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De la mort à la résurrection de l’État polonais (1795-1921)

Les partages successifs de 1772, 1792 et 1795 niaient l’existence d’une nation polonaise en lui enlevant toute base territoriale mais c’était perdre de vue qu’à la différence d’un pays comme l’Italie – dont Metternich dira qu’elle « n’est qu’une simple expression géographique » – les Polonais avaient constitué pendant plusieurs siècles un État régi par des institutions spécifiquement polonaises, agissant et légiférant en tant qu’État indépendant, expression politique d’un peuple possédant son histoire, sa langue, sa tradition religieuse et son génie national particulier. Il était impossible aux trois puissances qui venaient de se la partager de faire comme si la Pologne n’avait jamais existé face à un peuple qui n’avait, pour assurer sa survie, d’autre choix que la remise en cause radicale de l’ordre ainsi établi.


1796-1797 : Une Légion polonaise commandée par le général Dombrowski participe à la campagne d’Italie conduite par Bonaparte. mais la paix de Campo Formio conclue entre la France et l’Autriche ne fait nulle mention de la Pologne. Les 6 000 volontaires polonais sont ensuite engagés dans la conquête de Rome puis de Naples. Les légions polonaises seront dissoutes en 1801 avec la paix franco-autrichienne de Lunéville.


1800 : Organisation à Varsovie d’une Société des amis des sciences qui se donne pour vocation d’entretenir la flamme de la culture polonaise alors que l’Autriche et la Prusse mettent en œuvre une politique de germanisation marquée notamment par la création de l’Université germanique de Cracovie, qui remplace l’École principale antérieure.


1801 : Le nouveau tsar, Alexandre Ier, se pose en ami de la cause polonaise et associe le prince Czartoryski à la réforme de l’instruction publique mais l’alliance qu’il conclut ensuite avec l’Autriche, puis la Prusse, contre Napoléon ruine les espoirs des patriotes polonais.


28 novembre 1806 : Après les victoires remportées en octobre sur la Prusse à Iéna et à Auerstaedt, les troupes napoléoniennes font leur entrée dans Varsovie. Napoléon crée une commission provisoire de gouvernement.


1807 : Le traité de Tilsitt, conclu entre Napoléon et le tsar Alexandre Ier ne remet pas en cause le statut de la Pologne sous domination russe. Napoléon constitue par ailleurs un grand-duché de Varsovie représentant 40 000 km2 et 2 600 000 habitants, confié initialement à l’administration du roi Frédéric-Auguste de Saxe. Le servage est aboli mais la noblesse maintient sa domination sur les masses paysannes. Le Code civil français est introduit dans le nouvel État. De nombreux Polonais rejoignent l’armée impériale et s’illustrent à Somosierra en 1808 en ouvrant à l’empereur la route de Madrid ; au total, près de 200 000 Polonais auront combattu dans les armées de la Révolution et de l’Empire, parmi lesquels le plus célèbre d’entre eux, le prince Joseph Poniatowski tué en octobre 1813 à l’issue de la bataille de Leipzig.


1809 : À la faveur de la reprise de la lutte entre Napoléon et l’Autriche, le grand-duché de Varsovie s’accroît de nouveaux territoires avec Lublin et Cracovie et passe à 4 millions d’habitants.


1812 : Une Diète extraordinaire décide la formation d’une Confédération générale du Royaume de Pologne et de Lituanie mais Napoléon l’ignore et se contente d’utiliser les forces polonaises dans la campagne de Russie.


1815 : Au Congrès de Vienne, personne ne songe à rendre son indépendance à la Pologne. La Poznanie revient à la Prusse, l’empereur de Russie obtient à titre personnel le royaume de Pologne, c’est-à-dire le reste du grand-duché de Varsovie, avec la capitale. L’Autriche récupère la Galicie mais Cracovie est proclamée ville libre à perpétuité, indépendante et strictement neutre. C’est donc sur le minuscule territoire de cette république de Cracovie que survit la Pologne mais l’acte final du Congrès de Vienne précise que « les Polonais, sujets respectifs de la Russie, de l’Autriche et de la Prusse, obtiendront une représentation et des institutions nationales […] », les traités laissant aux trois puissances le choix du « mode d’existence politique qu’elles jugeraient utile et convenable d’accorder à leurs sujets polonais ».


1815 : Premier statthalter prussien, le prince Radziwill entreprend la germanisation de la Pologne prussienne et remplace le Code Napoléon par le code prussien. On enseigne désormais en langue allemande dans les écoles. Alexandre Ier accorde une Charte constitutionnelle qui rattache le pays à la Russie par un simple lien dynastique et il se fait couronner en Pologne. Une Diète polonaise devait être élue et une armée polonaise de 30 000 hommes est constituée mais le vice-roi, le grand-duc Constantin, frère du tsar, établit un régime policier.


1823 : L’historien nationaliste Joachim Lelewel est chassé de sa chaire de l’Université de Wilno qui apparaît alors comme l’un des principaux foyers de la résistance nationale.


1825 : La répression se durcit avec l’avènement du tsar Nicolas Ier. Des sociétés secrètes nationalistes se développent, telle celle des Philomathes dont Adam Mickiewicz a été, dès 1817, l’un des dirigeants. La plus importante de ces organisations, fondée en 1821, est la Société patriotique nationale qui noue en 1823 des relations avec les décembristes russes. L’échec de ceux-ci, en décembre 1825, aggrave la méfiance du pouvoir vis-à-vis des Polonais.


1828 : Formation d’une conjuration dirigée par Piotr Wysocki à l’École des officiers de Varsovie.


29 novembre 1830 : Les insurgés attaquent le Belvedere de Varsovie, résidence du grand-duc. Varsovie est libérée mais les princes Drucki-Lubecki et Czartoryski s’emparent du pouvoir et lancent, au nom de Nicolas Ier un « manifeste à la nation » réclamant la cessation des combats. Placé à la tête de l’insurrection, le général Chlopicki, un ancien des campagnes de 1794, d’Espagne et de Russie, ne fait rien pour disperser les troupes russes. Il faut la pression de la Société patriotique et de l’opinion publique pour que la Diète vote le 26 janvier 1831 la déchéance de Nicolas Ier et constitue un gouvernement national de cinq membres.


25 février 1831 : Chlopicki arrête les Russes à Grochow mais est grièvement blessé. Ses troupes sont ensuite vaincues à Ostrolenka et échouent le 19 juin devant Wilno.


6 septembre 1831 : Les forces russes du général Paskievitch s’emparent de Varsovie. La répression est très violente. L’Université de Wilno et le lycée de Krzemieniec sont fermés. La langue russe est rendue obligatoire dans les écoles et les tribunaux. Des milliers de Polonais émigrent alors, dont beaucoup en France, perçue comme la « patrie de la liberté ». La charte de 1815 est abolie et, en 1833, le royaume de Pologne – dont Paskievitch est nommé gouverneur – est rattaché à la Russie comme « partie inséparable de cet Empire ». Alors que la noblesse, soucieuse de préserver sa situation dominante, est prête à tous les compromis avec le régime tsariste, les masses paysannes comprennent que leur émancipation ne peut naître que de la lutte contre les Russes et les grands propriétaires. Comme ils s’étaient mobilisés en faveur de la Grèce quelques années plus tôt, écrivains et intellectuels – Musset, Hugo, Montalembert, Vigny, Béranger – se déclarent favorables à la cause polonaise et, quand le général Sébastiani constate à la Chambre que « l’ordre règne à Varsovie », La Fayette lui répond que « toute la France est polonaise ». On accueille triomphalement les proscrits, on chante partout La Varsovienne de Casimir Delavigne et l’on critique la passivité du gouvernement de Louis-Philippe. En Angleterre, un groupe d’exilés installé à Portsmouth et à Saint Hélier, dans l’île de Jersey, fonde les Communes du peuple polonais dont l’activité est importante jusqu’en 1840.


26 février 1832 : Nicolas Ier considère que les Polonais, en se rebellant, ont d’eux-mêmes aboli la constitution du royaume mais il leur accorde un « statut organique » reconnaissant l’autonomie des communes mais ouvrant l’administration polonaise aux Russes.


1832 : Création à Paris de la Société démocratique polonaise. Contre le groupe d’émigrés de l’hôtel Lambert réuni autour du prince Adam Czartoryski – qui compte sur l’action diplomatique et sur une guerre européenne pour créer les conditions d’une résurrection de la Pologne, sans se préoccuper de la condition paysanne – la Société démocratique, dirigée par l’historien Lelewel, Palaski et Janowski, lie l’indépendance à une révolution sociale.


1833 : Adam Mickiewicz publie en France ses Livres de la nation et du pèlerinage polonais, suivis en 1834 de Messire Thadée. Ami de Michelet et d’Edgard Quinet, chargé de cours au Collège de France, il incarne alors les espoirs de la Pologne écrasée.


1842 : Le pape Grégoire XVI qui, par zèle absolutiste, a condamné l’insurrection de 1831, dénonce les persécutions infligées par le régime tsariste aux catholiques polonais.


1843 : Constitution, en Posnanie prussienne, à l’initiative de Ludvik Mieroslavski, d’un comité central qui conçoit un plan d’insurrection générale pour les trois Pologne mais les conjurés sont arrêtés. À la même époque, une Union du peuple polonais dirigée par Édouard Dembowski et Henri Kamienski entend préparer la révolution sociale, de même qu’un mouvement paysan qui, dirigé par l’abbé Piotr Sciegenny, déclenche une jacquerie à l’automne de 1844.


21 février 1846 : Insurrection de Cracovie. Constitution d’un gouvernement national sous la présidence de Jean Tyssovski, bientôt rejoint par Jean Dembowski, tué au cours d’une attaque menée par les Russes et les Autrichiens. La République de Cracovie avait appelé à l’insurrection toute la Pologne, annoncé la réforme agraire et conféré les droits civiques aux juifs ; mais son existence fut éphémère et la répression entraîne son annexion à l’Autriche.


20 mars 1848 : Mieroslavski est libéré de sa prison par les Berlinois insurgés. Un Comité national de libération est créé à Poznan, dirigé par Jacob Krotowski.


5 avril 1848 : Le comte de Bismarck affirme devant le Landtag de Prusse que « la reconstitution de l’État polonais dans ses frontières de 1772 est impossible ». Au Parlement de Francfort, le député démocrate allemand Jordan affirme quelque temps après que « le premier jour de l’indépendance de la Pologne serait le premier jour d’une lutte à mort avec l’Allemagne ».


11 avril 1848 : Désireux de gagner du temps, le gouvernement prussien fait mine de rechercher une solution pacifique, promet l’autonomie du grand duché de Poznan et négocie avec « la vermine polonaise » l’accord de Jaroslawiec par lequel les Polonais acceptent de renvoyer dans leurs foyers les 15 000 combattants qui se sont mobilisés pour la cause de l’indépendance.


15 mai 1848 : Grande manifestation parisienne en faveur de la Pologne.


Novembre 1848 : Les Autrichiens reprennent le contrôle de la Galicie où l’avocat Smolka avait constitué à Leopol un Conseil national qui avait obtenu l’abolition des corvées.


Mars 1849 : La dissolution de l’Assemblée constituante autrichienne met un terme aux espoirs d’autonomie des Polonais de Galicie. De nombreux Polonais combattent encore dans les rangs des insurgés hongrois mais ceux-ci sont écrasés par les forces autrichiennes et russes.


1855 : La mort de Nicolas Ier fait naître des espoirs car Alexandre II est présenté comme un tsar réformateur mais il n’accorde qu’une amnistie partielle et déclare à Varsovie qu’il « entend maintenir l’ordre établi par son père ».


1856 : La question polonaise n’est pas posée lors du Congrès de Paris qui conclut la guerre de Crimée.


1861 : La Galicie autrichienne obtient un statut d’autonomie. Le polonais remplace l’allemand dans l’administration. Un chancelier polonais, le comte Goluchowski, est même placé à la tête du gouvernement impérial en 1860 et les Polonais de Galicie manifestent alors leur loyalisme à l’empire Habsbourg qui ne les prive pas de leurs droits nationaux. Les universités de Cracovie et de Léopol sont polonisées en 1870 et 1874 et c’est la Galicie qui devient à cette époque le foyer principal de l’identité polonaise.


22 janvier 1863 : Formation d’un gouvernement provisoire polonais, issu du Comité national insurrectionnel constitué au cours des mois précédents. Le soulèvement national, consécutif à la volonté de recruter les jeunes Polonais dans l’Armée russe, a commencé dès 1862 La guérilla se généralise dans toute la Pologne russe mais Bismarck et le tsar, en signant la convention d’Alvensleben, ont imposé un blocus total des régions insurgées. Commandés par Traugutt, les rebelles reçoivent de nombreux soutiens extérieurs, tels l’instituteur français Roquebrune ou l’institutrice alsacienne Antoinette Lix. Le comité national dirigé par Iaroslaw Dombrowski établit des relations avec les organisations révolutionnaires russes. avec lesquelles un accord est conclu pour fixer au cours du Bug les futures frontières de la Pologne – ce qui constituait, pour les Polonais, un renoncement aux frontières de 1772. Après que Dombrowski a été arrêté par la police tsariste, c’est le général Mieroslavski qui reçoit le haut commandement mais la défaite est inéluctable et entraîne une nouvelle répression : 18 000 déportations en Sibérie, les « pays de la Vistule » divisés en dix gouvernements remplacent le « royaume de Pologne » et forment une province russe.


Avril 1864 : Traugutt est arrêté et pendu à Varsovie, avec quatre membres du gouvernement insurrectionnel.


1869 : Russification de l’Université de Varsovie.


1871 : Après avoir été nombreux à combattre au sein des forces françaises contre l’ennemi prussien, environ 600 d’entre les volontaires polonais participent également à la Commune de Paris dont Dombrowski sera le dernier chef militaire. Après avoir protesté contre l’intégration du grand duché de Poznan à la Confédération d’Allemagne du Nord, les patriotes polonais s’indignent de son intégration au Reich allemand né à Versailles. Durant le Kulturkampf, les catholiques polonais font bloc avec les catholiques allemands. La résistance polonaise est alors conduite, à Poznan, par l’archevêque Ledochowski.


1875 : Le dernier diocèse grec catholique de Chelm est donné par les Russes à l’Église orthodoxe. Tout rapport de l’Église catholique polonaise avec le Vatican est interdit depuis 1870. Plus de cent monastères ont été fermés au lendemain de l’insurrection de 1863.


1880-1914 : Plus de 600 000 Polonais émigrent durant cette période vers les États-Unis. Ils sont aussi nombreux à chercher du travail en Allemagne alors que le Canada et le Brésil accueillent eux aussi de nombreux immigrants d’origine polonaise. Ce sont surtout des intellectuels, des émigrés « politiques » qui se rendent alors en France. C’est notamment le cas de Marie Sklodowka, la future Marie Curie.


1862-1910 : La proportion des illettrés passe de 64 à 82 % de la population de la Pologne russe en raison des obstacles opposés à l’enseignement en polonais. Le clergé polonais se voit interdire d’enseigner la religion catholique dans les écoles primaires. Des peines sont édictées contre l’enseignement clandestin du polonais.


1881 : Création à Lwow du Parti ouvrier galicien, suivie en 1893 de celle du Parti ouvrier polonais.


1886 : Une commission de colonisation est instituée pour favoriser l’implantation allemande en Poznanie et des lois d’expropriation sont promulguées – et renouvelées en 1904 et 1908 – mais la création en 1888 de la Banque Foncière de Poznan permet aux propriétaires et aux paysans polonais de réagir contre la politique allemande d’achat des terres polonaises.


1886 : Fondation à Varsovie de la Ligue nationale polonaise puis, en 1897, du Parti national démocrate.


1892 : Fondation à Paris du Parti socialiste polonais présidé par Limanowski.


1901 : Henryk Sienkiewicz, le célèbre romancier auteur de Quo Vadis, révèle l’affaire de Wresznia : en 1895, des écoliers polonais qui refusaient de dire la prière en allemand ont vu leurs parents condamnés à des peines de prison et à des amendes.


1902 : En Galicie autrichienne, les étudiants ukrainiens qui réclamaient une université où l’enseignement serait dispensé dans leur langue mettent à sac celle de Léopol. En 1908, un étudiant ukrainien assassine le gouverneur de Galicie. Avec 3 350 000 Ruthènes (ou Ukrainiens) 870 000 juifs et 3 750 000 Polonais, l’identité de la région soulève un problème, même si le suffrage universel restreint garantit une majorité polonaise à la Diète galicienne de Léopol. Les Polonais sous domination russe accusent par ailleurs le régime tsariste de soutenir contre eux l’éveil national des Lituaniens et des Biélorussiens.


Janvier-juin 1905 : Début de la grève des écoliers en Pologne russe pour réclamer la polonisation de l’enseignement. Le mouvement gagne ensuite la Poznanie, la Poméranie et la Silésie allemandes où il se poursuit jusqu’en 1906 malgré les menaces et les sanctions.


26 janvier 1905 : Début de la grève générale en Pologne sous domination russe, en liaison avec la crise révolutionnaire que connaît la Russie pendant plusieurs mois.


Avril 1906 : Les élections à la Douma sont un triomphe pour le parti national démocrate, qui enlève les 36 sièges des « pays de la Vistule », auxquels s’ajoutent 20 sièges en Lituanie et dans les provinces ruthènes, mais l’Assemblée est dissoute en juillet. Les députés polonais demeurent nombreux dans la deuxième Douma de 1907 mais ils ne seront que 18 dans la troisième Douma issue d’une réforme du code électoral.


Août 1914 : La Pologne devient le théâtre du conflit qui oppose la Russie aux empires centraux. Joseph Pilsudski prend initialement le parti de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie contre la Russie mais il s’en éloigne en abandonnant son commandement en octobre 1916 et en faisant mener à ses « légionnaires polonais » une guerre de partisans contre les armées des puissances centrales. Il est interné en 1917 à Magdebourg où il demeure prisonnier jusqu’en novembre 1918.


28 mars 1917 : Au lendemain de l’effondrement du tsarisme, le gouvernement provisoire russe reconnaît le droit à l’indépendance des minorités nationales de l’empire.


3 novembre 1917 : Les bolcheviks promulguent un décret confirmant le droit des peuples de l’ancien Empire russe à disposer d’eux-mêmes, y compris le droit « de se constituer un État indépendant ».


8 janvier 1918 : Dans ses Quatorze points le président américain Wilson inclut l’indépendance et l’accès à la mer de la Pologne.


3 mars 1918 : Le traité de Brest-Litovsk met fin à la guerre à l’est.


3 juin 1918 : Les gouvernements de France, de Grande-Bretagne, des États-Unis et d’Italie publient une déclaration commune dans laquelle ils soulignent la nécessité de créer un État polonais.


29 août 1918 : Les bolcheviks dénoncent tous les traités de partage conclus par la Russie tsariste avec la Prusse et l’Autriche.


7 novembre 1918 : Constitution, dans la ville de Lublin, d’un gouvernement populaire provisoire de la République polonaise. Il réunit des représentants des partis ouvriers (PPS et PPSD) et paysans (mouvement Libération et Piast) ainsi que de l’Organisation militaire polonaise de Pilsudski. Formation du gouvernement Moraczewski, remplacé bientôt par celui d’Ignace Paderewski. Le 28 novembre un décret prévoit l’élection d’une Diète constituante.


janvier 1919 : Les premières élections à la Diète polonaise voient la victoire des partis de droite avec 107 nationaux démocrates sur 337 députés, qui fixent à 400 hectares la limite inférieure de la superficie des exploitations soumises au partage des terres, contre 50 prévus initialement.


20 février 1919 : La Diète élit Pilsudski chef de l’État et vote la « petite Constitution ». Théoriquement responsable devant l’Assemblée, Pilsudski jouit en fait d’une liberté à peu près totale.


28 juin 1919 : Le traité de Versailles confirme la renaissance de la Pologne, qui aura avec l’Allemagne 1900 km de frontières. La question de Silésie, qui aurait dû être réglée par le plébiscite du 20 juin 1921, celle du district d’Allenstein en Prusse orientale, réglée au profit de l’Allemagne par le plébiscite de juillet 1919, le statut de ville libre attribué à Dantzig (Gdansk), le tracé du « corridor » garantissant l’accès à la Baltique et l’existence de minorités allemandes et polonaises dans les deux États créaient les conditions des difficultés futures.


1919 : Pilsudski engage la guerre contre la Russie soviétique. Les Polonais s’avancent jusqu’à Kiev le 7 mai 1920 mais sont contraints de se replier devant la puissante contre-offensive de l’Armée rouge. Un comité révolutionnaire polonais provisoire est constitué à Bialystok à l’initiative des bolcheviks et lance le 30 juillet 1920 un « manifeste aux masses laborieuses polonaises » en vue de l’établissement d’un régime socialiste. L’intervention d’une mission militaire française commandée par le général Weygand et dont fait partie le capitaine De Gaulle permet à l’armée polonaise de remporter la victoire sur l’Armée rouge de Toukhatchevski et de Boudienny et ce « miracle de la Vistule » (15 août 1920) conduit les Polonais à refouler les Soviétiques à 400 km plus à l’est.


En 1919, l’annulation par la Conférence de la Paix réunie à Paris du traité germano-russe de Brest-Litovsk a contraint les Alliés à tracer la ligne Curzon – du nom du ministre britannique des Affaires étrangères – fixant la limite orientale des « régions à majorité polonaise ». Fixée sur le Bug, elle passe par Grodno et Brest-Litovsk et aboutit aux Carpates à l’est de Przemysl. Le Conseil suprême de l’Entente a confirmé la fixation de cette frontière le 4 décembre 1919 et la conférence de Spa réunie en juillet 1920 l’a confirmée de nouveau.


15 juillet 1920 : Vote d’une loi agraire qui exproprie une partie des grands domaines contre indemnité mais la petite paysannerie ne dispose toujours que d’exploitations trop réduites. 74 % des Polonais vivent alors de l’agriculture et 11 % de l’industrie.


21 février 1921 : Signature d’une convention militaire franco-polonaise garantissant les frontières du nouvel État contre l’Allemagne et la Russie. Pour la France, il s’agit d’une alliance de revers classique contre l’Allemagne – mais la Pologne ne se joindra pas à la Petite Entente réunissant Tchécoslovaquie, Roumanie et Yougoslavie – en même temps que de la formation du « cordon sanitaire » face à une Russie soviétique qui espère alors exporter la révolution dans toute l’Europe.


17 mars 1921 : Vote de la nouvelle constitution : un système bicamériste avec une Diète et un Sénat élus au suffrage universel qui, réunis, élisent le président de la République. Celui-ci a le pouvoir de dissoudre la Diète, avec l’accord des trois quarts du Sénat. La constitution introduit le droit aux assurances sociales et à la journée de travail de huit heures. Les droits nationaux des minorités sont reconnus.


18 mars 1921 : Alors que les combats russo-polonais se sont conclus avec l’armistice du 12 octobre 1920, le traité de Riga fixe la frontière polono-soviétique selon le projet « jagellonien » de Pilsudski. La Pologne retrouve sa frontière de 1793 et justifie les annexions réalisées à l’est de la ligne Curzon par la présence de majorités catholiques dans ces régions. La Pologne dispose désormais d’une frontière de 1400 km avec la Russie soviétique.


20 octobre 1921 : Le Conseil des ambassadeurs de la Société des Nations partage la Silésie entre Allemands et Polonais. Quand les frontières polonaises sont définitivement fixées, le pays compte 389 000 km2, avec seulement 70 km de littoral, correspondant à l’extrémité du « corridor de Dantzig ».

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