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Sous la pression ottomane

1457-1504 : Règne en Moldavie du prince Étienne IV le Grand. Contre Pierre Aron qui avait fait tuer son père, Étienne a pu compter sur l’aide de Vlad, le prince de Valachie, mais il le remplace par son frère Radu III le Beau, favorable au compromis avec les Turcs. Étienne bat à Baïa le roi de Hongrie Mathias et fait exécuter Pierre Aron, puis il combat les Tartares. En 1470, il chasse Radu le Beau du trône de Valachie et le remplace par Laïote Bassaraba qui le trahira bientôt pour s’allier aux Ottomans.


14 janvier 1475 : Malgré l’infériorité de ses forces, Étienne bat les Turcs à Rakova près de la rivière de Berlad. La victoire est totale et vaut un immense prestige au prince de Moldavie.


1476 : Vaincu par une nouvelle armée turque, Étienne doit se replier en Pologne mais prend bientôt une éclatante revanche, dépose Laïote Bassaraba qui l’avait trahi et restaure Vlad l’Empaleur sur le trône valaque dont il l’avait écarté. Vlad mourra l’année suivante, en 1477, et la Valachie doit alors reconnaître la suzeraineté ottomane.


1484 : Les Turcs du sultan Bayezid II parviennent à s’emparer de Kilia, une forteresse du bas Danube qui est en même temps un important port moldave, et d’Akkerman (Cetatea Alba). Pour pouvoir faire face aux Turcs, Étienne est contraint de prêter hommage au roi de Pologne, mais celui-ci limite l’envoi des secours espérés. Le successeur du roi Casimir, Jean-Albert, souhaite même s’entendre avec Vladislav de Hongrie pour se débarrasser d’Étienne mais celui-ci surprend les Polonais, leur inflige une défaite totale en 1497 et les poursuit jusqu’à Lvov (Lemberg).


1499 : Le traité conclu entre la Pologne et la principauté moldave fait disparaître toute trace de vassalité de la seconde par rapport à la première.


1504 : Étienne, déçu par l’attitude des souverains occidentaux qui ne l’ont pas soutenu dans sa lutte contre le sultan, conseille à son fils Bogdan de se soumettre aux Turcs, ce que l’intéressé fera en 1513 en envoyant à Constantinople un ambassadeur qui reconnaîtra la suzeraineté du sultan sur la Moldavie, un siècle après la soumission de la Valachie. Après la Grèce, la Serbie, la Bulgarie, l’Albanie, et avant la Hongrie, les principautés roumaines étaient tombées pour plusieurs siècles sous la domination ottomane. Valaques et Moldaves ne doivent cependant payer, au début, qu’un tribut modéré et ils échappent à l’occupation ottomane et à la construction de mosquées ; cette situation ne dure guère dans la mesure où le règne de Soliman le Magnifique (1520-1556), qui voit l’apogée de la puissance ottomane, correspond à une nouvelle poussée au nord des Balkans. La prise de Belgrade en 1521, la victoire de Mohacs qui entraîne la fin de l’indépendance hongroise (1526) et, enfin, l’échec turc devant les murs de Vienne (1529) entraînent fatalement la confirmation de la poussée turque au nord-est du Danube.


1514 : Le Jus tripartitum magyar imposé en Transylvanie organise la domination totale de la noblesse magyare sur la paysannerie roumaine qui s’était révoltée en 1324, 1437, 1480 et 1514.


1521 : Mahmoud-Beg dirige une expédition vers la Transylvanie et s’empare de Nagut-Bassaraba, fils du dernier voïvode de Valachie, qu’il envoie à Constantinople avec toute sa famille. Quand les boyards valaques élisent un nouveau prince nommé Radu et envoient des délégués au Sultan pour demander la confirmation de son élection, les délégués sont étranglés et les membres de leur suite renvoyés avec le nez et les oreilles coupés. Mahmoud-Beg bat ensuite Radu et se proclame beg du sandjak de Valachie. Les boyards ne s’avouent pas vaincus et appellent au secours le Transylvain Jean Zapolya qui n’était pas encore soumis aux Turcs (il s’entendra avec eux après la chute de la Hongrie). Mahmoud fait alors mine de garantir les privilèges valaques mais, quand le nouvel élu des boyards se présente devant lui, il le fait tuer. La guerre reprend et Jean Zapolya livre cinq batailles aux Turcs mais, conscient de la faiblesse des forces face aux moyens que pouvaient déployer les Ottomans, il conseille aux Valaques de faire leur soumission et un nouveau prince, appelé lui aussi Radu, accepte finalement de se soumettre en 1524.


1517-1527 : Règne d’Étienne le Jeune en Moldavie. Le demi-frère de Bogdan, Pierre Rarès, fils naturel d’Étienne le Grand, lui succède (1527-1546). Il tente sans succès de s’appuyer successivement sur les Turcs et les Autrichiens mais échoue finalement dans ses tentatives d’expansion territoriale qui permettent aux Ottomans d’imposer plus complètement leur autorité en Moldavie. À la mort de Pierre Rarès, son fils Élie lui succède mais sa conversion à l’islam et son départ pour Constantinople laissent le trône à son frère Étienne, massacré lors d’une révolte des boyards. C’est le fils d’un bâtard d’Étienne le Grand, Alexandre Lapusnenau, un protégé des Polonais, qui lui succède et cherche à se concilier à la fois les bonnes grâces du Sultan et celles du souverain polonais.


1541 : Formation de la principauté autonome de Transylvanie.


1559 : Kiajna, veuve du prince de Valachie Pierre le Berger, intrigue auprès des Turcs pour faire reconnaître à ses fils Pierre le Boiteux et Alexandre, puis à son petit-fils Mircea II, l’autorité sur les deux principautés roumaines mais elle doit compter avec un autre prétendant, Pierre Cercel, protégé du roi de France Henri III qui avait été un éphémère roi de Pologne. Cercel est finalement étranglé en 1590 sur l’ordre du sultan. qui remplace l’année suivante Mircea II par un certain Étienne Bogdan, remplacé lui-même par Alexandre Bogdan en 1592.


1562 : Un aventurier d’origine grecque, Jacques Héraclide Basilicos – qui avait combattu jadis dans les armées de Charles Quint avant de se convertir au protestantisme – bat Lapusneanu à Verbia et s’empare du trône, avec l’appui de l’empereur Ferdinand. Il accepte d’augmenter le tribut versé aux Turcs. Il est renversé par une insurrection populaire en 1564. Lapusneanu reprend le pouvoir, massacre les boyards qui l’avaient abandonné et se rapproche du sultan. Il transfère sa capitale de Suciava à Jassy. Il est empoisonné en 1568. Son fils Bogdan est renversé quatre ans plus tard.


1565 : Par la paix de Szatmar (Satu Mare), confirmée par celle de Spîre en 1570, la Transylvanie reconnaît la suzeraineté de l’empereur Habsbourg. Elle se trouve désormais soumise à un régime de double vassalité la faisant dépendre à la fois de Vienne et Constantinople, mais le tribut payé au Sultan est nettement moins élevé que ceux dûs par la Moldavie et la Valachie. À cette époque, seuls trois « nations » sont reconnues en Transylvanie – Magyars, Saxons et Szeklers, une communauté hungarophone mais ethniquement différente des Magyars – et, en matière religieuse, seuls le catholicisme, le calvinisme, le luthéranisme et l’Église unitarienne de l’évêque de Kolosvar (Cluj) Francis David, établie à partir de 1564. Les Roumains et les chrétiens orthodoxes ne bénéficient alors d’aucun droit.


1572 : Descendant d’Étienne le Grand, Jean le terrible devient prince de Moldavie ; il tente de s’opposer à l’avènement d’Henri de Valois au trône de Pologne et se dresse finalement contre les Turcs quand ils prétendent augmenter le tribut payé par la principauté. Il bat Pierre le Boiteux, fils de Kiajna, à qui les Turcs entendaient remettre la Moldavie, puis pénètre en Valachie s’empare de Tirgoviste et y installe comme prince Vintila, l’un de ses fidèles. Il prend ensuite Braila où s’était réfugié Pierre, écrase une armée ottomane à Bender, prend Cetatea Alba (Akkerman) dont la garnison turque est massacrée. Il est trahi par un boyard, Jérémie Golia, qui laisse l’armée de Sélim II franchir le Danube pendant qu’il affronte lui-même les Tatars dans le nord du pays. Il est de nouveau trahi par les boyards lors de la bataille de Kagoul (1574). Vaincu, le prince est écartelé et la principauté, dévastée par les Turcs, apparaît ruinée pour longtemps d’autant que la famine et la peste achèvent de dépeupler le pays. Pierre le Boiteux et Jean le Saxon se succèdent alors sur le trône mais sont soumis par le sultan à des exigences fiscales de plus en plus lourdes. Devenu prince en 1591, Emmanuel Aron pressure les populations pour pouvoir acheter son pouvoir auprès de la Sublime Porte.


1593 : Avènement en Valachie de Michel le Brave, qui se rapproche rapidement de l’empereur pour se débarrasser de la domination ottomane.


Novembre 1594 : Après les avoir réunis, Michel fait massacrer tous les créanciers qui ruinaient méthodiquement le pays valaque. C’est une véritable déclaration de guerre adressée au sultan et le prince s’empare de la citadelle de Giurgievo (Giurgiu) dont il massacre la garnison. Il bat ensuite à trois reprises Hassan Pacha, gouverneur de Roumélie et, en mars 1595, faisant franchir à son armée le Danube gelé, il inflige une nouvelle défaite aux Turcs dont le chef est tué peu après. Les succès remportés en Hongrie par les Ottomans (prise de Gran sur le Raab en septembre 1594) sont ainsi annulés et les Balkans se trouvent menacés.


13 août 1595 Michel le Brave bat l’armée de Sinan-Pacha dans la plaine valaque, près du village de Kalougaréni.


8 octobre 1595 : Michel s’empare de Tirgoviste. Les Turcs évacuent Bucarest et se replient sur le Danube mais, surprises à Giugiu, les forces ottomanes sont taillées en pièces et noyées dans le fleuve.


décembre 1595 : Les Polonais chassent de Moldavie Étienne Rasvan, protégé du prince de Transylvanie Sigismond Bathory et allié de l’empereur et de Michel le Brave, et le remplacent par un boyard qui leur est acquis, Jérémie Movila, que les Turcs reconnaissent.


26 octobre 1596 : Chassés de Valachie, les Turcs battent les Impériaux à Keresztes. Ils concluent un armistice avec Michel, inquiet des changements intervenus en Moldavie et en Transylvanie où Sigismond a abandonné sa couronne à l’empereur Rodolphe.


1598 : Michel, qui était vassal de Sigismond, reconnaît pour suzerain l’empereur qui lui assure la possession héréditaire de la Valachie et l’exempte de tout tribut. Le retour de Sigismond Bathory, qui remet finalement la Transylvanie à son cousin le cardinal André Bathory (allié de la Pologne) change de nouveau la donne. Rodolphe et Michel ne peuvent accepter que la Pologne, proche des Turcs, contrôle indirectement Moldavie et Transylvanie.


28 octobre 1599 : Michel écrase les forces de Bathory à la bataille de Schellenberg. Le cardinal est tué et, le 1er novembre, Michel entre en vainqueur à Alba-Julia. La Transylvanie est conquise avec l’approbation de l’Autriche qui craignait de voir Michel se rapprocher des Turcs. La victoire entraîne le soulèvement des masses paysannes roumaines mais Michel commet l’erreur de s’appuyer sur la noblesse magyare contre le peuple qui attendait de sa victoire sa libération. Il se coupait ainsi de ceux qui pouvaient assurer dans la durée la domination d’un prince roumain sur la Transylvanie.


1600 : Contre l’avis de l’empereur qui craint des complications avec la Pologne, Michel chasse Jérémie Movila et s’empare du trône de Moldavie. Il peut dès lors se proclamer prince « de Valachie, Transylvanie et Moldavie » réalisant ainsi pour la première fois l’unité des terres roumaines.


18 septembre 1600 : Michel est battu par les Impériaux qui se sont retournés contre lui près du village de Mirislau. La Transylvanie, où la noblesse magyare prend sa revanche, est perdue. Michel a eu le tort de chercher à s’appuyer sur elle et a commis l’erreur d’avoir conservé sa confiance à l’empereur. Il est ensuite battu en Valachie par les Polonais et les forces de Jérémie Movila qu’il avait chassé de Moldavie. Les boyards l’abandonnent et se soumettent à un nouveau prince, Siméon Movila. Michel se réconcilie avec l’empereur, inquiet de voir les Hongrois se rapprocher de la Pologne, et bat ceux-ci à Goroslov.


1601 : Mort de Michel le Brave à l’occasion d’une querelle avec le général commandant les troupes impériales qui l’accusait à tort de trahison au profit des Turcs. Michel avait pourtant contribué à affaiblir la puissance de ceux-ci mais, trahi par les boyards, confronté à l’hostilité de la Pologne et des Hongrois ainsi qu’aux inquiétudes qu’il inspirait à l’empereur, il n’a pas su – alors qu’il s’était rendu maître des trois principautés roumaines – s’appuyer sur les masses paysannes qui pouvaient constituer son plus solide soutien mais auxquelles le coût des guerres et du recrutement des mercenaires imposait une pression fiscale insupportable. Un tel choix ne pouvait correspondre à ce qu’était la représentation qu’il se faisait, à la fin du XVIe siècle, de ce que devait être son pouvoir. Il faudra attendre l’émergence d’une véritable conscience « nationale », apparue deux à trois siècles plus tard pour que se pose dans ces termes la question roumaine. La mort de Michel correspondait à la disparition du dernier prince roumain qui ait tenté de soustraire son peuple à l’oppression ottomane.


1630-1648 : Georges Ier Rakoczi est voïvode de Transylvanie. Après Gabriel Behlen qui l’a précédé de 1613 à 1648, il affirme l’indépendance de la principauté dont l’économie est alors prospère.


1632-1658 : Un voïvode énergique Mathieu Bassaraba dirige la Valachie et il en va de même de Vasile Lupu en Moldavie entre 1634 et 1653 mais les exigences du sultan vis-à-vis des principautés tributaires sont toujours plus lourdes et les rivalités des boyards, soucieux avant tout de leurs intérêts particuliers, interdisent toute réaction « nationale ».


1640 : Parution en Valachie du premier ouvrage imprimé en langue roumaine. La première Bible le sera en 1688.


1646-1651 : Un collège humaniste où l’enseignement est donné en latin et en grec fonctionne à Tirgoviste.


1656 : Premier traité d’alliance entre la Russie et la Moldavie.


1657 : Le voïvode transylvain Georges II Racokzi se voit reprocher par la Porte d’avoir soutenu la Suède contre la Pologne et le pays est envahi par les Turcs qui mettent en place de nouveaux voïvodes : Akos Barcsay (1658-1660) puis Michel Ier Apafy (1662-1690), installés par les grands vizirs Köprülü qui donnent alors une nouvelle vigueur à l’Empire ottoman.


1672 et 1676 : Deux guerres victorieuses contre la Pologne permettent aux Turcs de s’emparer d’une partie de l’Ukraine et de la Podolie.


1683 : La victoire remportée devant Vienne contre les Turcs par les Autrichiens et les Polonais de Jean Sobieski marque le début du reflux ottoman et de la reconquête habsbourgeoise de la Hongrie et d’une partie des Balkans.


1684 : La formation de la Sainte Ligue (Autriche, Venise, Pologne puis Russie en 1696) permet de porter des coups répétés aux Ottomans.


1686 : Par les traités de Vienne (26 juin) et de Blaj (27 octobre), l’empereur Léopold Ier impose au voïvode transylvain, contre sa « protection », le paiement d’un lourd tribut et l’occupation militaire de douze forteresses du pays.


1690 : Le voïvode de Moldavie Constantin Cantemir conclut à Sibiu un traité secret avec l’Autriche. En fait, les dirigeants des deux principautés doivent constamment louvoyer entre Vienne et Constantinople.


4 décembre 1691 : La Charte léopoldine insère la Transylvanie dans le cadre habsbourgeois en lui laissant son autonomie par rapport à la Hongrie. En 1692, l’empereur place à la tête du pays Georges Banffy, sans tenir compte des derniers voïvodes nommés par le sultan.


1694 : Le prince roumain Constantin Brancoveanu (1688-1714) fonde à Bucarest l’Académie de Saint Sava dont les professeurs sont des Grecs et où la langue d’enseignement demeure le grec. Seule une minorité privilégiée peut suivre cet enseignement mais il contribue à la permanence de résistance culturelle contre la domination ottomane.


1697 : Grande victoire du prince Eugène de Savoie sur les Turcs à Zenta.


26 janvier 1699 : Conclue pour vingt-cinq ans, la trêve de Carlowitz abandonne la Hongrie à l’empereur et précise que « la Transylvanie étant présentement en sa possession, elle restera entre ses mains avec ses anciennes limites ». Les Turcs conservaient le Banat de Temesvar (Timisoara).


1700 : Constantin Cantacuzène publie à Venise la première carte de la Valachie. Il rédige par ailleurs une première Histoire des Roumains.


1710 : Le tsar Pierre le Grand envahit la Moldavie en espérant soulever les Roumains mais son armée, encerclée, doit se replier et il est contraint de négocier en 1711 le traité du Pruth qui l’oblige à rendre Azov aux Turcs. Le voïvode Dimitrie Cantemir, qui s’est allié aux Russes, est contraint à l’exil. Orientaliste érudit, il sera l’un des fondateurs de l’Académie de Saint-Pétersbourg. Le sultan le remplace en 1711 sur le trône moldave par le Grec Nicolas Mavrocordato.


mars 1714 : Le hospodar (gouverneur) de Valachie Constantin Brancoveanu est arrêté par les Turcs et transféré à Constantinople où, accusé de collusion avec les Autrichiens, il est mis à mort avec toute sa famille.


1714-1716 : Règne d’Étienne Cantacuzène lui aussi exécute par les Turcs. Il fut le dernier hospodar « national » en Valachie, comme Dimitrie Cantemir le fut en Moldavie. Désormais les Turcs ne nommeront plus que des hospodars grecs phanariotes – issus du quartier grec du Phanar à Constantinople. Nicolas Mavrocordato devient ainsi hospodar de Moldavie en 1711, puis de Valachie en 1716. On voit dès lors se succéder sur les deux trônes roumains des Cantacuzène, des Paléologue, des Kallimachi ou des Ypsilanti. La période « hellénique » de l’histoire roumaine durera ainsi jusqu’en 1821. Le haut clergé roumain est exclusivement recruté parmi les Grecs et l’on parle le grec à la cour des hospodars. Alfred Rambaud a parfaitement résumé la situation qui prévaut désormais dans les pays roumains : « Quand un nouvel hospodar, après avoir prodigué l’argent, est choisi par la Porte, il subit, à Constantinople, une double investiture : l’une politique, tout ottomane, l’autre religieuse, toute grecque. La Porte lui décerne, comme insignes de ses fonctions, la masse d’armes et les trois queues de cheval, qui font de lui un pacha de rang supérieur ; revêtu de l’uniforme de colonel des janissaires, il va aux casernes de ceux-ci goûter leur soupe et leur faire largesse. Puis, à la cathédrale orthodoxe, il est sacré par le patriarche grec au chant des polychronia, avec le vieux cérémonial byzantin. Doublement étranger pour cette double consécration au peuple qu’il doit régir, quand il s’achemine vers sa capitale, Bucarest ou Jassy, c’est avec l’appareil d’un conquérant, avec une garde turque sous un aga et, en arrière-garde, la horde de ses créanciers ottomans ou grecs. Sa cour tient à la fois de celle d’un despote grec et de celle d’un pacha ; d’un côté les logothètes, d’autre part les préposés aux babouches, au café, à la pipe, au narghilé. Non seulement les principautés ont été, au profit de l’élément grec, dénationalisées mais les traités qui – en 1477 pour la Valachie, en 1513 pour la Moldavie – avaient, même sous le joug ottoman, assuré l’autonomie des deux principautés, sont désormais lettre morte. Les princes ne sont plus viagers mais triennaux. Achetant plus cher que jamais leurs charges, n’ayant que trois ans au plus pour récupérer leurs avances, ils tondent de plus près leurs sujets et se hâtent de les tondre. Simples publicains étrangers sous le titre de princes, ils ne se font aucun scrupule de s’appuyer sur la Porte : ayant licencié, par économie ou par politique, l’armée nationale, comptant uniquement sur les régiments turcs, ils rendent le peuple plus esclave, la noblesse plus servile… »


21 juillet 1718 : Après les victoires remportées par le prince Eugène à Peterwardein et Belgrade, les Turcs doivent signer le traité de Passarowitz par lequel ils abandonnent à l’Autriche le Banat de Temesvar, la Petite Valachie occidentale et le nord de la Serbie.


1730-1751 : Innocent Micu, métropolite orthodoxe de Transylvanie, tente de rapprocher son peuple de l’Église romaine en espérant que cela permettra une amélioration du sort des Roumains. Ceux-ci constituaient une forte minorité dans le Banat de Temesvar et la majorité de la population en Transylvanie mais ils se voyaient refuser tout droit par les « trois nations privilégiées » (Magyars, Saxons et Szeklers). Ils étaient exclus de la Diète transylvaine sous prétexte qu’ils n’étaient pas catholiques et la masse du peuple était soumise au servage, la domination magyare ne se maintenant que par la violence.


1746 : Réforme de Constantin Mavrocordato qui transforme les serfs valaques en tenanciers libres et substitue un impôt annuel unique payable en quatre termes aux multiples charges qui accablaient la paysannerie ; une réforme analogue sera réalisée en Moldavie en 1749. Il s’agit surtout d’enrayer l’abandon des terres et des villages qui menace alors d’entamer les ressources que les grands propriétaires tirent des masses rurales. À cette époque, les hospodars phanariotes de Bucarest et de Jassy qui gouvernaient au nom de la Sublime Porte avaient mis en place un système fondé sur la corruption au point que les deux principautés étaient surnommées le « Pérou des Grecs ». Mavrocordato fait arrêter les boyards qui sont les porte-parole de la cause nationale et les expédie à Constantinople où ils sont décapités. Selon l’historien Elias Regnault « le règne des Phanariotes a été pour la Moldo-Valaquie quelque chose de plus triste que la ruine, le déshonneur. »


octobre 1768- juillet 1774 : Guerre russo-turque.


1769 : Les Russes occupent la Bessarabie, la Moldavie et la Valachie. En juillet 1770, Alexis Orlof détruit la flotte russe à Tchesmé, près de Chios. Au même moment, le général Roumiantsof écrase deux armées turques qu’il refoule sur le Danube à la bataille de la Larga, complétée quelques jours plus tard par la victoire de Kagoul, qui permet l’occupation de toute la Valachie en 1771. Le traité de Kutchuk-Kainardja, conclu en juillet 1774, met fin à la guerre russo-turque. Catherine II se voit reconnaître un droit de protection des populations chrétiennes des Balkans soumises à la domination ottomane.


1775 : l’Empire ottoman doit céder à l’Autriche la Bucovine, peuplée de Roumains, que les troupes de l’impératrice Marie-Thérèse occupaient depuis deux ans.


1780 : L’empereur Joseph II et la tsarine Catherine II se rencontrent à Mohilev. Ils se retrouveront de nouveau à Kherson, aux bouches du Dniepr, en 1787. Il s’agit, lors de ces entrevues, d’envisager l’avenir des Balkans. On projette de créer à Constantinople un Empire grec confié à un petit-fils de Catherine mais d’établir également un État roumain à hauteur des bouches du Danube et d’étendre jusqu’au Dniestr la côte russe de la mer Noire, l’Autriche se réservant l’ouest des Balkans. Ces projets ne se réaliseront pas.


1784 : Un paysan roumain de Transylvanie, Ursu Horia, déchaîne une insurrection paysanne de grande ampleur. La révolte est brisée par l’armée autrichienne du comte Jankowitz et ses chefs sont exécutés mais l’empereur Joseph II abolit le servage en Transylvanie. C’est alors que commence, dans ce pays, un réveil culturel illustré par Samuel Micu, neveu de l’évêque Innocent, Georges Schinkaï et Pierre Maïor. Ils étudient les anciennes chroniques, écrivent l’histoire des Roumains en la faisant remonter à l’époque de la Dacie romaine, débarrassent le roumain, langue latine, des mots étrangers venus s’y ajouter au fil des siècles et l’écrivent en caractères latins alors qu’elle avait été transcrite jusque-là en caractères cyrilliques. C’est le moment qui voit s’éveiller la « renaissance roumaine » qui, à partir de la Transylvanie, va ensuite gagner la Valachie et la Moldavie.


1787-1792 : Nouvelle guerre russo-turque. Souvorof franchit le Danube mais l’Autriche, alliée de la Russie, doit conclure la paix en 1791 en raison des menaces représentées par la Révolution française. Le traité de Jassy, qui met fin à la guerre, enlève à la Turquie la côte de la mer Noire entre Dniepr et Dniestr, rapprochant ainsi davantage la puissance russe des territoires roumains.

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