’appui du baron Zois, un groupe d’écrivains slovènes s’emploie à répondre à l’appel de Herder en faisant naître une langue littéraire slovène. Membre de leur cercle, Jernej Kopitar (1780-1844) publie (en allemand) en 1808 la première grammaire « scientifique » de la langue slovène Grammatik des slavischen Sprache in Krain, Kärnten und Steyermark (Grammaire de la langue slave en Carniole, Carinthie et Styrie).


 


20 mai 1809 : La guerre entre la France et l’Autriche ayant repris, les troupes de Mac Donald occupent Ljubljana.


 


Octobre 1809 : Traité de Vienne. Napoléon arrache la Carniole, la Carinthie occidentale, Göritz, Raguse, la Dalmatie, une partie de la Croatie et l’Istrie pour les regrouper au sein des « Provinces illyriennes », placées sous la domination française. Elles ont pour capitale Ljubljana où est par ailleurs créé un lycée. L’enseignement de la langue slovène est de nouveau à l’honneur. En dépit des charges liées à la conscription, – 1 8 000 Slovènes servent dans les armées napoléoniennes lors de la campagne de Russie, l’occupation française inspire à Valentin Vodnik un poème intitulé « la Résurrection de l’Illyrie », qu’il dédie à Napoléon. L’occupation française est également marquée par l’introduction du code Napoléon, et par la généralisation du slovène pour l’enseignement primaire.


 


1810 : Fondation à Graz d’une assemblée savante, la « Société slovène ». La même année est instituée une chaire d’études slaves au lycée de cette ville. Deux ans plus tard, une chaire de slovène est créée dans l’établissement. Le lycée de Ljubljana en est doté en 1817, celui de Klagenfurt en 1822.


 


1815-1849 : Le traité de Vienne restitue aux Habsbourg leurs possessions héréditaires. L’Istrie, la Carinthie et la Carniole forment à partir du 3 août 1816 un nouveau « royaume d’Illyrie », simple appellation administrative qui ne s’accompagne d’aucune mise en place d’une autonomie au sein de l’empire d’Autriche.


 


1817 : Les conséquences des guerres et plusieurs années de mauvaise récolte entraînent une grande famine en Carniole.


 


1840-1848 : Nombre d’écrivains slovènes, conservateurs (Kopitar) ou libéraux (Preseren) en politique, s’emploient à développer la création littéraire en langue slovène.


 


1843 : Fondation à Ljubljana du journal Kmetijske in rokodelske novice (Les Nouvelles) par J. Bleiweis (1808-1881). Cette feuille traite autant de problèmes agricoles et économiques que politiques. Elle comporte également des publications littéraires. Elle permet la diffusion de la langue littéraire slovène au sein des populations rurales. Plus que la langue, ce journal colporte également dans les campagnes l’idée nationale slovène, encore en gestation.


 


1844 : France Preseren (1800-1849), tenu pour le plus grand poète slovène du XIXe siècle publie un poème dont le texte a été repris comme hymne de la Slovénie en 1989.


 


Au cours de la révolution de 1848, les Slovènes, handicapés par l’absence de droit « historique », ne s’associent guère au concert des nationalités en voie de reconnaissance. Les villes sont calmes et, de fait, les seules revendications sont formulées à Vienne, au sein d’une société d’étudiants, appelée Slovenija. Elle publie un manifeste le 1er avril dans lequel sont demandés l’union de toutes les terres peuplées de Slovènes, la reconnaissance d’une nationalité, l’établissement d’une frontière linguistique, l’égalité des droits de la langue slovène dans l’enseignement face à l’allemand, et l’élévation de Ljubljana comme capitale régionale. Ces revendications, reprises à Graz, Klagenfurt et Ljulbljana, ne sont pas entendues. En réaction, les députés slovènes refusent de siéger à la Diète impériale. Au cours des controverses qui l’opposent aux députés allemands, l’avocat Josip Kranje déclare que « nul n’a le droit de demander aux Slovènes que par crainte de la mort ils doivent recourir au suicide ». Jusqu’à la Première Guerre mondiale, les revendications slovènes portent sur la reconnaissance de leur langue et sur la mise en place d’une « Slovénie unifiée », perçue comme le seul recours face au danger de l’assimilation.


 


1849-1860 : Le royaume d’Illyrie disparaît. La Carinthie et la Carniole sont réorganisées sur le modèle des autres provinces de l’Empire, et soumises à l’autorité centralisatrice de Vienne durant la phase du « néo-absolutisme » dominée par la personnalité du ministre de l’Intérieur Bach (1849-1859).


 


1849 : Création d’une chaire d’études slaves à l’université de Vienne, cinq ans après la mort de J. Kopitar qui s’était fait le chantre de cette revendication.


 


1853 : Fondation de la société de Saint-Hermangor, par A. Slomsek (1800-1862) prêtre et futur évêque de Maribor (on lui doit le transfert dans cette ville du siège épiscopal de Lavant, ce qui permet de réaliser l’unité des Slovènes du Nord autour de ce nouvel évêché), qui se fixe pour but le développement de la littérature slovène par la publication de livres. Cette maison d’édition « historique » poursuit sa mission de nos jours.


 


1857 : Inauguration de la Südbahn, la ligne de chemin de fer qui relie Vienne à Trieste par Ljubljana.


 


1860-1914 : Le rétablissement des diètes locales après le diplôme d’octobre 1860 ne confère que peu d’autonomie aux terres peuplées de Slovènes. Elles sont dotées d’une diète aux pouvoirs locaux et limités. Même en Carniole, où ils sont ethniquement majoritaires, les Slovènes se trouvent en minorité face aux députés allemands et ne peuvent obtenir que les procès-verbaux de la Diète soient établis dans les deux langues.


 


1860-1870 : Sur le plan économique, cette décennie est marquée par le développement industriel en Carinthie où sont créées une puissante compagnie minière et la compagnie des chemins de fer de Maribor.


 


1867 : Le compromis qui crée la double monarchie est mal accueilli par les Slovènes, qui n’en tirent aucun avantage : les trois provinces, Carniole, Carinthie et Styrie ne sont pas réunies en une seule entité même si elles se trouvent toutes en Cisleithanie (la partie « autrichienne » du nouvel empire « austro-hongrois », située à l'Ouest de la Leitha). Le Prekmurje n’a pas été détaché de la Hongrie qui y mène une politique d’assimilation. Au lendemain de la partition se constituent deux partis, un parti « vieux slovène » qui adopte pour devise « tout pour la foi, la patrie et l’empereur » et un parti national « jeune slovène » qui se fait l’écho de la revendication de la « Slovénie unifiée » et a pour mot d’ordre « tout pour la nation, la culture et le progrès ».


 


1873 : Les élections amènent une majorité de députés slovènes au Landtag de Carinthie. Au Reichsrat de Vienne, les Slovènes écartelés en six provinces (ils représentent 93 % des habitants de Carniole, 62 % de ceux du comté de Göritz, mais seulement un tiers de ceux de Trieste et de ceux de la Styrie, 21 % des habitants de la Carinthie et seulement 14 % de la population de l’Istrie) sont sous représentés. « Vieux Slovènes » et « Jeunes Slovènes » décident de s’unir.


 


Octobre 1878 : À l’issue de la troisième crise d’Orient, qui débute en juillet 1875 par la révolte de la Bosnie face à la Porte, de la guerre russo-turque (avril-décembre 1877) et du congrès de Berlin qui suit la signature du traité de San Stefano, l’Autriche-Hongrie obtient du concert des puissances le pouvoir d’occuper militairement la Bosnie-Herzégovine qui demeure sous suzeraineté ottomane. Les Slovènes, désireux de voir la double monarchie s’affirmer comme puissance slave et non comme satellite de l’Allemagne unifiée, pensent que cette avancée dans les Balkans est propice à la formation d’une entité « sud slave » au sein de l’empire des Habsbourg. C’est dans cet esprit qu’à la diète de Ljubljana les députés saluent l’« occupation de la Bosnie-Herzégovine dans le ferme espoir qu’ainsi le premier pas est franchi vers l’union de tous les Slaves du Sud de notre monarchie dans un organisme d’État sous le sceptre des Habsbourg ». Vienne n’entre pas dans ces vues et administre directement la Bosnie-Herzégovine par l’intermédiaire d’un gouverneur.


 


1892-1896 : La vie politique slovène se développe. Au parti national catholique fondé en 1892 (qui prend rapidement le nom de parti slovène du peuple), marqué par Rerum novarum, (encyclique de Léon XIII qui jette les bases de la doctrine sociale de l’Église à l’époque contemporaine) et de recrutement rural, la plus puissante formation politique des Slovènes, mené par l’abbé Korosec (1872-1940), s’ajoute deux ans plus tard le parti national progressiste, plus libéral, plus urbain et plus bourgeois. La création d’une université à Ljubljana fait partie de leurs revendications communes. En 1896 naît à Ljubljana un parti social-démocrate, mais son audience est beaucoup plus limitée que celle des deux autres formations. Catholiques et libéraux se rapprochent par ailleurs des politiques croates pour faire poids dans les revendications « trialistes » : la création d’un troisième pôle, slave, au sein de la monarchie habsbourgeoise, dans la fidélité au trône, même si certains libéraux se laissent séduire par les sirènes du panslavisme et se tournent vers la Russie, mal connue dans les terres slovènes. Le néo-illyrisme qui devient « yougoslavisme » est toutefois refroidi par les résolutions de la coalition croato-serbe qui prévoit des remaniements territoriaux sur la côte (rattachement de la Dalmatie à la Croatie) et ne tient aucun compte des intérêts slovènes. La fidélité à la maison de Habsbourg s’en trouve renforcée et les espoirs slovènes se tournent vers François-Ferdinand, réputé favorable au trialisme.


 


1914 : Lors de la déclaration de guerre, les Slovènes font montre de la plus grande loyauté vis-à-vis du trône impérial. Le journal du parti national catholique publie même une chanson intitulée « Pendez les Serbes aux saules ».


 


1915 : Le traité de Londres promet des terres slovènes aux Italiens, ce qui a pour effet de renforcer la loyauté des soldats slovènes au sein de l’armée autrichienne : ils sont pour la plupart versés sur le front de l’Isonzo et défendent âprement leurs terres.


 


Printemps 1916 : Les députés allemands d’Autriche exigent des liens plus étroits avec l’Allemagne. Sous leur pression, des mesures de germanisation frappent les provinces slovènes qui redoublent leur revendication de voir se créer une entité sud-slave dans la double monarchie.


 


30 mai 1917 : Une trentaine de députés slovènes du Reichsrat, associés à des parlementaires croates, formulent une revendication « trialiste ». Après avoir porté Korosec à leur tête, cette coalition réclame dans une déclaration « sur la base du principe national, l’unification de toutes les terres de la monarchie habitées par les Slovènes, les Croates et les Serbes en un corps politique unique et autonome sous le sceptre de la dynastie des Habsbourg-Lorraine ».


 


20 juillet 1917 : Les Slovènes, mentionnés dans la déclaration de Corfou rédigée par le gouvernement serbe en exil et le Comité croate de Londres, n’ont pas joué de rôle dans son élaboration. Elle prévoit leur incorporation dans un État « yougoslave » placée sous le sceptre des Karageorgévitch. Cette perspective est dénoncée par Korosec qui craint la naissance d’une nouvelle « Grande Serbie », mais ce projet reçoit le soutien de l’Entente, alors que les Slovènes n’ont aucun relais international en dehors de l’Empire : la déclaration de Corfou est largement diffusée par les organes de presse français et anglais tandis que celle de mai est ignorée.


 


Été–Automne 1918 : Pour échapper à la débâcle de la monarchie habsbourgeoise et éviter de n’être qu’un canot à la remorque de l’entité yougoslave planifiée par le gouvernement serbe en exil, les Slovènes tentent de former leurs propres instances gouvernementales. Le 16 août est créé à Ljubljana un conseil national présidé par l’abbé Korosec ; celui-ci  prend ensuite la tête du Conseil national qui se forme à Zagreb avec les représentants des Serbes et des Croates et repousse l’offre de fédéralisme nouveau tardivement proposée par Charles Ier. Korosec ne parvient pas à faire reconnaître le Conseil national sur la scène internationale.

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