Logo Clio
Service voyages
Service voyages


De Benito Juarez à Porfirio Diaz

1858-1861 : Guerre de Trois Ans, dite aussi guerre de la Réforme, qui oppose les conservateurs aux libéraux. Les premiers s’appuient sur l’armée régulière, le clergé et les créoles, les seconds sur les métis et, souvent, sur les masses indiennes mais des guérillas indiennes sont aussi mobilisées en certaines régions par le clergé. Une nouvelle génération de chefs libéraux tels que Porfirio Diaz ou Santo Degollado se rassemblent derrière Juarez que le départ de Comonfort a placé à la tête du camp « constitutionnel ». Les principaux chefs conservateurs sont Miguel Miramon, Tomas Mejia et le général Leonardo Màrquez.


1858 : Les conservateurs enchaînent les victoires en s’emparant de l’État de San Luis de Potosi, de Guadalajara et du littoral du Pacifique, contraignant les chefs libéraux à se replier dans les régions montagneuses et à entretenir la guérilla dans les campagnes où ils maintiennent une menace constante.


Décembre 1858 : Zuolaga est écarté et Miramon devient président de la République.


Février 1859 : Miramon doit lever le siège de Vera Cruz car ses troupes sont décimées par la fièvre jaune.


11 avril 1859 : Marques écrase les troupes libérales de Degollado venues du Michoacàn à proximité de Mexico. Les fusillades ordonnées par le vainqueur, qui n’épargnent pas de nombreux innocents, le font alors surnommer « le tigre de Tacubaya ». Mexico et Guadalajara ne lui en réservent pas moins un accueil triomphal.


12 juillet 1859 : Juarez fait promulguer de nouveaux décrets contre le clergé. Les biens de l’Église sont confisqués sans indemnisation ni compensation, les couvents sont supprimés, le mariage civil imposé, les cimetières deviennent propriété nationale. Les domaines ecclésiastiques doivent être divisés en lots qui, vendus avec des facilités de crédit, devaient favoriser le développement de la petite propriété. La violence anticléricale se déchaîne par ailleurs à la faveur des combats – églises pillées, prêtres et moines massacrés, destruction des reliques et des images sacrées.


Novembre 1859 : Degollado est battu près de Celaya par les conservateurs.


Décembre 1859 : Traité Mac-Lane – Ocampo signé par les libéraux mexicains avec les États-Unis, donnant aux Américains un droit de transit perpétuel par l’isthme de Tehuantepec ainsi que le droit d’introduire des troupes au Mexique pour y protéger leurs intérêts et y assurer l’ordre. Les libéraux reçoivent en échange deux millions de dollars, deux autres étant prévus pour indemniser les citoyens américains victimes des troubles du Mexique mais le Sénat de Washington refusera de ratifier ce traité dans la mesure où les États du « Nord » craignent qu’il ne renforce leurs futurs adversaires, les États esclavagistes du Sud.


Mai 1860 : Miramon bat de nouveau les libéraux près de Jalisco.


Été 1860 : L’intervention d’un navire de guerre américain oblige Miramon à lever une nouvelle fois le siège de Vera Cruz où Juarez reçoit des munitions américaines.


Août 1860 : Miramon est battu à Silao par les généraux libéraux Ortega, Zaragoza et Doblado alors que les guérilleros de Marcos Perez s’emparent d’Oaxaca. Les deux camps sont financièrement à bout. Un train d’argent appartenant à des propriétaires de mines britanniques est saisi dans le San Luis Potosi par Manuel Doblado alors que Miramon s’empare de 700 000 pesos déposés par des obligataires anglais à la légation britannique de Mexico et passe un accord avec le banquier suisse Jecker qui se voit reconnaître pour quinze millions d’obligations sur le gouvernement mexicain, contre une avance réelle de moins d’un million.


Octobre 1860 : Ortega prend Guadalajara puis bat en novembre Marquez à Calderon, s’ouvrant ainsi la route de Mexico.


22 décembre 1860 : L’armée de Miramon est battue par celle d’Ortega à San Miguel Calpulalpan. Plutôt que de soutenir un siège dans Mexico, Miramon, qui refuse la reddition sans conditions exigée par son adversaire libéral, s’enfuit vers Jalapa où il gagne l’Europe sur un navire de guerre français.


28 décembre 1860 : Promulgation par Juarez de nouvelles lois de « réforme ».


1er janvier 1861 : Gonzalez Ortega entre en vainqueur dans Mexico. Il est suivi le 11 par Juarez qui a quitté Vera Cruz pour gagner la capitale. Le nouveau maître du pays hérite d’une situation financière catastrophique. Les biens du clergé ont permis de supporter le coût de la guerre et les trois quarts des revenus des douanes sont gagés à des obligataires britanniques.


Mars 1861 : Juarez est réélu président.


Mai 1861 : Réunion d’un nouveau Congrès, qui brille par son impuissance et sa volonté d’obstruction.


Juin 1861 : Les partisans conservateurs de Marquez font irruption dans la ferme que possédait dans le Michoacàn Melchior Ocampo, l’une des figures historiques du camp libéral, et le fusillent. Santos Degollado et Leandro Valle, deux des plus célèbres des chefs libéraux, subissent peu après le même sort. Enhardi, Marquez s’avance jusqu’à proximité de Mexico mais il est repoussé vers les montagnes par Ignacio Mejia et Porfirio Diaz.


17 juillet 1861 : Juarez décide de suspendre le paiement de toute dette étrangère pendant deux ans. Pour calmer les Britanniques, principaux créanciers du pays, l’accord conclu entre l’Anglais Charles Wyke et le Mexicain Zamacona prévoit que la perception des droits de douane sera soumise au contrôle des fonctionnaires britanniques chargés de vérifier la bonne foi du pays débiteur vis-à-vis de ses obligations de remboursement, mais cet accord est rejeté par le Congrès, au risque d’entraîner une intervention étrangère, au moment où le déclenchement de la guerre de Sécession chez le grand voisin du Nord exclut toute perspective d’intervention américaine au profit du Mexique contre les puissances européennes.


31 octobre 1861 : Signature à Londres de la Triple Alliance entre la France, la Grande-Bretagne et l’Espagne en vue d’une intervention commune au Mexique.


Décembre 1861 : Le corps expéditionnaire espagnol commandé par le général Prim arrive devant Vera Cruz. Il est rejoint par des détachements français et anglais dès janvier 1862 mais les représentants des puissances européennes, le général Prim, le Français Dubois de Saligny et l’Anglais Charles Wyke, ne peuvent s’entendre. Londres et Madrid espèrent surtout des remboursements alors que Napoléon III voit plus loin et songe à établir un empire du Mexique confié à un prince catholique, l’archiduc Maximilien de Habsbourg. L’impératrice Eugénie de Montijo, influencée par un diplomate mexicain, José Manuel Hidalgo, l’a encouragé dans ce sens pour satisfaire l’opinion catholique française mécontente de la réalisation d’une unité italienne qui risquait de mettre en cause l’existence des États pontificaux. D’autres exilés travaillaient dans le même sens et l’Empereur des Français voyait favorablement la création d’un État mexicain catholique allié de la France, susceptible de contenir la poussée nord-américaine dans l’hémisphère occidental. Les accords conclus entre le demi-frère de Napoléon III, le duc de Morny et le banquier Jecker – qui détenait d’importantes créances sur l’État mexicain – contribuèrent également à la décision d’intervenir ; Morny devait toucher 30 % des obligations promises à Jecker en cas d’intervention française en vue de l’établissement d’un nouvel Empire mexicain.


Février 1862 : Le ministre des Affaires étrangères de Juarez, Manuel Doblado, négocie la convention de La Soledad avec les représentants espagnol et anglais qui excluent tout projet de guerre contre le gouvernement juariste. Peu de temps après, une armée française aux ordres du général Laurencez arrive à Vera Cruz avec le général Almonte, ancien ambassadeur du gouvernement conservateur à Madrid, qui prend le titre de président provisoire.


Avril 1862 : Anglais et Espagnols évacuent Vera Cruz alors que les Français, rejoints par les guérilleros de Marquez, s’apprêtent à marcher sur Mexico.


5 mai 1862 : Les Mexicains d’Ignacio Saragoza repoussent les Français qui tentaient de s’emparer de Puebla. Napoléon III envoie alors au Mexique trente mille hommes commandés par le général Forey.


16 mars 1863 : Début du siège de Puebla. Réduite par la famine, la ville doit se rendre le 17 mai.


10 juin 1863 : Les Français font leur entrée dans Mexico mais Forey publie une proclamation garantissant leurs propriétés à ceux qui ont récupéré les biens du clergé, ce qui est une mauvaise surprise pour les tenants du parti conservateur et clérical.


Octobre 1863 : Une délégation d’exilés mexicains conduits par Gutierrez Estrada se rend à Miramar, la résidence de l’archiduc Maximilien, pour lui demander de devenir empereur du Mexique. Il pose comme condition l’organisation d’un plébiscite lui apportant le soutien du peuple mexicain.


Mars 1864 : Les Français commandés désormais par Bazaine occupent la majeure partie du pays. L’autorité de Juarez ne s’étend plus que sur les régions peu peuplées du nord, alors que Juan Alvarez et Porfirio Diaz restent maîtres du Guerrero et de l’Oaxaca ; les Français occupent la plupart des villes et organisent des référendums favorables à Maximilien qui accepte la couronne en avril 1864 et confie, jusqu’à son arrivée, la régence à Almonte. Napoléon III s’engageait à laisser ses troupes au Mexique jusqu’en 1867, contre le remboursement des frais engagés pour l’intervention et celui des créances anglaises, françaises et espagnoles antérieures à 1861. Le Mexique devait également honorer les obligations Jecker… Les banquiers français émettent alors pour 114 millions de pesos d’obligations d’État mexicaines mais plus du tiers de la somme reste entre leurs mains à titre d’escompte et un autre quart, représentant l’intérêt de la dette, ne quittera jamais l’Europe…


Arrivé à Mexico le 12 juin 1864, Maximilien refuse de rendre ses biens au clergé et manifeste des sympathies pour les idées libérales, ce qui déchaîne la colère des conservateurs cléricaux.


Septembre 1864 : Bazaine conquiert le Nuevo Leon et le Coahuila. Juarez se replie sur le Chihuahua, vers la frontière américaine, alors que Doblado et Ortega sont déjà exilés à New York.


Février 1865 : Les Français prennent Oaxaca à Porfirio Diaz. Seules quelques régions montagneuses sont encore en mesure de résister.


Avril 1865 : La capitulation de Lee à Appomatox marque la fin de la guerre de Sécession. Les Américains envoient des troupes sur le Rio Grande et y fournissent armes et munitions aux troupes de Juarez alors que le ministre des Affaires étrangères, Seward, presse Napoléon III d’évacuer le Mexique.


Octobre 1865 : Bazaine obtient de Maximilien que tout rebelle pris les armes à la main soit exécuté. Pendant ce temps, dans le camp libéral, Juarez – dont le mandat vient à expiration – s’oppose à Gonzalez Ortega.


Mars 1866 : Bazaine entame la retraite du corps expéditionnaire.


Octobre 1866 : Maximilien rédige une déclaration d’abdication mais change d’avis en novembre, sous l’influence de Marquez et de Miramon.


Février 1867 : Bazaine quitte Mexico et s’embarque en mars, sans avoir pu convaincre Maximilien de le suivre.


4 avril 1867 : Porfirio Diaz réussit à s’emparer de Puebla puis vient assiéger Marquez dans Mexico, qui sera prise en juin.


14 mai 1867 : Les juaristes s’emparent de Queretaro où s’étaient installés Maximilien et ses derniers fidèles.


19 juin 1867 : Maximilien, Miramon et Mejias sont fusillés, après avoir été jugés par un conseil de guerre. Juarez refuse de les gracier afin de dissuader toute nouvelle tentative d’intervention européenne. Partie pour l’Europe un an plus tôt pour aller y chercher le soutien de Napoléon III et du Pape, l’épouse de Maximilien, Charlotte de Belgique, lui survivra jusqu’en 1927 après avoir perdu la raison. Leonardo Marquez a réussi de son côté à fuir Mexico et terminera ses jours à La Havane, quarante ans plus tard. À ce moment, Juarez, qui a uni la cause du camp réformiste à celle de l’indépendance, est réélu président à l’automne et apparaît comme le grand vainqueur de la période troublée qui a débuté en 1861. La plupart de ses compagnons ayant disparu, il est devenu « l’homme fort » du pays et semble avoir les moyens de lui donner enfin un véritable gouvernement capable de rompre avec l’instabilité, l’anarchie et les luttes civiles qui ont prévalu depuis que le Mexique s’est émancipé de la domination espagnole.


Avec l’aide de Sebastian Lerdo de Tejada et du ministre des Finances Matias Romero, Juarez s’efforce de rétablir les finances publiques et engage par ailleurs un grand effort en faveur de l’instruction. Un élève d’Auguste Comte, Gabino Barreda, dirige la commission chargée de la mise en œuvre des réformes en ce domaine. L’ancien collège jésuite San Ildefonso devient l’École préparatoire nationale destinée à former les instituteurs et les conseils municipaux sont obligés de construire des écoles primaires ; il y en aura 8 000 en 1874, capables d’accueillir 350 000 élèves à un moment où le nombre des enfants d’âge scolaire approche les deux millions. Parvenu au pouvoir, Juarez licencie les deux tiers de son armée et suscite ainsi des mutineries très brutalement réprimées. Un homme va cependant fédérer tous les mécontentements, Porfirio Diaz, ancien général des armées libérales que Juarez a tenu à l’écart une fois la victoire acquise.


1871 : Élection présidentielle. Aucun des trois candidats en lice (Juarez, Diaz et Lerdo) n’obtient la majorité absolue et c’est le Congrès qui va finalement élire Juarez à la présidence de la République et Lerdo à la présidence de la Cour suprême. Criant à la dictature, les partisans de Porfirio Diaz entrent en dissidence, soulèvent l’Oaxaca et s’assurent le soutien de plusieurs provinces du sud mais les rebelles sont écrasés par le général Sostenes Rocha et Porfirio Diaz doit s’enfuir dans le nord.


18 juillet 1872 : Benito Juarez meurt subitement alors que sa victoire paraissait assurée. Sebastian Lerdo de Tejada lui succède à la présidence et il est élu à l’automne pour quatre ans.


16 septembre 1872 : Création du Grand Cercle d’ouvriers du Mexique.


1er janvier 1873 : Inauguration de la ligne de chemin de fer reliant Vera Cruz à Mexico, dont la réalisation avait commencé en 1850.


25 septembre 1873 : Les lois de « réforme » sont incorporées à la Constitution.


31 mai 1875 : Loi générale sur la colonisation. Complétée en décembre 1883, elle favorise la concentration de la propriété foncière.


1876 : Lerdo annonçant son intention de se représenter aux élections présidentielles, les partisans de Diaz annoncent le 15 janvier le plan de Tuxtepec dénonçant la collusion de l’administration et du président sortant et rejetant sa réélection. Diaz est encouragé par les États-Unis dont les dirigeants sont mécontents de Lerdo qui a refusé à leurs compagnies des concessions ferroviaires dans le nord du pays.


23 avril 1876 : Manifeste du premier Congrès ouvrier du Mexique.


Octobre 1876 : Alors que le camp de Lerdo se divise, Diaz et son lieutenant Manuel Gonzalez battent à Tecoac le genéral lerdiste Alatorre, ce qui conduit Lerdo à fuir vers Acapulco pour se réfugier finalement aux États-Unis.


21 novembre 1876 : Porfirio Diaz entre en vainqueur à Mexico et écarte le président de la Cour suprême Iglesias qui est bientôt contraint à son tour de partir en exil. Arrivé au pouvoir sous le prétexte de défendre la constitution, Porfirio Diaz va instaurer un système dictatorial et gouverner le pays pendant les trente-quatre années suivantes (sauf un court intervalle de quatre ans). Combinant autoritarisme et clientélisme, Diaz va réussir, en proposant aux Mexicains « le pain ou le bâton » à maintenir la paix civile et à se rallier les diverses factions qui avaient constamment fomenté la guerre civile au cours des décennies précédentes. Les masses populaires sont en revanche les grandes oubliées de son régime.


1880 : Élection à la présidence de Manuel Gonzalez dont Diaz attend qu’il lui laisse la place aux élections suivantes. Présidence calamiteuse dans la mesure où ce soldat de fortune accorde sans compter des concessions aux Américains ou à des compagnies foncières qui spolient les terres des communautés indiennes, le tout sur fond de corruption généralisée.


1880-1890 : Les Indiens Yaquis du Sonora se révoltent pour défendre leurs terres mais ils sont finalement réduits par la famine et leur chef, Cajeme, est fusillé.


1882 : Fondation de la Banque nationale du Mexique.


1884 : Un nouveau code minier abandonne aux propriétaires du sol la possession des ressources qu’il peut receler. Porfirio Diaz redevient président la même année et hérite de finances publiques très mal en point, ce qui justifie à ses yeux le recours à un État désormais autoritaire, garant de la tranquillité publique et de la prospérité. À partir de ce moment, Diaz met complètement en sourdine la politique anticléricale traditionnelle des libéraux, autorise la réouverture des couvents et permet à l’Église de reconstituer progressivement ses biens, ce qui vaut au dictateur un relatif soutien du clergé. Les vingt dernières années du siècle voient également un rapide essor économique du pays, qui compte près de 15 000 km de voies ferrées quand s’ouvre le XXe siècle (près de 25 000 en 1910 à la chute de Diaz) et qui a multiplié par dix le volume de son commerce extérieur entre 1873 et 1910. L’essor des plantations et de l’activité minière enrichît l’État et les classes moyennes avides d’occuper les places qu’il procure, sans contribuer à l’amélioration du sort des masses.


1888 : L’application de la loi Lerdo votée en 1857 permet aux propriétaires créoles ou métis et aux compagnies foncières de s’emparer des dernières terres indiennes. Les réactions des indigènes concernés sont brisées par la force. C’est ainsi que Victoriano Huerta termine en 1901 la conquête du Yucatan. La péninsule passe alors sous le contrôle d’une cinquantaine de grands propriétaires.


1888 et 1892 : Diaz est réélu président de la République à l’issue de scrutins étroitement contrôlés par l’administration – un amendement constitutionnel voté en 1887 l’avait autorisé à briguer un nouveau mandat consécutif, un autre lui permettra en 1890 de se représenter indéfiniment.


1891 : Porfirio Diaz inspire la création d’une Union libérale visant à donner une légitimité parlementaire toute formelle à son régime.


1893 : Diaz confie le ministère des Finances à José Ives Limantour qui présente dès l’année suivante un budget équilibré. Une nouvelle génération de dirigeants revenus des illusions révolutionnaires, ceux que l’on surnomme les « cientificos », sont maintenant convaincus – sous l’influence de la philosophie d’Auguste Comte qui rencontre un grand écho en Amérique latine – que l’avenir est au développement économique garanti par l’arrivée en quantité des capitaux étrangers. Ils sont par ailleurs attachés à l’idée d’un gouvernement constitutionnel, à condition que le pouvoir soit exercé exclusivement par l’aristocratie créole, les masses indiennes étant considérées comme trop arriérées. La concentration de la propriété foncière encouragée par le pouvoir fait que 95 % des paysans mexicains sont alors sans terres, employés comme peones sur les haciendas ou réduits à survivre sur des biens communaux traditionnels d’étendue beaucoup trop réduite. L’agriculture spéculative est favorisée au détriment de l’agriculture vivrière et les travaux d’irrigation nécessaires sont négligés au profit de l’élevage extensif qui domine dans le nord du pays. Analphabètes, les peones voient leur sort s’aggraver sous Diaz dans la mesure où la stagnation de leurs maigres salaires et leur endettement structurel contrastent avec la hausse des prix. Dans le même temps, une classe ouvrière soumise à des conditions de travail très pénibles (douze à quatorze heures de travail par jour) commence à s’organiser sous l’influence d’anarchistes espagnols et à établir des contacts avec les syndicats nord-américains mais les grèves des mineurs ou d’ouvriers de l’industrie sont violemment réprimées par l’armée. En 1910, les investissements américains au Mexique (plus d’un milliard de dollars) dépassent en volume le capital possédé par les Mexicains. Les Anglais, mais aussi les Français et les Espagnols ont généralement des intérêts dans le pays. Les Américains, qui exploitent alors le pétrole de Tampico, peuvent le faire sans payer d’impôt et avec le droit de l’exporter librement vers les USA. Dans ces conditions, le système mis en place avec la dictature de Diaz, fondé sur la misère du plus grand nombre et aliénant l’indépendance nationale, ne peut durer éternellement.


 

Page précédente Page suivante
Mentions légales Conditions Générales de vente Comment s'inscrire Hôtels à Paris Vos assurances Qui sommes-nous ? Clio recrute Nous contacter