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Des origines à la Lusitanie romaine et à l’occupation germanique et musulmane


L’histoire des territoires qui formeront à partir du XIe siècle le Portugal se confond pendant des millénaires avec celle de la péninsule Ibérique considérée dans son ensemble. Préhistoire, protohistoire, périodes romaine, wisigothique ou musulmane ne voient pas se dégager une identité particulière, annonciatrice de ce que sera ensuite celle du Portugal dont l’histoire ne commence réellement qu’au tournant de l’an mil, dans le contexte bien particulier d’une Reconquista péninsulaire créatrice de royaumes nouveaux que l’histoire ultérieure réunira dans le cadre « espagnol » ou maintiendra à l’écart de celui-ci dans le cas du Portugal. Les temps obscurs de la préhistoire voient se succéder des cultures – identifiées surtout par leurs industries lithiques – qui apparaissent en cohérence avec l’évolution observée dans le reste de l’Europe, du Paléolithique aux âges du bronze et du fer. Le Paléolithique fut identifié dès les années 1860, à l’initiative de Carlos Ribeiro, pionnier de l’archéologie préhistorique portugaise. Dans la région de Lisbonne et sur les terrasses fluviatiles du Haut Alentejo, les sites de Casal do Monte, d’Amadora et de Monte Real ont livré des objets contemporains de l’Abbevillien. Le Paléolithique inférieur est également représenté par des industries acheuléennes retrouvées dans les régions du Minho et du Douro, et de l’Algarve méridional, avec des faciès spécifiques « littoral » dans la région de Cascais, « péninsulaire » dans celle de Setubal. La basse vallée du Tage et celle du Minho ont livré des outils clactoniens alors que le Paléolithique moyen correspond aux industries levalloisiennes (région d’Elvas et littoral atlantique de Nazaré à l’estuaire du Tage) et moustériennes (grottes de Furninha, de Colombeira et de Salemas, dans la province d’Estremadura). Le Paléolithique supérieur est surtout représenté par l’Aurignacien (Casal do Monte, Serra de Monsanto) et le Solutréen (grotte de Casa da Moura et « feuilles de laurier » classiques de cette période dans les grottes de Salemas). Alors que les industries magdaléniennes n’ont laissé que très peu de vestiges, l’art rupestre du Paléolithique supérieur est en revanche très riche. On connaissait l’abri du Vale de Junco dans le Haut Alentejo et surtout la grotte ornée de Santiago do Escoural mais c’est la découverte des gravures rupestres du grand sanctuaire de plein air de Foz Coa, identifié et étudié dans les années 1990 – plusieurs centaines de chevaux, aurochs, cervidés et bouquetins gravés dans le schiste – qui constitue la plus spectaculaire avancée de la recherche préhistorique au Portugal dans la mesure où ce sanctuaire est l’un des quatre sites paléolithiques de ce type connu en Europe, dont celui de Siega Verde, sur les rives du Rio Agueda, en Espagne, à cinquante kilomètres de là. La découverte de ces gravures vieilles de vingt mille ans a constitué, au cours de la même décennie, un événement comparable à celle des grottes Cosquer et Chauvet. La fin de la dernière période glaciaire voit s’affirmer des cultures « mésolithiques » caractérisées par leurs amas coquilliers – les concheiros portugais – nombreux dans les basses vallées du Tage et du Sado (gisement de Muge). Pratiques funéraires (squelettes enduits d’ocre), outillage en quartz ou en os et utilisation de coquillages comme parures caractérisent ces cultures proches de toutes celles qui se sont développées alors sur les littoraux atlantiques de l’Europe. Identifié par sa céramique « cardiale » (qui tire son nom de celui du coquillage utilisé pour la décorer) le Néolithique ancien apparaît à partir du deuxième tiers du Ve millénaire avant J.-C. Il se développe ensuite jusque vers – 2700, avec l’apogée d’une belle culture mégalithique caractérisée par l’érection de menhirs et par celle de grandes sépultures collectives (le dolmen de Zambujeiro dans le Haut Alentejo) et de tombes individuelles « à ciste ». Contemporaine du IIIe millénaire avant J.-C., la période chalcolithique voit se développer les relations avec l’aire de la culture espagnole de Los Millares. La métallurgie du cuivre et la construction sur des éperons et des collines de comptoirs fortifiés protégés d’épaisses murailles indiquent le passage à une époque différente. De l’embouchure du Mondego à celle du Sado, l’apparition de la culture dite du « vase campaniforme » révèle l’arrivée de nouveaux occupants qui sont sans doute à l’origine du développement de l’âge du bronze entamé à partir de -1500 et caractérisé par la production de poignards et de haches à talons qui sont par ailleurs figurés sur des stèles gravées. L’âge du fer voit l’arrivée, dans la seconde moitié du premier millénaire avant J.-C., de nouveaux envahisseurs, ceux qui se sont vu attribuer, faute de mieux, l’identité ambiguë de Celtibères. Leur installation correspond au développement d’une « civilisation des sommets fortifiés » (comparables aux oppida gaulois) dont les sites les plus connus sont la Citânia de Briteiros (Guimaraes), Conimbriga (le suffixe traduit l’origine indo-européenne du toponyme) et Sao Miguel (Amendoa). Les guerriers lusitains que vont affronter les Romains à partir du début du IIe siècle avant J.-C. appartiennent à ce monde aristocratique et guerrier. Venus par la mer après avoir franchi les Colonnes d’Hercule, les marins phéniciens, qui entretiennent alors des rapports réguliers avec la civilisation tartesssienne qui fleurit en Basse Andalousie, sont actifs sur les côtes occidentales de la péninsule Ibérique au cours du premier millénaire avant J.-C.. Sur la rive droite de l’estuaire du Sado, Abul (Alcacer do Sal) semble avoir été leur premier établissement mais ils sont aussi présents dans la région de Lisbonne, à Santa Olaia, à Santarem et à Setubal. Ils ont sans doute contribué à la formation de l’écriture prélatine alors utilisée dans la région, en liaison avec certaines pratiques funéraires. Le Portugal tel que le définira l’histoire du dernier millénaire ne correspond pas à un territoire déjà grossièrement établi au temps de l’occupation romaine. À cette époque, la future Braga (Bracara Augusta) dépend de la Callaecia (créée au début du IIIe siècle sous le règne de Caracalla et qui donnera son nom à la Galice) alors que la Lusitanie (qui, selon la tradition, tire son nom de celui de Lusus, un fils de Bacchus honoré au Promontorium Sacrum du cap Saint Vincent où s’installera plus tard « l’académie » de Sagres) s’étend largement sur le sud-ouest de l’Espagne actuelle, où se trouve Mérida (Emerita Augusta) qui était alors sa capitale. C’est au début du IIe siècle avant J.-C. que commence la pénétration romaine sur la Meseta ibérique. Dès 191-189 avant J.-C., Scipion Nasica et le proconsul Aemilius Paulus doivent défendre la région de la vallée du Baetis (le futur Guadalquivir) contre les incursions des Lusitains venus de l’ouest. Au milieu du siècle, les Romains subissent plusieurs échecs sanglants contre ces adversaires redoutables dont un chef, Viriathe, inquiète sérieusement la puissance romaine jusqu’à son assassinat en -139. C’est en -138 -137 que Junius Brutus soumet tout le sud-ouest de la péninsule jusqu’au cours du Douro avant de franchir le Minho pour s’emparer de la future Galice. Quand la troisième guerre Celtibère se termine avec la chute de Numance survenue en -133, l’ensemble de la péninsule paraît pacifié mais, au début du Ier siècle avant J.-C., Rome doit encore maintenir deux légions dans chacune des deux provinces d’Espagne Citérieure et d’Espagne Ultérieure. Quand, sous le règne d’Auguste, les Romains auront obtenu en -27-25 une victoire définitive contre les insurgés des montagnes cantabriques et basques, ils diviseront la péninsule en trois provinces, la Tarraconaise, la Bétique et la Lusitanie – celle-ci devenue dès le Ier siècle inermis, c’est-à-dire dépourvue de toute présence militaire. Elle est peuplée d’environ 700 000 habitants contre les deux millions d’âmes réparties dans chacune des deux autres provinces. La Lusitanie n’en compte pas moins une cinquantaine de cités à l’époque d’Auguste, dont les plus importantes sont Emerita Augusta (Mérida, fondée en – 25), Norba Caesarina (Caceres), Metellinum (Medellin), Caesarobriga (Talavera la Reina), Augustobriga (Talavera la Vieja), Salmanica (Salamanque) – qui sont aujourd’hui en Espagne – Scallabis (Santarem), Conimbriga, Aeminium (l’actuelle Coimbra qui, à l’époque suève et wisigothique prit le nom de Conimbriga après que celle-ci eut été désertée), Ebora Liberalitas Julia (Evora), Pax Julia (Beja) et le municipe romain d’Olisipo (Lisbonne). Profondément romanisée à la faveur de la paix imposée cinq siècles durant par l’Empire, la Lusitanie a conservé de nombreux vestiges de cette période, du temple « de Diane » (en réalité dédié au culte impérial) d’Evora au forum et au temple « flaviens » de Conimbriga, aux thermes et aux mosaïques retrouvés dans cette même ville, sans oublier des vestiges plus modestes mais non moins significatifs tels que ceux des manufactures de garum exhumés sur le site de Troia, à l’embouchure du Sado, ou des grandes villae de l’Alentejo telles que celle de Torre de Palma. Largement épargnées par les premières invasions des années 262-266, les régions occidentales de la péninsule Ibérique sont en revanche occupées à partir de 411 par les Suèves et les Vandales, surtout en Galice et dans le nord de l’actuel Portugal, et par les Alains en Lusitanie. En 469, ce sont les Wisigoths qui occupent l’ensemble de la Lusitanie. Ils sont bientôt en mesure de réaliser, avec l’Hispania dirigée depuis Tolède, l’unité péninsulaire mais celle-ci ne peut durer au-delà du début du VIIIe siècle qui voit s’effectuer, à partir de 711, la conquête musulmane. La majeure partie de l’actuel Portugal devient alors le Gharb al Andalus, la région la plus occidentale de l’Espagne musulmane qui a laissé son nom à la province de l’Algarve où prospère la riche cité de Silves (Silb). Ces régions participent alors à une histoire qui s’écrit à Cordoue sous les Ommeyades, à Marrakech ou à Séville sous les Almoravides et les Almohades, jusqu’à ce que la reconquête chrétienne chasse l’ennemi musulman du Portugal dès le milieu du XIIIe siècle.

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