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La diversité ethnique

Les conditions naturelles font que la population malienne est traditionnellement concentrée, pour l’essentiel, au sud-ouest du pays, là où fleurirent successivement les « empires » et royaumes du Ghana, du Mali, de Ségou ou du Macina, l’empire Songhaï de Gao ayant son centre de gravité plus à l’est, sur le cours descendant de la boucle du Niger. C’est dans ces régions plus ou moins proches de l’axe nigérien que se sont développés, à Bafoulabé, Bamako, Kayes, Ségou, Sikasso, Mopti, Tombouctou, Bourem et Gao, les principales villes du pays. Niafounké et Diré sont les centres importants, mais déjà beaucoup plus modestes, de la zone sahélienne au nord du Niger, alors que les anciennes salines de Taoudeni, les anciens postes militaires français ou les relais caravaniers tels que Araouane, Tessalit ou Kidal sont les seules « cités » dont on peut mentionner l’existence dans le Sahara malien.


L’extension du territoire malien a pour conséquence une très grande diversité de la population qui y vit. Si l’on s’en tient aux principaux groupes ethniques, il est aisé d’en recenser au moins une douzaine parmi lesquels il est possible d’établir une distinction entre ceux de race « blanche » (Maures, Touareg et Peuls) et ceux de « race noire » (Bambara, Sénoufo, Malinké, Sarakollé, Dogon…) distinction anthropologique classique mais dont la pertinence n’apparaît plus aussi évidente aujourd’hui.


Les Touareg parlent le tamachek, un dialecte berbère, et utilisent le tifinar, un alphabet de même origine. Leur principale tribu est celle des Imochar (ou Imaggaren dont le nom signifie « hommes » ou « guerriers ») dont font partie les Oullimiden et les Iguadaren ; tous appartiennent à l’aristocratie du désert issue de la grande peuplade libyco-berbère qui domina le Sahara depuis l’Antiquité. Les Imrad ou « tributaires » et les Bellah ou « captifs » constituent pour leur part les strates dominées de la société saharienne et l’élément noir est chez eux majoritaire.


Les Maures occupent une frange de territoire au nord du Niger, de Gao à Tombouctou et toute la partie nord-ouest du pays. La plus importante de leurs tribus est celle des Kounta. Ils demeurent attachés à une identité « arabe » largement mythifiée (certains vont jusqu’à prétendre qu’ils descendent d’Oqba, le conquérant arabe du Maghreb) mais ont en fait été très fortement « négrifiés » au cours de leur histoire.


Les Peuls ou Foulbé sont très répandus dans la zone soudano-sahélienne, depuis les côtes du Sénégal jusqu’aux rives du lac Tchad et comptent pour environ un dixième de la population du Mali. Présents tout au long de la frontière mauritanienne de Kayes à Nioro, ils sont surtout concentrés à l’intérieur de la boucle du Niger, dans les cercles de Mopti, de Djenné et du Macina, quelques îlots moins importants pouvant être identifiés dans les cercles de Bandiagara, de Ségou et de San. Il est généralement admis que les descendants des envahisseurs nomades blancs venus du nord (certains ont parlé de Sémites qui auraient été chassés d’Égypte en même temps que Moïse et les Hébreux) dont le premier noyau se serait installé sur les rives du Sénégal auraient été les fondateurs du royaume du Tekrour contemporain de l’empire du Ghana. C’est à partir de là que, s’avançant vers l’est, ils auraient réalisé une expansion qui devait les conduire jusqu’au Tchad et même au-delà… vers l’Ouadaï à l’est ou l’Adamaoua au sud. Les Peuls du Macina seraient issus d’un métissage de ces populations proto-Berbères venues du nord et des Noirs autochtones. Une autre hypothèse fait d’eux des parents des Éthiopiens ou des anciens Égyptiens. Autant d’hypothèses qu’il est difficile de vérifier. Ce qui est revanche plus sûr, c’est le rôle que jouent les Peuls dans la construction, au XVIIIe siècle, du royaume du Macina. Il faut ajouter aux Peuls les Ouassoulounké, proches par leurs coutumes des Bambara, et qui sont installés dans la région méridionale s’étendant entre Bougouni, au sud de Bamako, et Kankan, en Guinée.


Les Bambara ou Ban-Mana, dont le nom signifie « ceux qui refusent d’être dominés », constituent l’ethnie la plus nombreuse du Mali (plus d’un tiers de la population du pays) et leur dialecte mandingue fait figure de langue véhiculaire autochtone, même si le français est aujourd’hui reconnu comme langue nationale. Leur zone d’implantation principale se situe dans l’ouest du pays, entre les régions de Ségou et de Niono (située dans le delta intérieur nigérien), dans le Bélédougou (au nord de Bamako) limitrophe de la zone sahélienne, dans le Kaarta entre Kita, Nioro et Koulikoro, plus à l’est dans la région de Sikasso. Le peuple bambara n’a jamais constitué une unité politique et se divise en plusieurs clans issus d’ancêtres mythiques. Ce sont les diverses régions que les Bambara occupaient – Ségou, le Bélédougou, le Kaarta, Bougouni – qui permettaient de les distinguer les uns des autres. Ils auraient, à l’origine, quitté la région du Ouassoulou, entre Sikasso et la Côte-d’Ivoire, pour échapper à la domination des Malinké, un épisode que perpétuerait leur nom (« ceux qui ont refusé d’être dominés »). Ils auraient atteint le Niger, dans la région de Ségou, vers le XIIe siècle, avant de créer là, deux siècles plus tard, une puissante principauté.


Les Malinké, qui représentent environ 7 % de la population malienne, sont établis au sud-ouest du pays, dans la vallée supérieure du Niger et dans les pays riverains des rivières Bafing et Bagoe dont la confluence forme le fleuve Sénégal, des contreforts du Fouta Djalon au sud- ouest au plateau de Bélédougou au nord. Le pays malinké est donc situé, dans sa partie septentrionale, dans la zone soudanienne et, au sud, dans la zone subguinéenne. C’est le domaine du caïlcédrat (diala) qui tient ici le rôle que joue le baobab dans la zone sahélienne. Maîtres du pays mandé, les Malinké ont pris une part importante dans l’histoire de la région notamment à l’époque de l’empire du Mali.


Les Sarakollé ou Soninké ont, comme les Dioula du nord de la Côte-d’Ivoire, une tradition de colporteurs qui ont longtemps sillonné, à l’époque précoloniale, toutes les régions de l’ouest africain. Régions dans lesquelles ils ont été un vecteur de l’expansion musulmane, jusque dans la zone guinéenne, dans l’ouest du Fouta Djalon. Ils ont été les créateurs de l’antique empire du Ghana et comptent aujourd’hui pour près de 9 % de la population malienne. Du fait de leur histoire spécifique, ils apparaissent très dispersés sur l’ensemble du territoire. Ils sont cependant les plus nombreux dans la zone sahélienne, plus précisément dans la région limitrophe de la Mauritanie, dans les cercles de Yélimané, Nioro et Nara. À l’origine, ils seraient venus du nord, du Sahara berbère, ce que semble confirmer leur nom (séré-khollé signifiant « hommes blancs »). Les habitants d’Adouane, dans le nord de l’Adrar mauritanien, seraient (avec leur nom d’Assouanik devenu Soninké) leurs parents proches et l’hypothèse la plus probable fait d’eux le résultat d’un métissage entre Berbères Sanhadja et autochtones africains. C’est ainsi que se serait formé le peuple fondateur de l’ancien empire du Ghana. Ce que semblent confirmer des chroniqueurs arabes tels que Ibn Hawkal et El-Bekri. C’est à la suite de la destruction de l’empire du Ghana, fondé vers le VIe siècle de l’ère chrétienne et disparu au XIIe, que serait intervenue la dispersion des Sarakollé dans tout l’ouest africain.


Les Songhaï sont bien connus grâce aux précieuses sources de renseignements que sont les ouvrages arabes tels que le Tarikh es Soudan de Es-Sa’adi rédigé au XVIIe siècle et le Tarikh el Fettach, plus tardif, de Mohammed Kati. Les Songhaï représentent aujourd’hui environ 6 % de la population du Mali. La région qu’ils occupent est très précisément localisée dans la boucle du Niger, du lac Débo à la frontière de la république du Niger. Elle est partagée entre les ergs sahariens et la vallée du fleuve, mince ruban d’humidité et de fraîcheur où se concentre la majeure partie de la population, une zone favorable menacée au nord par la poussée du désert et au sud par la latérisation des sols. Selon la tradition, les ancêtres des Songhaï se seraient partagés entre des pêcheurs, les « maîtres de l’eau », des cultivateurs, les « maîtres de la terre » et des chasseurs, les « maîtres de la brousse » c’est-à-dire des étendues steppiques couvertes de cram-cram où ils allaient chercher le gibier. Ils sont à l’origine de l’empire de Gao qui s’imposa à la région à la fin de notre Moyen Âge avant d’être détruit en 1591, lors de la bataille de Tondibi, par le pacha marocain Djouder.


Les Dogon ou Hambé demeurent sans doute le peuple du Mali le plus connu hors d’Afrique dans la mesure où le maintien d’une forte originalité culturelle et de traditions tout à fait particulières a attiré depuis longtemps sur lui la curiosité et l’intérêt des ethnologues. Formant à peu près 5 % de la population totale du pays, ils sont concentrés dans la région qui se trouve au sud est de Mopti, le coeur du pays dogon correspondant aux fameuses falaises de Bandiagara si prisées par les touristes. Installés sur des plateaux coupés de ravins dominés par des falaises abruptes, les Dogon ont particulièrement retenu l’attention des ethnologues – dont le plus célèbre demeure Marcel Griaule – qui ont révélé la complexité de leur représentation du monde. Ils sont venus à l’origine du Sahara, de l’actuelle région de Tichit, pour constituer une société théocratique tout à fait originale dans laquelle le pouvoir est partagé entre un grand-prêtre, revêtu d’une puissance sacrée, et un conseil des Anciens. Cette population vaut par l’originalité de ses habitations, littéralement accrochées aux versants rocheux qui lui servent de refuge, et par une religion riche d’une cosmogonie tout à fait originale et d’une croyance en l’immortalité de l’âme, vouée pour une part à rejoindre le monde des ancêtres défunts et pour une autre à recommencer son existence à travers la descendance que les femmes donnent au clan. Un dieu créateur est à l’origine des principes mâle et femelle qui commandent la vie mais les humains sont aussi en rapport avec une multitude de divinités secondaires.


Les Sénoufo et les Minianka sont considérés comme appartenant à la même ethnie, établie dans les régions de San, Koutiala et Sikasso, au contact des frontières de la Côte-d’Ivoire et du Burkina Faso. Ils représentent environ 10 % de la population malienne et occupent une région fertile bénéficiant d’un volume de précipitations satisfaisant. Animistes, les Senoufo rendent un culte aux ancêtres et aux nombreux esprits qui, selon eux peuplent le monde environnant. Comme pour les Dogon, les ethnologues ont retenu la richesse de leurs masques.


Les Bobo (environ 2 % de la population malienne) occupent un territoire partagé entre Burkina Faso et Mali, limité à l’est par la Volta Noire, à l’ouest par le Bani, affluent du Niger, au nord par les falaises de Bandiagara et au sud par les cercles de Koutiala et Sikasso. Ils auraient été refoulés dans leur habitat actuel par les Soninké et les Bambara.


Le Mali compte d’autres groupes ethniques dont les effectifs apparaissent beaucoup plus limités. On peut ainsi mentionner les Diawara dont la langue est la même que celle des Sarakollé mais dont ils se distinguent par l’histoire et les coutumes. Ils sont installés dans les cercles de Nioro et de Nara, à l’ouest du pays, à proximité de la frontière mauritanienne. Décrits jadis par Charles Monteil, les Khassonké sont établis à l’est de Kayes et dans la région de Bafoulabé, c’est-à-dire à l’extrême ouest du pays. Les Bozo, qui représentent moins de 2 % de la population malienne sont des pêcheurs installés sur le haut Niger, dans le Macina et dans les régions de Ségou et de Mopti. Intervenus tardivement sur le territoire de l’actuel Mali lors des conquêtes réalisées dans la seconde moitié du XIXe siècle par El Hadj Omar et par son fils Ahmadou, les Toucouleurs, venus de l’ouest et dont le nom semble évoquer l’ancien royaume du Tekrour, bâtirent un empire qui englobait la majeure partie du pays (moins la zone saharienne et les régions les plus méridionales). Ils parlent la même langue que les Peuls.

Si le français est la langue officielle de la république du Mali, le pays présente en même temps une grande diversité linguistique. En ce domaine, il est possible de distinguer six grandes familles : sémitique, représentée par l’arabe, hamitique avec le tamatchek des Touareg, tekrourienne avec la langue des Peuls et des Toucouleurs (dite poular ou foula), songhaï à l’origine de nombreux dialectes pratiqués dans toute la vallée du Niger, mandé qui compte le bozo, le soninké ou sarakollé, les dialectes mandingues khassonké, malinké et dioula, le dogon et, surtout, le bambara, langue indigène la plus utilisée. Les Maliens sont musulmans pour plus des deux tiers. Introduit au XIe siècle, l’Islam est devenu, avec les grands centres culturels que sont Tombouctou et Djenné, un élément essentiel de l’identité malienne. Comme c’est généralement le cas en Afrique noire, les confréries jouent ici un rôle important, notamment la Tidjania (chez les Touareg, les Maures, les Peuls du Macina et les Songhaï) et la Qadriya qui s’est surtout développée dans l’ouest du pays, en rapport étroit avec le Sénégal voisin. Le christianisme ne rassemble qu’environ 1 % des Maliens (dont plus de 80 % catholiques). L’animisme persiste chez certaines populations (Dogon, Senoufo, Minianka) et oppose une vigoureuse résistance à la progression de l’Islam dans les régions de San et de Bandiagara.
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